Classe virtuelle analyse d’usage #1

7 fév

Février 2010 – Premier test en grandeur réelle de la classe virtuelle avec mes étudiants.

- L’élaboration du scénario que je souhaite intituler  "module d’apprentissage par classe virtuelle" commence à prendre forme, il est le résultat d’une phase assez longue de préparation. Décrivons les premières étapes :

  • Les acteurs

Informer  les étudiants. Une phase préparatoire d’explication des enjeux a été nécessaire. Il a fallu contextualiser ce travail en établissant les liens de causalité entre l’existence d’un espace numérique et les enjeux de formation de l’économie et gestion Vs design. L’objectif affiché est de favoriser le rencontrer entre des professionnels du secteur mode, textile et environnement et les étudiants en cours de formation. Je souhaite que s’instaure un espace de réflexion , d’analyse sur les enjeux croisés du design et du monde de l’entreprise. Dans le monde réel je bute depuis des années sur l’obstacle temps et espace, le monde virtuel est une réponse partielle à mes questionnements pédagogiques. Chaque classe (Design de mode, créateur concepteur textile, matériaux souples) ont été informés des enjeux de cette construction.

Contacter les intervenants. Il m’a fallu contacter les potentiels intervenants et leur expliquer le sens de ma démarche, tant sur le point théorique que technique. C’est donc un temps de travail masqué relativement long. Pour l’instant il est organisé sur la base de mon réseau personnel et du volontariat des intervenants. Il pose à terme la question de la rémunération, quelle est la position réglementaire sur la rémunération du temps de travail numérique dans un système qui est fondé essentiellement sur un présentiel synchrone ?

  • Les outils. J’ai opté pour la plateforme nommée Assemblive développée par aworldforus. Ce choix est le fruit d’une analyse comparée avec le monde virtuel second life.

SL -Depuis deux ans je visite ce monde mais sans y trouver des réponses adaptées à mes besoins de professeur exerçant dans les sections post bac du secondaire (BTS, DMA, DSAA). Second Life est, en l’état de mes besoins, trop vaste, trop compliqué et je n’ai pas les connaissances et/ou les infrastructures de programmation suffisantes pour construire un espace ad hoc. J’ai le sentiment que le temps de formation de mes étudiants serait trop long et que la lourdeur du soft à télécharger serait un obstacle technique potentiel.

Assemblive - Le choix de cette solution est motivé par les intentions suivantes.

Un environnement dans lequel on navigue simplement sans recours à un "soft" lourd. Les acteurs du processus arrivent directement sur le lieu de travail, il n’est nul besoin de "chercher son lieu de réunion". Cet environnement est chargé de signifiant pour des étudiants de la génération y ou digitals natives. Il évoque les ©sims avec lesquels ils ont joué plus jeunes. Les compétences basses (Jean-François Cerisier – Université de Poitiers) manipulatoires ont été acquises de façon informelle pendant leur adolescence.

Des avatars qui permettent d’exprimer un gestuelle et des sentiments dans des espaces bien identifiés. C’est un avantage notoire par rapport à la visio conférence ou l’on ne travaille qu’avec un homme ou une femme tronc sans avoir la possibilité de percevoir les évènements au-delà du cadrage caméra. Il me semble que les étudiants sont véritablement immergés dans cet espace, ils peuvent percevoir les interactions dans une conception 3D, exprimer des sentiments, des attitudes via leur avatar (se saluer, applaudir, lever la main etc)


Des espaces identifiés (amphithéâtre, salle de réunion, espace de détente) dans lesquels il est possible d’exercer des travaux spécifiques différenciés. Ces espaces simulent le réel, pour autant on ne se situe pas dans une posture d’effet diligence.

Des moyens d’interaction multiples – La voix, le texte, la vidéo, présentation de supports numériques. La communication est orientée vers la réticularité. Les possibilités d’interactions ne sont pas seulement descendantes et unilatérales mais bien réticulaires (Prof / étudiants – étudiants/étudiants – dialogue public, dialogue privé, dialogue public et privé)

Invariants pédagogiques entre SL et Assemblive

Dans les deux mondes on peut isoler des invariants.

Le design des environnements, je parle sous couvert des jugements de mes étudiants et collègues du secteur design, "laid, moche, à améliorer, horreur …" Cette variable est à améliorer.Deux explications me paraissent plausibles pour expliquer cette absence de prise en compte de la variable design :

♦♦ Le coût de conception des espaces, il faudrait facturer le temps de travail de designers formés à ce type de travail (ce qui augmenterait d’autant le coût des services) ;

♦♦ La difficulté à mener des projets qui intègrent la diversité des compétences (les geeks savent programmer mais ne sont pas des designers, les designers ne sont pas nécessairement des programmeurs).

L’occupation de l’espace de travail. Ces espaces sont en général ouverts, ce qui suppose que toute personne peut y entrer. On peut imaginer que des personnes investissent des lieux qui ne sont pas les leurs. Que se passerait-il si je venais faire cours dans l’amphithéâtre second life de la fac de droit virtuelle de Lyon ? Que se passerait-il si un tiers venait perturber une conférence, comment réagir en présence d’un mufle numérique ?

L’équipement des étudiants – C’est une variable fondamentale du dispositif, sans équipement personnel l’expérience est sans objet. J’ai la chance d’opérer dans un milieu où le taux d’équipement des étudiants est très important, le travail distant s’en trouve facilité. Par contre le réseau du lycée est un obstacle certain par la présence d’un  pare feu très efficace (trop efficace)

  • Les ressources

Pour l’instant les ressources sont des traces d’analyse d’usage réalisées lors des premiers tests grandeur nature. En témoigne la vidéo ci-dessous (préférez le mode HD)

Les traces iconographiques sur Flickers

A terme les conférences seront en partie saisies en motion capture et les diaporamas des intervenants seront mis en ligne.

  • Bilan du premier test

Constat de l’enseignant

Techniquement l’opération s’est déroulée sans encombre technique, pas de bug pour un public de huit participants. Les étudiants étaient à l’heure au rendez-vous (contrairement à ce que dit un tweet). L’opération était commentée en direct sur twitter, des échanges ont eu lieu avec @Hugobiwan et @hme

Il est a noter que les intervenants doivent opérer dans un environnement calme parce que les bruits des environnements domestiques peuvent parasiter le travail (pendant la réunion nous avons entendu une sonnette, un chien aboyer, le son de la wii de mes fils qui jouaient à Super Mario et parfaitement identifié par les étudiants)

Il semble nécessaire que les participants se munissent d’un casque pour éviter des effets d’écho très désagréables.

Socialement – l’usage invite à établir des règles sociales de fonctionnement. Il a été acté que les professeurs, étudiants et intervenants n’auront pas de pseudo mais s’identifieront par leur état civil. Le cours étant un mix de présentiel réel et de distant virtuel, les acteurs se connaissent (ce n’est pas le cas dans des dispositifs intégralement distants même avec période de regroupement en présentiel). Les acteurs doivent apprendre à gérer une forme de diffraction sociale. Par diffraction sociale, je fais référence à Wiener et à la possible perte d’information. Il faut gérer à la fois la voix mais aussi le chat, de la sorte on peut communiquer sans brouiller les messages. Le monde d’assemblive n’est pas équipé d’un système qui permette de garder les traces des chats, c’est un inconvénient notoire parce que ces écrits sont des ressources riches pour les enseignants et les étudiants.

Constat des étudiants

Premières analyses – Quelques "loupés" sont à constater

Des étudiantes sont venues au rendez vous virtuel mais ne se sont pas rendues dans la bonne salle. Elles  ont attendu mais en vain et pour cause. C’est une pierre qui est lancée dans mon jardin. Je suppose que j’ai mal expliqué  les modalités de connexion (le syndrome du prof qui trempe dans un bain numérique et qui pense que c’est toujours simple). Je pense à l’avenir envoyer le lien par mail ou par twitter aux personnes concernées.

Une étudiante est venue trop tard au rendez vous, elle est arrivée dans la bonne salle mais vidée des ses occupants :-(

La suite de cette expérience fera l’objet de nouveaux billets

A titre d’illustration, un environnement ludique qui a du sens pour les étudiants de la génération Y. Le jeu participe à la formation informelle des étudiants dans les mondes virtuels – Une vidéo des ©Sims

De la pédagogie à la vie professionnelle – S’exercer dans l’un pour mieux appréhender l’autre

Le twitter de la séance

ims-virtuel-02-10

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7 Réponses à “Classe virtuelle analyse d’usage #1”

  1. Nicolas Leonard 11 février, 2010 à 9:10   #

    Je suis un des co-fondateurs de la société A World For Us, qui développe et exploite Assemblive.

    Merci pour cet article très intéressant et assez élogieux. Voici quelques éléments de réponses aux points faibles et défauts relevés:
    * Design ‘perfectible’: de nouvelles scenes sont en préparation (captures d’écrans sur demande)
    * Espace ouvert: La prochaine version proposera des espaces publics (accessibles à tous), privés (accessibles uniquements aux personnes invitées) et ‘restricted’ (accessible via une URL)
    * Bruits environnementaux : La prochaine version intégrera un mode ‘push-to-talk’ pour les utilisateurs sans casque, ou se trouvant dans un environnement bruyant – cela réduira les nuisances quand ceux ci ne parlent pas

    • Jean-Paul Moiraud 11 février, 2010 à 10:25   #

      Bonjour,

      merci pour ces précisions. Je vais publier de nouveaux billets sur l’observation des usages de ce monde virtuel. Je suis en train de rédiger un scénario pédagogique d’utilisation du monde virtuel.

      Cordialement

      jpm

  2. bedian 22 février, 2010 à 10:14   #

    Impressionnant cette classe virtuelle! Je ne pensais même pas que l’on pouvait faire ca. Ca a l’air très long cependant à mettre en place,quand ce sera au point ca peut être vraiment efficace.Il y a un côté ludique, c’est évident, mais une viso-conférence me parait moins "distante". Personnelement je fais partie des gens qui aiment voir les reactions de mes interlocuteurs.
    Mais ça reste un très beau travail de technologie.

    • Jean-Paul Moiraud 22 février, 2010 à 10:55   #

      Bonjour Laetitia,

      Merci pour ces encouragements mais je ne suis pas d’accord sur un point : ce n’est pas uniquement un travail de technologie, c’est surtout une utilisation de fonctionnalités dans une intention d’apprentissage. Ici nous ne sommes pas dans le même registre que la communication avec Skype (par exemple). Le but de cette construction est de permettre l’acquisition de savoirs et de compétences via les réseaux numériques. Dans un premier temps ce qui compte c’est le contenu du propos, on peut pas conséquent "gommer" l’aspect interpersonnel (même s’il est très important).

      Pour ce qui est du coté convivial de la visio conférence, pour l’avoir souvent pratiqué (si je me souviens bien, lorsque tu étais dans mes cours, nous avions fait une visio avec la Chine) il n’est pas aussi évident que cela. L’homme ou la femme tronc qui apparaît sur l’écran a un côté figé et c’est très vite fatiguant, on ne perçoit pas ce qui se passe à droite et à gauche, on perd beaucoup en interaction.

      En tout cas j’espère bien que tu viendras nous parler de ton métier de designer free lance, cela sera un enrichissement certain pour les étudiants en cours de formation.

      Très amicalement

      jpm

Rétroliens/Pings

  1. Tweets that mention Classe virtuelle analyse d’usage #1 « Un blog pour apprendre, apprendre avec un blog -- Topsy.com - 10 février, 2010

    [...] This post was mentioned on Twitter by moiraud, Sonia Le Louarn and MOIRAUD, Alain BERNARD. Alain BERNARD said: RT @moiraud: Monde virtuel analyse d'usage http://bit.ly/ccBTon#mondevirtuel [...]

  2. Un autre exemple de monde virtuel et pédagogie « Un blog pour apprendre, apprendre avec un blog - 28 février, 2010

    [...] PDRTJS_settings_27962_post_1387 = { "id" : "27962", "unique_id" : "wp-post-1387", "title" : "Un+autre+exemple+de+monde+virtuel+et+p%C3%A9dagogie", "item_id" : "_post_1387", "permalink" : "http%3A%2F%2Fmoiraudjp.wordpress.com%2F2010%2F02%2F28%2Fun-autre-exemple-de-monde-virtuel-et-pedagogie%2F" } Un autre exemple de pédagogie qui utilise un monde virtuel. Un professeur de mathématiques au collège de l’Estaque à  Marseille. On retrouve certains invariants pédagogiques que j’évoquais dans un autre billet : [...]

  3. Invariants des mondes virtuels – Opérabis « - 13 novembre, 2010

    [...] en phase immersive sans  initiation préalable. J’ai été confronté à ce point dans mes expériences pédagogiques /…/ « Il est a noter que les intervenants doivent opérer dans un environnement [...]

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