Travail collaboratif

8 Oct

Le discours commun sur les technologies numériques en éducation établit souvent un lien de cause à effet entre l’introduction des technologies et la performance éducative. Le discours technophile  rassurant, particulièrement pour le travail collaboratif se doit d’être tempéré par une posture réflexive.

Suffit-il d’introduire des machines et des espaces numériques dans une classe pour entraîner ipso facto une relation de type collaboratif entre les divers acteurs ? Les besoins précèdent-ils l’outil ou l’outil créé t-il le besoin ? Le travail collaboratif est-il le résultat d’un contexte relationnel ou la conséquence d’une organisation technologique ?

La question du travail collaboratif retiendra notre attention.

Je prendrai, en guise d’illustration et d’analyse, l’enseignement de l’économie et gestion en DSAA (diplôme supérieur des arts appliqués)  créateur et concepteur textile au lycée La Martinière Diderot de Lyon (France).

Le contexte de cette formation :

La formation – Le DSAAT concepteur créateur textile à pour vocation de former des étudiants qui souhaitent devenir  : »un professionnel qui a en charge l’aspect « sensible » d’un projet. Il travaille dans son domaine, le textile mais également autour de tout ce qui touche au matériau au sens large, à la dimension de la surface: couleur, matière, texture, motif. Il peut revendiquer des domaines d’action trés divers: aménagement de l’espace, cosmétique, design alimentaire, mobilier » Blog de Lola Day (DSAAT 1)

Dans cette formation les besoins collaboratifs préexistent à l’introduction des technologies numériques. Plusieurs points permettent de le démontrer.

  • L’analyse du référentiel d’activité pédagogique est explicite :

/…/Elle se fonde sur une pédagogie de projet intégrant dans tous les travaux conduits en bureau de création-conception , l’ensemble des connaissances acquises dans les disciplines du troc commun. /…/

/…/un projet est réalisé par un élève ou un groupe d’élèves sur un thème donné /…/

La co-animation est exigée :

/…/ des recherches et des projets conduits individuellement et en équipe sur des programmes choisis après concertation des professeurs, des étudiants et des professionnels concernés /…/

  • L’existence d’une communauté d’intérêts chez les apprenants

La réunion d’élèves pour un temps de formation déterminé répond à une logique particulière, ils partagent un nombre important d’intérêts communs :

une culture commune qui s’exprime dans le champ du design textile et mode ;

un projet commun en économie et gestion. Simulation de création d’un atelier de design en mobilisant des compétences disciplinaires et des compétences numériques.

un objectif commun qui consiste à se préparer à la validation des unités de valeur ;

des besoins professionnels futurs communs. Le métier de designer se caractérise par une capacité à communiquer, dialoguer et collaborer avec tous les acteurs de la filière.

  • L’existence d’une communauté d’intérêts partagés par les enseignants et les professionnels associés

La future  vie professionnelle des étudiants est basée, elle aussi, sur un principe de travail collaboratif. Le travail de création mode et textile n’est pas un travail solitaire (balayons les lieux communs), tout le process de création / fabrication est articulé autour de relations constantes entre les acteurs de la filière. Les interactions sont nécessaires et fécondes en amont et en aval d’une filière complexe, le créateur collabore avec les commerciaux, les techniciens (maille, tissage, ennoblissement …). Enfin, un travail de création éclaté dans le temps et dans l’espace à l’ère d’une économie globalisée.

En résumé – Le travail en DSAA est d’essence collaborative mais … Qu’en est-il du travail collaboratif lorsqu’il est mis en pratique dans un apprentissage ?

Tentons de déterminer certaines caractéristiques. Collaborer c’est :

Ne pas connaître à l’avance le résultat de la collaboration est la première caractéristique  du travail collaboratif. L’enseignant prend le risque de se conformer aux décisions du groupe. Cet aspect est probablement un argument de rejet prévisible pour de nombreux enseignants. Sur le terrain les apprentissages sont au centre d’une double tension, réaliser les objectifs du programme , respecter la progression pédagogique dans un calendrier contraint. L’incertitude générée par le travail collaboratif est forte, le risque d’échec est à prendre en compte.

Résoudre en commun les problèmes au fil de leur émergence. Ce travail doit susciter le débat et la controverse pour aboutir au final à un arbitrage ;

Travailler de façon réticulaire. Les relations de travail entre acteurs sont d’une nature particulière. Il est assez fréquent d’instaurer un schéma d’apprentissage de type pyramidal, de l’enseignant versl’apprenant. Le travail collaboratif implique une relation de travail réticulaire. Chacun des membres du groupe pouvant dialoguer avec les autres.

A l’heure où les réseaux numériques s’nsérent dans les apprentissages et que les outils nomades se diffusent, on peut poser la question de leur impact sur le travail collaboratif ? Les réseaux numériques ajoutent – ils une plus value ?

L’expérience conduite en DSAAT permet d’amorcer quelques éléments de réponse. L’apprentissage s’appuie sur l’utilisation des fonctionnalités des réseaux numériques (le blog) et d’outils nomades matériels (clés USB, téléphones portables, lecteur MP3 …) mais aussi logiciels (partage d’écran, visio-conférence, QCM en ligne …)

La simulation de création d’un atelier de design  s’exerce en utilisant un blog. Les nombreuses fonctionnalités permettent d’intégrer du texte, de l’image, du son, de la vidéo, mais aussi de déposer des ressources, de les transférer à la communauté d’apprentissage. Il est aussi loisible de de communiquer (son, vidéo) de façon synchrone et asynchrone distante par l’intégration des fonctionnalités de diverses applications en ligne. Dans tous les cas les applications sont souples et nomades.

Les projets menés en cours se prêtent au travail collaboratif. A titre d’exemple, il est demandé aux étudiantes de s’interroger sur la nature du métier de designer, de définir une fiche de poste type. Ce travail mis au débat doit déboucher après arbitrage commun, à la constitution d’un document de synthèse. Les réseaux numériques sont une aide puisqu’il est loisible aux étudiants de travailler à distance, d’ouvrir les pages de leur blog aux autres acteurs par attribution d’un droit d’accès (auteur, éditeur; visiteur …)

Le blog comme instrument pédagogique est une suite de fonctionnalités à vocation pédagogique et collaborative. Le blog permet tout à la fois d’écrire, de lire, d’écouter et de voir, des fonctionnalités multimodales adaptées aux besoins du débat. C’est aussi la possibilité de déposer des ressources , de les transférer. Il est loisible de communiquer de façon distante synchrone et asynchrone en intégrant les fonctionnalités d’applications en ligne. En résumé des fonctionnalités de souplesse et de nomadisme qui projette l’enseignement dans des dimensions de temps et d’espace autres (la porosité de l’espace pédagogique – rapport Bardi-Bérard (2002) – L’école et les réseaux numériques – La documentation française.

L’expérience décrite précédemment a l’avantage d’être pratiquée et l’inconvénient d’être isolée. Pour cette raison l’équipe EducTice / Projet Scénario / SPE cherche à élaborer des scénarios décontextualisés qui puissent être mutualisables et transférables dans d’autres situations pédagogiques.

Un scénario blog qui prenne en compte plusieurs éléments et les assemble afin de constituer un maillage dynamique.

le contexte de formation;

les acteurs du projet ;

les outils utilisés ;

les ressources produites.

A terme il pourrait être envisageable de créer un vivier de scénarios destiné à alimenter la réflexion des enseignants en situation dans les établissements. Des scénarios qui pourraient se créer dans l’usage. Une boucle itérative allant de la pratique, passant par la constitution de scénarios types, alimentant un vivier destiné lui même à générer d’autres pratiques.

Photo Hélène Schneider – Design de mode 2

A lire – Pierre Levy -« l’intelligence collective » Le Monde diplomatique – octobre 1995

En écho à mon billet un extrait du site « Interstices » pour l’article intitulé : »du web au wiki une histoire du travail collaboratif » :

 »

Des règles « sociales » pour un fonctionnement idéal

« /…/ Certaines expériences de wikis publics ont été de retentissants échecs. On peut citer en exemple le wiki mis en ligne par le Los Angeles Times : il fut retiré au bout de deux jours, les pages étant rapidement vandalisées par des photos pornographiques. Ce cas fut discuté lors de la conférence Wikisym 2005. Quelles ont été les causes de cet échec ? Les responsables du L.A Times ont en fait commis de nombreuses erreurs : ils n’ont pas établi de communauté d’utilisateurs, ils n’ont pas « jardiné » leur wiki, ils sont arrivés à un moment où le Web était devenu une terre bien plus hostile qu’à l’époque où C2wiki ou Wikipédia se sont installés, si bien que leur wiki n’a pas eu le temps de s’auto-modérer.

On retiendra de ce cas d’échec la confirmation que l’outil ne peut pas fonctionner si l’on ne tient pas compte de son aspect social. D’une part, il faut une communauté d’utilisateurs et d’autre part, ces utilisateurs doivent avoir envie de collaborer, de s’investir personnellement dans cette collaboration. Si les utilisateurs se contentent d’utiliser le wiki « en touristes », le wiki n’aura aucune chance de fonctionner /…/ « 

4 Réponses to “Travail collaboratif”

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  1. Del.icious « Blog collaboratif - DSAAT La Martinière - Diderot - 10 novembre, 2008

    […] 10 novembre, 2008 par Jean-Paul Moiraud Notre travail sur ce deux années repose en partie sur le travail collaboratif. A ce jour (10/11/2008) des étudiantes ont choisi de travailler ensemble, s’agit-il pour […]

  2. Tweets that mention Travail collaboratif « -- Topsy.com - 28 novembre, 2010

    […] This post was mentioned on Twitter by Frederic DOMON, moiraud. moiraud said: @fdomon j'avais rédigé cela sur la collaboration http://twurl.nl/o1wzw0 […]

  3. Numérique et relations entre les acteurs éducatifs « - 19 avril, 2011

    […] pose la question des rapports entre les acteurs. J’ai déjà  rédigé des billets ici et ici en ce sens. Mes tentatives de formalisation avec les Légos m’ont permis de les formaliser en […]

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