Scénario de Pédagogie Embarquée en Langues : exemple du blog apprenant

29 Mai

J’ai eu la chance de participer à une journée d’étude de l’équipe EducTice de l’INRP(Conception et usages de ressources numériques pour l’enseignement et l’apprentissage, des recherches nécessairement interdisciplinaires ?), et notamment une intervention qui m’a intéressé dans la mesure où elle prenait pour exemple l’enseignement des langues vivantes: celle de Jean-Paul Moiraud  (chargé d’études et de recherche équipe EducTice) intitulée « Les scénarios de pédagogie embarquée : l’exemple des langues vivantes » dont le diaporama est proposé ci-dessous.


Le propos de Jean-Paul Moiraud s’appuie sur le travail d’observation et d’analyse d’un groupe de professeurs associés à L’INRP, Christian Broise (professeur d’Allemand) http://lewebpedagogique.com/cbroise et d’Emilie Michaux (professeure d’anglais) http://lewebpedagogique.com/emichaux. Ils ont développé dans le cadre de leur enseignement  et de leur association avec l’équipe EducTice une pratique inspirée des modèles SPE.

Tout d’abord : qu’est-ce qu’un « scénario de pédagogie embarqué » (SPE) ? Voici la définition qu’il propose : “une représentation formalisée de l’organisation et du déroulement d’une situation d’apprentissage dans laquelle l’usage des fonctionnalités nomades des technologies numériques fait que l’enseignement-apprentissage s’exerce dans et hors les murs de la classe.” (Hélène Godinet & Jean-Paul MoirauDéfinition de l'espace numérique - rapport Bardi - Bérardd, 2007- Equipe éducTice, INRP – Lyon). L’idée force est que les apprentissages peuvent s’exercer dans des temporalités et des espaces différents, et qu’une nouvelle dimension leur a été donnée par les technologies numériques. Le rapport d’Anne Marie Bardi sur l’école et les réseaux numériques (2002 – n° 2002-035) le met en évidence en soulignant la modification de l’espace éducatif qui tend, de fait, vers plus de porosité : « La plupart des réformes pédagogiques actuelles contribuent à élargir le cadre du cours traditionnel : les pratiques de différenciation pédagogique, les itinéraires de découverte au collège, comme les TPE et les PPCP au lycée, diversifient les lieux de travail, augmentent le nombre des intervenants et font appel à des ressources nouvelles de recherche, de traitement et de restitution de l’information. L’organisation des apprentissages se transforme à mesure que l’environnement de travail des élèves s’enrichit ; ces réformes ne remettent toutefois pas en cause profondément le cadre scolaire. » Pages 69 et suites

Ici, le SPE concerne l’utilisation des fonctionnalités d’un blog et des diverses technologies nomades associées, assimilé à ce que les anglo-saxons appellent un PLE (Personnal Learning Environment), à ne pas confondre avec les ENT tels que les définit l’institution :

 » Un espace ou environnement numérique de travail (E.N.T.) est un ensemble de services en ligne mis à la disposition de la communauté éducative. Chaque personne dispose d’un espace personnalisé qui rassemble ce dont elle a besoin pour travailler, apprendre ou accompagner la scolarité de ses enfants. Élèves, professeurs, parents, intervenants de collectivités territoriales peuvent accéder à ces bureaux virtuels depuis n’importe quel ordinateur connecté à Internet. Ils y trouvent des informations sur la vie scolaire, des éléments de cours mis à la disposition par les professeurs, des exercices, leur emploi du temps, etc. Le rôle de chacun est respecté. Les élèves se familiarisent avec des usages des technologies et le fonctionnement des établissements scolaires se modernise. Les E.N.T. favorisent l’équipement des foyers et leur connexion à internet. Ils contribuent à la réduction de la fracture numérique. Le taux d’équipement des familles ayant des enfants scolarisés est près de deux fois plus élevé que celui des autres familles.«  MEN

Dans le PLE sont « bricolés » des espaces numériques d’apprentissage à partir d’applications web 2.0 (blog, wiki, outils de réseaux sociaux, partage de signets, de vidéos, d’images, etc.). Il peut donc s’agir d’agglomération d’outils hétéroclites plus ou moins liés les uns aux autres mais qui donne une unité en terme de transmission des apprentissages. Ce bricolage auquel se livre l’enseignant me fait penser au concept d’edupunk. Le bricolage est entendu au sens ou le définit Claude Levi Strauss (la pensée sauvage, 1962, Agora) :

« Le bricoleur est apte à exécuter un grand nombre de tâches diversifiées ; mais, à la différence de l’ingénieur, il ne subordonne pas chacune d’elles à l’obtention de matières premières et d’outils conçus et procurés à la mesure de son projet: son univers instrumental est clos, et la règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les « moyens du bord », c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. L’ensemble des moyens du bricoleur n’est donc pas définissable par un projet /…/ »

Le PLE se construit pour répondre aux besoins numériques qui s’expriment dans trois espaces web différenciés, expression de l’activité numérique d’un individu : l’espace social, l’espace privé et l’espace professionnel.  Trois espaces dans lesquels sont utilisées les fonctionnalités des technologies nomades mais à des fins chaque fois spécifiques. Notre objet de réflexion se place à l’intersection des ces trois espaces, comment apprendre et enseigner dans cet espace mouvant où se mèlent intimement  les temps et espaces  privés, sociaux et professionnels ?

Les diverses expériences observées, sont celles d’enseignants qui ont créé des espaces d’apprentissage instrumentés par les blogs. (blog enseignant, blog apprenant, blog collectif). Que traduisent ces mises en ligne de process d’apprentissage ?

L’hypothèse que l’on peut émettre est que le métier d’enseignant s’est fortement modifié sans que cela soit formalisé, le professeur devient de plus en plus concepteur et éditeur des ses propres ressources. Face à cette évolution (« cette entrée effraction dans les pratiques » Pierre Funkoa ENS Yaoundé – Colloque Rés@Tice 2007) les stratégies d’élaboration des savoirs se modifient elles aussi.

Les cas observés sont construits à partir  de scénarios, l’utilisation du blog  associé à différentes fonctionnalités des technologies mobiles (baladeurs mp3, téléphone portable, clé usb, outils en ligne divers ou cloud-computing), prend en compte l’éclatement du temps et de l’espace scolaires : l’apprentissage peut déborder le cadre du temps de formation en classe tel qu’il est pratiqué traditionnellement.

Les fonctionnalités des technologies mobiles rendent effectif l’embarquement de la pédagogie et par extension la construction de scénarios ad hoc. Il est indispensable de concevoir un scénario décontextualisé et mutualisable si l’on ne souhaite pas rester au stade du bricolage et « réinventer la brouette en permanence » Anne – Marie Bardi journée EducTice – INRP 13 – 14 mai 2009.

Nous avons souligné que le PLE relevait d’une logique individuelle, satisfaisant un besoin local, d’apprentissage des langues. Il serait intéressant de confronter les analyses des enseignants et celles des décideurs / concepteurs institutionnels des ENT .  Les ENT se développent sous l’impulsion des politiques conjointes  des collectivités locales et du ministère, et  interrogent les pratiques des enseignants. Permettre d’établir des ponts entre les différentes pratiques pourrait être une piste de recherche fructueuse. Entre l’institutionnel et le bricolage enseignant : quelles passerelles ?

Il semblerait, mais c’est à démontrer, que les stratégies des PLE revêtent une forme plus réticulaire que celles des ENT.

La question qui en résulte est la suivante : comment construire un scénario ? Sans avoir été réellement formulée de manière explicite, c’est la question sous jacente dans ce billet précédent (lien vers article blog) ; des éléments de réponses ont été amenés sur le réseau apprendre2.0 (lien). Pour Jean-Paul Moiraud, construire un scénario implique de bien définir :

  • le contexte ;
  • les acteurs ;
  • les outils ;
  • les ressources.

Les formes de construction des scénarios sont encore, à ce stade de la recherche, non stablilisées, il est loisible de créer son scénario sous forme narrative (travail de scénarisation langue d’Emilie Michaux), sous forme de carte heuristique ou sous forme de fiches scénarios institutionnelles adaptées aux apprentissage des langues (type primtice). Se poser a priori ces questions est une première réponse aux objections posées précédemment, ne pas « réinventer la brouette » en permanence et être en capacité de partager l’expérience par procédé de mutualisation. Le net regorge d’expériences d’enseignement des langues instrumentés par les blogs mais par des procédés à chaque fois renouvelés. Ceci induit assez fréquemment, une absence de mutualisation,  une absence de démarche de scénarisation (le bricolage). Balayons de suite les possibles objections : construire un scénario ne signifie pas uniformiser mais analyser de façon réflexive, structurer son processus d’apprentissage de sorte que le scénario soit compréhensible, appropriable et adaptable.

Quelles sont les caractéristiques de l’enseignement des langues au collège et au lycée ? Historiquement l’enseignement des langues dans le secondaire est instrumenté, que ce soit à l’aide des manuels et des supports audio avec les bandes et cassettes et plus récemment les CD et DVD. Les réseaux numériques n’innovent pas au sens ou ils permettent aussi de gérer des fichiers audio et vidéo, mais de manière plus intégrée.

La « nouveauté » (bientôt 10 ans !) réside dans l’introduction d’un enseignement sous forme de compétences. Les technologies nomades pourraient apporter une réponse à l’approche actionnelle inhérente au cadre européen.

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L’espace web regorge de solutions libres et / ou propriétaires, les enseignants qui ont investis les TICE puisent dans cette offre large. Dans les exemples mentionnés ils ont choisi des solutions développées sous wordpress. Ce choix technologique se justifie par les potentialités et les fonctionnalités de la plateforme que nous proposons de lister :

  • Absence de publicité apparente car le système ne dépend pas d’un modèle économique ;
  • Absence de lien hypertextuel vers des sites qui s’opposeraient à des principes évidents de bonnes moeurs et d’ordre public ;
  • Interopérabilité effective. Par opérabilité on entend : « La capacité que possède un produit ou un système, dont les interfaces sont intégralement connues, à fonctionner avec d’autres produits ou systèmes existants ou futurs et ce sans restriction d’accès ou de mise en œuvre » (Wikipédia). Les enseignants ont intégré l’idée que leurs constructions peuvent être récupérées, utilisables quelque soit le lieu. Notons qu’administrativement les enseignants sont amenés à enseigner en tout point du territoire, une mutation sur une autre académie, sur un autre type d’établissement ne doit pas se traduire par une perte de données ;
  • Gestion facilitée des droits d’auteurs. Les deux cas observés (Christian Broise – Emilie Michaux) ont opté pour la plateforme lewebpédagogique basée sur une solution wordpress. Le métier d’enseignant à l’ère des technologies numériques modifie les compétences professionnelles, il faut en ajouter de nouvelles. La compétence juridique s’impose de manière encore plus forte. Au delà de la simple compétence manipulatoire (Jean-François Cerisier – Université de Poitiers – revue admistration et éducation mars 2008, n° 117) qui consiste à maîtriser la mise en ligne d’une vidéo ou d’un podcast, se conjugue la nécessaire maîtrise de concepts de droit. L’enseignant doit mettre en ligne des documents conformes à la législation en vigueur, c’est une obligation statutaire. En l’état lewebpédagogique a passé des conventions avec l’INA pour la diffusion libre des milliers de vidéos, ce qui décharge d’autant la tâche de l’enseignant (voir article de Jean-Paul Moiraud) ;

  • Régulation des interactions entre les acteurs. Les blogs proposent des fonctionnalités de commentaires et de gestion des divers droits de lecture / écriture. Il est, là encore, indispensable que les scénarios anticipent les interactions entre les acteurs, qui peut écrire, modifier un article, modifier, insérer une image ou une vidéo ? La responsabilité éditoriale, la gestion des billets, le contrôle des commentaires en dépendent.

D’un point de vue strictement technologique les enseignants de langues utilisent depuis très longtemps le support audio avec les bandes magnétiques et les cassettes (voir supra). L’apport notable des réseaux numériques est la capacité à transporter hors les murs de la classe l’apprentissage et à lier entre eux ces différents supports. Les infrastructures numériques des établissements, les équipements personnels des apprenants, les efforts pour développer les EPN (établissements publics numériques) sont des éléments de ce dispositif. Les technologies nomades, notamment les petits outils numériques du quotidien (téléphone portable, clé USB, lecteur MP3 …) contribuent à amplifier la continuité du cours.

D’un point de vue pédagogique le numérique donne les moyens de continuer le cours hors le temps prescrit par les programmes. Le scénario permet de prévoir quelle fonctionnalité d’une technologie peut être instrumentée pour valider des compétences, construire et / ou solidifier des connaissances.

In fine,la technologie interroge le temps, une question sous jacente émerge, quelles régulations temporelles doit-on adopter hors le temps scolaire ? Quel temps l’enseignant consacre t-il à son activité numérique dans un cadre des 15 ou 18 heures statutaires ? Quel temps l’apprenant consacre t-il aux apprentissages instrumentés par les réseaux numériques ? Les réseaux numériques ne sont -ils pas en train de modifier des équilibres construits après guerre ? Ces questions sensibles relèvent largement du champ politique.

Les choix opérés par les professeurs associés et d’autres enseignants de langues sont le fruit de scénarios parfois construits parfois emprunt d’empirisme. Dans tous les cas le choix de ne pas intégrer des dispositifs officiels a été opéré  » ( … ) Rather than integrating different services into a centralized system (…) Mohammed Chatti Technical University of Kaiserslautern, Germany. Ces choix posent des questions de dialogue entre les professeurs « libertaires » et les institutions. Quel dialogue peut-on établir entre les producteurs de ressources issues de la mouvance web 2.0 et les concepteur de ressources institutionnelles ? C’est dans ce contexte qu’apparaissent des associations d’enseignants qui élaborent et partagent des ressources (sous des licences qui le permettent, du style créative common) comme OpenEnglishWeb pour l’enseignement de l’anglais, Sésamaths (mathématiques), Weblettres (lettres), les clionautes (histoire géographie), lemanège (éco droit).

Je reviendrai dans un prochain billet sur la définition du contexte, des acteurs, des outils et des ressources en ce qui concerne le cours que je donne aux étudiants de M2 pour mieux préparer ce que je souhaite mettre en place l’année prochaine. C’est exactement ce qui m’a fait défaut cette année.

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