JnumCamp du personnel au général …

19 Mai

Après avoir conté mes déboires égocentrico-technologiques, il me faut passer à l’essentiel de cette journée, le contenu et mes réflexions sur le fond.

D’abord un regret, celui de ne pouvoir utiliser a posteriori les traces du chat. La force des mondes virtuels est qu’ils permettent de concevoir les projets en mode mutimodal (texte, image, son, vidéo), chaque médium est riche  parce qu’il permet d’œuvrer a priori pendant les débats et a posteriori à l’aide des traces conservées. Pourtant je ne peux rédiger ce billet que sur la base de notes prises à la volée par absence des traces sauvegardées. Il est dommage que cette fonctionnalité n’existe pas ou ne soit pas activée.  Il en est de même pour les autres mondes que j’observe (opensims, assemblive)

Mon thème d’analyse est l’utilisation des mondes virtuels dans les processus d’apprentissage, les enjeux et les scénarii de la pédagogie embarquée (SPE) – La phase apprentissage est l’objectif principal, la fin , le monde virtuel est un moyen (la proposition inverse me parait contre-productive).

Dans mon intervention j’ai posé la question du design des mondes virtuels, qui designe les environnements ? En disant cela je savais que je jetais un pavé dans la marre et je connaissais par avance la réponse qui me serait faite. Conformément à mes attentes il m’a été répondu que dans SL chaque propriétaire était son propre créateur-développeur d’espaces, d’objets de lieu. Je comprends cette philosophie généreuse et par certains aspects libertaires mais …

Je me positionne comme enseignant du secondaire post bac et je cherche à analyser par quels moyens  pourrait -on développer ces méthodes, les rendre mutualisables au plus grand nombre, oserais je le mot d’industrialisation ? Je ne connais pas le profil type des participants du JnumCamp mais j’ai le sentiment que c’est majoritairement une communauté de geeks, ceux qui agitent les idées, les pionniers, les chercheurs des laboratoires ad hoc, les doctorants …

Je comprends la revendication du « do it yourself« , lorsque je circule dans les créations de @hugobiwan dans la bibliothèque francophone (le lien est la SLurl de la biblio), je suis fasciné, je voyage en pleine poésie, c’est un laboratoire d’idées à ciel numérique ouvert. Pour autant, peut-on demander à chaque enseignant d’être en capacité de concevoir son monde, pour ses cours ? Je ne le pense pas. Il me parait illusoire de penser que les enseignants vont se mettre à coder, à créer à organiser de façon massive, à acheter des îles. En disant cela je ne tiens pas un discours défaitiste, je pose une question de méthode pour un enseignement de masse.

Je pense qu’il faut penser l’intégration des mondes virtuels dans les apprentissages de façon globale par division des tâches. La transversalité, la capacité à croiser les compétences est un moteur de développement. L’intervention d’un  étudiant de l’HETIC était intéressante à ce titre car il expliquait que leur projet était mené à plusieurs mains. Je crois beaucoup à une forme de « supply chain » pédagogique. Des concepteurs de cours, des développeurs, des ergonomes, des designers, un  « community manager » pédagogique … et j’en oublie surement. A titre d’exemple, les photos en ligne de l’organisation des jnumcamp est très intéressante parce qu’elle montre cette division des tâches (un chargé des tweets par exemple).

Je ne suis pas dans la tonalité actuelle mais je pense qu’une vision d’un apprentissage instrumenté par les mondes virtuels est une source d’emplois, de nouveaux métiers. Dans le débat j’ai posé la question suivante à l’intervenant de l’ENSAD : « faut-il créer un enseignement d’art appliqué pour des designers de mondes virtuels ? « 

Je suis convaincu qu’il faut passer du stade du bricolage au stade de la méthode généralisable. Ne pas l’envisager n’est ce pas se condamner à cantonner les travaux des profs (notamment dans le secondaire) au stade de l’expérimentation décalée ? J’en parle avec sérénité parce que j’ai le sentiment d’appartenir à ce groupe de profs pionniers mais cette étiquette me pèse tant elle est enfermante. Ce dont ont besoin les enseignants, ce sont des outils clés en main (Éric Guiraud).

En conclusion il me semble qu’il y a un champ à investir – Proposer des patrons de mondes virtuels pour l’enseignement – un apprentissage conçu dans une dynamique de projet transdiciplinaires. Je livre ma réflexion aux commentaires parce que le sujet est vaste, complexe, probablement source de polémique mais évidemment passionnant.

Précisions : Suite au commentaire de @angezanetti je tiens à préciser que dans mon esprit un projet transdisciplinaire intègre les décideurs et les financiers. Les enjeux pécuniaires sont fondamentaux. Sur ma page facebook je disais que le développement des mondes virtuels dépendait probablement de nos capacités à externaliser la conception. Le jnumcamp démontre de façon criante l’existence de ce terreaux fécond :-), les financiers n’étaient pas présents, ils peuvent s’exprimer ici.

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8 Réponses to “JnumCamp du personnel au général …”

  1. AngeZanetti 19 mai, 2010 à 9:16 #

    Je n’ai pas eu le temps d’intervenir hier, je vais donc le faire ici :je suis à 100% d’accord avec toi.

    Evidemment qu’un prof n’a ni le temps, ni les compétences pour tout faire tout seul et c’est jamais ce que je propose à mes clients par exemple.
    Le problème des mondes virtuels c’est que, justement, les démos sont souvent faites par des « gens qui savent », qui maîtrisent la plateforme. Et donc ceux qui assistent à ces démos ont l’impression de devoir apprendre à modéliser, coder, gérer son apparence etc etc

    Mais utiliser SL, ou un autre monde virtuel, comme un outil c’est bien entendu avoir quelque chose « out-of-the-box », sinon ce n’est pas un outil mais une experimentation.
    Donc bien evidemment il faut faire appel à un designer professionnel, un codeur pro, un styliste, un architecte… Bref mettre en place une vraie équipe de professionelle pour mettre en place le projet.

    Le problème vient souvent du budget, mobiliser autant de personnes à un coût et bien souvent l’argent disponible n’est suffisant que pour une seule personne. Du coup, de la même manière qu’un « Webmaster » dans les années 2000 faisait aussi bien du code, du réferencement et du design de site web, on met une seule personne pour créer un environnement virtuel.
    C’est une erreur, j’en suis conscient, mais c’est motivé par des problèmes budgétaires plus que par des « geeks » un peu fous qui veulent tout faire de A à Z 🙂

    • Henri 19 mai, 2010 à 11:55 #

      Je suis complètement d’accord:
      le temps de l’industrialisation est venu. Il faut rendre facile de vivre et construire une expérience immersive.
      Se balader sans fin dans SL (après avoir passé un temps fou à en comprendre l’utilisation) pour trouver des outils et builds (les acheter dans une monnaie curieuse assez peu appréciée du comptable de l’entreprise), acheter une île (re-comptable…)… c’est tout sauf une approche industrialisable.
      Ce n’est pas un reproche contre SL: SL joue à merveille le rôle du bac à sable. La communauté, l’économie interne, tout concours à créer un fabuleux environnement de bidouille. Mais essayer de tordre le bac à sable en outil « mainstream » n’est pas la bonne approche.

  2. Hugobiwan Zolnir 19 mai, 2010 à 10:58 #

    Jean-Paul il faut que tu poursuive tes explorations dans second life et opensim avant de tirer des conclusions hâtives 😉

    Juste concernant des points précis abordés :

    – l’historique du canal de chat, les outils

    Il existe tout un tas d’outils coûtant de zéro à 1000 lindens dollars (moins de 10 euros) et permettant une fois posés sur zone, d’enregistrer, voire de publier à la volée sur le web les historiques de chat. La correction veut qu’on prévienne les avatars de leur utilisation. Tu as aussi les outils pour twitter depuis SL, bloguer, publier sur flickr, sans parler des passerelles entre ENT et monde virtuel (moodle/sloodle).

    – Le bricolage

    La bibliotheque francophone du metaverse est un lieu d’animation, de promotion et d’expérimentation, donc de bricolage. Mais sache que je n’ai presque rien construit.

    Il y a des centaines de sympathisants qui amènent des constructions, des scripts, et offrent des outils. Le volet expérimentation nous conduit à prototyper par nature, mais nous utilisons de très nombreux outils « sur étagère ». Par exemple les outils de diaporama, les « scanneurs de sim » permettant de voir le trafic, les boules pour s’asseoir etc…

    Je t’encourage très fortement à visiter la zone de ressources pédagogiques de l’Université technologique de Virginie où tu trouveras SUR ETAGERE des textes méthodologiques sur l’organisation de cours et d’événements, des tableaux blancs 3D, projecteurs de diaporamas, télévisions pour youtube avec pilotage, outils de votes à main levée, systèmes d’enregistrement de chat, etc. Si un monde virtuel est mature en terme d’outils c’est bien second life.

    Tous les outils de base sont sur étagère. Je te rappelle que la simple vente/échange d’objets virtuels sur second life génère des dizaines de millions de dollars de CA par mois : tu as donc une offre énorme d’objets construits et scriptés utilisables clés en main.

    En fait la plus grosse existant actuellement en metaverse.

    Cordialement,

    Hugues

    • Jean-Paul Moiraud 19 mai, 2010 à 11:33 #

      Bonjour Hugo,

      J’attendais avec impatience tes commentaires :-)et je savais que j’allais susciter des réactions.

      Tu réponds parfaitement à mes interrogations et je vais bien évidemment poursuivre mes investigations.

      Tes pistes sont riches, enthousiasmantes, je connais quelques uns de ces liens. je vais aller fureter du côté de l’université de Virginie.

      Cependant je ne pense pas que mes conclusions soient hâtives. Elles reposent sur une pratique quotidienne de l’enseignement et de longues discussions avec des profs pas ou peu convaincus ou ignorants totalement l’existence des mondes virtuels. Ma posture est celle d’un enseignant du secondaire qui doit à la fois assurer ses cours (cadrage institutionnel strict) et qui essaye de penser l’innovation si possible Vs généralisation. Cela explique en partie mes prises de position.

      Je pense que nous parlons de la même problématique mais avec des entrées différentes. Je crois fermement que nos analyses sont complémentaires mais il faut les cadrer dans un contexte institutionnel contraint.

      Tu parles outils, je parle scénarii, les deux visions sont complémentaires mais c’est vrai elles peuvent être sources d’analyses divergentes.

      La rubrique commentaire n’est pas très pratique pour mener le débat de façon poussée. En immersion ?

      Cordialement

      jpm

      • Henri 19 mai, 2010 à 12:45 #

        > La rubrique commentaire n’est pas très pratique pour mener
        > le débat de façon poussée. En immersion ?

        Tiens ca tombe bien cette remarque, ça correspond exactement à ce blog post sur la limite des discussions via le texte: http://bit.ly/buKfP7

      • Jean-Paul Moiraud 19 mai, 2010 à 12:53 #

        je viens de lire le billet, effectivement c’est dans le ton de ma conclusion :

        « We believe time has come for an efficient way to have really realtime discussions online, and there’s no better way than voice for that. »

  3. Eric Guiraut 19 mai, 2010 à 1:49 #

    Bonjour.

    Ma position est celle d’un professeur du secondaire suivant le travail de Jean Paul et essayant d’utiliser un certain nombre d’outils dans la pratique pédagogique avec des contraintes différentes de celles de JP.

    J’utilise le terme outil de manière délibérée du fait que le blog, le monde virtuel, les forums, etc. sont pour mon enseignement (l’économie et le droit en section STG)sont pour moi des moyens différents, complémentaires de faire mon métier.

    Mes choix d’outil se portent donc vers ceux qui ont (à mes yeux) le meilleur rapport utilité/investissement personnel (en particulier en temps de prise en main).

    C’est la démarche que j’ai eu lorsque j’ai choisi la plateforme wordpress pour mon blog (je savais que JP pourrait m’aider) même si d’autres critères comme l’absence de publicité ont aussi été pris en compte… c’est aussi celle que j’ai eu en choisissant Assemblive comme monde virtuel : sa prise en main rapide m’a tout de suite convaincu (il ne me reste plus qu’à aller voir les autres pour voir si j’ai vraiment fait le bon choix)… et une nouvelle fois le travail de « défricheur » de JP m’a aidé.

    Donc on n’est pas tous des « défricheurs » et si les supports numériques de travail doivent être développés pour l’enseignement, il faut que la technique soit au service de celui-ci… j’irais même jusqu’à dire que notre administration devrait nous fournir des outils clé en mains sinon cela restera entre les mains de quelques innovateurs ou suiveurs intéressés (comme moi).

    J’espère avoir un peu apporté matière au débat…

    Eric GUIRAUT

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