Numérique et intempéries – Numérique rêvé et numérique pratiqué.

1 Déc

01 décembre 2010 la ville de Lyon est paralysée par la neige. Je viens en cours mais pas d’élèves. J’avais anticipé les conditions météorologiques désastreuses en concevant un cours via les réseaux numériques. Dans ce métier décréter n’est pas agir, entre mon envie d’enseigner et l’envie d’apprendre il y a un fossé.

Mes étudiantes ont déjà choisi de rester sous la couette, plus tard qu’à l’habitude, à 8 heure personnes en ligne. Puis des mails et sms pour m’expliquer les raisons de l’absence, accompagner une personne à un rendez-vous, absence de nouvelles, connexions wifi défaillantes dans les cités U etc.

Essayons de décrypter cette matinée calamiteuse :

  1. J’avais prévu un oral de présentation des stages – le facteur stress n’est pas à évacuer de la réflexion ;
  2. J’avais anticipé les problèmes de déplacement en prenant contact avec des étudiantes, en testant les solutions numériques (skype notamment)
  3. Il est évident que le numérique n’a pas encore le même statut auprès des étudiants, que le présentiel. Dans les murs je suis obligé de venir, je suis contrôlé. Le virtuel n’a pas encore cette image du « vrai cours ». La force majeure (irrésistible et imprévisible) prime sur les nécessités de l’apprentissage, même si je suppose qu’il n’y a pas de neige dans les appartements. Or, si l’on analyse froidement la situation, l’important c’est l’acquisition des savoirs pas le lieu d’exercice. On mesure le chemin qu’il nous reste à parcourir pour faire comprendre qu’il peut y avoir une dissociation  entre la présence physique et l’apprentissage. Le virtuel n’a pas encore gagné ses lettres de noblesse, loin s’en faut. Apprendre c’est encore perçu comme être dans un lieu physique identifié symbole d’une forme d’autorité. En diluant le lieu on brise ce sentiment d’obligation envers l’institution. Nous avons donc un immense chantier à mener pour expliquer que ce qui prime avant tout c’est l’acquisition de savoirs.
  4. L’argument de la connexion poussive est malheureusement une réalité. C’est un obstacle de taille, un wifi pour une centaine d’étudiants (ou plus). Il y a une véritable réflexion à engager sur les enjeux du débit. On ne peut résumer culture numérique à l’équation il y a du wifi.

La conclusion est un sentiment d’échec qui me navre, mais demain si la neige continue à nous narguer, je recommence mon expérience (avec la réussite à la clé)

4 Réponses to “Numérique et intempéries – Numérique rêvé et numérique pratiqué.”

  1. Eric Guiraut 1 décembre, 2010 à 1:46 #

    Bonjour.

    Je vois là que tu poses le problème du rapport au travail de manière générale.
    Dans les expériences que je mène avec les élèves du secondaire (2ndes et 1ères et terms STG)cette difficulté dans l’utilisation des différents outils se pose régulièrement.
    Par exemple, lors de des premiers essais de ma classe virtuelle durant les dernières vacances, malgré ce qu’ils m’avaient dit, aucun n’est venu faire les tests.

    Autre exemple : aucun élève n’utilise le forum (courrier électronique non plus) pour poser des questions complémentaires lorsqu’un devoir est programmé.

    Enfin, peu d’élèves consultent mon blog en dehors de l’utilisation en classe.

    Bon, le tableau est plutôt « noir »… mais réaliste du chemin à parcourir pour faire intégrer aux élèves et étudiants de la nécessité d’avoir un autre rapport au travail… Si une certaine fatalité semblait s’être installée sur la manque de travail des élèves hors la classe, l’utilisation des outils numériques va peut-être relancer la réflexion !

    Pour finir de manière provocatrice… Quel collègue serait prêt, alors qu’il est absent (pour de bonnes raisons), à faire cours depuis chez lui ?

    E GUIRAUT

    • Jean-Paul Moiraud 2 décembre, 2010 à 7:29 #

      Bonjour Eric,

      Mon propos bien évidemment repose sur une situation de période de cours définie dans le statut. Mon propos n’est pas d’étendre le travail à l’infini. Je ne souhaite pas soutenir l’hypothèse que pendant une période d’arrêt maladie on peut quand même travailler chez soi. Je ne réfléchi pas sur une dérégulation du travail. Je place toujours ma réflexion dans un cadre institutionnel précis, je ne dissocie jamais l’apprentissage, l’enseignement du cadre formel institutionnel dans lequel il s’exerce.

      Il faut mettre cet article en relation avec mes propos sur le temps et l’espace http://www.acteurs-ecoles.fr/page-d-accueil/num%C3%A9rique-et-temps-de-travail-1-1/

      Amicalement

      jpm

      • Eric Guiraut 2 décembre, 2010 à 8:47 #

        Bonjour.

        Ma question provocatrice concernait 2 choses :
        – évoquer bien sûr le risque de dérégulation de notre temps de travail donc la nécessité, si on veut, que l’utilisation du numérique hors la classe se développe, qu’une réelle réflexion sur notre temps de travail s’engage ; au risque sinon d’être refusé par la majorité des collègues.
        – mais surtout comprendre « tes » étudiants qui ont profité d’une situation exceptionnelle pour profiter de leur matinée… c’est l’avantage du numérique sur le présentiel : quand on ne se connecte pas, on est tranquille !

        Eric

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