Opérabis, une nouvelle machine à communiquer

25 Jan

Il est toujours utile de relire ses classiques … J’ai rédigé plusieurs articles sur opérabis et j’ai tenté d’analyser les invariants d’usage dans les mondes virtuels. Je soulignais dans mon dernier billet que les mots innovations revenaient de façon récurrente pour évoquer cette expérience. C’est novateur assurément mais … L’est ce autant qu’il n’y parait ? L’opéra comme vecteur de promotion d’une nouvelle technologie est-elle une première mondiale ? Faut-il prendre avec sérieux les acteurs de ce genre de dispositifs ?

Je me propose d’y répondre en interrogeant l’histoire et en reprenant quelques passages du livre de Jacques Perriault « La logique de l’usage essai sur les machines à communiquer » – Flammarion édition 1989. Dans le chapitre intitulé les appareils désenchantés (page 170) Jacques Perriault parle du téléphone (« cent ans d’adolescence »). Il y évoque des points que nous retrouvons dans nos pratiques immersives. En 2011 nous avons besoins de communiquer, d’expliquer, de démontrer les enjeux de nos pratiques. Nous utilisons les moyens à notre disposition – Blog, captures vidéos, conférence en ligne, évènements en immersion comme opérabis.

Le téléphone s’est installé difficilement dans le paysage technologique des français, les débuts étaient laborieux, la technique trahissait l’utilisateur. Il fallait communiquer sur une nouvelle technologie à laquelle personne ne croyait. Citons quelques passages du livre et constatons les similitudes à 130 ans de distance

  • Pas sérieux ?

Le travail en immersion suscite des commentaires, on entend souvent ce sont des geeks (façon à peine voilée de dire que ce ne sont pas des gens sérieux), le téléphone a eu aussi sa période de défiance, un outil abandonné aux  femmes supposées inconstantes, légères et bavardes, je suppose  :

« On considérait, dit-elle (la comtesse de Pange NDLR), le téléphone comme une invention de luxe ne pouvant convenir qu’aux bavardages de dames et personne n’y attachait d’importance » – Page 173

  • Le calage de la voix, les problèmes de communication

« La contesse de Pange raconte dans ses souvenirs: »j’entendais de ma chambre la sonnerie et d’étranges appels, de sonorités si exotiques : Allô ! Allô ! que ma mère s’efforçait de prononcer à l’anglaise … la demande était directe et c’était de continuelles batailles avec les « Demoiselles du téléphone »… Allô !, Allô ! Mademoiselle ! Vous m’entendez ? – M’entendez vous ? – Répondez donc, voyons, Mademoiselle ! – Allô !, Allô ! – Si vous devenez insolente, Mademoiselle, je vais faire une plainte ! Allô donnez moi la marquise de Luppé, 29, rue de Barbet – de –  Jouy – Allô ! – Oui, Luppé, avec deux P. C’est bien ça ! Allô ! … Après une demi heure d’énervement et de discussions, en vous branchait sur le Foyer de l’Opéra ou de la Morgue ! » » Page 171

Que faisons nous au moment ou nous lançons un travail en monde virtuel ? Nous calons la voix, nous apprenons à communiquer avec le micro, couper, ouvrir, parler, se taire, belle proximité d’usage

  • L’utilisation de l’opéra comme vecteur de communication

« Le nombre d’installations n’est pas très élevé à Paris, guère plus dans toute la province. Le président de la République, Jules Grévy, n’y croyait pas non plus. pour faire de la pubilicité l’administration des Postes et Téléphone décida d’un programme de démonstration lors de l’Exposition électrique de 1881, au cours duquel on entendit pour la première fois la transmission stéréophonique de l’Opéra (Invention que l’on doit à Clément Ader). » – Page 172

On constate que l’alliance de l’opéra et de la technologie n’est pas une démarche nouvelle. Deux époques différentes mais deux stratégies identiques. Nous sommes en présence d’invariants stratégiques, les intérêts croisées des artistes et des technologues.

Cette comparaison à 130 années d’écart nous amène à beaucoup de modestie sur nos pratiques, certes nous inventons, mais le processus d’innovation semble se répéter de façon identique. C’est une raison supplémentaire d’observer avec attention les avancées (et / ou les reculs) des pratiques en mondes immersifs

4 Réponses to “Opérabis, une nouvelle machine à communiquer”

  1. grammont 25 janvier, 2011 à 1:29 #

    je te renvoie d’ailleurs à l’inerview d’Alain Surrans dans mon article sur operabis, qui parle de la tradition d’innovation dans l’opera…

    • Jean-Paul Moiraud 25 janvier, 2011 à 1:54 #

      Bonjour Stéphane,

      Merci, ça me permettra de compléter mon analyse. En tout cas tout cela met à mal une quantité d’idées reçues.

      Cordialement

      jpm

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  1. Tweets that mention Opérabis, une nouvelle machine à communiquer « -- Topsy.com - 25 janvier, 2011

    […] This post was mentioned on Twitter by moiraud, moiraud and Emile HOOGE, MOIRAUD. MOIRAUD said: Opérabis et histoire du téléphone – identité de méthode http://twurl.nl/euzzqy #opérabis […]

  2. Opérabis, une nouvelle machine à communiquer | Educnum | Scoop.it - 15 août, 2011

    […] Opérabis, une nouvelle machine à communiquer Il est toujours utile de relire ses classiques … J'ai rédigé plusieurs articles sur opérabis et j'ai tenté d'analyser les invariants d'usage dans les mondes virtuels. Je soulignais dans mon d… Source: moiraudjp.wordpress.com […]

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