Urgences immersives et simulation – Se préparer virtuellement aux catastrophes du réel

15 Juin

Billet en rapport – Se préparer au pire en environnement virtuel par Laurent Gout Université Paul Sabatier – Toulouse

Virtual Health, le lieu de formation

Le 14 juin 2012 de 9 heures à 11 heures 30 s’est déroulé un exercice bien singulier dans les mondes virtuels, une simulation de médecine de catastrophe. Un terrain d’observation privilégié pour qui s’intéresse à la pédagogie en monde immersif. Ce travail mené à l’université Paul Sabatier de Toulouse est un remarquable exemple de ce que l’on peut faire grâce à un monde virtuel. Travail d’apprentissage et de validation aux frontières du serious game et du MMPORG, il est le résultat d’un travail pensé, organisé, scénarisé, élément d’un dispositif de formation plus large. J’ai eu la chance de pouvoir y assiter. j’ai pu y retrouver ce que je cherche à isoler depuis quelques temps, les invariants pédagogiques en situation immersive.

Ce travail est articulé autour de plusieurs axes :

Un scénario.

Le scénario était d’actualité après les évènements de Norvège avec Anders Behring. Le scénario était celui d’un tueur solitaire qui semait la terreur, dans un centre commercial en sous sol puis sur l’esplanade en surface et enfin dans le métro, en tirant sur de nombreux passants. 28 victimes sont impliquées. Les urgentistes avaient donc pour objectifs d’organiser les secours, d’organiser les relations entre les diverses instances et fonctions (COS, régulation, SMUR, SAMU, préfecture, cellule de crise). À la différence des serious game ce scénario est « modulable » il est plus orienté par les attitudes et les prises de décisions des acteurs que par le script du modèle numérique construit en amont.

Un contexte pédagogique.

Dans le cas présent cette simulation s’inscrit dans le cadre d’une formation diplômante, la capacité de Médecine de Catastrophe de la faculté de Médecine de Toulouse. Il s’agit donc d’une formation qui s’adresse à des apprenants titulaires d’un doctorat de médecine.Peut être y avait-il aussi des membres du personnel soignant (je n’en suis pas sûr) Le fait est intéressant car le monde persistant est associé à la notion de validation diplômante.

Un lieu, des espaces

La simulation en réel suppose de mobiliser des lieux habituellement affectés à la vie quotidienne, je suppose que l’organisation d’exercice oblige à modifier les flux de circulation, à interdire certains passages etc. Dans le monde virtuel la ville est métaphorisée, on peut la résumer à la symbolisation des lieux principaux . Y figurent l’hôpital, le samu, le centre commercial, l’esplanade et le métro tout en conservant la notion de distance et d’espace. Il est possible de simuler les translations des individus et des objets (les deux mixés) dans le ciel pour les hélicoptères, sur  les  routes pour  les ambulances  et en  sous sol où se situe le métro.

Des acteurs

Dans ce scénario les apprenants vont jouer des rôles qui induiront les futures interactions indispensables au bon déroulement du scénario. La simulation était complexe car elle engageait une grande quantité de personnes. Les acteurs dans ce dispositif sont représentés par leur avatar et identifié par un vêtement professionnel, un nom, une fonction précise dans le dispositif.

Des interactions

Des interactions sociales

Salle de cours à Toulouse

Le lieu de formation

Le scénario qui était proposé relevait de la construction très complexe, 25 apprenants plus trois tuteurs observateurs et deux observateurs extérieurs . En fonction des rôles répartis (médecins, infirmiers, régulateurs, ambulanciers, médecins à domicile …) l’interaction était  au cœur du dispositif. Les canaux de discussion utilisés passaient par la voix, les chats, le groupe second life de simulation de catastrophe (en mode privé et public). La complexité du modèle était amplifiée par la dispersion géographique des acteurs et la nécessité de gérer des conversations multiples et d’assumer des tâches diverses. Par interaction sociale, j’entends bien celle qui est réalisée dans le monde virtuel. Alors même que les étudiants étaient rassemblés dans une salle de l’université (unité spatiale de réunion des individus, personnes physiques) le réel lieu d’apprentissage est virtual Health. Le modèle désynchronise la présence physique dans le lieu de formation ( entité réelle constituée par les murs) et le lieu virtualisé numérique espace  effectif de formation.

Des interaction avec les objets

La médecine de catastrophe ne se limite pas à un acte médical au sens stricto sensu du terme. Il y a obligation de se déplacer des centres de secours vers les lieux d’exercice. Le monde virtuel met en capacité de déplacer des objets de façon dynamique. Nous avons pu assister au déplacement des ambulances (du samu vers l’esplanade, de l’hôpital vers le centre commercial) avec bien évidemment des rôles distribués pour le conducteur, les passagers. J’ai pu assister à la prise de décision de partir sur site sans une infirmière non présente à l’instant de la décision.

Des interactions hommes-objets-espace

Le propos précédent inscrit en filigrane, la capacité de faire interagir les hommes et les objets cad instrumenter en même temps un avatar qui mobilise un objet en le déplaçant dans un espace cohérent.

Des interactions avec des « hommes-objets« 

Victime choquée (non trouvée)

Dans ce dispositif, il s’agissait de secourir des personnes victimes de traumatismes divers, plus ou moins graves, voire des décès. Les victimes étaient symbolisées par des avatars disposant d’un tableau clinique obtenu par clic. Je définis les victimes avatarisées comme objet au sens où elles n’avaient pas de représentation humaine active. Il n’en reste pas moins que l’interaction était réelle au sens ou il fallait donner le bon diagnostic, prendre la bonne décision, orienter au bon endroit. La présence de ces « hommes objets » implique que les apprenants avaient l’obligation de les chercher, y compris dans les lieux les plus improbables (les toilettes hommes du métro).Deux victimes (impliquées) n’ont pas été trouvées.

Un tutorat

La question du tutorat se pose toujours dans un dispositif de formation. J’ai eu l’occasion d’échanger sur cette question avec Jacques Rodet. Faut-il être réactif, proactif ? Doit-on tutorer avant, pendant ou après le moment de formation ? Le débat n’est pas tranché mais dans le cas présent j’ai pu constater que la relance par les tuteurs était efficace pendant la période de formation. Il est entendu que le tutorat s’est exercé aussi avant la période de simulation et après lors du débriefing. Il s’agit ici d’un tutorat que je qualifiera d’immédiat – d’immerso – actif. La capacité, le choix d’agir en instantané, est en soi un élément du scénario, puisqu’il impacte obligatoirement le déroulement du travail des apprenants. Le tuteur doit par conséquent déterminer où est la limite entre l’intervention nécessaire et celle qui serait parasite parce que trop envahissante.

Ma participation à la simulation

Un observateur

Dans cette simulation je n’étais pas acteur mais simplement observateur et identifié comme tel (caméra à l’épaule et j’avais modifié mon pseudo de observer Teacher, je suis passé à Observer Teacher-Presse). J’ai adopté deux postures d’observation, la première consistant à être présent sur site en accompagnement, la seconde en utilisant la vue subjective par activation de la fonction « zoomer en avant » (on suit de façon subjective un avatar en restant à distance). J’ai pu amasser un matériel image et vidéo conséquent à fin d’analyse a posteriori.

L’immersion en tant qu’observateur est un exercice difficile car la spatialisation 3D  rend difficile l’exercice. elle est d’autant plus difficile que l’on se rapproche de la vie réelle, l’action, l’interaction, les lieux d’apprentissage sont multisites. C’est une grande différence avec les serious game, qui pour la plupart sont conçus sur le principe de la représentation avec vue isométrique, ce qui facilite la perception des actions.

L’immersion dans l’action est stressante (au sens réel du terme). J’ai été plongé dans l’action avec l’envie de tout percevoir (ce qui était impossible), tout comprendre. Ce n’est qu’en visualisant les vidéos que j’avais réalisées que j’ai pu réellement percevoir les interactions, la capacité des acteurs à occuper l’espace en fonction des besoins.

Cette simulation est montée en puissance avec le temps. la simulation a commencé dans une ambiance détendue, presque potache avec des avatars se déplaçant de façon dispersée, jouant à s’évanouir, s’égayant à droite à gauche… À partir du moment où Will Neopolitan (l’organisateur) a commencé le briefing sur le parking de l’hôpital, les choses ont changé et au fur et à mesure des découvertes et des annonces de la liste des victimes le travail s’est rationalisé, organisé, tendu.

J’ai pu percevoir des situations qui m’ont semblé très proches du réel (je mets cet avis au regard de mon statut de non médecin), des interrogations sur les problèmes d’acheminement de l’info, sur l’attitude à adopter, sur les rapports avec la préfecture, sur la présence supposée du tueur dans le centre commercial pour déterminer s’il est possible d’intervenir, sur l’absence d’une infirmière au moment du départ de l’ambulance …). Comme à chaque fois en immersion, j’ai constaté une confusion du réel et du virtuel :

Exemple : Un avatar s’est assis sur le thorax d’une victime « Fais attention tu t’assoies sur une victime qui a un pneumothorax » « bon , ben il est mort ». C’est certes sous forme d’humour mais j’ai très souvent observé ce genre d’attitude dans les mondes virtuels, mes étudiants s’assoient en haut de l’amphi virtuel comme dans le vie réelle, ne veulent pas aller au bureau parce que c’est stressant. La situation virtuelle qui n’engage en rien, provoque des réactions ancrées dans le réel.

Dans cette expérience il est un élément masqué (mais o, combien important), le travail de conception de Laurent Gout. C’est un travail exceptionnel de rigueur dans l’élaboration (programmation des lieux), de scénarisation., de formation (existence du site ELU plateforme moodle pour la formation médicale et numérique). La simulation était techniquement fluide, les voix ne s’entrechoquaient pas. Le choix de réunir les étudiants dans une salle de l’université avec un matériel homogène s’est avéré être une option intéressante. Il serait, à ce stade très intéressant de pouvoir réunir les équipes de l’impérial collège of London, de l’université de  l’Idaho avec le projet « play to train », l’université de Toulouse et peut être d’autres pour réfléchir à ces enjeux, (je me plais parfois à rêver)

Il me reste encore à analyser les vidéos que j’ai réalisées pendant cette séance afin de pouvoir déterminer la présence des invariants pédagogiques.

Quelques vidéos avec son

Teasing réalisé pour mes archives 

Découverte des victimes dans le métro accompagnement sur zone

Prise en charge des victimes dans la rame de métro vue subjective

7 Réponses to “Urgences immersives et simulation – Se préparer virtuellement aux catastrophes du réel”

  1. Pierre Mongin 11 juillet, 2012 à 9:30 #

    Il est possible aussi d’utiliser les cartes mentales (mind mapping) déjà utilisées par les pompiers lors du 11 sept à New York et par les pompiers de nombreux SDIS en France. Voir Organisez vos idées avec le mind mapping Dunod ou http://www.mindmanagement.org.Les cartes mentales permettent de remettre à jour en temps réel , le systéme d’informations de la gestion de l’événement. Les Plans communaux de sauvegarde obligatoires dans les villes de plus de 5000 habitants utilisent également cette méthode.

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