Les MOOC, quelques réflexions sur les stratégies à engager

14 Fév

1.     Introduction

Le phénomène des Moocs relève à la fois du mouvement de mode et de l’injonction ministérielle, aussi orientons nous tous notre regard  dans la même direction, celle qui est techno centrée. En faisant pivoter de quelques degrés notre axe de visée, nous revenons aux fondamentaux, la formation, l’enseignement et l’apprentissage.

Nous regardons du côté de la technologie quand c’est le cœur du métier qui doit être convoqué (le Droit, pour la composante qui me concerne). Les Moocs sont avant tout destinés à former des cohortes d’étudiants qu’ils soient en formation initiale ou inscrits dans un processus de formation continue voire des VAE.

2.     Les Moocs et le public visé

Les missions de l’Université sont précisées dans le code de l’éducation. L’article L 123-3 du code de l’éducation stipule :

« Les missions du service public de l’enseignement supérieur sont :

La formation initiale et continue ;

2° La recherche scientifique et technologique, la diffusion et la valorisation de ses résultats ;

L’orientation et l’insertion professionnelle ;

4° La diffusion de la culture et l’information scientifique et technique ;

5° La participation à la construction de l’Espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche ;

6° La coopération internationale. »

Les Mooc peuvent-être envisagés, au-delà de l’aspect communication, comme un réel système de formation. Il faut certainement analyser la convergence que l’on peut établir entre les efforts mis en place pour créer les Moocs et les publics potentiels ciblés. C’est probablement là le cœur du problème.

Il s’agit d’étudier le public auquel nous nous adressons et de connaître ses attentes dans le cadre d’une société de l’immatériel. La difficulté dans l’élaboration d’un Mooc est liée au risque de le concevoir hors sol. On peut sombrer dans « l’effet magique » du numérique qui consiste à penser que le système technologique à lui seul est le remède à tout et pour tous.

Non le numérique (on peut aller sous certaines conditions vers le terme de virtuel) n’est pas hors sol si l’on sait le scénariser. Dans l’espace réel, une formation est construite au regard d’un public potentiel, d’un budget, de réglementation, des possibilités immobilières d’accueil… On ne construit pas, on ne didactise pas une formation de L1 comme celle de M2. En toile de fond de toute structuration de formation, on diligente, on chiffre, on scénarise, on engage une politique de formation.

Pourquoi le numérique devrait-il nous affranchir de ces questions ? Le Mooc n’est pas une bouteille jetée à la mer, la contingence de l’aléa ne doit pas faire office de gouvernance. C’est bien évidemment tout le contraire. Il doit être (il est) un objet éducatif construit, pensé, inséré dans une politique globale, au sein d’un espace de formation globalisé.

Il me semble normal de se préoccuper en amont des publics concernés, ils peuvent même se révéler captifs si la réflexion  est bien menée ET menée à son terme. Peut-on imaginer dans notre contexte administratif qu’un ordonnateur engage des fonds sans avoir à se justifier ? Le comptable dans ce registre engagerait sa responsabilité à ne pas demander des comptes.

Les concepteurs des Moocs sont d’une certaine façon les ordonnateurs d’une logique pédagogique,  prévoir, penser en amont est une forme de justification comptable.

3.     Les Moocs et le life long learning

Mooc et formation continue sont –ils le pendant de formation initiale ? Cela est loin d’être vrai puisque le principe même de ce système est de s’ouvrir à la multitude des acteurs potentiels présents dans les espaces numériques.

Le Mooc, me semble t-il, doit être construit de façon non linéaire (La linéarité étant la structure générale de la formation initiale classique) mais de façon modulaire, la granularité ne peut être que fine. Les cohortes concernées par la formation continue n’ont probablement pas les mêmes intérêts et objectifs que ceux de la formation initiale. L’analyse des retours d’expériences semble converger dans cette direction :

« Performants en complément de la pratique, les cours en ligne dessinent désormais l’avenir de la formation des employés. Exemptes des principaux facteurs d’échec, les entreprises se tournent vers le digital pour former et informer à l’interne une cible éduquée, ayant accès aux nouvelles technologies et sans problématique de reconnaissance académique » in « Les MOOCs changent de public cible[1] » (2014)

« Les résultats concordent assez bien avec l’image qu’on peut se faire d’un public de jeunes cadres dynamiques (et de cadres dynamiques mais un peu moins jeunes). Concernant l’effet du genre, il est difficile de faire la part des choses entre la question des usages d’internet, qui est sans aucun doute genrée, et le fait que nous avions un public de cadres supérieurs – qu’on le déplore ou non – dominé par la gente masculine. » Cisel Mathieu à propos du Mooc gestion de projet.

4.     Une structure de cours adaptée au public

Les Moocs sont souvent analysés comme une révolution technologique alors qu’il faut, me semble t-il, y  voir une révolution structurelle. Le cadre universitaire est conçu sur le modèle LMD, système de la mastérisation des formations. La délivrance des diplômes s’inscrit sur un temps long qui permet d’asseoir  les cadres académiques et professionnels des étudiants.

Former un étudiant prend du temps, passe par des routines pédagogiques qui sont nécessaires à ce travail de structuration. La formation à l’Université permet de fixer les cadres sur lesquels les étudiants vont ancrer leur professionnalité.

Le spectre du Mooc est large, s’il est potentiellement ouvert aux étudiants, il est aussi orienté  vers la formation tout au long de la vie. Dans ce dernier cas il est doit être pensé  dans le registre du temps court et de la modularisation.

A.    Le temps court

Il faut tenir compte des évolutions des processus de formation actuels et des données législatives nouvelles. Mon propos n’est pas d’opposer les deux systèmes mais bien de les insérer dans une réflexion globale, faite de complémentarité.

À côté des modes de formation traditionnels il faut se poser la question de la place des Universités dans la formation continue des adultes. Un étudiant actuel sait qu’il est engagé dans un processus de formation qui l’emmènera jusqu’à la fin de sa carrière. Les futurs cadres de la nation sont inclus dans une économie de l’immatériel, un des facteurs de plus-value est la formation, l’ajustement des savoirs aux évolutions rapides.

Le législateur tient compte des transformations du contexte économique. Les réformes successives de la formation continue ont intégré le principe du volume d’heures de formation à disposition des salariés. Le DIF était composé d’un volant de 12O heures à disposition du salarié, le nouveau compte personnel de formation sera de 180 heures.

Ces volumes horaires sont relativement faibles eu égard à une formation annuelle à l’Université, ce qui induit de construire des formations adaptées. Le  (bref) alloué engage à penser une forme adaptée de l’espace numérique.

Une formation calibrée compte tenu d’un volume horaire réduit ne signifie pas qu’il faille réduire ses prétentions en terme de qualité. C’est probablement ici que le Mooc imprime sa marque novatrice, nous regardons du côté de la technologie quand c’est le cœur du métier qui doit être convoqué (le Droit pour la composante qui me concerne).

B.    La modularisation

S’acheminer vers des solutions adaptées et briser les références au caractère magique du mot Mooc. L’adaptation ne consiste pas à s’affranchir des Moocs mais à s’éloigner du  rapport magique aux technologies, à passer du domaine de l’imaginaire, de l’imaginé et à dépasser nos visions sédimentées des supposées vertus transformatrices des machines.

Il faut interroger le terme Mooc pour mieux asseoir nos propositions :

  • ·      Massive  – est ce obligatoire, renvoyons à l’idée de Ernst Friedrich Schumacher sur le « small is beautiful »
  • ·      Open – Rien ne nous oblige à le rendre complètement open
  • ·      On line – On ne change rien
  • ·      Course – Il s’agit du cœur de notre métier

L’idée de la modularisation est peut être de construire des solutions alternatives qui ne remettent pas en cause les principes des Moocs mais qui les insèrent dans une logique de construction pédagogique adaptée. Nous pourrions évoquer le concept du «Small Private Online Courses»

  • Small – Pour répondre à des segments spécifiques
  • Private – pourquoi s’interdire une solution cousue main aux qualités pédagogiques certaines ?
  • Online – Ne pas s’éloigner du concept de base
  • Courses – Ne pas s’éloigner du concept de base

C.    Sans renoncer à la qualité de la formation

La notion de qualité en formation est-elle liée aux temps longs ? J’ai tenté de répondre à cette question en début de propos.

Certainement oui dans le cadre de la formation initiale, probablement aussi dans la formation continue mais sur des temps plus fractionnés, sur des modules plus ramassés. Rappelons que la formation continue est accolée désormais au concept du « tout au long de la vie », marqueur indéniable d’un temps long.

La modularisation de la formation continue engage à penser les dispositifs de formation de façon différente soit un dialogue permanent entre les périodes d’activités professionnelles et les temps de formation. Les Mooc me semblent être adaptés à cette itération.

Les Universités ont probablement à répondre à ce nouveau et pressant besoin de formation.

5.     Conclusion

Ce rapide texte de réflexion est un début d’analyse. Il me semble que les Moocs, au-delà des constructions technologiques et pédagogiques sont une invitation aux responsables des Universités à imaginer la formation professionnelle comme continuum de la formation initiale universitaire.

La capacité des équipes à correctement former les étudiants, à les « fidéliser » engage à envisager leur retour dans leur giron pour leur formation continue.

Et si le chantier du futur était ici ?

11 Réponses to “Les MOOC, quelques réflexions sur les stratégies à engager”

  1. Jacques Rodet 15 février, 2014 à 9:51 #

    Bonjour Jean-Paul,

    Est-ce que les moocs seront le vecteur qui permettra aux universités d’être des acteurs plus importants de la formation continue ? Peut-être… Il est vrai que leur marge de progression est immense au regard de leur faible engagement actuel dans la formation tout au long de la vie.

    J’ai bien apprécié que, tournant le dos au messianisme révolutionnaire de nombre pro-moocs, tu déclares ne pas vouloir « opposer les deux systèmes mais bien de les insérer dans une réflexion globale, faite de complémentarité ». Je trouve là une convergence avec les pistes d’actions que j’ai formulée dans mon texte « Défauts de jeunesse des moocs et propositions pour leur accès à la maturité » http://www.educavox.fr/actualite/debats/article/defauts-de-jeunesse-des-moocs-et, en particulier celles –ci : « Abandonner la prétention de la révolution » ; « Affirmer des valeurs et des buts positifs en substituant la collaboration à la compétition » ; « Identifier sa plus-value sociétale » ; « Enoncer son modèle économique » et bien évidemment « Considérer les moocs comme une modalité à associer à d’autres au sein des dispositifs de formation ».

    Je suis plus réservé sur la notion de « révolution structurelle ». Que les Universités aient des progrès à réaliser pour modulariser leur offre ne fait aucun doute, que ceci soit révolutionnaire pour elles, à la rigueur. Pourtant, en termes d’évolutions importantes à mettre en œuvre, le grand défi pour les Universités me semble davantage se situer sur le plan pédagogique. La modularisation existe depuis longtemps, notamment en FOAD et se révèle être un levier de flexibilité indispensable dans la perspective de la formation continue (cf. mon billet « L’individualisation, élément de la flexibilité d’une FOAD » http://blogdetad.blogspot.fr/2014/01/lndividualisation-element-de-la.html). Les méthodes sont donc connues et peuvent être utilisées par les Universités. De même, les résultats de recherches et témoignages de pratiques sur l’accompagnement des apprenants à distance, dont les 10 ans de t@d se sont faits l’écho (https://sites.google.com/site/letutoratadistance/Home/10-ans-de-t-d) pourraient être utilement examinées par les Universités qui ne peuvent se prévaloir actuellement d’un souci constant de la réussite de leurs étudiants.

    Et pourtant, si les Universités arrivent à modulariser et à mieux accompagner, cela restera insuffisant pour investir pleinement la formation continue. En effet, il leur faudra passer d’une logique d’offre à celle de l’élaboration de réponses à des demandes ou des attentes. Un chemin d’humilité, qui ne sera pas le plus aisé à parcourir, s’ouvre devant elles…

    Bien à toi,
    Jacques

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