Instrumenter un blog dans sa pédagogie. maîtriser un outil ou instrumenter des fonctionnalités pédagogiques ?

1 Juil

Publié en 2013 pour le site de l’APEG

 

Le métier d’enseignant d’économie et gestion s’est largement transformé avec l’introduction du numérique. Nous avons tellement entendu cette phrase introductive qu’elle semble être frappée sous le sceau de l´ évidence voire du lieu commun pourtant … Il est entré par effraction[1] dans nos usages professionnels, et s’ est en même temps inscrit très rapidement dans les usages de classe, devenant même une priorité institutionnelle[2]

Nous avons à franchir le Rubicon qui nous fera passer de la rive de la culture du livre à celle de la culture du numérique [3]pour arpenter les terres de l’humanisme numérique[4] .

Nous construisons en complément du réseau social réel, des liaisons numériques[5], notre pouce devient l’extension de nos connaissances[6]. Fort de toutes ces transformations, les enseignants n’ont plus le monopole du savoir car les méthodes de transmission s’exercent aussi dans le vaste espace numérique, le réseau sape les fondements de l’organisation pyramidale. L´ espace dans lequel nous bâtissons nos cours est un lieu idéal d´ expérimentation soit par bricolage[7], soit par démarche scénarisée.

Parmi la profusion d’outils mis à disposition, je souhaiterais évoquer la place du blog,. Il est pédagogiquement intéressant car ses fonctionnalités sont protéiformes, le rendant pédagogiquement très plastique. Il peut être est un simple outil favorisant la mise en ligne de contenus (1) mais il est aussi un artefact complexe répondant aux attentes pédagogiques complexes des enseignants (2).

  1. Le blog un outil au service des enseignants …

L’entrée en matière apparemment la plus simple est de lister les potentialités technologiques des blogs, entendus au sens restrictif de l’outil. Les fonctions instrumentales répondent aux besoins pédagogiques immédiats. Le bricoleur peut très facilement mettre en ligne des billets. Il peut faire le choix de s’inscrire dans la tradition du livre en se limitant au texte ou bien en instillant à dose plus ou moins forte la multimodalité (texte, image, son et vidéos).

Le blog est accessible à tous par le simple acte de s’ouvrir un compte en ligne. Il est immédiatement consultable, sur une station fixe, sur une tablette ou sur les smartphones. Les contenus mis en ligne sont consultables en cours mais aussi en dehors des cours, le blog ouvre l’ère de du savoir mobile, les murs de la classe volent en éclat[8]

La technologie fait entrer le terme large comme qualificatif des potentialités actuelles de la pédagogie. Il faut cependant nuancer les enthousiasmes technophiles, l’outil ne se suffit pas à lui-même, il est contraint par les intentions des enseignants. L’histoire du livre nous a donné à connaître la biblia pauperum[9] (la bible du pauvre) il ne faudrait pas que nous sombrions dans le « numerica pauperum ».

  1. … Un outil riche en fonctionnalités pédagogiques, une stratégie de détournement d’un outil

L’intégration d’outils numériques par principe est contre productive car il s’agit souvent de faire du neuf avec du vieux ou dit plus théoriquement c’est produire de l’effet diligence[10]

L’entrée en matière doit passer par un recensement des intentionnalités de l’enseignant Nous avons rappelé que le risque de s’ égarer dans l’effet diligence est réel. Choisir d’instrumenter un blog c’est se poser un ensemble de questions préalables que l’on pourrait résumer par :  » quelle est la plus-value pédagogique induite par l’intégration du blog dans mes pratiques ? »

Quel est le niveau de formation dans lequel j’exerce ? Quelle est la matière que j’enseigne ? qui sont les personnes àqui je m’adresse ? L’économie et gestion plus que tout autre discipline se caractérise par un spectre pédagogique large.

Il faut ainsi que les enseignants sachent déterminer avant toute chose, quelles sont les fonctionnalités des blogs à instrumenter et de quelles façon il faut les traduire en intentionnalités pédagogiques. Nous pouvons lister les principales questions structurant le scénario :

o   La structure du blog doit répondre à quelques principes de bases[11]– Il n’est de bonne pédagogie que celle qui s’énonce clairement. Il importe de renseigner précisément les lecteurs sur les objectifs du blog. La notion de lectorat est ici entendue au sens large, ce sont les élèves de sa classe mais aussi la communauté élargie des personnes intéressées par l’économie et gestion.

o   Renseigner le lecteur sur l’identité et la qualité de l’auteur. On ne s’exprime pas en tant qu’individu hors système, mais bien comme enseignant soit fonctionnaire, soit inscrit dans un lien de subordination (secteur privé). Je frémis toujours lorsque je lis cette maxime fausse « les propos tenus n’engagent que moi ». Le blog est une extension numérisée de notre identité professionnelle, il est donc un espace signifiant, soumis aux divers droits et … obligations.

o   Définir l’ergonomie générale du blog . La définition du JO donnée en introduction est certes un cadre utile mais ne traduit pas justement les enjeux pédagogiques. Il y est dit que le blog « présentant en ordre chronologique de courts articles ». Cela est vrai pour qui souhaite se laisser guider par la logique du CMS[12] cela est faux pour le pédagogue. Il faut que le blog laisse transparaître la logique de raisonnement. Veut-on transmettre des savoirs de façon verticale sans volonté de dialogue ? Souhaite-t-on instrumenter le blog pour concevoir un travail coopératif et ou collaboratif avec ses élèves[13]

o   Définir le statut des intervenants. Nous l’avons dit l’intégration des solutions numériques peut favoriser la coopération et/ou la collaboration entre enseignant et élèves, entre élèves et élèves, entre enseignants et enseignants. Il revient au concepteur du blog d’attribuer des rôles aux divers intervenants selon le scénario défini

Favoriser l’accès aux contenus. Il appartient au concepteur de déterminer si la ressource mise en ligne sera visible par tous, visible mais codé ou bien existante mais invisible pour les non destinataires.

o   La mise en ligne et la scénarisation du blog doit s’accompagner d’une éducation au rapport à l’objet numérique. Il est ainsi indispensable de transmettre à ses élèves des rudiments de travail en autonomie. La mise en ligne des contenus, aussi simples soient-ils, n’ont de chance d’ être utilisés, valorisés, que si l’on prend le temps d’expliquer les enjeux. L’acquisition de l’autonomie est une démarche longue

a)     Les nouveaux enjeux pédagogiques

Nos repères de formation se sont transformés, là où l’enseignement frontal et la transmission verticale étaient la norme, les relations horizontales deviennent prégnantes. Le schéma de la tragédie grecque, forgé sur l’unité de temps et d’espace comme modèle de transmission du savoir se brise.

Le blog est le témoin de ce changement de paradigme parce que la multitude de ressources organisées et mises en ligne sont consultables “everywhere and anytime” Les élèves ont à disposition une grande quantité de blogs d’enseignants d’économie et gestion, il nous faut accepter la comparaison parfois même avec nos maîtres, grands experts et géniaux vulgarisateurs.

Il est loisible aux enseignants de donner des droits aux élèves (lecture, écriture, suppression), à d’autres enseignants de l ‘ équipe pédagogique, à d’autres enseignants d’un autre lycée, à des professionnels …

Le blog fait voler en éclat le calendrier hebdomadaire. Il est l’instrument du temps non officiel et l’instrument de l’espace numérique de formation (façon d’évoquer le hors lycée). L’espace numérique augmente pédagogiquement le cadre spatio / temporel de la classe.

Il est enfin possible de lier les contenus du blog avec les outils du web 2.0 comme Twitter et Facebook pour ne citer que les plus emblématiques

Ce rapide article m’a permis de brosser les grands principes des blogs pédagogiques. Il serait possible de décliner les divers items dans le cadre d’analyses plus approfondies. Il faut retenir que le blog est un objet numérique naît à la fin du XX siècle et reste caractéristique des enjeux du début du XXI siècle. Souplesse, mobilité, collaboration, multimodalité pourraient être les quatre mots à retenir.

[1] Pierre Funkua Resatice Rabat

[2] Eduscol faire entrer l’école dans l’ère du numérique – http://www.education.gouv.fr/cid72345/faire-entrer-l-ecole-dans-l-ere-du-numerique-vincent-peillon-dresse-un-premier-point-d-etape.html

[3]Culture du livre et culture de l’écran http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-culture-du-livre-culture-des-ecrans-2013-03-23

 

[4] Milad Doueihi ( 2011) “pour un humanisme numérique”, la librairie du XXI siècle, Seuil

[5]Antonio Casili (2010) “Les liaisons numériques”,la couleur des idées, Seuil

[6]Michel Serres (2012), “Petite poucette”, manifeste le pommier

[7]

[8] Rapport Bardi Bérard l’école et les réseaux numériques (2002) http://www.epi.asso.fr/revue/docu/d0210b.htm

[9]Alberto Manguel, “Une histoire de la lecture” l, actes sud, chapitre “lire les images” pages 123 et suites)

[10]Jean-Paul Moiraud “L’effet diligence” -)l – https://moiraudjp.wordpress.com/2008/12/31/effet-diligence/

[11] Les principes de base des blogs – diaporama de Moiraud Jean-Paul conférence à Marly le Roi 2011 – http://www.slideshare.net/moiraud/structure-blog)

[12] CMS content management system

c Coopératif et collaboratif –https://moiraudjp.wordpress.com/2011/06/09/terminologie-cooperatif-collaboratif/)

 

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