Aide aux profs – Réponses aux questions

26 Jan

Article rédigé pour le site aides aux profs

Jean-Paul MOIRAUD, Directeur adjoint de la faculté de Droit virtuelle de l’Université Jean MOULIN de LYON 3, a répondu aux questions d’Aide aux Profs en novembre 2015.

 

  1. Quel a été votre parcours professionnel et qu’a provoqué en vous émotionnellement le développement du numérique dans les pratiques pédagogiques ?

 

Je ne sais s’il faut parler d’émotion dans ce cadre, je préfère convoquer le terme de raisonnement et de réflexion sur les enjeux pédagogiques. S’il y a eu émotion elle est ancienne et remonte aux années 90 lorsque j’ai entendu pour la première fois le bruit de casserole du modem Olitec 54 K. Il me projetait dans un espace que je ne comprenais pas. Depuis ce sont plutôt la raison et l’analyse qui me guident. Je publie régulièrement sur un blog[1] mes analyses ainsi que dans diverses revues lorsqu’on me le demande.

J’ai un parcours classique au sens où je suis un pur produit de l’éducation nationale : Université (DEA de droit public), concours du CAPET économie et gestion, enseignement. J’ai un parcours professionnel plus atypique ensuite, au sens ou j’ai travaillé au sein de diverses structures (enseignant en section BTS, chargé d’études et de recherche à l’INRP (actuel ifé, Intervenant à l’ESENESR et actuellement directeur adjoint à la faculté de Droit virtuelle de la faculté de Droit de l’Université Jean Moulin Lyon 3). Quid de la suite ?

 

  1. Vous avez investi votre énergie dans l’intégration du numérique dans les processus d’enseignement et d’apprentissage. Pensez-vous, au fil de l’expérience développée, que le tout numérique soit le modèle idéal pour les apprenants ?

Je pense que l’enseignement est comme le droit fiscal, on s’évertue à empiler sans jamais songer à supprimer. Les enseignements et les apprentissages instrumentés sont avant tout la somme de tout ce que nous avons mis en place. Les diverses révolutions technologiques n’ont pas encore supprimé le stylo, le cahier, le livre, le présentiel. Parler du tout numérique ne me semble pas être la bonne entrée pour aborder la question. Il serait plus juste de regarder comment les fonctionnalités des technologies aident à rendre les enseignements et les apprentissages plus fluides, plus attrayants, plus efficace (Sur ce dernier point nous n’en avons pas les preuves). Je ne crois donc pas aux modèles idéaux pas même à celui du numérique. Il faut se souvenir que l’introduction du magnétophone, de la radio, de la télévision devait révolutionner l’enseignement. Des programmes ambitieux ont même été déployés dans les années 60[2] et pourtant …

En revanche je crois aux potentialités du numérique si elles sont intégrées dans une réflexion large et scénarisée sur l’enseignement et l’apprentissage. Je suis un pragmatique dans l’élaboration des processus de formation.

  1. La Faculté de Droit virtuelle que vous co-dirigez est-elle uniquement virtuelle ? Avez-vous réalisé des études sur les retombées physiques (troubles musculo-squelettiques, problèmes oculaires) éventuelles que génère un enseignement 100% numérique parmi vos étudiants ?

Le service dans lequel je travaille n’est pas uniquement virtuel. Il est destiné à permettre aux enseignants de pouvoir intégrer le numérique dans les pratiques pédagogiques. Nous permettons les dépôts de ressources en ligne en complément des cours en présentiel et nous développons aussi des modules de formation totalement dématérialisés en formation initiale[3] comme en formation continue[4]. Je ne connais pas d’études réalisées sur les TMS mais j’imagine que nous sommes dans la moyenne nationale et que notre métier ne diffère pas des autres qui utilisent intensément le clavier.

  1. Pensez-vous que le tout numérique puisse être uniformément proposé à tous les niveaux de l’enseignement, ou cela doit-il entrer progressivement dans la pédagogie ? (le modèle proposé pour les adultes vous semble-t-il applicable à l’école, au collège, au lycée ?)

Là encore je vais répéter que je ne crois pas au tout numérique comme un principe hors contexte, comme un dogme. Je pense qu’il faut raisonner en terme de granularité car l’intégration du numérique est soumise à une réflexion, à une scénarisation. Selon le contexte dans lequel on se trouve, il pourra être loisible de s’engager (pourquoi pas) dans le « tout numérique » mais dans un cadre scénarisé par une équipe. Le « tout numérique » peut se concevoir alors pour une leçon, un chapitre, ou une partie d’un enseignement où son intégralité pourquoi pas.

Tout d’abord le « tout numérique » part du postulat que tous les enseignants sont rompus aux subtilités des enseignements instrumentés, que toute la chaîne de décision est prête à cette révolution copernicienne et que les élèves sont eux aussi acculturés. La transformation technique passe d’abord par une transformation sociale, une métanoïa (changement de la pensée). Il faut évidemment que tout le système apprenne à intégrer ces évolutions et c’est un temps long voire très long.

  1. Le développement des enseignements numériques peut-il à moyen terme réduire le nombre d’enseignants ? Comment percevez-vous les options possibles d’évolution ?

On entre ici dans un double registre des idées reçues, celui de la peur et celui du comptable.

La peur pour commencer. L’arrivée par effraction du numérique a transformé nos habitus professionnels, nos modes de formation ont été remis en cause très rapidement. Le phénomène récent de l’ubérisation a relancé les inquiétudes sur les modèles possibles qui pourraient se développer dans le monde de l’éducation. Face à un enseignement et des apprentissages qui se dessinent mais dont les contours sont encore flous, des enseignants peuvent légitimement se sentir menacer. Il est assez normal d’avoir peur de ce que l’on ne connaît pas. Nous ne sommes pas à l’abri, bien sûr, de choix politiques qui s’orienteraient vers des stratégies purement comptables.

Le comptable – La machine remplaçant l’homme en induisant des économies d’échelles en rapport est effectivement une perspective qui peu paraître séduisante pour alléger les budgets en souffrance mais …

… Le numérique transforme plus les modes d’enseignement qu’il ne les allège en terme de masse salariale. Les dispositifs qui émergent modifient les compétences à mobiliser et les processus de conception. Un dispositif en e-learning n’est pas un mécanisme qui consiste à déposer des ressources en ligne et à « poser » des apprenants derrières des écrans. Les enseignants sont immergés dans une chaîne de conception qui est devenue très complexe, ils ne sont plus les acteurs uniques et centraux. Le e-learning c’est la capacité à faire collaborer des enseignants concepteurs, des tuteurs, des ingénieurs pédagogiques, des informaticiens, des administratifs. Autant de cultures professionnelles différentes qu’il faut réunir au sein d’une communauté d’intérêts. C’est extrêmement complexe. Il faudra à terme que cette palette de métiers se développe pour que les acteurs impliqués soient en capacité de dialoguer ensemble.

Il reste aussi à faire émerger des métiers, je pense ici à celui de tuteur. Les concepteurs des dispositifs en ligne doivent comprendre que le silence numérique est une question cruciale. Il faut suivre le travail de la communauté des apprenants. Là encore je renvoie aux travaux de Jacques Rodet.[5]

  1. Avec le développement du numérique, y a-t-il des risques de dictature éducative puisque le même savoir est diffusé au plus grand nombre ?

Dictature, quel mot terrible quand on parle d’éducation ! Diffuser le savoir est un présage de culture, de démocratie, c’est apprivoiser le vivre ensemble. Dans le contexte actuel, je dirais même que c’est un gage de stabilité des sociétés, de lutte contre les préjugés et contre toutes les formes d’obscurantisme. L’asservissement pourrait venir, et c’est peut être le sens de votre question, d’une industrialisation des modes de formation via des algorithmes, des systèmes de formation complètement automatisés. Je reviens ici à mon propos qui part de l’idée que l’enseignement et les apprentissages ne peuvent se concevoir sans la nécessaire couche humaine. Nous avons l’ardente obligation de défendre le service public et de ne pas céder aux sirènes des grands groupes qui ont bien compris que l’éducation est un marché juteux. Je suis peut être « old school » mais j’ai la conviction chevillée au corps que le service public est le rempart contre ces tentations mercantiles. Sans ces gardes fous alors peut être deviendrons nous des « digital labor[6] »

  1. Quels nouveaux métiers nés du numérique vous semblent porteurs actuellement pour les enseignants qui cherchent à « quitter la classe » ? Quelles formations vous semblent les plus adaptées à les y préparer ?

Le concept de quitter la classe était peut être définissable avant le numérique, il est beaucoup plus flou maintenant. L’espace de formation est augmenté, il est la réunion de l’espace réel et de l’espace numérisé. Les enseignants exercent leur professionnalité dans l’un et l’autre des registres sans priorisation. Lorsque l’on évoque le concept de « quitter la classe », il faut s’accorder sur ce que cela signifie. J’imagine le sens de votre question est le suivant : chercher à s’extraire de la relation éducative en présentiel, être hors les murs institutionnels.

  • Les métiers

Je pense premièrement au métier de tuteur que Jacques Rodet[7] décrit avec précision depuis des années au sein de son blog (blog de T@D) et dans les fragments du blog de T@D[8]. C’est un métier qui émerge mais avec difficulté puisque la référence essentielle est le statut des enseignants. Il faudrait probablement regarder du côté du Canada où le métier de tuteur existe officiellement.

  • Le formel

Il existe désormais de nombreuses formations dans le supérieur qui contribuent à acculturer des spécialistes du domaine. Je pense au master MFG de Rennes[9] dont le responsable pédagogique est Sylvain Vacaresse[10], et au dispositif COFORDI[11] dont le responsable est aussi Sylvain Vacaresse. Elles peuvent aider les enseignants à se former aux nouveaux enjeux de l’enseignement en ligne dans le cadre de la formation continue.

  • L’informel

Il ne faut pas négliger l’apport des savoirs informels. Nous apprenons en flux continus parce que le numérique nous enveloppe. Il ne faut pas sous estimer ce que nous apprenons dans les sphères autres que professionnelles. Au quotidien nous utilisons des traitements de texte, nous communiquons en visioconférence avec nos proches lorsqu’ils sont éloignés, nous organisons nos vacances en utilisant les services de réservations ubérisés etc. Ces activités de la vie quotidienne mobilisent des savoirs et des compétences forts, nous contraignent à comprendre nos écosystème technologique personnel.[12] Il appartient aux enseignants de comprendre comment valoriser ces acquisitions informelles en les transférant dans le cadre professionnel.

  1. Quelles sont les compétences attendues des enseignants en école, collège et lycée qui souhaitent s’investir professionnellement dans le numérique ? Pensez-vous qu’il y ait assez de possibilités d’emplois, dans le système éducatif, pour tous les volontaires ?

Vous terminez votre question par le terme de « volontaires ». Cela signifie que de votre point de vue il y aurait le choix du numérique et celui du non choix. En 2015 à dose plus ou moins forte les enseignants sont immergés dans un bain numérique sans qu’ils l’aient vraiment choisi. Il faut remplir les notes sur pronote (ou autres solutions), la gestion des carrières s’effectue à partir de plateformes dédiées, les ENT font partie des environnements professionnels, les travaux pédagogiques sont assez massivement conçus à partir des traitements de texte, les TBI font partie de l’environnement.

Le numérique est devenu pervasif, il s’est instillé dans l’univers professionnel des enseignants même si certains renâclent encore. Au risque de donner une non réponse je pense que la compétence essentielle est l’envie et la capacité à transférer ses usages personnels dans un contexte professionnel.

Cela dit on peut identifier des compétences liées au numérique, même s’il faut rappeler que c’est la capacité à enseigner qui est le fil rouge. Je peux tenter de lister des compétences clefs :

  • Savoir coopérer et collaborer ;
  • Savoir scénariser ;
  • Maîtriser un environnement numérique de type LMS ;
  • Savoir planifier son travail ;
  • Savoir quantifier le travail ;
  • Identifier les fonctionnalités des outils numériques ;
  • Maîtriser les fonctionnalités des outils numériques ;
  • Savoir organiser sa veille informationnelle ;
  • Savoir traiter sa veille informationnelle.

9 Le numérique stimule la créativité des enseignants mais complique la tâche des chefs d’établissement. Tous sont confrontés en effet à de nouveaux dangers avec Internet. Sentez-vous un assouplissement de la part de l’Éducation nationale face au développement des pratiques liées au numérique, ou une vigilance accrue ?

Si l’on commence le débat en évoquant le danger d’internet, le débat est d’ores et déjà biaisé. La mission de l’Éducation nationale est de permettre aux élèves d’apprendre. Il y a, dans le domaine du numérique, comme ailleurs une mission de formation aux usages. Nous sommes sur un domaine qui relève de la rhétorique du pharmakon grec, c’est-à-dire qu’avec la bonne dose on soigne, avec une dose importante on porte atteinte à l’intégrité. L’éducation nationale est active de ce point de vue avec Le Clemi[13], canopé[14], Eduscol[15]

Je vais continuer dans le registre de la métaphore en disant que le numérique c’est comme l’apprentissage de la natation, on peut rester sur la margelle en se disant que l’eau est peut être froide, profonde, le risque de se noyer existe, l’hypothèse d’une hydrocution est à envisager, que l’on ne connaît pas le niveau de compétence du maître nageur dans le domaine du sauvetage … À un moment il faut sauter dans l’eau.

En ce qui concerne le niveau de vigilance de l’Éducation nationale la question est complexe car elle multi niveaux. Si l’on se place au niveau du ministère, il me semble que la politique est à la fois dans le registre de la vigilance car elle est nécessaire mais elle est aussi dans le déploiement et l’encouragement[16]. Au-delà, il y a le déploiement sur le terrain, les approches des différents acteurs peuvent varier selon les lieux. Je le rappelle nous sommes sur des cycles très longs dans lequel le changement est en jeu. Nous ne pouvons espérer que tout bouge en même temps. Il faut prendre le temps des usages et du travail de conviction.

Pour illustrer cette question on peut citer Stefana Broadbent[17] qui traite très justement de la question de la confiance « Tout l’approche de la technologie tourne maintenant autour de la confiance. Comme le dit David Smith, le problème n’est pas la technologie, ce sont les comportements » p.157

« En restreignant formellement et en sanctionnant l’utilisation d’appareils personnels, ces écoles véhiculent exactement les mêmes distinctions sociales que les lieux de travail qui emploieront plus tard ces enfants /…/ Les écoles renforcent l’idée que certaines personnes n’ont pas la capacité de se concentrer et d’être autonomes dans leur relation à la technologie » P 162

10 Le numérique est-il une chance pour l’Éducation ? Est-il souhaitable d’en finir avec le présentiel et de laisser chaque élève 7h à 8h par jour chez lui devant un écran d’ordinateur, échangeant avec ses pairs dans des forums virtuels, sans jamais se rencontrer ?

Le numérique est devenu un élément incontournable dans la profession, il est probablement une chance car le champ des possibles est immense et nous sommes confrontés aux générations des petits poucets et des petites poucettes[18]. Est-il souhaitable d’en finir avec le présentiel ? Je ne le crois pas. Est-il souhaitable de laisser des élèves 7 à 8 heures devant un écran ? Cela est non souhaitable et dangereux.

Est ce possible et souhaitable dans certains cas ? Il me semble qu’il faut tenir compte des situations. Il est nécessaire de mêler présentiel et distanciel, ne serait ce que pour casser le problématique silence numérique et éviter une forme de désocialisation.

Il faut se détacher des scénarios technophiles qui élaborent un monde meilleur, fait d’immersion totale dans des réseaux totalement déshumanisés laissons ces scénarios aux auteurs de science fiction[19]. La conception de cours en ligne doit être le fruit d’une scénarisation préalable où les différents acteurs doivent impérativement collaborer. Là où le cours classique pouvait s’entendre comme le rapport entre une classe et un enseignant[20], la conception numérique s’entend comme la collaboration au sein d’une chaîne de conception.

Dans l’idéal fantasmé de l’enseignement en ligne nous avons d’un côté l’enseignant, de l’autre les élèves. Cela reviendrait à valider les propos de Régis Debray : « Communiquer est l’acte de transporter une information dans l’espace, transmettre c’est transporter une information dans le temps » /…/ « Il faut toujours un corps pour transmettre, c’est d’ailleurs là le hic du télé-enseignement et de l’éducation sur écran, c’est que le tuteur n’est pas là, il n’y a que le tuyau et ça ne marche pas vraiment ».

La chaîne de conception est complexe, elle fait converger et travailler ensemble des enseignants, des ingénieurs pédagogiques, des tuteurs, des administratifs, des corps intermédiaires, des informaticiens … Il faut être en capacité de créer une communauté d’intérêts (Godinet, 2007) orientée vers la production d’un enseignement.

Une chaîne de conception qui en arriverait à la conclusion qu’il faut laisser des élèves 8 heures par jour devant un écran commettrait une erreur grave me semble t-il, et ce à deux niveaux :

  • On ne doit jamais être seul devant un écran, la solitude numérique est le terreau du décrochage, il faut déployer un environnement qui accompagne, le tutorat en est la clef. Le travail avec les pairs est à intégrer dans la réflexion mais ce ne peut être la seule solution ou alors il faudrait considérer qu’il y a une sagesse des foules numériques[21].
  • Le lien social présentiel est à privilégier dans la formation initiale sauf pathologie avérée mais là nous sommes dans un autre registre.
  • Le numérique engendre de nouveaux comportements chez les élèves qui n’ont plus de mal à trouver les réponses aux questions qui leur sont posées, sans forcément les avoir comprises. La transmission des savoirs est-elle en danger ? L’école numérique va-t-elle se limiter désormais à des savoir-faire ?

Je ne vois pas en quoi le numérique serait à la source de tous les maux. La transmission des savoirs évolue, elle est moins transmissive (Top-down) et plus collaborative. De ce point de vue, c’est une évolution positive. Il faudra que l’on éduque nos élèves à apprivoiser la dimension numérique. Ils doivent être formés pour comprendre que les usages privés ne sont pas de la même engeance que les usages éducatifs, à apprendre à traiter l’information, à adopter une posture critique. C’est d’ailleurs une très vieille histoire, déjà en son temps le Dieu Thot disait au Pharaon à propos de l’écriture : « Il ne produira que l’oubli dans l’esprit de ceux qui apprennent, en leur faisant négliger la mémoire. En effet, ils laisseront à ces caractères étrangers le soin de leur rappeler ce qu’ils auront confié à l’écriture /…/ tu n’offres à tes disciples que le nom de la science sans la réalité. » Platon, Phèdre ». Il me semble que l’écriture a eu un bel avenir malgré les réserves des contemporains de l’invention. Depuis la fin du moyen âge nous nous sommes affranchis des principes platoniciens.

12 Le numérique, est-ce l’émergence d’une plus grande liberté d’enseigner, ou au contraire le front pionnier de tous les dangers pour l’Éducation nationale ? Comment percevez-vous l’évolution des pratiques managériales actuelles envers les enseignants « connectés » et « innovants » ?

Je me garde bien de donner des conseils ou des pistes dans mon activité réflexive. Le qualificatif d’expert que certains utilisent parfois pour me décrire m’horripile. J’essaye au mieux de structurer une pensée cohérente. La réponse, si tant est qu’il y en ait une, se situe entre la « plus grande liberté » et « le front pionnier de tous les dangers ».

Les pratiques managériales sont, elles aussi, prises dans la tourmente du numérique. Nous passons (nous tentons de) passer d’une culture hiérarchique, verticale vers de méthodes plus horizontales et cela ne va pas sans poser de problèmes. Si l’on estime qu’il faut donner du temps aux enseignants pour intégrer le numérique, je pense qu’il faut aussi donner du temps aux méthodes managériales. Cependant … il faut intégrer l’idée que l’espace de formation ne se résume plus seulement à l’espace réel, il y a aussi les espaces virtuels. Cela nous engage à penser, à imaginer une forme du travail qui (pourrait) s’effectue(r) dans et hors les murs de la classe. Nous sommes encore largement dans la culture panoptique[22], il faut que les enseignants soient sur site, face à leurs élèves au sein d’un espace immobilier (école, collège, lycée) pendant un temps validé. Les enseignants innovants donnent quelques directions mais il me semble, et je l’ai écrit[23], que c’est le système en entier qui doit s’adapter à la nouvelle donne. Nous sommes à une période où s’affrontent des temporalités antagonistes. Le temps technologique est celui du très court terme, le temps politique est celui du moyen terme et le temps du changement est celui du long terme. Il nous appartient d’essayer de concilier ces temps.

***

[1] Un blog pour apprendre, apprendre avec un blog, https://moiraudjp.wordpress.com

 

[2] « La fabrique de l’histoire » – France culture – http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-education-34-2013-01-09

 

[3] École de Droit (EDL) faculté de Droit, Université Lyon 3 – http://facdedroit.univ-lyon3.fr/d-u-professionnels-du-droit-423399.kjsp

 

[4] Master 2 de Science politique – Relations Internationales en Formation continue à distance (e-learning)- http://facdedroit.univ-lyon3.fr/master-2-de-science-politique-relations-internationales-en-formation-continue-a-distance-e-learning–136954.kjsp?RH=1158912725555&RF=1337781197980

[5] Blog de T@D – http://blogdetad.blogspot.fr/

[6] « Le digital labor », Antonio Casili, Dominique Cardon, 2015

[7] Ibid

[8] Les fragments du blog de T@D, https://sites.google.com/site/letutoratadistance/Home/consulter/fragments-du-blog-de-t-d

 

[9] Master MFG Rennes – https://etudes.univ-rennes1.fr/master-mfeg/themes/P1

 

[10] Sylvain Vacaresse – https://fr.linkedin.com/in/svacaresse/fr

 

[11] Cofordi – http://cofordi.fr/

 

[12] « Audit du domicile et e-learning, gestes et habitudes », Jean-Paul Moiraud, 2015, https://moiraudjp.wordpress.com/2015/09/19/audit-du-domicile/

[13] Clemi – « Le CLEMI est chargé de l’éducation aux médias dans l’ensemble du système éducatif français  depuis 1983. Il a pour mission d’apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias. Cet objectif s’appuie  sur des partenariats dynamiques entre enseignants et professionnels de l’information. Tous les enseignants, quels que soient leur niveau et leur discipline peuvent avoir recours au CLEMI, tant au plan national que régional, pour se former, obtenir des conseils ou des ressources. » http://www.clemi.org/fr/

 

[14] Canopé – https://www.reseau-canope.fr

 

[15] Eduscol – http://eduscol.education.fr/

 

[16] L’école numérique – http://www.education.gouv.fr/pid29064/ecole-numerique.html

 

[17] « L’intimité au travail », Stefana Broadbent, éditions fyp, 2011

[18] Petite poucette, Michel Serres, manifeste le pommier, 2014

[19] Le samouraï virtuel, Neal Stephenson, Robert Laffont, 1992 – Neuromancien, William Gibson, J’ai lu, 1984

[20] L’école et les réseaux numériques, Rapport de l’inspection générale, Anne-Marie Bardi, Jean-Michel Bérard, 1992

[21] La sagesse des foules, James Surowiecki, Jean-Claude Lattès, 2008.

[22] Surveiller et punir, Michel Foucault, Tel Gallimard, 1975

[23] Et si l’enseignant innovant était un concept utile … pour ne pas innover – https://moiraudjp.wordpress.com/2014/02/22/et-si-lenseignant-innovant-etait-un-concept-utile-pour-ne-pas-innover/

 

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