Where is Brian ? He’s speaking with his cellular phone

2 Déc

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La tour de Babel de Brueghel

L’insertion des technologies numériques dans les processus d’apprentissage est désormais une réalité, il me semble que le question ne fait plus débat. Ce sont les modalités d’utilisation, la façon dont les formes scolaires évoluent qui sont au centre des débats et réflexions. Les analyses sur les technologies sont avant tout un paravent qui abritent nos questionnements sur l’évolution de nos formes sociales.

Dans cette somme technologique qui imprègne notre vie, l’intelligence artificielle semble prendre ses marques et irise des pans de plus en plus large de notre éco-système technologique. J’évite, de façon générale, de me livrer à l’exercice de la prédiction car il est à risque et pour tout dire vain et inutile. Cependant on peut essayer de se poser des questions sur le champ des possibles à l’aune de signaux faibles que l’on relève dans sa veille.
Le besoin de communiquer, le développement des voyages, la mondialisation économique rendent le recours aux langues indispensables mais … La pratique d’une langue est un exercice à haut engagement personnel qui se traduit par un long processus d’apprentissage. Prenez cinq minutes et confrontez vos longues années de présence en cours (de la 6ème à la licence 3 par exemple) et remémorez vous votre dernière conservation dans la langue de Shakespeare, de Dante ou de Cervantès. Calculez le rapport effort d’apprentissage / efficacité du résultat …
Dix ans d’apprentissage pour peut être finir par dire à voix haute et dépitée, après avoir massacré la langue du pays hôte  « P… comment dit-on je vous remercie pour cette excellente soirée ? » ou à la fin d’une intervention en anglais (longuement préparée) vous priez pour que l’on ne vous pose pas de questions …
Peut-être est-on au début d’un changement radical grâce à l’intelligence artificielle. Les fonctionnalités des traducteurs vocaux progressent de façon vertigineuse. Il est désormais possible de s’exprimer dans une langue sans pour autant avoir passé par la case apprentissage. Il est évident qu’il est plus agréable d’avoir la capacité de s’exprimer sans la médiation d’une machine mais …
Manifestement nous sommes à un moment de notre histoire technologique où des innovations convergent pour rendre possible le développement d’une autre façon de communiquer :
L’accès aux technologies mobiles se développent, les logiciels de traductions progressent, les technologies des casques d’écoute évoluent vers plus de miniaturisation et s’affranchissent de l’oreille. Ces trois éléments techniques mis en  articulation rendent possible l’accès facile aux langues autres que celles de sa langue maternelle et paternelle. N’oublions pas que c’est souvent lorsque la convergence technologique s’opère que les progrès apparaissent. Prenons l’exemple d’Isaac Pitman qui en 1840 met au point les premiers cours par correspondance de sténographie en Angleterre. Son système arrivait à maturité grâce à la convergence du développement des chemins de fer et de l’uniformisation des tarifs d’affranchissement (le timbre postal). En raison de deux inventions notables on pouvait envoyer des cours dans toute l’Angleterre et créer des interactions distantes asysnchrones entre professeurs et élèves. L’enseignement classique dans une classe avec la présence simultanée du maître et des élèves se fissurait.
Il est possible que pour l’apprentissage oral des langues nous soyons arrivés à cette convergence technologique (téléphone portable, traducteurs, casque audio).
Cela pose en filigrane une possible évolution de l’enseignement des langues dans le futur. Quelles peuvent être les questions que nous aurons à nous poser à ce sujet ? Les questions que l’institution aura (peut-être) à gérer
Jusqu’à maintenant l’apprentissage est celui de l’oral, de l’écrit et de la civilisation (culture, littérature, histoire, géographie,…)
Comment pourra t-on, à terme, convaincre les élèves (les parents) de fournir un effort considérable d’apprentissage lorsque la machine les assistera (très) efficacement ? Quel sera le poids de l’argument pédagogique du « Il n’est pas très bon à l’oral« , nous serons pris entre le marteau du pragmatisme technologique et l’enclume de l’effort d’apprentissage.
Il est fort possible que des tensions apparaissent entre les tenants d’une forme de tradition et les tenants de la modernité. J’entends déjà les arguments de posture que l’on se renverra à la figure : « rien ne vaut un bon apprentissage », « que dire du plaisir de parler soi même avec l’autre », « et la culture du pays hôte ? », etc, etc. Si, comme je le suppose, cette possibilité du pluri-linguisme total nous est offerte, le débat des anciens contre les modernes sera engagé. Le débat de l’interdiction ou de l’autorisation du téléphone portable en classe est loin d’être éteint, je le subodore. « Brian is in the kitchen » sera numérique ou pas ?
Mon propos n’est pas de déterminer quelle sera la tonalité le champ du cygne de l’apprentissage des langues mais d’imaginer quelles seront les évolutions possibles à l’aune de l’offre technologique.
Les transformations ne supprimeront pas la diversité culturelle (elle ne le peuvent pas), il faudra encore l’enseigner, elle ne supprimera pas la richesse de la littérature, il conviendra de continuer à l’enseigner aussi. La question sera de situer la place de l’oral dans les pratiques linguistiques.
Je pense que le débat pourrait être vif, à terme. En attendant vous pouvez toujours utiliser les commentaires de ce blog pour anticiper le débat.

 

 

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5 Réponses to “Where is Brian ? He’s speaking with his cellular phone”

  1. Ninon Louise LePage 3 décembre, 2017 à 7:08 #

    Bonjour
    À nouveau, un billet agréable à lire. Le sujet dont tu traites éveille chez-moi un désir d’exprimer mes craintes quant aux application irréfléchies des technologies numériques. D’une part, je suis un peu triste pour les traducteurs dont le travail semble légué aux oubliettes. Mais ce dont je suis le plus triste est le danger de laisser une machine exprimer notre pensée. Ce nouveau contexte me convainc comment il importe d’éveiller l’esprit critique des adultes et enfants sur l’immense portée mais aussi sur les limites de ces fantastiques machines créées par nos contemporains.

  2. 2Manyteachers ? 3 décembre, 2017 à 10:21 #

    Merci pour l’article. C’est très rare de voir le sujet des langues vivantes traité par le prisme du numérique. Alors que…à mon sens c est l’outil numéro 1 du prof de langues. Une nouvelle fois on s’est peu saisi des formidables opportunités qu’offrent l’utilisation des outils informatiques en classe. La synthèse vocale est désormais quasi parfaite avec même la possibilité de choisir le type d’accent. L’écoute est individualisée comme dans les anciens labos de langues. Les élèves peuvent s’enregistrer avec peu de matériel et se réécouter à souhait. Il y a quelques années tout cela nécessitait un investissement financier considérable. Tout est désormais réuni dans un smartphone ! J’utilise ces dispositifs numériques en classe avec des élèves de 6 à 10 ans toujours avec beaucoup de succès. Cela me permet d’économiser ma voix et de mettre une classe de 28 élèves en activité différenciée. Chose que je n’ai jamais réussi à faire sans l’utilisation du numérique. Tout le monde parle, tout le monde écoute et tout le monde peut s’exercer à la maison via un terminal. Et j’en viens à l’essence du travail assisté par ordinateur : alléger la tâche de l’humain. A l’heure de la réduction du nombres d’enseignants, du nombre d’heures devant élèves,de l’augmentation du nombre d’élèves par classe, de l’intégration des enfants handicapés, de l’arrivée d’enfants allophones,des fortes demandes administratives, les robots ont pleinement leur place pour assister l’enseignant. Et figurez-vous que c est en regardant ma dentiste travailler que je me suis dit qu’on se privait dans l’enseignement de la formidable aide de ces machines…

  3. Mohammed Souali 3 décembre, 2017 à 2:09 #

    Bonjour et merci pour cette réflexion pertinente et très enrichissante. En lisant votre article je ne pouvais m’empêcher de faire le parallèle avec le débat sur l’écriture manuscrite, et tous les efforts nécessaires à son apprentissage et à sa maîtrise, avec le codage et l’écriture sur un clavier qui sont beaucoup moins coûteux en temps et en énergie (et je ne parle pas de la reconnaissance vocale pour encoder l’oral). Cependant, je pense que la place de l’oral restera primordial pour l’apprentissage des langues (vivantes) car l’écrit vient dans un second temps pour justement structurer cet oral et l’enrichir. L’oral gardera toute sa place en matière de matériau de base « INPUT » et là, le numérique est une aubaine pour augmenter et optimiser l’exposition à l’oral et pour le capter pour mieux le travailler. Je veux bien concéder que lorsque la maîtrise de la langue est suffisante, un recours à la synthèse vocale par exemple dans une situation d’expression orale en continue peut s’avérer pertinente et suffisante. Mais j’ai des doutes quant à l’expression orale en interaction et toute la gestion de l’imprévu, la part du non verbal, du socio-linguistique, du culturel, du pragmatique…
    Bien à vous et au plaisir de vous relire,

    • Jean-Paul Moiraud 3 décembre, 2017 à 2:54 #

      Cher Mohammed, Cher collègue,

      J’ai lu avec attention et plaisir votre commentaire. Vous soulevez, en effet, toute la complexité de l’enseignement des langues. Ce que je voulais souligner dans mon billet c’est la possibilité de dialoguer en direct avec un tiers qui ne parle pas notre langue. L’intelligence artificielle (les logiciels) couplée avec un smartphone et un micro casque devrait permette de communiquer assez aisement sans que l’on ait appris la langue. C’est de ce point de vue que je voulais articuler mon argumentation.

      Le non verbal est preservé dans cette configuration.

      Bien cordialement

      • Mohammed Souali 9 décembre, 2017 à 3:00 #

        Merci pour votre retour et bonne continuation.

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