Chronique de confinement #1

18 Mar

#confinement
 

Une belle image pour une maladie affreuse


« Les coronavirus sont des virus à ARN fréquents, de la famille des Coronaviridae, qui sont responsables d’infections digestives et respiratoires chez l’Homme et l’animal. Le virus doit son nom à l’apparence de ses particules virales, portant des excroissances qui évoquent une couronne. Les virions, qui sont constitués d’une capside recouverte d’une enveloppe, mesurent 80 à 150 nm de diamètre. Les petites sphères contiennent un acide ribonucléique (ARN) monocaténaire (avec une seule chaîne), linéaire (non-segmenté) et positif, comptabilisant 27 à 32 kilobases. Cet ARN se réplique dans le cytoplasme de la cellule infectée.« 
 
Une définition scientifique qui, il y a encore quelques semaines,  m’était totalement étrangère et qui n’avait pas place sous ces lignes consacrées à la pédagogie et à la formation en ligne.
 
Et pourtant … La crise sanitaire que nous vivons depuis quelques temps et le confinement qui en est la conséquence me ramène involontairement à mes sujets de prédilection – Le travail en ligne.
 
Une période exceptionnelle pendant laquelle le domicile devient un objet mixte. Il est à la fois lieu de vie et lieu de travail. C’est une période où nous aurons à inventer une autre façon de vivre et une autre façon de travailler et à conjuguer un lieu unique pour combiner sa vie personnelle et sa vie professionnelle. Il faudra inventer la cartographie sociale de la vie confinée. Elle consistera à aménager des temps incompatibles. La webcam de la visioconférence risque de devenir l’arbitre des temps de vie privée et de vie publique.
 
C’est donc un temps exceptionnel d’observation et d’analyse qui restera certainement inscrit dans nos mémoires. Il est important de conserver des traces de cette période unique. Il en ressortira soit une vision nouvelle de l’enseignement en ligne, de la dématérialisation, soit une aversion encore plus forte. Il sera de notre rôle de travailler à des constructions pensées. Il nous faudra imaginer des dispositifs où l’humain sera la priorité plus que les constructions simplement instrumentées. La machine n’est pas l’alpha et l’oméga de la distance. l’ingénierie sociale sera le point central des dispositifs de formation en ligne car il faudra aider, rassurer, conseiller, tutorer. Au-delà des machines l’Homme.
 
Pour toutes ces raisons je vais tenir ma chronique de confinement et de travail à distance. Même si cette période est subie (mais avec la certitude de participer à l’effort d’endiguement du virus) elle sera forcément riche en expériences et en analyses.
 
Je vais en profiter pour relire « chez soi » de Mona Cholet. D’ailleurs je constate que les Inrocks ont eu le même réflexe
 
#jour 1
 
En ce qui me concerne le télétravail n’est pas une nouveauté, je le pratique et je l’intellectualise depuis de nombreuses années. La question de l’aménagement de mon bureau n’a pas été un sujet de réflexion. Le cadre était posé depuis longtemps. La grève de la SNCF de novembre m’avait déjà initié au temps long du télétravail car faute de train j’avais déjà travaillé à distance pendant une semaine.
La question centrale pendant cette période sera de penser ce lieu, de l’investir, de gérer sa géographie notamment lorsqu’il est petit et / ou poly-occupé.
 
Mes prochains jours vont se passer ici, lieux réel et virtuel d’interactions professionnelles.
 
Le télétravail va nous amener à organiser l’espace appartement /maison. Il va (il a) changé(r) de statut car il est (sera) à la fois espace de vie et espace de travail. Ce blog avait largement engagé la réflexion sur ce point.
 
La technique aura une place importante dans ce nouveau dispositif de vie. J’ai analysé à nouveau la structure technologique de mon espace privé. Nous sommes désormais deux à télétravailler, autant de réflexion à mener sur les modalités de connexion des divers appareils.
Je me félicite d’avoir mené en amont quelques réflexions sur l’écosystème technologique de l’espace personnel.
 
#Jour 2
 
#Dress code
 

Dress code télétravail

 
Il faudra apprendre à organiser les nouveaux rythmes de vie. De sa chambre à son bureau il y a peu. La tentation du pyjama est grande, une transgression qui ne dit pas son nom. La porte palière tient un grand rôle dans la vie réelle. Elle est le marqueur entre la vie personnelle et la vie professionnelle. La franchir c’est changer de statut. Pendant une période indéterminée nous allons rester en deçà de cette huis arbitre des rôles sociaux. Il faudra être rigoureux sur cette « hygiène vestimentaire« .
Passée la seconde journée et le temps de transgression agréable, j’ai été remis dans les rails grâce (à cause) des réunions en visio. Il est hors de question d’apparaître hirsute et mal rasé.
 
 
#Jour 3
 
Les bouchons ont fortement diminué sur les périphériques, la presse en témoigne :
« Seulement 5 km de bouchons, contre environ 300 km en moyenne, étaient enregistrés mardi autour de 8 h 30 sur les routes d’Ile-de-France, selon le site d’information routière Sytadin. » Source site 20 minutes – https://www.20minutes.fr

Ils n’ont pas disparu pour autant, ils se sont simplement déplacés. Ils sont maintenant sur les réseaux. Le lève-tôt que je suis travaille de façon très fluide les matins. Les réseaux sont désertés mais à partir des heures de télétravail (on ne dit plus heures de bureaux) les communications deviennent plus compliquées – Ralentissement, site non accessibles.

Ce phénomène semble général au niveau français en ce début de confinement. Le début de télétravail de mon épouse a été un peu chaotique, causé par une saturation du réseau. Toutes les institutions s’adaptent et se configurent dans une situation que nous n’avions pas imaginé aussi massive et je pense aussi longue. Les réseaux doivent s’adapter au contexte de crise, j’imagine aisément le travail qui incombe aux DSI des diverses institutions.

Malgré cela je trouve que les systèmes sont plastiques et s’adaptent plutôt bien car il est globalement assez facile de travailler dans ce contexte de crise.

#Les interactions sociales.

En ce troisième jour de travail distant je n’ai pas une perception d’isolement social. Les groupes ont très rapidement adapté les modes de communication. Les interactions sont multicanaux. Listons :

Le mail – A cet instant j’ai le sentiment qu’il est le grand perdant. Mes flux se sont grandement ralentis

Whats’app – il est très actif, les communications fusent dans les divers groupes auxquels nous sommes abonnés.

Twitter – Pour la communication de masse. Il est très actif et j’ai le sentiment qu’il est la porte ouverte sur la vie de groupe, le lieu de lien entre les individus isolés dans leur domicile et l’institution.

– La visio-conférence – C’est l’outil professionnel du moment. Elle permet de travailler sans trop perdre en interaction. Là où je conseillais

Classe virtuelle – Les essentiels

en d’autres temps de supprimer la webcam (elle est gourmande en bande passante), je m’aperçois qu’elle est nécessaire. Ce jour j’ai entendu « ça fait plaisir de se voir« .

Elle est par contre extrêmement fatiguante. Passer plusieurs heures en visio-conférence nécessite un effort cognitif très important (bien plus qu’en réel). La machine étant la médiatrice des interactions sociales on s’aperçoit très vite des inconvénients – La micro-casque peut blesser. En fin de journée l’utilisateur peut avoir mal aux oreilles à cause des frottements.

Par contre … l’usage intense est une forme de pédagogie extrêmement efficace. En situation normale j’avais du mal à avoir un groupe complet équipé de micro-casque / écouteurs. Depuis tout le monde est équipé, j’imagine que deux heures de larsen est une expérience que l’on ne souhaite subir qu’une fois.

#Jour 4

#les routines

Les routines s’installent vite. Le travail de groupe à distance s’est vite ajusté. Le groupe a pris ses habitudes en remplissant son agenda pro pour signifier les activités. Je ne sais si c’est la nouveauté du principe, le besoin de passer du modèle présentiel hybride au modèle distanciel complet  mais nous sommes dans une sur-activité épuisante.
Le télétravail à haute dose se traduit par des effets corporels. Le soir l’oreille est irritée, le sentiment qu’elle a triplé de volume, le pavillon est douloureux. Un nouveau symptôme la « distancite aigüe » ?
La visio s’est vite imposée comme l’espace de travail privilégié même si les communications sont multicanaux (Mail, What’s app, téléphone). Les codes sociaux semblent se transformer. Certes nous sommes au début de cette période mais chaque début de visio commence immuablement par un « je suis content de vous voir« . Nous le sommes aussi lorsque nous sommes au travail mais ce n’est jamais personnalisé de la sorte. La place de l’image semble être très importante, elle atténue la rudesse des réseaux. Il est fort probable que cela renvoie à la définition d’avatar « Une incarnation (sous forme d’animaux, d’humains, etc.) d’un dieu, venu sur terre pour rétablir le dharma, sauver les mondes du désordre cosmique engendré par les ennemis des dieux. Généralement les avatars sont ceux du dieu Vishnu, fils de la déesse Ahiṃsā et du dieu Dharma.  » Source wikipédia.

D’une certaine façon chaque jour nous redonnons corps en entrant dans les réseaux, la webcam nous redonne vie au-delà des enchainements de codes fait de 0 et de 1.

#l’humour

 

Il prend une place très importante dans la vie numérique du groupe. Alors même, je l’ai souligné, que le travail est dense l’humour est très présent. Il se manifeste par l’envoi de blagues, d’images humoristiques plus ou moins potaches qui font la plupart du temps allusion à la crise que nous vivons. Une façon probable d’exorciser ce qui nous angoisse. 

Autour de moi les équipes en ligne, quelque soit le secteur d’activité, agissent de la même façon, l’humour remède aux angoisses non exprimées ?

#international

Ce que nous sommes en train de vivre est une pandémie « Une pandémie (du grec ancien πᾶν / pãn « tous », et δῆμος / dễmos « peuple ») est une épidémie présente sur une large zone géographique internationale » – Source wikipédia

 

. Il serait intéressant de savoir comment nos collègues chef d’établissement transalpins vivent, organisent cet instant. J’ai contacté mes collègues italiens afin qu’ils puissent témoigner ici de leur vécu professionnel. Ils sont d’accord (j’ai l’accord de principes de deux collègues). Dans quelques jours ce blog sera égayé par la langue de Dante (et sera traduit pour les non italianisant).

Bonne journée.

 

Jour 5 #Semaine 1

La première semaine de télétravail s’achève. Nous sommes passés du jour au lendemain sans transition d’une réflexion sur l’hybridation à celle de la dématérialisation totale.

 

Nous avons passé une semaine particulièrement active faite de travail de conception et de réunions en ligne. Une semaine épuisante.

Le chantier à venir pour les semaines à venir sera de développer une ingénierie sociale dans les dispositifs de formation en ligne. J’entends par là aller au-delà de la simple mise en ligne des contenus en ligne. il faudra penser la façon dont sera déployé le tutorat en ligne, la capacité à donner des signes de présence à distance, à lutter contre le sentiment de solitude numérique. Il faudra accompagner de façon forte nos stagiaires.

Un concept a émergé cette semaine, très rapidement, soudainement, le « monde d’avant » et le « monde d’après« . On peut le lire dans une quantité impressionnante d’articles, de billets, de chroniques radios, dans les conversations quotidiennes. Une semaine de confinement et les usages et pratiques de l’avant covid semblent déjà loin. Ces postures me surprennent et me questionnent sur ce basculement que je n’avais jamais observé. A suivre …

Une forme d’émergence spontanée qui inscrit dans l’esprit des gens que cet évènement va laisser des traces fortes. Il faudra prendre le temps de l’analyse, qu’en sera t-il pour l’enseignement en ligne ? Il faudra prendre le temps de l’analyse sur le court, le moyen et le long terme.

J’attends cette semaine les contributions de mes collègues chefs d’établissement italiens qui sont confinés depuis un mois. Il y aura aussi une contribution d’un collègue chef d’établissement Canadien de l’État de l’Ontario (eux aussi confinés)

#Jour 6

« La pandémie est mondiale, les enjeux de formation et d’accompagnement des élèves semblent produire des invariants. Un témoignage de René Gaudreau de l’Ontario (CA) – Le vendredi 20 mars 2020

 

Le jeudi 12 mars 2020 sera une date qui restera gravée dans la mémoire collective des pédagogues de l’Ontario. C’est en cette journée, à 16h que les médias ont annoncé que les écoles ontariennes seraient fermées jusqu’au 6 avril, comme mesure préventive de la propagation du virus Covid-19. Au début, je croyais que c’était une blague. Hélas, ce n’était pas le cas.
Les écoles sont fermées à TOUS et les écoles qui hébergent des garderies (des crèches) doivent également interrompre le service de garde. Tous les examens provinciaux, qu’ils soient nécessaires à la diplomation ou non, sont annulés. Les concierges passent plusieurs jours à désinfecter toutes les surfaces de l’école pour notre retour éventuel.
 
Le prochain 24 heures fut un bouleversement d’émotions et de questions pour moi en tant que directeur d’école. Comme mes collègues chefs d’établissement, nous avions très peu de réponses aux questions. La semaine suivante était réservée au congé d’hiver. Ce qui est normalement un moment de plaisir, de joie, de voyage, est devenu un départ de l’école angoissé, stressant pour les élèves et le personnel qui ne savaient pas trop à quoi s’attendre.
 
Depuis ce temps, il y a eu très peu de conversations au sujet de la continuité pédagogique. Le Ministre a dit qu’une directive à ce sujet serait à venir. En effet, un point de presse est prévu pour cet après-midi. Le personnel scolaire est avisé de demeurer disponible en tout temps de vérifier leur courriel de façon régulière.
 
Au niveau d’isolation sociale, la communauté est mixte. Plusieurs personnes font leur épicerie sans pour autant se soucier des autres autour d’eux. Mes enfants reçoivent des invitations à se rassembler avec d’autres (non merci!). Il ne semble pas y avoir de sentiment d’urgence dans ma ville. Ce matin, on annonce le premier cas de Covid-19 donc je présume que les précautions vont s’intensifier. Déjà les gens font des achats de panique. Les étagères à l’épicerie sont vides.
 
Donc, ce papa est à la maison avec les deux enfants pendant que leur mère travaille à la bibliothèque municipale (qui est fermée au public). Nous passons nos journées à faire de la cuisson, écouter des émissions éducatives à la télé et sur le iPad. En après-midi, c’est la randonnée en nature, souvent en raquettes, dans la forêt et loin de tout autres humains. D’ailleurs, cette semaine c’est congé pour moi et pour eux donc nous tentons de faire des choses plus ludiques et plaisantes.
Dès lundi, on commencera des travaux plus pédagogiques. Avec mon garçon de 4 ans, on travaillera la reconnaissance des chiffres et des lettres, des exercices de conscience phonologique. Avec le plus vieux (7 ans), des expériences de sciences, un peu de mathématiques en contexte authentique (préparation d’une recette par exemple) et la lecture pour le plaisir. Moi comme pédagogue, ça va. Mais qu’en est-il des parents qui n’ont pas un prof à la maison ou qui n’ont pas accès à la technologie pour visiter des sites webs éducatifs? Je m’inquiète pour mes élèves.

Ce qui m’inquiète le plus pour mes élèves est l’angoisse qu’ils doivent subir d’abandonner leur routine scolaire régulière. Pour plusieurs, l’école est l’endroit où ils se sentent en sécurité, se sentent aimés et font partie d’une grande famille accueillante. De quelle façon pouvons-nous étendre cette communauté et ce sentiment d’appartenance hors de nos édifices maintenant fermés?

Il est selon moi inconcevable d’offrir un programme identique à ce qui serait offert dans nos écoles. Il est également impossible de faire un chevauchement à l’apprentissage en ligne dans quelques jours, quoique je salue mes collègues en France pour leurs efforts rigoureux à cet effet.
 
Cette citation de Benoit Petit (@petitbenoit) m’interpelle : Présentement, nous faisons face à une situation inédite. Jamais, à l’échelle de la planète, l’humanité n’a eu à relever un défi semblable. Nos réponses automatiques ne sont peut-être pas complètes. Peut-être a-t-on besoin, en éducation, de prendre un pas de recul et de trouver des solutions innovantes à une situation hors du commun. Au fond, l’urgence actuelle est sanitaire, sociale et économique. L’éducation est importante certes, mais pas urgente.
 
Je trouve aussi intéressants les commentaires de Marie-Claude Tardif, enseignante de 5e année (CM1-CM2 NDLR) : Finalement, je pense sincèrement que cette décision de donner des travaux à faire à la maison nuit à ma profession : enseigner, ce n’est pas donner des devoirs sur le web et attendre qu’ils soient complétés… C’est discuter, questionner, répondre à des questions, revoir des notions, valider la compréhension des jeunes, c’est rassurer un enfant qui doute de lui, c’est lui montrer qu’on croit en lui… N’oubliez pas qu’on ne définit pas un enfant selon ses résultats scolaires, mais sur ce qu’il est… Cette situation particulière leur permet de développer autre chose que ce que l’école propose. Profitons-en!
 
Nos enfants, nos élèves, vivent un moment historique pour notre planète. On doit leur permettre de questionner, apprendre et reconnaitre leurs émotions en lien avec cette situation. Nos enfants vivent des moments anxieux pareils comme nous.
 
Je n’ai aucune idée à quoi ressemblera le travail à domicile pour moi et mon personnel les deux prochaines semaines. Si la fermeture n’est que deux semaines, j’ai entièrement confiance que mon personnel enseignant et de soutien pourra trancher dans le curriculum et enseigner les attentes les plus importantes à leur niveau d’étude. Si le congé se prolonge, et il semble que ceci est entièrement possible, je n’ai pas pour l’instant la solution à ce qui nous attend.

D’ici ce temps, je profite d’être pédagogue à mes enfants, mais surtout d’être papa, présent à la maison, même si je devrai passer des moments branchés au travail dans les prochaines semaines. »

 
René est directeur d’école (chef d’établissement – School leader) de l’école catholique St-Gérard (130 élèves de 3 à 11 ans), à Timmins, Ontario, environ 700 km au nord de Toronto. gaudreaur@gmail.com
 
 
 
 
 
 
#Jour 7 – Semaine 2.
 
La semaine 2 du confinement commence. Après la première semaine 1 qui a été celle de la mise en place, celle du stress du passage du présentiel à la totale dématérialisation.
 
J’espère que cette deuxième période sera celle de la prise de recul, celle où la réflexion et l’action porteront sur la partie humaine de la formation en ligne. Après avoir déposé des données, des ressources en ligne il faut penser les scénarios d’accompagnement, les formes du tutorat. Nous devons accompagner nos stagiaires, les accompagner.
 
A cet instant me vient la formule de Bernard Stiegler – L’outil est un pharmakon, à petite dose il soigne à forte dose il tue. Il faut que nous ayons bien conscience que l’outil seul n’est pas la seule solution. Il faut le marier avec la nécessaire dose humaine d’interactions. C’est l’assemblage subtil entre une ingénierie technique et une ingénierie sociale qui sont, me semble t-il, la solution.
 
A titre personnel, je trouve la reprise de cette seconde semaine difficile car je prends réellement conscience qu’il faudra tenir dans la durée. Le confinement et la dématérialisation sont arrivés par effraction dans notre vie.
 
Même si les liens sont permanents avec les collègues, c’est quand même un face à face avec un ordinateur.  Il n’y a plus le charme du numérique dans les transports publics comme je l’avais imaginé en d’autres temps.
 
Un ordinateur, un bureau, un boulot la formule revisitée de Pierre Béarn (Métro, boulot, dodo). Le métronome de nos vies recluses
 
#Jour 8
 
Comme promis cette semaine sera celle de l’Italie. Roberta Fantinato proviseure (dirigente scolastico) à Bologne (Bologna) nous parlera de son expérience.
 
En attendant voici un texte que Roberta m’a envoyé sur l’évaluation en ligne Valutazione DAD – liceo Minghetti Bologna. Je vais traduire en français mais il faut me donner un peu de temps.
#Jour 9
    #chronos
 
Le confinement a un effet sur la perception du temps. Non que je sois désorienté mais j’ai plus de mal à identifier le jour qu’il est. Il me faut recourir plus souvent au calendrier et à l’agenda pour ne pas confondre les jours. C’est une sensation désagréable. Nous sommes en manque de repère entre la semaine et le dimanche, le lundi et le mardi. Nous sommes dans une période de lissage des temps au sein de nos appartements.
Les routines s’installent et la période de suractivité technologique est derrière nous. Nous commençons à entrer dans ce qui me paraît essentiel l’accompagnement en ligne. Le travaux de Jacques Rodet n’ont jamais été autant d’actualité. Je pense notamment à ses synthèses sur les interventions des tuteurs à distance. Je pense profondément que cette crise fera mieux comprendre les concepts de présence à distance, de solitude numérique de la nécessité de donner des signes de présence à distance.
 
Sans tutorat il est difficile d’assoir une réel enseignement à distance.
 
#Jour 10 et #Semaine 2 – Synthèse
 
Fin de la seconde de semaine de travail. Comme en fin de semaine 1 c’est la fatigue qui domine. Le télétravail est une posture à gérer. Il y a un gap important entre une journée hebdomadaire et le télétravail permanent. C’est un sentiment de grand vide en fin de semaine. De plus il n’y a pas de perspective de rupture car le congés de fin de semaine est identique à la semaine.
 
Ce qui est évident c’est que l’éducation nationale est fortement engagée pendant cette période (mais elle l’est de façon générale, il est bon de le rappeler).
 
Personnellement j’ai le sentiment d’avoir beaucoup avancé dans mes différentes tâches de conception des formations en ligne. J’ai tenté de synthétiser les grands principes de l’accompagnement en ligne.
 
Faire la pause numérique est un peu difficile car la seule évasion possible passe essentiellement par les réseaux et les écrans (j’inclue la lecture). Je précise que j’ai une vie familiale (hors réseaux) qui me permet de briser la dureté du moment.
 
Après deux semaines de confinement (nous venons d’apprendre que le confinement est prolongé pour 15 jours au moins) j’ai le sentiment que le moral sera un élément déterminant, il faudra être attentif à cela.
 
#Routine
 
La routine de la semaine que je retiens. Le matin toute l’équipe se salue sur What’s app. C’est un temps auquel je tiens et qui rythme ma journée. Chacun se salue en envoyant une photo du ciel de la ville où il se situe. C’est important pour moi. Benjamin, Emmanuel, Aurélie, Frédéric, David, Maggy, Nicolas, Cécile, Magali, Pascal et Christian envoient leur coin de ciel et la journée peut commencer. A l’aune de cette nouvelle expérience, la ritualisation sera probablement un marqueur nécessaire de ces journées figées dans leur dimension spatiale.
#Italie #Un « simposio » 2.0
 
Du côté de nos amis Italiens on gère aussi le confinement, l’enseignement en ligne, les solutions pour « s’évader » des quatre murs. Roberta m’a envoyé une copie du journal local. Le journal titre « Les étudiants en proie à l’anxiété – Studenti in preda all’ansia » – « Quelli delle scuole superiori iniziano a dare i primi segnali di anzia e di smarrimento«  – Ceux de l’enseignement supérieur commencent à donner les premiers signes de désarroi et d’anxiété » -« Dopo le prime settimane in cui la didattica à distanza aveva dato nuovi stimoli ai ragazzi nonostante l’assenza fisica da scuola, ora, a detta di molti dirigenti scolastici, c’è una fase discendente e la scuole stanno provando a tenere agganciati i loro studenti, a non spronarli. » « Aux dires de nombreux chefs d’établissement, après les premières semaines pendant lesquelles l’enseignement à distance avait créé une stimulation auprès des élèves malgré l’absence physique de l’école, nous assistons à une phase descendante. Les écoles essayent de maintenir l’attention de leurs élèves, de ne « pas les perdre« , ils les encouragent. » – « E cosi a un docente del liceo classico Minghetti, Giovanni Pellegrini, insieme agli insegananti del dipartimento filosofico della scuola di via Nazario Sauro, à venuta un’ idea : far « uscire » i ragazzi la sera, all’ora in cui prima, magari finiri i compiti, uscivano con gli amici o per le sport, e riunirli tutti insieme attorno a un testo filosofico. Un « simposio » 2.0, dopo cena, per far incontrare gli studenti al di fuori dagli impegni scolastici della mattina. Un modo per imparare solo per il piacere di farlo, guadandosi faccia a faccia, ma solo attraverso « Google Meet ». Un modo per usare la filosofia come une vera e propria cura dell’anima, in questo momento cosi difficile per tutti » « Ainsi un enseignant du lycée classique Mingetti, Giovanni Pellegrini avec ses collègues du département de philosophie de l’école de la rue Nazario Sauro ont eu une idée : faire « sortir » les jeunes le soir, à l’heure où ils ont terminé leurs devoirs, où ils sortent avec ses amis ou font du sport. Les réunir tous ensemble autour d’un texte philosophique. Un séminaire 2.0 après le dîner pour permettre aux étudiants de se rencontrerau-delà de leurs obligations scolaires du matin. Une façon d’apprendre seulement guidée par l’envie, en étant présent les uns avec les autres mais par le truchement de « Google meet ». Une modalité pour utiliser la philosophie comme un soin de l’esprit dans ce moment aussi difficile pour tous. »  
 
 
#Avant #hypermobilité
 

Pause


le 31 janvier 2020 Le Monde titrait un article « J’en étais arrivée à un point où je ne savais même plus dans quelle ville je me réveillais » : les épuisés de l’hypermobilité professionnelle« . Cet article évoquait en partie ma vie professionnelle (les hôtels de luxe en moins). Le confinement a pour corollaire un très fort ralentissement de l’activité économique et un arrêt des déplacements. Je ne prends plus le TGV deux fois par semaine (voire plus). Je n’ai effectivement plus ces moments très angoissants où, lors d’un réveil nocturne, on ne sait plus où l’on se trouve.
 
En contrepoint de cet article initial et en raison des circonstances actuelles le futur article serait-il –  les épuisés de l’immobilité professionnelle ? Le titre pourrait être « Le matin je vois toujours le même bureau, le même ordinateur, le même espace, rien ne bouge, je craque… » ou « J’ai repris goût à une vie normale, je ne veux plus partir »
 
Qu’en disent les journalistes du Monde ?
 
#Jour 11
 #Dimanche
 
Le dimanche c’est relâche, le temps de coupure de la semaine. A propos de relâche est ce que le télétravail permet de relâcher son corps ? Je l’ai déjà écrit ici nous avons une vision Lasalienne du corps, nous pensons (enfin j’ai cette vision de la chose) que si le corps se relâche, l’esprit en fait autant. J’avais conçu la présentation ci-dessous en 2016
 
Accéder à ce Sway

Il serait très intéressant de savoir de quelle manière le télétravail a modifié les postures corporelles. J’imagine aisément des modules complexes, des cours conçus avachis sur le canapé, assis en tailleur sur le lit, ou au soleil sous une véranda l’ordinateur posé sur une table de jardin. Les publicités en ligne en ce moment sont dans ce registre, le lâcher prise du corps.

 

En 2015 je m’étais essayé à l’exercice d’imaginer d’autres postures en salle de cours

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#Semaine 3 #Jour13

Comme la semaine dernière la reprise du lundi est difficile alors même que je n’ai pas vraiment déconnecté ce week-end.

#Lien

 

Depuis le confinement j’envoie un tweet à nos stagiaires de l’institut, une façon de maintenir le lien à distance. Petit à petit cette routine qui consiste à donner des signes de présence à distance  commence à s’installer.
 
#Jour 14 – Un témoignage de C.Lajus
 
L’écriture collaborative continue. Aujourd’hui mon ami C.Lajus
 
Retraité de l’Education depuis juillet 2019, j’ai été admis à l’Ecole normale des Instituteurs de DAX en septembre 1969. Instituteur. A la fin des études, j’ai enseigné deux ans dans une classe de perfectionnement puis pendant treize ans, j’ai été en charge d’une école à classe unique. Durant les six années suivantes, j’ai pris la direction d’une école avant de réussir le Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Instituteur ou de Professeur des Ecoles Maître Formateur (CAFIPEMF). Les dix années suivantes, j’ai exercé les missions de conseiller pédagogique pour l’adapatation et la scolarisation des élèves handicapés, puis généraliste et enfin pour l’éducation physique et sportive.
En 2004, j’ai été admis au concours de recrutement des inspecteurs de l’éducation nationale. J’ai exercé ce métier dans le premier degré, en circonscription puis auprès d’une inspectrice d’académie.
En 2011, j’ai intégré l’administration centrale de l’Education nationale, affecté à l’école supérieure de l’Education nationale (ESEN) sur un poste de responsable de formation, puis d’ingénieur de formation. Le dernier poste occupé était celui d’adjoint au chef de département des cycles métiers à l’Institut des Hautes études de l’Education et de la Formation (IH2EF).

Deux semaines après… L’école a changé !

De ma toute nouvelle place de jeune retraité de l’Education nationale, très récemment engagé dans la vie municipale d’une bourgade de 3500 habitants, j’ai été fortement interpellé par cette situation inédite d’une école entièrement à distance. En quarante-cinq ans de carrière d’enseignant ou de personnel d’encadrement, je n’avais jamais connu un tel contexte…Avec la précieuse collaboration de l’équipe enseignante, des parents d’élèves, d’élèves, d’élus, à savoir de toute la communauté éducative, j’ai pu recueillir, durant ces deux premières semaines d’« expérimentation » : impressions, ressentis, vécus, propositions, initiatives…y compris venant de celles ou ceux qui fréquentent collège et lycée.

Plusieurs traits d’analyse sont très vite apparus : l’engagement de tous ; l’adaptabilité, la créativité et la capacité d’innover des enseignants ; la forte reconnaissance des parents envers les enseignants ; le manque de l’école en présentiel manifesté par les élèves ; la diversité des problématiques notamment en fonction des degrés d’enseignement, des disponibilités et aptitudes des familles mais aussi de la présence et de la fiabilité des technologies d’appui, sans oublier la place non négligeable de la collectivité pour assurer le lien (commission municipale aux affaires scolaires notamment). J’ai donc opté pour une présentation synthétique des contributions reçues en l’organisant autour des marqueurs forts que j’ai pu identifier.

►Le rôle central du directeur d’école 

Sa tâche s’est complexifiée et son engagement est remarquable. Il doit en effet gérer dans la même période, non seulement sa classe et les attentes de son équipe, mais également la procédure Affelnet pour les passages des élèves en 6ème en vue de la rentrée 2020. Ceci le contraint à un traitement individuel pour les élèves de CM2, soit à engager un dialogue avec 49 familles par internet, en lieu et place de la navette « fiches » qui se faisait les années précédentes. Toutefois, cette situation exceptionnelle l’a amené à créer de nouvelles modalités de communication au sein de l’équipe des enseignants avec l’ouverture d’un groupe whatsApp afin de communiquer sur l’avancée de la continuité pédagogique, y compris avec les familles. Ce lien nouveau génère à ses yeux beaucoup plus d’interactions et renforce les liaisons même si les relations étaient déjà excellentes selon lui. Mais ce qui est à relever surtout, c’est ce travail supplémentaire engagé, notamment les premiers jours du confinement, tant sur le plan technique pour faciliter les échanges de travaux et de consignes avec les familles que sur le plan pédagogique ou des programmations et des séquençages qui doivent être repensés. Le présentiel leur semblait moins exigeant ! L’autre inquiétude manifestée par le directeur est de deux ordres :

            ⁃         Que font les élèves qui n’ont pas la possibilité de travailler à distance ? Comment les accompagner dans leurs apprentissages ? » ;

            ⁃         Les familles tiendront-elles « pédagogiquement » la distance si le confinement s’étale sur plusieurs semaines ? 

►Le terme « équipe d’école » prend ici tout son sens 

Cette situation inattendue et déstabilisante a généré chez les enseignants de l’école une capacité d’adaptabilité remarquable. Il a fallu définir de nouvelles modalités de travail, rechercher collectivement des solutions face aux problèmes de réseaux saturés et surtout il était nécessaire de repenser la façon d’enseigner. Pour ce faire, il a donc fallu prendre du recul, analyser ses pratiques, mettre des mots de façon précise sur chaque tâche afin que chacun (parent et élève) puisse comprendre, expliciter, adapter, produire ou résoudre. Comment expliquer à un élève de maternelle et à sa famille la réalisation d’un geste graphique, par exemple ? Certains enseignants réalisent des podcasts pour travailler la phonologie et les dictées de mots, créent des groupes de travail, font des visios conférences avec d’autres collègues pour harmoniser les démarches ou en aident un autre en difficulté face à un outil informatique qu’il ne maîtrise pas. Une autre initiative est celle de la mise en place d’un site dès le lundi, site dans lequel sont présentés les travaux à réaliser avec une petite note vocale, des vidéos, des liens vers des applications et l’indication d’exercices que l’élève peut trouver sur son livre. Aux dires des parents, cette démarche développe l’autonomie de l’enfant et ressemble au plus près à un cours « particulier ».

Mais dans certains cas, il a été parfois nécessaire d’adapter le travail en fonction des problèmes matériels rencontrés (pas d’ordinateurs ou d’imprimante, problème de réseaux ou de flux). Et c’est dans ces situations particulières qu’un réel élan de coopération et de solidarité a vu le jour : les parents qui le peuvent impriment en plusieurs exemplaires les travaux demandés ou retournés puis les déposent dans les boîtes aux lettres de ceux qui rencontrent des problèmes.

De l’avis de tous, au bout de ces deux semaines, l’équipe est encore plus soudée même si elle l’était déjà bien avant. Ce sont également les relations avec les familles qui ont évolué, familles particulièrement impliquées et présentes.

►Un dispositif plus difficile à stabiliser en terminale mais qui semble fonctionner au collège

Cet enseignant de philosophie témoigne de ses difficultés liées en partie aux réseaux saturés, à des outils mis en place dans l’urgence mais également aux obstacles rencontrés pour permettre à tous les élèves d’assister, d’entendre ou même de recevoir ses cours… Pour lui, maintenir le lien relève souvent de l’impossible ! Il relate également la forte inquiétude des élèves de terminale, un stress décuplé par la confirmation des vœux à finaliser sur parcours sup ! Deux constats sont clairement exprimés dans son témoignage au bout de cette quinzaine : une certaine lassitude exprimée par les élèves qui lui sont confiés et la crainte que les inégalités se creusent malgré lui.

Pour l’élève du lycée, le témoignage fait écho à celui de l’enseignant. Il est difficile de maintenir une motivation constante. Il n’a pas acquis la maîtrise attendue des technologies proposées. Il n’est pas toujours aisé pour lui de s’approprier des connaissances nouvelles, ou d’effectuer des recherches de documents, voire de réaliser un travail personnel dans les temps impartis…

« Sans l’explication du professeur, les cours me semblent vides de sens. Je ne retiens rien de ce que je fais et j’ai toujours peur d’être passée à côté de certains devoirs à faire », dit-il. 

Cependant, il est à noter que les cours en ligne avec les professeurs sont   très appréciés car les élèves se sentent encadrés et peuvent obtenir des explications. Dans l’ensemble, on peut identifier plusieurs points récurrents : le manque d’interactions avec les autres élèves et de feed-back « lorsqu’on est seul dans sa chambre », la difficulté à s’organiser et à planifier son travail qui parfois semble démesuré, les aléas de la technologie avec des cours pas toujours accessibles…Mais un point fait l’unanimité : le fort investissement des professeurs !

Pour le collège, la lecture des quelques témoignages laisse apparaître que les élèves sont déjà plus habitués à l’usage des différentes technologies de communication et ont développé une autonomie de travail certaine. Il convient ici de noter que chacun d’eux bénéficie d’une tablette dans le cadre d’un plan de dotation départemental. Le retour des familles mettent aussi en avant cette capacité à gérer seul le travail demandé. Le seul obstacle est souvent la quantité de ce qui est demandé dans un temps assez contraint.

►Un renforcement des liens et une dynamique certaine au sein de la communauté éducative, dans le premier degré.

Le regard de chacun a évolué, y compris ceux des enfants. La présence des familles est plus marquée avec un esprit très participatif et solidaire. Plusieurs constats peuvent illustrer cette dynamique :

-Une structuration du temps : ce qui frappe, c’est que cette capacité d’adaptation s’est très vite accompagnée d’une nécessité première de structurer le temps avec majoritairement classe le matin et activités jardinage, culinaires ou ludiques l’après-midi. Cela va même jusqu’à la mise en place d’un système de « sonnerie / cloche » comme à l’école. « Quand ça sonne, les enfants arrivent en courant avec leurs cartables sur le dos ! Et les règles en vigueur en temps d’école sont conservées (interdiction des écrans / télé la semaine, aide au fonctionnement de la maison, on s’habille pour travailler etc…) », dit cette mère d’élève. Un autre parent déclare faire deux heures de classe le matin et deux heures en fin d’après-midi.

-Une innovation certaine : les activités sont souvent décrites précisément et laissent place à la créativité et à l’inventivité de tous. Quelques exemples :

*Un élève de maternelle a choisi des fleurs / fruits rouges, il les a découpés avec l’aide du parent et les a collés, puis il a fait un petit dessin à côté. Il a également montré qu’il savait faire des ronds, et puis a essayé de faire des carrés. L’objectif était d’envoyer ses travaux à sa maîtresse et à ses camarades.

  • Des histoires à créer en jouant avec ses legos et playmobil …histoires partagés ensuite avec la classe…
  • Pour les plus grands, l’objectif visé est la plupart du temps de développer leur autonomie : les parents donnent le programme de la journée…l’enfant fait ce qu’il peut réaliser seul dans la journée et le reste est revu avec les parents en fin de journée.

– La présence à distance :

Les enseignants ont très vite tissé le lien avec les familles et les élèves en répertoriant toutes les adresses e-mails. Ceci leur a permis de renforcer le dialogue, d’envoyer et de retourner les différents travaux par la voie numérique. Cette phase est très attendue de tous et, aux dires des élèves, remplace en partie les interactions qui se faisaient avant au sein de la classe. Au cours de ces échanges, des questionnements émergent sur ce que les autres ont réalisé.

Une enseignante sollicite les élèves pour un envoi de vidéos sur lesquelles sont enregistrées des poésies. Les familles contribuent alors à cette réalisation. Il est aussi organisé un concours de photos de fleurs ou l’écriture de chansons ou la réalisation de chorégraphies.

Certains élèves ont accès à la messagerie via la tablette de leurs parents et envoient par le biais de ce média les leçons ou travaux à l’enseignant. Voilà de belles sources de motivation !

Les parents se réfèrent souvent au programme (y compris pour les PS) et se disent soucieux des acquis de leurs enfants, de leur développement et de leur éducation. Leur implication est, pour la majorité, très forte dans la mesure où ils disent bénéficier de plus de temps pour accompagner leurs enfants dans les activités et les apprentissages. Il convient toutefois de préciser que dans les cas de télétravail ou d’enfants de soignants, la gestion est plus complexe. La différence d’âge entre les enfants d’une même famille est aussi évoquée comme une difficulté à obtenir des temps de calme, de concentration ou d’accompagnement. Une anecdote illustre toutefois l’importance du présentiel et de la vie en collectivité : « la vie en société manque à ma fille, les jeux en cours de récréation aussi ! On a dû aller vérifier au portail de l’école que le toboggan était toujours là ». 

Le recueil et l’analyse de ces différents témoignages m’ont vraiment éclairé sur les changements importants provoqués par cette rupture de pratique et de contexte. Là est sans doute le défi : poursuivre les apprentissages dans des contextes différents, avec des modalités adaptées et des rôles bouleversés pour ne pas dire inversés. Ici, sont relatés des témoignages de terrain, les plus proches possibles de la réalité, même si le contexte social est assez favorable, la précarité toute relative, les collectivités très impliquées dans les problématiques d’éducation. Il n’en demeure pas moins vrai que praticiens, parents, élèves, partenaires font émerger des questionnements pédagogiques, didactiques, organisationnels, méthodologiques et techniques qui ne peuvent que participer d’une autre vision de l’école. Elle interroge notamment la place et le rôle de chacun, ce qui relève d’un réel apprentissage, d’une simple consolidation ou d’un renforcement de connaissances et de compétences. Que se passera-t-il donc sur le moyen terme ? Je ne retiendrai surtout en conclusion de cette étape que deux préoccupations majeures : maintenir la motivation des apprenants et veiller à privilégier une nécessaire différenciation.

 

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