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Un rêve oui mais collectif

20 Août

Une tentative de réponse à la question suivante : qu’elle est votre école rêvée ?

S’il est vrai que les technologies numériques nous permettent de travailler dans le mode du « everywhere and anytime » peut-on en déduire pour autant que c’est une réalité ? Je pense qu’il faut cesser de vivre dans cet idéal fantasmé (?) du numérique libérateur du temps. Nous ne pouvons amalgamer le possible technologique et le réel social.

Les technologies numériques ne sont pas hors sol, il faut le rappeler avec force. Elles doivent, dans leurs utilisations, composer avec la réalité du terrain. Alors oui, bien sûr on peut s’inscrire à un MOOC et apprendre, Oui, bien sûr on peut organiser des classes virtuelles de 20 heures à 22 heures, oui, bien sûr on peut inviter des étudiants des collègues situés sur différents fuseaux horaires … On peut, on peut, on peut … !

Sauf que …. La liberté d’organiser son temps est un concept théorique. Il ne faut pas oublier que notre temps professionnel est cadré, organisé. Nous avons tous un agenda professionnel contraint. Dit autrement nous avons des obligations de service.

Alors faisons un peu preuve de réalisme et sachons nous extraire du miroir aux alouettes technologique. La liberté d’apprendre ne peut se faire que dans une logique d’extension du temps consenti (individuellement et / ou collectivement).

Que ceux qui profèrent (en toute bonne foi je pense) que l’on peut travailler quand on veut aillent au bout de leur discours et expliquent que c’est nécessairement en plus du temps normé.

Il s’agit donc ici d’arriver à concilier le potentiel des technologies et des principes d’organisation sociale. Or le numérique bouleverse cette organisation en proposant un autre modèle. Il nous engage pour de nombreuses années et doit nous inviter à ne pas penser les modèles éducatifs comme des objets neutres, simplement inféodés aux potentiels d’une technologie. Elles sont des objets sociaux et politiques. Le politique c’est inventer, proposer, c’est se référer à l’étymologie. C’est être « Sage et adroit dans le gouvernement des hommes »

Cette introduction véhémente me permet de développer ce que pourrait être le modèle de mon école rêvée. Une école du temps et de l’espace libérés.

Répondre à une question aussi complexe consiste d’abord à baliser les contours.  L’école rêvée par qui et l’école rêvée pour qui ?

– L’école rêvée par qui ? Si le rêve est un projet individuel, une escapade buissonnière de l’esprit, nous restons dans l’anecdote. Nous sommes nombreux à parler de collaboration, alors pourquoi ne pas rêver ensemble. Le rêve commun est un pilier de la société. Sans rêve collectif il n’y a pas d’alternative.

– L’école rêvée pour qui ? Si c’est l’école rêvée est celle de quelques uns pour quelques uns alors elle trahirait notre belle devise républicaine, liberté, égalité, fraternité.

Je rêve donc d’une école fruit d’un rêve collectif, d’une concorde cicéronienne du savoir. On peut, à cette condition, s’autoriser toutes les fantaisies puisqu’il y a rêve commun.

C’est dans ce cadre que je veux rêver d’une école élargie au sens physique comme au sens humain. Elle s’exerce (j’exclue le conditionnel volontairement) dans un continuum fait d’une alternance entre le réel et le virtuel. Une école qui tient compte des envies de chacun. L’envie d’apprendre et l’envie d’enseigner. Cette école ne considère pas que le travail efficace soit une mise en scène d’une tragédie grecque et de son tryptique d’unité de temps, de lieu et d’espace. Cette école accepte la présence, comme la distance, accepte de penser que le principe de formation est un processus itératif. Elle accepte l’erreur et donne à qui le souhaite une autre, plusieurs autres chances.

Elle est l’école de l’envie.

« Quand on veut », entre discours et réalité

10 Mar

Je n’avais pas abordé la question du temps dans ces colonnes depuis un moment, probablement distrait par mes réflexions sur le corps et le geste et par maintes occupations professionnelles …

Mais … ma veille et ses lectures, m’ont incité à me replonger dans cette thématique.

S’il est vrai que les technologies numériques nous permettent de travailler dans le mode du « everywhere and anytime » (je l’ai souvent évoqué), peut-on en déduire pour autant que c’est une réalité ? Je pense qu’il faut cesser de vivre dans cet idéal fantasmé (?) du numérique libérateur du temps. Nous ne pouvons amalgamer le possible technologique et le réel social.

Les technologies numériques ne sont pas hors sol, il faut le rappeler avec force. Elles doivent, dans leurs utilisations, composer avec le réel social. Alors oui, bien sûr on peut s’inscrire à un MOOC et apprendre, Oui, bien sûr on peut organiser des classes virtuelles de 20 heures à 22 heures, oui, bien sûr on peut inviter des étudiants des collègues situés sur différents fuseaux horaires … On peut, on peut, on peut … !

Sauf que …. La liberté d’organiser son temps est un concept théorique, très théorique. Il ne faut pas oublier que notre temps professionnel est cadré, organisé. Nous avons tous (dans le privé comme dans le public) un agenda professionnel qui est structuré, compté et surveillé. Dit autrement nous avons des obligations de service. C’est aussi valable pour les indépendants qui doivent aller à la pêche aux clients pour « faire du chiffre ».

Alors faisons un peu preuve de réalisme et sachons nous extraire du miroir aux alouettes technologique. La liberté d’apprendre ne peut se faire que dans une logique d’extension du temps consentie (individuellement et / ou collectivement).

Que ceux qui profèrent (en toute bonne foi je pense) que l’on peut travailler quand on veut aillent au bout de leur discours et expliquent que c’est nécessairement en plus du temps normé.

Il s’agit donc ici d’arriver à concilier le potentiel des technologies et des principes d’organisation sociale. Or le numérique bouleverse cette organisation en proposant un modèle autre. Entre libéralisation et réglementation nous aurons à trancher.

Nous entrons ici dans un modèle d’organisation qui nous engage pour de nombreuses années et qui doit nous inviter à ne pas penser les modèles éducatifs comme des objets neutres, simplement inféodés aux potentiels d’une technologie. Les technologies sont des objets sociaux et politiques de par la nature de leur instrumentation.

Le geste numérique – Réflexions graphiques

25 Fév

Mes réflexions actuelles (et anciennes aussi) sur le geste professionnel me poussent à essayer de formaliser mes propos. La difficulté de l’exercice est de franchir le cap de l’avis personnel, du « sentiment que », sans pouvoir l’étayer par des lectures,  sans s’appuyer sur des analyses scientifiques. C’est un exercice très difficile quand on pratique en individuel.

Je tente donc de formaliser mes réflexions en procédant par filtres – Lecture, formalisation graphique, rédaction .

Pour le geste j’en suis au stade la formalisation graphique. C’est un travail évolutif qui est le témoin d’un moment de mes réflexions, un instantané. Je prends donc le risque  du contresens, de l’erreur pendant une période transitoire. Il faut donc prendre ce document comme un brouillon en continu. J’opte pour le parti pris de rompre avec le principe du document mis en ligne parce que finalisé. L’imperfection comme principe de conception intégré dans un processus continu.

L’idée sous jacente est d’inviter les lecteurs à contribuer s’ils le souhaitent parce qu’ils perçoivent une erreur, ou parce qu’ils veulent ajouter un complément.

 Voici la trame de mes analyses sur le geste (en évolution donc) :

Travailler à domicile l’émergence d’un « espace gris » ?

19 Fév

Je vais tenter de continuer ma réflexion sur le travail à domicile chez les travailleurs du savoir. Plusieurs éléments  lus dans ma veille ces derniers temps m’incitent á continuer cette réflexion :

J’ai commencé par jalonner ma réflexion en construisant une démarche graphique (voir les liens au bas de ce billet).

J’ai le sentiment que les prochaines modifications des structures de formation passeront par la réflexion et le développement du travail à domicile ou dans des tiers lieux non institutionnels. Nous sommes ici dans un champ où la décision politique est une donnée majeure du problème. La réflexion sur    une redéfinition du management sera aussi centrale. Il faudra que les responsables des services acceptent de modifier leurs habitudes et cela ne pourra passer que par le prisme de la formation. L’enjeu est de passer d’une façon de penser orientée vers la verticalité ( « top down« ) à une démarche qui repose plus sur la confiance (« care pédagogique/ managérial« ). C’est, de mon point de vue, une tâche longue et rude car elle contraint à une forme de transformation, à un renoncement à des formes de pouvoir qui structurent des identités professionnelles. Il faut gérer tout cela en douceur et par l’explication, la formation.

Je ne parle pas ici du passage radical d’un système à l’autre mais bien d’un mélange subtil des deux, où l’expression « glissement en douceur » est peut- être la plus appropriée.  Il s’agit bien de subtilité dans ces constructions car les modifications sont avant tout humaines, bien que suscitée par les évolutions technologiques. Imposer, enjoindre sont des réflexes de l’ère industrielle (elles sont cependant des tentations).

Je ne veux pas ici développer une vision personnelle orientée (il se trouve que  j’aime travailler à domicile) mais je vais essayer de structurer quelques propositions en argumentant.

Le premier point de ma réflexion s’appuiera sur le changement des structures de notre société, Nous sommes passés assez rapidement de la période capitaliste industrielle à la troisième révolution industrielle pour reprendre la formule du livre de Jéremy Rifkin.

Les possibilités d’apprentissage et d’enseignement se sont trouvées profondément transformées avec l’ouverture du champ des possibles de la digitalisation. L’espace de formation doit donc être imaginé dans les dimensions du réel et du virtuel. L’un ne peut pas être imaginé sans l’autre, c’est désormais impossible.

Le domicile des travailleurs du savoir fait donc partie de cette somme réflexive, elle ne peut être ignorée car elle fait partie d’un tout. Dans d’autres écrits j’avais évoqué le temps gris (les propos sont toujours d’actualité) je pense qu’il faut lui ajouter l’existence d’un espace gris.

Un décret – Le travail à domicile entre dans les dispositifs réglementaires, ce qui est une façon de reconnaître que l’espace de travail n’est plus cantonné à un espace immobilier institutionnel. Le télétravail est une dimension de la professionnalité, elle est même d’application immédiate.

 » Un arrêté ministériel pour la fonction publique de l’Etat, une délibération de l’organe délibérant pour la fonction publique territoriale, une décision de l’autorité investie du pouvoir de nomination pour la fonction publique hospitalière, pris après avis du comité technique ou du comité consultatif national compétent, fixe :
« 1° Les activités éligibles au télétravail ;
2° La liste et la localisation des locaux professionnels éventuellement mis à disposition par l’administration pour l’exercice des fonctions en télétravail, le nombre de postes de travail qui y sont disponibles et leurs équipements ;
3° Les règles à respecter en matière de sécurité des systèmes d’information et de protection des données ;
4° Les règles à respecter en matière de temps de travail, de sécurité et de protection de la santé ;
5° Les modalités d’accès des institutions compétentes sur le lieu d’exercice du télétravail afin de s’assurer de la bonne application des règles applicables en matière d’hygiène et de sécurité ;
6° Les modalités de contrôle et de comptabilisation du temps de travail ;
7° Les modalités de prise en charge, par l’employeur, des coûts découlant directement de l’exercice du télétravail, notamment ceux des matériels, logiciels, abonnements, communications et outils ainsi que de la maintenance de ceux-ci ;
8° Les modalités de formation aux équipements et outils nécessaires à l’exercice du télétravail ;
9° La durée de l’autorisation mentionnée à l’article 5 si elle est inférieure à un an. » (extrait)

L’étude de Lyon 3 sur les usages des étudiants est très intéressante. Une réponse à une question posée m’a interpellé « ou travaillez vous ? » Majoritairement les étudiants ont répondu chez moi. On ne peut plus ignorer ces usages bien installés. L’exercice est délicat puisqu’il consiste à penser institutionnellement un espace qui ne l’est pas.

La difficulté de l’exercice est d’intégrer dans un schéma scénarisé de formation un espace qui n’est pas réglementé. Nous sommes encore très largement soumis à un modèle très hiérarchisé qui peine à oser et penser le systémique. Ce qui est formalisé et réglementé existe, le reste est cet espace  gris décrit précédemment.

C’est cet espace gris qui m’intéresse, là où se construisent aussi des savoirs. L’évolution des modes d’apprentissage, poussée par les technologies, nous contraindra à intégrer cette dimension du réflexif.  Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à la réflexion / recherche sur les espaces institutionnels, bien au contraire. L’un et l’autre sont complémentaires.

Je ne peux m’empêcher de me poser la question suivante, sachant qu’elle est provocatrice. Et si les questions actuelles sur l’aménagement des espaces institutionnels, étaient déjà dépassées ? Seraient-elles une fuite en avant pour fixer les étudiants dans des espaces qu’ils ont déjà désertés ?

Mon propos je l’ai dit est provocateur mais je souhaiterais que l’on insère  désormais l’espace privé comme un réelle dimension de la réflexion sur l’espace de formation.

Cet espace personnel, pour ne pas dire le domicile est un champ complexe car il mêle intimement, les dimensions privée, sociale et professionnelle. Ce mélange des différentes sphères peut s’avérer instable et peut être toxique dans certains cas. Il est intéressant de tourner son regard vers les États -Unis. Richard Sennett que j’ai souvent cité ici analyse le travail à domicile dans son livre « Le travail sans qualité« .

Pour le moment je vais me contenter de citer un passage éclairant :

« Si le flextime fait figure de récompense, il a pour effet de mettre l’employé sous la dépendance étroite de l’institution /…/ Cette récompense suscite une vive inquiétude parmi les patrons qui redoutent de perdre le contrôle des absents et soupçonnent ceux qui restent à la maison d’être tentés d’abuser de leur liberté. En conséquence une multitude de contrôles ont été mis en place pour règlementer le travail effectif de ceux qui sont absents du bureau. » R.Sennett le travail sans qualité« 

La réflexion sur les espaces de formation dépasse largement les questions mobilières et immobilières. Nous sommes dans un changement de paradigme du rapport social. il conviendra de creuser cette question.

Comme toujours ce billet est ouvert à la contradiction  parce qu’il est l’amorce d’une réflexion donc forcément imparfaite encore embryonnaire. La rubrique commentaire est ouverte pour le dialogue.

***

Mes réflexions graphiques sur l’espace de travail

Le geste emprisonné

29 Mar
« Au cours de l’évolution humaine, la main enrichit ses modes d’action dans le processus opératoire. L’action manipulatrice des primates, dans laquelle geste et outil se confondent, est suivie avec les premiers  Anthropiens  par celle de la main en motricité directe où l’outil manuel est devenu séparable du geste moteur. À l’étape suivante, franchie peut-être avant le néolithique, les machines manuelles annexent le geste et la main en motricité indirecte n’apporte que son impulsion motrice. Au cours des temps historiques la force motrice elle-même quitte le bras humain, la main déclenche le processus moteur dans les machines animales ou les machines automotrices comme les moulins. Enfin au dernier stade, la main déclenche un processus programmé dans les machines automatiques qui non seulement extériorisent l’outil, le geste et la motricité mais empiètent sur la mémoire et la comportement machinal » André Leroi-Gourhan, le geste et la parole II la mémoire et les rythmes, Albin Michel Sciences, 1965

Au sein de ce blog je tente d’interroger le # geste (1) dans les pratiques numériques des enseignants. J’ai très souvent souligné la nécessaire connexion entre la main et la pensée, la place du corps dans l’espace de formation.  Ces réflexions puisent leurs sources dans mes lectures, mes usages et mes observations. Je suis persuadé que le geste est vertueux mais il est sous-estimé voire dévalorisé chez les travailleurs du savoir.

Pourtant la pensée du geste, sa conceptualisation  est omniprésente pour de nombreux acteurs du monde de l’éducation. Je pense notamment au monde de l’industrie qui a compris, avant tout le monde que le geste était un allié précieux. Le geste peut rendre captif et dépendant.

Les grandes firmes qui opèrent dans le monde de l’éducation l’ont bien compris.. Lorsque je tente de coucher mes réflexions, que je conçois un cours, que je peaufine une intervention, j’utilise mon ordinateur et les logiciels associés. La frappe sur le clavier est devenu un réflexe. Le lien main / clavier est le premier signe tangible de l’expression de ma pensée. Puis j’active mon traitement de texte, mobilisant inconsciemment la somme des apprentissages et des usages acquis depuis 30 ans. Ce lent travail d’acculturation remonte à la fin des années 80, début des années 90, lorsque mon parcours a commencé.

J’ai appris lors de stages institutionnels (rarement). avec mes pairs (très souvent), en autoformation (systématiquement) mais toujours avec les logiciels fournis par l’éducation nationale et toujours avec la même marque. Mes réflexes se sont ainsi forgés, solidifiés dans le temps. Mes routines se sont inscrites lentement mais surement, au point de devenir inconscientes. À ce stade de ma carrière l’outil est toujours inscrit  en toile de fond, il ne me gène plus parce que mes gestes sont fixés, automatisés. J’y vois deux points d’ancrage :

  • Je perçois le rapport instrumental qui existe entre l’outil et ma pensée ;
  • Cette perception s’est opérée avec l’utilisation du même outil logiciel qui a contribué à fixer mes gestes libérant ainsi mon esprit.

Le geste est un vecteur de fidélisation pour les entreprises parce qu’il permet de fixer des routines qui rendent d’une certaine façon les utilisateurs dépendants.

Ma main va aller déplier le menu utile à mes constructions, chercher l’icône facilitant mes automatisations.  Je suis dans la « facilité » construite par des années d’usage.

Je pense que c’est notamment une des raisons qui me fait oublier les solutions libres. Non qu’elles soient moins efficaces mais elles m’obligeraient à réapprendre des gestes qui me ralentiraient dans mon travail. Je suis ainsi tiraillé entre l’envie d’apprendre et la contrainte de modifier mes gestuelles.

Je suis ainsi dans un geste qui m’apparaît soudainement  comme servile, un geste qui a été, d’une certaine façon, dicté par des choix économiques. Geste et situation de quasi monopole ont me semble t-il des liens forts.

On pourrait ainsi lister des gestes qui sont devenus indispensables au quotidien mais qui sont, pas seulement mais aussi, la résultante de choix économiques.

Ce billet est fort peu construit pour le moment, certainement maladroit. Il faut le comprendre comme le début d’une réflexion qu’il me faudra alimenter par des lectures.

 ***

(1) Faire défiler la page qui contient plusieurs articles

Conception et ingénierie de cours

14 Fév

Depuis cette année, dans des circonstances où l’imprévu s’est imposé de façon brutale, je m’occupe de la FDV à la Faculté de Droit, de l’Université Jean Moulin Lyon 3. Je suis passé de la vision (presque) théorique du e-learning à la prise en continu avec le concret. Comprenez assumer le bon fonctionnement au quotidien d’un service, assurer la fluidité des cours, répondre aux attentes et inquiétudes des étudiants, des enseignants, assurer le suivi administratif, gérer du personnel … Je prends conscience de  la distance qui existe entre poser des jalons théoriques et gérer jour après jour une structure de e-learning. J’apprends chaque minute en ayant un pied sur la rive du conceptuel et un pied sur la rive de l’opérationnel.

Que puis je dire de cette expérience de terrain ?

C’est une activité par essence collective où il faut  en permanence mettre en sourdine le JE au profit du NOUS

En pratiquant on prend le risque de se perdre dans une routine administrativo / technique (elle est rassurante parce qu’elle est balisée). Il faut, pour ne pas tomber dans ce travers, continuer à lire, à explorer, à emprunter les détours du design, de la philosophie, de la sociologie, des sciences de l’éducation tout en pratiquant le e-learning sous sa forme « Je mets les mains dans le cambouis« , « J’ouvre le capot ». Cette symbiose, cet équilibrisme permanent sont  épuisants, éprouvants, mais féconds.

Oublier de prendre le temps de l’analyse et de la conceptualisation c’est se condamner à l’anecdotique. Se laisser rattraper par le quotidien, c’est se perdre dans un faire et une gestuelle stériles.

Ne pas pratiquer c’est prendre le risque (mais je n’en suis pas certain) de s’enfermer dans un silo.

Ce travail, de mon point de vue, est avant tout un travail de propositions, un travail de synthèse transversal.

J’ai donc commencé à prendre le temps du recul réflexif pour tenter de formaliser l’activité d’un temps effervescent de ma vie.

***

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Just do it

6 Mai

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Rédiger un rapport d’étonnement.

19 Avr

Rédiger un rapport d’étonnement

L’étudiant de l’enseignement supérieur ou des grandes écoles doit dans le cadre de ses études s’immerger dans une entreprise, nous parlons de stage. Il peut être selon les niveaux, un stage ouvrier, un stage intermédiaire ou un stage long de fin d’études de six mois ou plus.

Depuis le stage de découverte en classe de troisième, les étudiants se sont pliés à l’obligation de rendu du rapport de stage. Il est à la formation académique ce que le patinage artistique est au sport, un exercice relevant de la figure imposée.

Ce rapport s’inscrit dans une logique formative que je ne souhaite pas reprendre et développer ici. Notons rapidement qu’il permet de vérifier un certain nombre des capacités des étudiants balisées par une démarche pédagogique. On peut citer :

• La capacité à synthétiser une expérience ;
• La capacité rédactionnelle pour laquelle sont évaluées la syntaxe et la capacité à intégrer une orthographe satisfaisante ;
• La capacité à intégrer dans la réflexion le respect des droits d’auteurs, le respect des citations, le principe de la courte citation, le respect du droit d’auteur dans l’ iconographie.

Les écoles seront soucieuses de vérifier que les étudiants savent inclure leur analyse scientifique disciplinaire dans une réflexion transversale plus large, incluant des domaines connexes comme l’économie, les ressources humaines, la sociologie d’entreprise, le droit etc …

Une formation consiste à savoir s’insérer dans un cadre réglementaire (le rapport de stage) mais c’est aussi être en capacité de s’interroger sur sa future professionnalité.

Il est assez logique que les étudiants entrent dans leur formation en ayant une vision idéalisée du métier, faite de ressenti, d’images journalistiques, de considérations pécuniaires (« bien gagner sa vie »). Le stage doit étonner l’étudiant, faire basculer les axes des convictions, les représentations stéréotypées.

Le rapport d’étonnement peut être un vecteur de réflexivité, un objet de positionnement sur les enjeux de la professionnalité, un outil de détection pour choisir des futurs collaborateurs capables d’innovation sociale, de créativité et de rigueur dans le positionnement de ses objets de recherche.

Je propose de lister quelques points pour rédiger le rapport d’étonnement pour le soumettre auprès de ses stagiaires ?

1) Qu’est ce qu’un rapport d’étonnement ?

A. Le principe

Par expérience professionnelle , je sais que les étudiants nourrissent, même en fin d’études, une vision largement idéalisée du métier qu’ils vont exercer. Le temps de stage est le sas intellectuel qu’il faut mettre à profit pour établir les ponts entre la nécessaire construction des socles académiques et la pratique professionnelle. Le temps de la construction professionnelle est aussi la période de la découverte et de l’observation. Le rapport d’étonnement peut être un excellent instrument de détection des idées innovantes.

Il est assez simple d’outiller les étudiants voire de vérifier s’ils ont mené une démarche réflexive. Le rapport d’étonnement est, de mon point de vue, l’instrument intellectuel que les entreprise devraient utiliser pour jauger le potentiel de leurs futurs salariés.

Je me permets de commencer mon argumentation par des propos provocateurs. Je vous invite à laisser de côté (momentanément) le rapport de stage (les pédagogues se chargent de l’évaluer selon des critères facilement identifiables dans les programmes). Prenez le temps de rencontrer le stagiaire ou de lui demander une production écrite (pourquoi ne pas l’institutionnaliser ?) qui sera son rapport d’étonnement. Demandez-lui de vous exposer les points suivants : Comment le stage a t-il été mis à profit ? quelle est sa perception de l’entreprise après x mois de présence ? Le service a t-il contribué à le former opérationnellement ? Comment a t-il évolué pendant cette période formative ? … Je ne parle pas ici de connaissances issues des sciences dures mais bien de la mosaïque de savoirs et compétences qui constituent l’ADN du futur collaborateur.

Le stagiaire à l’issue de son stage est-il en capacité de formaliser les propositions suivantes :

• Comment est organisé son futur métier en dehors du périmètre de son champ scientifique de formation ? On peut attendre de lui qu’il ait consulté la fiche de poste du métier qu’il exercera et qu’il l’ait comparé avec son corpus de formation. Quelles sont les conclusions qu’il en retire ? ;
• Comment perçoit-il les compétences qu’il aura à mobiliser dans son futur métier ? J’aime à parler des compétences centrales et des compétences transversales.
• Comment a t-il anticipé les compétences qui risquent de devenir centrales à terme dans son métier ? (perception des signaux faibles du métier)
• Comment perçoit-il les enjeux du savoir, du savoir faire et du savoir être ?
• Comment a t-il vécu les modes de création au sein des équipes qui l’ont accueilli ?
• Comment perçoit-il la façon dont sont organisés les réseaux sociaux de conception (système hiérarchique centralisé ou coopération ou collaboration ou bien encore l’intelligence collective ).
• Comment imagine t-il le service dans une perspective d’amélioration ?

Le stagiaire construit sa professionnalité, il est évident que nombre de concepts peuvent encore lui échapper mais il a cette qualité d’avoir un œil neuf et souvent très aiguisé. Le rapport d’étonnement peut orienter pour répondre à des problématiques que la routine des équipes a occulté :

« 1. Qu’est-ce qui vous a le plus étonné dans notre entreprise ?

2. Quel est le point fort qui vous a le plus surpris ?

3. Quel a été pour vous le point faible le plus inattendu ?

4. Qu’est-ce qui devrait être amélioré, modifié ou abandonné prioritairement selon vous ?

5. Si vous aviez une baguette magique, quelle est « la » chose que vous changeriez dans notre entreprise ?

6. Qu’est-ce qui vous a étonné dans la manière dont nous servons nos clients ?

7. Quelle est la force de nos produits et nos services que vous ne soupçonniez pas avant de travailler dans notre entreprise ?

8. Quel est la faiblesse ou le manquement qui vous inquiète le plus dans nos produits et nos services ?

9. Dans les relations inter-personnelles, qu’est-ce qui vous a étonné ?

10. Quelles sont les améliorations concrètes que vous suggéreriez ? » (1)

B. La forme

Le rapport d’étonnement est un outil ( je préfère le terme d’objet dans la mesure où il est peu défini et le concept peu stabilisé) souple permettant d’estimer un ensemble de compétences perceptives chez les étudiants. Il est un outil de créativité, il convient de ne pas trop en baliser la forme. Le travail rédactionnel est la forme native mais il n’exclut pas d’investir d’autres canaux comme moyens d’expressions. La vidéo, le mindmapping, la scénarisation par dessin, par maquettage peuvent être des pistes à explorer. Le rapport d’étonnement est un exercice de déconstruction puisqu’il renvoie aux moyens informels pour décrire et organiser un champ des possibles formels.
2) Le rapport d’étonnement, un outil de détection des capacités d’innovation

À l’heure des réseaux sociaux, les générations de « petites poucettes » profitent d’un foisonnement d’informations en ligne. Il est toujours intéressant de vérifier la façon dont ils se l’approprient (ou pas). Les étudiants sont et seront, ce que la littérature scientifique nomme, des « knowledge workers » (les travailleurs du savoir). Il ne paraît pas illogique de vérifier leur aptitude à approfondir leur champ d’observation, à engager une démarche réflexive. Il est à noter que ce type d’investigation est utile à l’étudiant et à l’entreprise. On entre ici dans un champ qui valide une double compétence, celle de l’intelligence opérationnelle et celle de la maîtrise de l’intrumentation de fonctionnalités d’outils orientée vers la catachrèse

Si la réflexion d’un étudiant est pertinente on peut imaginer, sans trop se tromper que les propos seront féconds pour lui ET pour l’entreprise.

Le mode du rapport d’étonnement reposant sur un mode souple et agile permettra de s’affranchir des scories de la forme pour se concentrer sur le fond. Quelque soit la forme de présentation choisie il sera intéressant d’analyser la perception de l’entreprise par une personne extérieure. Des solutions peuvent être proposées et être le vecteur d’innovation sociale et/ou technologique.

Il me semble nécessaire que l’étudiant tienne un carnet de bord en partant de ses représentations personnelles au moment de l’entrée et qu’il les confronte à son expérience.

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(1) source http://www.yellowideas.com/index.php?option=com_content&view=article&id=92&Itemid=91

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