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Travailler à domicile l’émergence d’un « espace gris » ?

19 Fév

Je vais tenter de continuer ma réflexion sur le travail à domicile chez les travailleurs du savoir. Plusieurs éléments  lus dans ma veille ces derniers temps m’incitent á continuer cette réflexion :

J’ai commencé par jalonner ma réflexion en construisant une démarche graphique (voir les liens au bas de ce billet).

J’ai le sentiment que les prochaines modifications des structures de formation passeront par la réflexion et le développement du travail à domicile ou dans des tiers lieux non institutionnels. Nous sommes ici dans un champ où la décision politique est une donnée majeure du problème. La réflexion sur    une redéfinition du management sera aussi centrale. Il faudra que les responsables des services acceptent de modifier leurs habitudes et cela ne pourra passer que par le prisme de la formation. L’enjeu est de passer d’une façon de penser orientée vers la verticalité ( « top down« ) à une démarche qui repose plus sur la confiance (« care pédagogique/ managérial« ). C’est, de mon point de vue, une tâche longue et rude car elle contraint à une forme de transformation, à un renoncement à des formes de pouvoir qui structurent des identités professionnelles. Il faut gérer tout cela en douceur et par l’explication, la formation.

Je ne parle pas ici du passage radical d’un système à l’autre mais bien d’un mélange subtil des deux, où l’expression « glissement en douceur » est peut- être la plus appropriée.  Il s’agit bien de subtilité dans ces constructions car les modifications sont avant tout humaines, bien que suscitée par les évolutions technologiques. Imposer, enjoindre sont des réflexes de l’ère industrielle (elles sont cependant des tentations).

Je ne veux pas ici développer une vision personnelle orientée (il se trouve que  j’aime travailler à domicile) mais je vais essayer de structurer quelques propositions en argumentant.

Le premier point de ma réflexion s’appuiera sur le changement des structures de notre société, Nous sommes passés assez rapidement de la période capitaliste industrielle à la troisième révolution industrielle pour reprendre la formule du livre de Jéremy Rifkin.

Les possibilités d’apprentissage et d’enseignement se sont trouvées profondément transformées avec l’ouverture du champ des possibles de la digitalisation. L’espace de formation doit donc être imaginé dans les dimensions du réel et du virtuel. L’un ne peut pas être imaginé sans l’autre, c’est désormais impossible.

Le domicile des travailleurs du savoir fait donc partie de cette somme réflexive, elle ne peut être ignorée car elle fait partie d’un tout. Dans d’autres écrits j’avais évoqué le temps gris (les propos sont toujours d’actualité) je pense qu’il faut lui ajouter l’existence d’un espace gris.

Un décret – Le travail à domicile entre dans les dispositifs réglementaires, ce qui est une façon de reconnaître que l’espace de travail n’est plus cantonné à un espace immobilier institutionnel. Le télétravail est une dimension de la professionnalité, elle est même d’application immédiate.

 » Un arrêté ministériel pour la fonction publique de l’Etat, une délibération de l’organe délibérant pour la fonction publique territoriale, une décision de l’autorité investie du pouvoir de nomination pour la fonction publique hospitalière, pris après avis du comité technique ou du comité consultatif national compétent, fixe :
« 1° Les activités éligibles au télétravail ;
2° La liste et la localisation des locaux professionnels éventuellement mis à disposition par l’administration pour l’exercice des fonctions en télétravail, le nombre de postes de travail qui y sont disponibles et leurs équipements ;
3° Les règles à respecter en matière de sécurité des systèmes d’information et de protection des données ;
4° Les règles à respecter en matière de temps de travail, de sécurité et de protection de la santé ;
5° Les modalités d’accès des institutions compétentes sur le lieu d’exercice du télétravail afin de s’assurer de la bonne application des règles applicables en matière d’hygiène et de sécurité ;
6° Les modalités de contrôle et de comptabilisation du temps de travail ;
7° Les modalités de prise en charge, par l’employeur, des coûts découlant directement de l’exercice du télétravail, notamment ceux des matériels, logiciels, abonnements, communications et outils ainsi que de la maintenance de ceux-ci ;
8° Les modalités de formation aux équipements et outils nécessaires à l’exercice du télétravail ;
9° La durée de l’autorisation mentionnée à l’article 5 si elle est inférieure à un an. » (extrait)

L’étude de Lyon 3 sur les usages des étudiants est très intéressante. Une réponse à une question posée m’a interpellé « ou travaillez vous ? » Majoritairement les étudiants ont répondu chez moi. On ne peut plus ignorer ces usages bien installés. L’exercice est délicat puisqu’il consiste à penser institutionnellement un espace qui ne l’est pas.

La difficulté de l’exercice est d’intégrer dans un schéma scénarisé de formation un espace qui n’est pas réglementé. Nous sommes encore très largement soumis à un modèle très hiérarchisé qui peine à oser et penser le systémique. Ce qui est formalisé et réglementé existe, le reste est cet espace  gris décrit précédemment.

C’est cet espace gris qui m’intéresse, là où se construisent aussi des savoirs. L’évolution des modes d’apprentissage, poussée par les technologies, nous contraindra à intégrer cette dimension du réflexif.  Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à la réflexion / recherche sur les espaces institutionnels, bien au contraire. L’un et l’autre sont complémentaires.

Je ne peux m’empêcher de me poser la question suivante, sachant qu’elle est provocatrice. Et si les questions actuelles sur l’aménagement des espaces institutionnels, étaient déjà dépassées ? Seraient-elles une fuite en avant pour fixer les étudiants dans des espaces qu’ils ont déjà désertés ?

Mon propos je l’ai dit est provocateur mais je souhaiterais que l’on insère  désormais l’espace privé comme un réelle dimension de la réflexion sur l’espace de formation.

Cet espace personnel, pour ne pas dire le domicile est un champ complexe car il mêle intimement, les dimensions privée, sociale et professionnelle. Ce mélange des différentes sphères peut s’avérer instable et peut être toxique dans certains cas. Il est intéressant de tourner son regard vers les États -Unis. Richard Sennett que j’ai souvent cité ici analyse le travail à domicile dans son livre « Le travail sans qualité« .

Pour le moment je vais me contenter de citer un passage éclairant :

« Si le flextime fait figure de récompense, il a pour effet de mettre l’employé sous la dépendance étroite de l’institution /…/ Cette récompense suscite une vive inquiétude parmi les patrons qui redoutent de perdre le contrôle des absents et soupçonnent ceux qui restent à la maison d’être tentés d’abuser de leur liberté. En conséquence une multitude de contrôles ont été mis en place pour règlementer le travail effectif de ceux qui sont absents du bureau. » R.Sennett le travail sans qualité« 

La réflexion sur les espaces de formation dépasse largement les questions mobilières et immobilières. Nous sommes dans un changement de paradigme du rapport social. il conviendra de creuser cette question.

Comme toujours ce billet est ouvert à la contradiction  parce qu’il est l’amorce d’une réflexion donc forcément imparfaite encore embryonnaire. La rubrique commentaire est ouverte pour le dialogue.

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Mes réflexions graphiques sur l’espace de travail

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L’immobilier du futur, vie privée, vie publique

30 Avr

J’ai entamé depuis longtemps une réflexion sur le sens de l’espace privé dans les dispositifs de formation en ligne. On peut imaginer sans trop se tromper que les politiques urbaines, confrontées à l’hypertrophie des villes, à l’augmentation du temps des déplacements pendulaires, à l’augmentation des prix des carburants entraîneront une autre perception de la valeur travail. On peut imaginer que les politiques des institutions publiques seront moins frileuses et qu’elles accepteront enfin que leurs salariés travaillent pour partie à la maison. Je suis surpris de constater, au fil de mes observations, que de nombreux services qui s’occupent de e.learning interdisent le télétravail à leurs salariés.

Travailler à la maison est un sujet en émergence, inscrit encore largement dans un futur (plus ou moins) proche quant à sa diffusion et son acceptation. Nous serons alors dans un cadre ou nous aurons compris que la distance ne signifie pas forcément la triche et la transgression du règlement horaire.

Pour autant, il faudra que les réflexions sur l’espace personnel soient engagées par l’ensemble des acteurs concernés. Je voudrais ici évoquer la structure des espaces immobiliers. Le domicile, je l’ai déjà dit, est un espace complexe qui concentre un multitude d’activité qui s’interpénètrent. L’objectif du travailleur à domicile est d’être capable d’étanchéifier les sphères.

Ce besoin de compartimenter doit, me semble t-il interroger les constructeurs immobiliers. Lors de mon voyage à New York je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de machine à laver dans les appartements. Ma surprise à fait place à la curiosité en découvrant que le lavage du linge était mutualisé grâce à l’existence d’une « washroom » collective.

Il me semble raisonnable d’imaginer que les collectifs immobiliers urbains, puissent à terme prévoir, en leur sein des tiers lieux pour travailler. Un lieu proche du domicile (je descends ou je monte quelques étages) qui évite les pertes de temps des transports en commun. Un tiers lieux qui ne soit consacré qu’à l’activité professionnelle, neutralisant ainsi les perturbations de la vie privée (en contrepartie le domicile serait un réel lieu de vie privée).

Mes idées sont  ici couchées comme des pistes encore brouillonnes mais j’aimerais bien avoir des retours des :

  • Responsables des institutions au regard du télétravail ;
  • Des responsables des constructeurs immobiliers au regard des analyses sur le futur des habitations urbaines.

Si vous lisez ce billet, que vous êtes concernés, vous pouvez pendre le temps d’argumenter

Avancer ou s’arrêter

27 Avr

sipa_ap21623684_000004  L’intégration du numérique dans le corps social ne cesse de me questionner parce qu’il est comme le Pharmakon Grec (tout dépend de la dose injectée, cela soigne ou cela tue). J’ai observé pendant deux jours (25 et 26 avril 2015) une opération de Remix, le GAREMIX qui consistait à imaginer, à faire des propositions pour agencer autrement le lieu gare, lieu  de passage. La gare Saint Paul de Lyon était l’objet de cette réflexion collective citoyenne.

Peut-on s’arrêter dans une gare ? Peut-on y exercer une activité sociale d’interaction ? C’est ce que j’ai compris de ce happening urbain interactif.

Venu pour observer sans objectifs précis, j’en suis ressorti avec des questions supplémentaires. J’ai l’habitude de voyager. Dans mon ancien métier j’allais régulièrement à Lille, depuis quelques années je me rends à Poitiers. Dans les deux cas j’arpente les gares de l’axe Lyon, Marne la Vallée, Charles de Gaulle, Lille Europe.

Ce sont des lieux nouveaux que je déteste, alors même que l’association béton, verre m’a toujours séduit, ainsi que le voyage. Pourquoi suis je dans le registre de la détestation ? Parce que ces gares sont aujourd’hui conçues pour des Hommes en mouvement qui  ne font que transiter. Froideur est l’adjectif qui convient le mieux pour décrire ces endroits. Surtout ne pas s’arrêter, se prémunir du froid (savamment entretenu par l’espace vide entre les murs et le toit) l’hiver et des courants d’air en toute saison. Plus de lieux de convivialité comme le train bleu de la gare de Lyon. La cafétéria sinistre, glaciale semble prévue pour bannir à jamais le mot gastronomie. De la première, à la dernière gorgée, la bière est fade, elle se résume au  simple geste du boire-poser le verre répété, compteur du temps qui reste avant l’annonce. du départ.

On ne s’arrête pas, on ne s’arrête plus, la bête humaine au 21ème siècle n’est plus le pilote mais le passager. Il est en mouvement, dans un immobilier fonctionnel, plus ou peu de sociabilité dans ces mausolées tristes ou le roi n’est pas, n’est plus. Architecture de Pouvoir sans le pouvoir.

Alors le passager entre dans d’autres espaces ou le social existe. C’est  celui des réseaux, tout le monde à la tête penchée sur son terminal, avance dans la gare, avance sur le quai, fuit le froid, monte dans le train…

La gare n’est plus qu’un lieu symbolique, un passage entre un avant et un après. Le présent de béton n’est pas.

J’espère que #garemix sera un début de réflexion sur la place de la gare, sa fonction (à nouveau) sociale, en réel comme en virtuel. Que vive le co-design

E-learning et domicile

23 Avr

Considérez ce travail comme un brouillon, des bribes de réflexions mises bout à bout mais rien de plus parce que le rendu n’est pas abouti.

Cette ressource est une trace posée pour lancer une réflexion sur le sens de l’espace privé au moment ou il devient possible d’enseigner et d’apprendre de ce lieu spécifique. Il faut éviter que les scénarios élaborés par les concepteurs de formation en ligne intègre comme une évidence le « Ils travailleront à domicile, ils concevront à domicile« .

Tentons donc d’analyser un espace de complexité

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Le texte

Dans cette vidéo je vais évoquer la question du e-learning et la possibilité de travailler, de concevoir ses ressources à partir de son domicile. Je vais aussi évoquer par incidence la possibilité d’apprendre de chez soi.

 Les travailleurs du savoir en général, les enseignants en particulier peuvent choisir le lieu de travail (pour la conception des cours ET pour les temps de formation en ligne)

 Il y a deux lieux essentiels à prendre en considération :

  • Le lieu institutionnel – L’école primaire, le collège, le lycée, l’Université ou le centre de formation.
  • Le lieu personnel, le lieu privé – Le domicile des enseignants.

Cette possibilité de choisir est souvent évoquée dans les conceptions des dispositifs des formations en ligne, on entend dire « les apprenants se formeront des chez eux »

De mon point de vue l’argument est recevable mais formulé ainsi ce n’est pas suffisant parce que le domicile appréhendé dans sa dimension professionnelle est un espace d’une rare complexité.

L’idéal serait, bien évidemment d’exercer ses talents dans un espace où l’on est seul et dans un espace calme.

Avant de décréter ex abrupto que l’on peut travailler de son domicile, il faut scénariser ses constructions. Il faut penser l’espace personnel, il faut l’imaginer car nous nous travaillons en professionnalisant par intermittence notre espace personnel.

L’espace privé à une structure spécifique, nous exerçons en un même lieu :

  • Une activité privée ;
  • Une activité sociale ;
  • Une activité professionnelle.

Chacune d’elle à sa logique spatiale. Nous devons comprendre quelle est la spécificité de l’activité professionnelle exercée au sein de l’espace privé.

Le domicile est une organisation spatiale spécifique qu’il convient d’analyser.

Tout d’abord rappelons que l’activité de e.learning est une activité instrumentée. Il faut donc analyser la place des outils dans l’espace.

Il faut une box pour accéder au réseau. Au-delà de la signature du contrat avec le fournisseur d’accès, nous sommes largement dépendant de la situation des prises téléphoniques. On place la box, là ou se situe la prise. Il n’y a pas forcément adéquation entre la logique du constructeur et vos usages.

Vous choisissez de travailler dans l’espace, la pièce qui vous paraît la plus adaptée. Il n’y a d’ailleurs pas forcément un lieu privilégié puisque vous pouvez utiliser vos terminaux dans tout l’appartement. Il faut donc pouvoir se connecter partout.

Il est ainsi nécessaire de comprendre comment coordonner une mobilité des usages avec une box qui est fixe.

On ne peut pas déplacer sa box au grè de ses usages.

Première solution

 Se brancher avec un cable RJ 45, la connexion filaire qui assure un débit régulier. C’est possible mais à la condition d’avoir un appartement adapté.

C’est rarement le cas puisqu’il faut des prises dans les cloisons

Ou alors les faire installer, ce qui mettrait la possibilité de travailler chez soit à un coût exhorbitant.

Seconde solution

La plus répandue est l’utilisation du WIFI. La box permet de se connecter au wifi mais pas forcément partout, notamment si l’appartement est grand (pour les chanceux), s’il y a des étages, s’il y a des blocs métalliques etc, etc

 Il faut donc au préalable vérifier sa connexion, elle est –elle de bonne qualité ou calamiteuse ?

 Troisième solution

 Le CPL (courant porteur léger) qui vous permettra d’accéder au réseau via vos prises électriques. Idéal puisque le constructeur a normalement installé des prises électriques dans toutes les pièces.

 Le CPL nécessite d’acquérir deux appareils, si vous souhaitez en avoir plusieurs il faudra vérifier que juste derrière votre box vous avez suffisamment de prises électriques.

 L’espace sonore.

 Votre appartement c’est un écosystème sonore. Concevoir des ressources audio et vidéo ne s’improvise pas car on découvre très vite qu’il y a des bruits parasites.

  • Vos voisins, notamment l’amoureux du bricolage et de la perceuse.
  • Vos enfants
  • Le système des objets

Il faut que l’espace sonore de conception soit étanche avec les autres sons de votre espace

L’espace visuel

Il faut dans le cas ou vous utilisez la vidéo, vous positionner idéalement pour que vous soyez vu. Évitez de vous asseoir dos à une fenêtre, on ne verra que votre silhouette.

Il faut professionnaliser votre espace visuel, votre vie privée ne doit pas interférer.

La métaphysique des tubes

9 Avr

La réflexion sur les espaces de formation nous enjoint à imaginer les activités dans le réel et dans le virtuel, je l’ai souvent évoqué. J’ai interrogé abondamment la place du corps, la signification des espaces, l’hétérogénéité de l’espace personnel. Ces questions sont, me semble t-il centrales mais elles doivent être aussi mises en relation avec des enjeux très techniques. Nous entrons ici dans un dialogue entre le conceptuel et le concret. Réel-virtuel, conceptuel-concret le jeu des oppositions supposées mises en tube.

Le virtuel  et le réel n’ont, de sens et de chance, d’être opérationnels que si l’on est conscient du besoin de faire collaborer les enseignants avec leur DSI (ou tout service équivalent). Dans les scénarios de formation qui sont élaborés il est fréquent de vouloir intégrer des classes virtuelles pour créer des moments d’interactions distantes synchrones. Le gisement du potentiel pédagogique est immense mais il ne peut être réduit à la seule question pédagogique. Il faut aussi insérer les techniciens dans cette conception pédagogique, les impliquer, les rencontrer.

Les tubes et tuyaux dans lesquels nous faisons circuler nos savoirs et connaissances sont complexes. Il faut être conscient que le développement des enseignements en ligne pose des questions de sécurité. Les « firewalls » peuvent être étalonnés de façon fine. Il est donc indispensable que les concepteurs de cours en ligne apprennent à expliquer les enjeux de la formation, connaissent leurs interlocuteurs techniques, rédigent des argumentaires pour justifier leurs besoins et sachent, en retour, écouter les arguments de la technique. Sécurité Vs pédagogie.

Traduit en langage pédagogique il faut (dra) savoir collaborer et bien au-delà de nos cercles habituels. Cette démarche est longue, prends du temps, oblige à dépasser ses cercles mais j’ai la faiblesse de croire qu’engager le dialogue est fécond même s’il est complexe.

Il y a bien sûr la méthode habituelle qui consiste à dire pis que pendre des « rusteaux » de la technique, à vilipender la piètre qualité de la solution technologique, à morigéner l’organisateur mais … À part se cantonner dans ses certitudes qu’elle est la plus-value ?

L’enseignement instrumenté à des effets qui vont bien au-delà de la technicité, il nous contraint à nous interroger sur le sens du lien social dans la construction des dispositifs en ligne.

La classe transparente

22 Mar

Voyez ce billet comme l’expression de ma conception du champ des possibles en matière de spatialisation pédagogique. Je ne suis ni architecte, ni spécialiste des structures des bâtiments, ni décideur mais …

L’espace de formation est devenu, me semble t-il, un objet de réflexion tendance. On s’aperçoit enfin que le numérique modifie nos habitus professionnels, notamment ceux qui convoquent nos représentations spatiales. Les analyses immobilières et mobilières doivent être mises au regard des enjeux de formation. Des rapports sont publiés, des chercheurs se rencontrent, débattent et proposent.

C’est le temps où il faut convoquer les utopies et oser proposer des projets disruptifs. Pour une fois mon billet sera en forme de prospective, de page blanche électronique ouverte à la ruse intellectuelle, au bricolage conceptuel.

La salle de formation est imaginée au sein de structures immobilières qui sont chargées de sens. On souhaite ouvrir l’école, la faire entrer dans l’ère du numérique. On ne cesse de convoquer les concepts de collaboration, d’intelligence collective. Si je comprends bien ces derniers, on souhaite faire tomber des murs, faire en sorte que le dedans aille vers le dehors et que le dehors imprègne le dedans. Nous sommes, au quotidien, engagés dans le réel des pratiques mais nous ne pouvons ignorer les formes symboliques des lieux.

Ouvrir c’est voir ! Or le murs sont hermétiques et ils ne sont pas, malheureusement, fait que de briques. Ils sont aussi dans les têtes (la persistance des représentations 1.0). Par conséquent, abattre les murs (au moins symboliquement) est une ardente obligation, qu’ils soient fait de briques et/ou par empilement de certitudes. Enseigner est une forme de paradoxe qui consiste à ouvrir l’esprit citoyen, à développer une culture humaniste mais … en se calfeutrant. J’ai quand même le sentiment après quelques années d’enseignement qu’au-delà de sa classe « l’enfer c’est les autres ».

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Couloir, mur et vitres

Alors soyons fous, osons. Créons la classe transparente, celle qui a des murs en verre. Je ne parle pas de la bande de vitre au-dessus des portes manteaux, qui m’a toujours fait bondir, car elle est un symbole de la surveillance qui n’ose pas dire son nom (je cache, je dévoile).

J’imagine la classe faite d’un mur de verre ou l’on pourrait faire le choix du montrer / cacher (mon propos n’est pas d’imposer la transparence mais de la susciter).

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Glass house

Mon propos n’est pas spécialement innovant car de nombreux architectes ont déjà créé des maisons de verre.  L’Apple store de NYC, sur la 5ème Avenue en est une représentation emblématique (dans le principe car le magasin est au sous-sol).

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Apple store NYC

Et si une collectivité locale osait cette démarche ? (peut-être existe t-elle ?). S’engager dans la création d’ une salle de formation aux potentiels de transparence ? La technologie rend possible l’interaction avec les murs. Un mur de verre peut laisser passer la lumière mais aussi la bloquer avec ces solutions.

Le mur, cet objet que nous n’interrogeons plus, ou si peu, parce qu’il fait partie de notre environnement. Il comporte des fenêtres, des encadrements de portes, des gaines indésirables etc. Le mur de verre serait une solution idéale de ce point de vue. On imagine assez aisément le champ des possibles qui pourrait s’ouvrir avec ces surfaces de projection du savoir…

Les technologies existent

 

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Ma vision de la classe de verre

Voici quelques réflexions jetées pêle-mêle pour alimenter mes analyses sur l’espace de formation. Il faudrait y ajouter une entrée théorique de l’architecture. Quelle est  le rapport entre la rue et le bâtiment ? Quid du dialogue de l’extérieur vers l’intérieur ou inversement. Je tenterai de poser quelques pistes dans un autre billet.

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Cacher / dévoiler

Ce billet est une invitation au débat. Si vous êtes architecte, designer, responsable d’une collectivité locale, chercheur, responsable du ministère, ou représentant d’un groupe de BTP, n’hésitez pas à venir alimenter le débat. À vos claviers ?

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Le corps dans l’espace de formation, intelligence et ruse

23 Fév
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Mètis

Il est des jours où l’activité professionnelle porte au moral. Il est besoin de faire le point au regard de cette rude confrontation avec le réel.

J’ai comme remède singulier, pour me remettre en condition, pour m’apaiser, de m’adonner à la lecture. Non pas celle qui permet de s’évader (la solution qui serait certainement la plus intelligente) mais celle qui aide à penser. Je viens donc, pour calmer mon stress, de relire Christophe Dejours et l’ouvrage  « travail vivant », tome 1 – sexualité et travail (1). Outre le calme retrouvé, cette lecture bénéfique m’a aussi guidé vers mes préoccupations sur le corps dans l’espace de formation.

Dans cet ouvrage, Christophe Dejours aborde le sujet de l’intelligence au travail, de l’intelligence rusée, de l’intelligence du corps, de la subversion, du travail entre corps et âme, intelligence et théorie du corps pensant …

Si nous supposons que le corps dans l’espace de formation est corseté et conditionné par une organisation administrative bien installée. Pouvons-nous alors engager une réflexion sur le corps apprenant et  imaginer qu’elle est de l’ordre de la subversion ?  La salle de classe, l’amphithéâtre, le salle de formation pour les adultes en formation continue sont devenues transparentes tant elles sont inscrites dans notre paysage professionnel. Nous devons  prendre le temps du recul réflexif et interroger point par point ce qu’est cet espace.

J’ai plusieurs fois tenté d’interroger de la place du corps dans les espaces de formation. Ils se sont très peu modifiés en un siècle. On entend souvent citer cette formule : « Si un chirurgien du siècle dernier revenait dans une salle d’opération il serait incapable de comprendre son environnement professionnel. Si un enseignant revenait il ne serait pas ou peu désorienté. »

La salle de formation est un exemple assez significatif d’une forme de l’économie administrée. Elle est globalement imposée, répond à des normes spécifiques. La marge de manœuvre des enseignants, au regard de la structure spatiale, est assez réduite.

Il est vrai que la disposition de la salle de formation a peu corps_espace_10évolué -Le triptyque, tableau, bureau, bureaux, est toujours là. Le corps des apprenants est généralement contraint par l’assise sur la chaise, elle même située face à la table, le groupe étant aligné face au bureau de l’enseignant. Une forme d’organisation industrielle de l’espace de formation. La reproduction du principe pyramidal est très prégnant.

corps_espace_11L’espace réel de formation est  prédéfini car  lorsque l’on entre dans sa classe, l’essentiel est imposé, l’enseignant et les apprenants évoluent dans un modèle très contraint fait de murs, de tables et de chaises. Il est, de ce fait, très difficile de modifier les modèles autre que dans le cadre de projets dits innovants, forme de vitrine de la réflexion / analyse d’un futur possible.

Les enseignants peuvent-ils réellement transformer cette structure ? Ont-ils le pouvoir d’organiser le lieu d’enseignement / apprentissage en fonction de leurs scénarisations ?

C’est ici que je veux me référer à Christophe Dejours car il parle de l’intelligence. Dans notre métier nous nous heurtons quotidiennement au réel, là ou mon  » Savoir se heurte à la résistance du monde » « Alors je suis assurément dans le réel » (page 28)

Tous ceux qui travaillent doivent mobiliser leur intelligence, celle qui : « Découvre, une intelligence qui invente ; peut être même faut-il parfois une intelligence créatrice« 

C’est le gap qui existe entre le prescrit et l’effectif « On méconnait que tous ceux qui travaillent doivent mobiliser une intelligence inventive qui fait partie intégrante du travail ordinaire« 

Alors posons nous la question suivante, lorsque nous entrons dans un lieu de formation, comment doit-on mobiliser son intelligence spatiale ? Soit l’on accepte la disposition orthodoxe, soit l’on fait preuve de ruse.

Là encore, Christophe Dejours nous donne des pistes en convoquant la mètis des Grecs :

« Mètis pour les Grecs, c’était une intelligence qui agit par la ruse » « La mètis se préoccupe surtout de l’efficacité et prend des libertés, ou se montre impertinente, avec les règles et avec les lois« 

« Le plus important sans doute dans les caractéristiques de cette intelligence, c’est qu’elle permet d’improviser, d’inventer des solutions, de trouver des chemins insolites, dans des solutions nouvelles, inconnues, inédites. C’est une intelligence rusée, mais aussi foncièrement inventive, créative, facétieuse parfois, insolente souvent. Les Grecs disent que c’est une intelligence courbe, c’est-à-dire qui ne suit pas les voies bien tracées du raisonnement logique. » (page 31)

Nous faisons l’expérience au quotidien de la salle de formation, nous sommes animés par la volonté de faire réussir nos élèves et étudiants en instillant d’autres paradigmes tels la coopération et la collaboration. L’espace peut potentiellement anéantir nos intentions car il est administré sur des logiques anciennes.

Alors, si nous nous mettions à interroger de façon autre le statut des objets et de leurs positions spatiales ? Qu’est ce qu’une chaise, qu’est ce qu’une table, un mur ?

Je n’ai pas de réponse mais mes questions sont, peut-être, par elles mêmes des ruses ?

La première question consiste à s’appuyer sur la réflexion suivante : le modèle de la salle de cours autobus et-il stable, non réformable ?

corps_espace_13Et si l’on imaginait des pistes pour  d’autres modèles ? Un apprenant allongé, étendu, confortablement enfoncé dans un fauteuil est-ce une proposition qui relève de l’ idée incongrue ?

Tout d’abord il faut partir des usages et des représentations des enseignants. Ont-ils envie de modifier les structures de la classe ? Quels sont leurs usages quotidiens de la spatialité de la classe ? (je reste persuadé que le corps enseignant propose discrètement mais efficacement des usages intéressants) Je touche cependant ici les limites de ma posture intellectuelle. Je suis, je reste  un bricoleur du concept, je n’ai malheureusement aucun moyen de lancer des études, des analyses de terrain pour infirmer ou confirmer mes prémisses.

 Cette posture intellectuelle étant rappelée, nous pouvons nous autoriser quelques spéculations et quelques pistes d’analyses :

Enseigner et apprendre c’est :

  • S’assoir  devant une table ?
  • S’autoriser à concevoir un dispositif de formation incorporant une pensée sur les postures corporelles ? :
    • Apprendre en imaginant que les apprenants puissent choisir de  s’allonger  ;
    • Apprendre en s’asseyant dans des fauteuils ou des canapés ;
    • Apprendre en restant debout ;
    • Apprendre en autorisant le groupe d’apprenants à choisir sa posture favorite.

corps_espace_19J’imagine que la perspective d’une telle déconstruction peu paraître utopique, décalée et non acceptable pour beaucoup. Je suppose que cela renvoie à notre éducation, à nos représentations qui veulent qu’un élève qui apprend est un élève qui se tient « correctement » (comprenez assis sur une chaise, face à une table, face à l’enseignant). C’est peut-être aussi l’idée répandue que la rigueur du corps est consubstantielle à la rigueur de l’esprit …

Poser les termes du débat, n’induit pas que nous allons tout changer, modifier obligatoirement et définitivement la structure de la salle. La salle autobus à sa logique mais est-elle indéboulonnable ?

Ce billet ne propose pas un grand soir de la spatialité, en balayant radicalement l’existant mais bien un début de réflexion sur ce que pourrait être une salle de formation où s’instille le numérique. Imaginons des scénarios sans nous censurer à priori. Osons le raisonnement par l’absurde.

La démarche, me semble t-il doit passer par des propositions subversives, dérangeantes. N’hésitons pas à proposer des organisations différentes, des cours dispensés face à un groupe d’élèves, certains allongés, d’autres enfoncés moelleusement dans un sofa, ou encore assis par terre. Il peut en émerger des pistes utiles,  des orientations. La subversion mobilière, la ruse spatiale comme principe d’analyse et de réflexion.

Je vais continuer à imaginer les pistes de l’espace réel de formation en convoquant mon imaginaire et mes utopies. J’ai cependant commencé à regarder comment les individus engagent leur corps avec la numérique. J’ai essayé de formaliser cela dans le diaporama ci-dessous.

Ce blog se veut, je le rappelle à chaque fois, un lieu de débat et de confrontation. Vous êtes cordialement invités à vous exprimer si vous en avez l’envie.

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Christophe Dejours, « Travail vivant » tome 1 « sexualité et travail « ,  Petite bibliothèque Payot, 2009 – ISBN 978-2-228-90839-9

L’espace de formation- Pistes d’analyses

21 Fév

Pour le moment que des pistes graphiques

Vu chez Stealcase

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« Des pierres et du ciment » au service de l’interaction pédagogique

16 Juil

Billets en rapports – les « e.learning center » au service du e.learningAu lieu de sanctuariser l’école  – De l’utopie de la négation du corps …- La classe connectée

J’utiliserai dans cet article le terme d’architecture mais entendu comme l’architecture d’intérieur au sens ou le définit l’UNAID (Union Nationale des Architectes d’Intérieur, Designer) : « Participant de plain-pied à l’acte de construire, l’architecte d’intérieur exerce son art depuis l’élaboration et l’agencement des volumes d’un bâtiment jusqu’à la mise en scène des objets qui vont faire la qualité, la cohérence et le plaisir d’habiter un espace accordé au plus juste des besoins comme des goûts de ses clients »

Ma réflexion sur l’espace de formation m’a amené, lors cette année universitaire (2013-2014), à visiter plusieurs lieux de formation aménagés à titre expérimental. J’ai entendu plusieurs acceptions pour qualifier ces lieux, learning center, fablab, atelier de co-working. Je laisserais de côté ici les analyses afférentes à la terminologie pour me concentrer sur les enjeux des aménagements. Il faut entendre ici la démarche qui consiste à revisiter les lieux de formation dans leur conception architecturale au service d’une scénarisation pédagogique. L’objectif affirmé étant de favoriser les interactions sociales et de développer une meilleure posture d’enseignement et d’apprentissage.

Dans chacun des cas observés l’objectif des concepteurs a été de briser les modes de transmission de type « top down » représentés par la salle de classe dite autobus ou l’amphithéâtre.
Le dernier espace que j’ai visité à l’Université de Marne La Vallée m’a permis de lancer des pistes de réflexion. J’ai eu, au final, beaucoup de difficulté à identifier la nature de ces lieux qui se construisent ici et là. Certains parlent de learning center, d’autres de fablab, de tiers lieux, d’espace de co-working. À cet instant de ma réflexion j’ai un sentiment de confusion, de défense de pré carré conceptuel, là ou se dessine une réflexion forte sur la conception matérielle et immobilière des lieux d’apprentissage.

Afin de solder temporairement la question sémantique, je souhaite donner un début de cadrage conceptuel pour situer la diversité des concepts qui peut d’une certaine façon perdre le lecteur

Le learning center

– C’est « Un environnement flexible – L’intégration d’un ensemble de ressources, de services et d’expertise – L’anticipation et la conduite d’un changement de modèle éducatif » Graham Bullpitt (1)

Le FabLab

« Un Fab Lab (abréviation de Fabrication laboratory) est une plate-forme ouverte de création et de prototypage d’objets physiques, « intelligents » ou non. Il s’adresse aux entrepreneurs qui veulent passer plus vite du concept au prototype ; aux designers et aux artistes ; aux étudiants désireux d’expérimenter et d’enrichir leurs connaissances pratiques en électronique, en CFAO, en design ; aux bricoleurs du XXIe siècle… » FING (2)
« Un FabLab est un réseau de laboratoire local permettant l’accès à l’invention et la fabrication à des individus par la fourniture d’outils digitales et de fabrications. Vous pouvez utiliser le FabLab pour faire tout ce que vous souhaitez et le partager avec les autres utilisateurs. L’éducation au FabLab se déroule par le projet et la pratique. Vous êtes sollicité pour contribuer aux documentations et instructions des processus. » ENSCI (3)

L’espace de co-working

« Le terme de « Coworking » est apparu pour la première fois en 1999, dans un article de Bernie DeKoven, créateur de jeux-vidéos et auteur de nombreux ouvrages sur les nouvelles formes de divertissement /…/
La notion de Coworking regroupe en réalité deux idées, proches mais distinctes. En nous appuyant sur la traduction littérale du terme, nous pouvons analyser le Coworking comme un « centre de travail partagé ». Cependant, la notion recouvre aussi l’idée d’un réseau de travailleurs indépendants ou en freelance, particulièrement sensibles à l’échange, à la coopération et à l’ouverture. L’accent est donc mis sur une communauté de travailleurs autonomes et indépendants, partageant un ensemble de valeurs et de besoins. Cette communauté est très intéressée par les synergies pouvant naitre de la collaboration de ses membres. Les espaces de Coworking se vivent ainsi comme des espaces différents du domicile ou de l’entreprise. Il s’agit d’une troisième voie, à mi-chemin entre les deux lieux de travail précédemment cités, mêlant le confort du travail à domicile et la richesse sociale du travail en entreprise (4) . »

Ce lieu que je tente d’analyser, objet de tant de tentatives de définitions est complexe. Je suis invité, à cet instant de ma réflexion, à orienter mes analyses vers un nécessaire brassage des différentes définitions. Ce choix du mélange ne résulte pas d’une volonté velléitaire mais bien du sentiment fort que les espaces matériels de formation fusionnent dans les usages alors que les spécialistes restent sur des querelles de chapelles liées aux définitions. Mes propos, qui pourront en heurter plus d’un, reposent sur mes observations, constats de la présence d’éléments épars empruntés à chacune des définitions :

• La présence d’outils de prototypage, notamment l’imprimante 3D, des robots
• La redéfinition de l’agencement de la salle. La conception de lieux prend en compte la posture du corps dans l’organisation du dialogue, la pose du corps est imaginée. Le corps n’est plus seulement pensé dans un rapport contraint du tryptique bureau / humain / chaise. J’ai noté la présence quasi systématique de canapés, de fauteuils, de chaises à l’assise confortable pour la conception de l’espace de dialogue. Jusqu’à présent j’avais isolé ces dispositifs seulement dans des lieux symboliques du pouvoir ou l’on dialogue entre pairs (Le bureau du Doyen de ma faculté par exemple). ;
• La présence d’outils de partage comme les moniteurs muraux pour partager l’information ;
• L’accès aux ressources documentaires via les interfaces numériques ;

Ces lieux sont des cadres d’observations privilégiés pour imaginer les interactions qui peuvent (pourront, pourraient) s’établir entre les acteurs des dispositifs de formation grâce aux intentions des concepteurs (5) de l’architecture intérieure scolaire.

Il faut analyser avec attention ces processus de conception. La seule entrée par les « meubles meublants (6) » peuvent nous entraîner dans la reproduction d’erreurs passées. Je tourne ici mon regard, pour opérer un parallèle, vers la période de conception des salles d’informatique dans les établissements de formation (école, collèges, lycées, Universités). Dans les années 90 on distinguait la salle de cours et la salle informatique parce que l’on séquençait les deux actions. Il convenait de placer des ordinateurs dans une salle sans autres formes de préoccupations pédagogiques. Nous pouvons, me semble t-il, si nous n’y prenons garde sombrer dans le même type de procédé lors de la conception des espaces de formation. Nous ne devons pas recréer des salles bis, plus confortables, plus cosy mais pas si différentes que cela des autres.

Un établissement de formation est un formidable lieu de socialisation et d’interaction que le duo architecture / organisation des services s’évertue trop souvent à mon goût, à mettre sous l’éteignoir. Je ne prétends pas qu’une école est encore gérée comme le Panopticon de Bentham (Table ronde Paris 8, 2011), mais je pense que la volonté de contrôler, de surveiller, séquencer est encore très présente et qu’elle « neutralise » la nécessaire économie de la confiance, fondement me semble t-il des apprentissages. À ce sujet on peut lire dans la revue Persée (7) :
« L’organisation du temps (l’emploi du temps) veut d’autre part « additionner et capitaliser le temps », constituer « ce temps disciplinaire qui s’impose peu à peu à la pratique pédagogique. La mise en « série » des activités à l’école élémentaire « permet » de la sorte « tout un investissement de la durée par le pouvoir », et l’horlogerie disciplinaire se révèle un dressement d’un temps de l’apprentissage des savoirs, qui assujettit l’enfant à la découpe même des savoirs, à leur division.

Dans ce complexe disciplinaire, se situe un dispositif mettant l’élève sous le regard du maître, qui contraint par le « jeu du regard ». La « surveillance hiérarchique » impose une architecture qui s’intègre « au rapport pédagogique », autorise une indiscrétion de tout instant, et donc le Panopticon imaginé par (Bentham, 1791) comme dispositif carcéral pour tenir les prisonniers sous la vue permanente des gardiens participe mutadis mutandis d’un imaginaire pédagogique. Rêve inquiétant d’une société transparente, au pouvoir d’une machine à contrôler » (Fillioux, 1992)

Il est par conséquent nécessaire de dynamiser et de renforcer la réflexion sur les architectures d’intérieur des lieux de formation, en évitant cependant de s’égarer, en sombrant dans certains biais d’analyse. Le postulat sur lequel nous nous appuierons est le lien que l’on peut établir entre les agencements spatiaux et les interactions humaines éducatives. Nous devons nous poser la question suivante pour asseoir notre réflexion : « Faut-il dédier un lieu unique et architecturé au service de l’interaction pédagogique dans les établissements de formation ? » Si je raisonne a contrario, cela signifie que les autres lieux ne seraient pas voués à l’interaction, à la collaboration, à la coopération, ou le seraient moins ? Mettre en lumière un lieu, c’est d’une certaine façon jeter un voile d’ombre sur les autres.

La première question en appelle une autre : « La mise en place d’un lieu spécifique organisé ne fait-il pas émerger un paradoxe ? » L’unicité du lieu obligera la communauté des acteurs à réserver la salle lorsque le besoin émerge. L’invitation à collaborer, obligera à réintroduire un planning rigide au service d’une réflexion agile (?). Cela remet au centre de la réflexion, le séquençage espace / temps qui est un instrument de normalisation comme dit Michel Foucault  » « Le temps mesuré et payé doit être aussi un temps sans impureté ni défaut, un temps de bonne qualité, tout au long duquel le corps reste appliqué à son exercice ». « (Foucault, 1975). Le paradoxe est là, le besoin d’interagir socialement pour instiller de la souplesse, de l’agilité créé de la rigidité.

Fort de cette contradiction, on peut se risquer à faire quelques propositions :
L’émergence de lieux construits et pensés pour le travail collectif, coopératif et collaboratif (Godinet, 2007) est un marqueur des nouveaux modes de travail de ce début du 21ème siècle. Nous éviterons ici de placer la collaboration comme le seul alpha et oméga de la pédagogie moderne mais bien de replacer ce concept comme pouvant être une chance éducative ou un puissant toxique (Stiegler, 2010)

Le rapport au savoir et à la connaissance est matérialisé par l’architecture. Là où le tryptique ; tableau, estrade, bureau symbolisait la transmission du savoir acquis oralisé (Serres, 2012), l’espace poreux (Bardi – Bérard, 2002) déconstruit oblige à repenser l’apprentissage et l’enseignement dans leur dimension spatiale. Comment doit-on concevoir la collaboration dans un espace éducatif ? Ces lieux (encore largement) symboliques sont à la fois dédiés aux méthodes de travail scénarisées et sont aussi une façon institutionnelle de proclamer l’engagement à développer les méthodes agiles.

Il est à la fois lieu d’usage, de recherche et de proclamation d’intention politique de formation. Il appartient maintenant aux institutions et aux équipes pédagogiques de passer d’une méthode de recherche / action in vitro à l’action in vivo. Passons de l’expérimentation à la généralisation.
Cette réflexion s’inscrit obligatoirement dans le registre du singulier et du pluriel, faut-il un lieu ou des lieux de co-working dans les Universités ? Du tiers lieu au lieu d’inclusion les champs d’analyse sont nombreux.

Créer UNE (seule) salle de co-working dans une Université c’est faire un effort d’investissement qui peut justifier budgétairement l’unicité mais on ne peut réduire la réflexion aux seuls enjeux financiers.
Soyons audacieux en poussant le raisonnement jusqu’au bout. Si l’on estime que le mode coopératif et collaboratif sont les principes à retenir pourquoi les confiner à une spatialité réduite ?

Les travaux à engager doivent être initié dans une analyse préalable sur les besoins, les envies mais aussi les peurs et les craintes des enseignants et des étudiants. Il me semble contreproductif de concevoir la ou les salles puis de tenter de convaincre de leurs pertinences. Il s’agit bien dans mon propos de lier intimement les réflexions sur le sens d’un lieu et celles de la pédagogie.
Ce billet est le début d’une réflexion. Un peu plus qu’un billet mais pas encore un article, je souhaite pouvoir pousser plus avant cette analyse sur les espaces de formation.

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[1] « Des pierres et du ciment » au service de l’interaction pédagogique

[2] Fing – http://fing.org/?Le-Fab-Lab-lieu-d-artisanat

[3] Définition Fab Lab par l’ENSCI – http://www.ensci.com/createur-industriel/ateliers-de-projets/j-l-frechin/projet/article/9482

[4] Définition des modalités de mise en place d’un lieu de « Coworking » à Lyon – DEPAROIS Vivien -MARY Juliette -VILLEMONTE de la CLERGERIE Cécile, Mastère Spécialisé : Marketing et Management des Services, EM Lyon Business School

http://www.espacedestemps.grandlyon.com/_Services_aux_salaries/doc/EM%20LYON%20benchmark%20Coworking.pdf

[5] Par concepteur, j’entends un champ large qui va des architectes aux équipes pédagogiques engagés dans la réflexion sur des lieux de formation.

[6] Dictionnaire de droit privé « Dans le langage de la technique juridique, les pièces de mobilier qui garnissent les habitations ou les bureaux des entreprises (tables. bibliothèques, lits, rideaux. .) »

http://www.dictionnaire-juridique.com/definition/meuble.php

[7] Revue Persee – http://www.persee.fr/web/guest/home

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Bibliographie

Bardi – Bérard. (2002). L’école et les réseaux numériques. (La documentation française, Éd.)
Bentham, J. (1791). Le Panoptique (éd. Les mille et une nuits, 2002). Les mille et une nuits.
Fillioux, J.-C. (1992). Michel Foucault et l’éducation (éd. Numéro 99). Revue française de pédagogie.
Foucault, M. (1975). Surveiller et punir. (Gallimard, Éd.)
Godinet, H. (2007). Le Campus numérique FORSE : analyses et témoignages. (PURF, Éd.)
Stiegler, B. (2010). Ce qui fait que la vie vaut le peine d’être vécue. De la pharmacologie. (Flammarion, Éd.)
Table ronde Paris 8. (2011). Autour du Panoptique de Jeremy Bentham (éd. Université Paris 8).
Wikipédia. (Consultation le 11 juillet 2014). Définition FabLab.

Apprendre et enseigner au cœur des espaces du savoir. La flexibilité des espaces au service de la convergence.

16 Juin

Aire du rectangle = Longueur x Largeur = a.b, cette formule mathématique est essentielle pour concevoir les espaces physiques de formation. Le ratio M 2 / étudiant est indispensable pour aider à la gestion de la structure globale des bâtiments (Agence de modernisation des universités, 2000). L’unité métrique d’espace est la référence pour les directions du patrimoine immobilier. Les normes administratives fixent la surface utile à «1 M 2 par étudiant pour l’amphithéâtre, 1,5 M 2 pour une salle banale, 6 M 2 pour une salle de TP …. »(Derouet-Besson, 2000). Cependant … La formation en ligne a fissuré notre regard à l’endroit des espaces physiques en faisant émerger l’aire numérique. Peut-on, à l’instar des surfaces réelles, la réduire à une formule algébrique ? Depuis que les étudiants, les enseignants et les tuteurs ont investi ce « far web» fait de 0 et de 1, ils y exercent leur sociabilité(Casili, 2012), sans qu’ils se situent pour autant dans un « univers parallèle » (Arfaoui & Lafay, 2013)

Du rigide à l’immatériel, du quantifiable au non quantifiable, la FOAD nous propulse dans l’âge de la flexibilité des espaces. Cette nouvelle donne ne peut qu’interroger les acteurs de la formation en inscrivant la forme interrogative du [où ?] de situation, au fronton de nos analyses.

Avant toute chose, il me paraît nécessaire de définir la notion d’espace de formation dans le cadre de la formation à distance, parce qu’elle réunit les acteurs au sein de territoires (physique et numérique) de plus en plus vastes. Nous sommes situés encore largement dans des constructions spatiales d’apprentissages rigides, fondées sur le principe de l’unité de temps et de lieu. La formation est conduite dans l’enceinte de la classe ou de l’amphithéâtre, encapsulée dans le bâtiment de formation (école, collège, lycée, université), lui même incrusté dans le tissu urbain et social d’une ville. La FOAD érigée sur les fondations d’Internet, enrichit et augmente l’espace de formation. Les scénarios doivent intégrer cette dimension flexible, tout en sachant ne pas tomber dans le travers de la construction de lieux de travail qui « ressemblent davantage à des gares de chemin de fer qu’à des villages » (Sennett, 2008)

Un espace de travail flexible est-il un oxymore ? L’histoire nous donne à penser qu’il est depuis longtemps un lieu de porosité, de mixité et de flexibilité. Les réflexions sur l’espace sont inscrites historiquement dans les analyses sociales du travail.

Au moyen âge le domicile et le lieu de travail sont confondus. L’Atelier est un lieu mixte. Richard Sennett dit : «Les artisans dormaient, mangeaient et élevaient leurs enfants sur le lieu de travail». Lorsque le capitalisme industriel se développe, les salariés sont éloignés de leur milieu familial, c’est ce que souligne Stefana Broadbent (Broadbent, 2012), citant Eli Zaretsky « L’économie capitaliste du XIXème siècle avait besoin d’isoler l’individu de ses attaches familiales, de façon à casser le foyer familial en tant que lieu à la fois de reproduction et de production économique » (Zaretsky, 1986)

Les nouvelles technologies rebattent à nouveau les cartes. Le e-learning devient un champ privilégié d’observation de ce changement de paradigme spatial. Les scénaristes des dispositifs de formation ne peuvent plus éluder les réflexions liées à l’intégration des espaces physiques et des espaces numériques. La porosité spatiale devient un enjeu fort des constructions pédagogiques instrumentées.

Les enseignants, les tuteurs, les apprenants, les ingénieurs pédagogiques qui constituent l’ossature des dispositifs de FOAD évoluent d’une certaine façon au sein d’espace (s) proche (s) de l’idée de l’atelier d’un artisan. Il est le lieu professionnel que l’on habite et l’habitat qui se professionnalise.

Historiquement le mot atelier « Issu d’une terminologie de charpentier, le mot atelier n’a pas eu que des avatars morphologiques ; plus profondes et plus significatives sont ses aventures sémantiques. Sa polysémie n’est pas l’œuvre d’une suite d’accidents linguistiques ; le mot eut la mobilité même de ce qu’il désignait, changeant de sens chaque fois que la société changeait elle-même sa propre conception du travail, de la production et de la fabrication, au fil des transformations économiques, sociales et politiques. » (Encyplopédia Universalis)

Richard Sennett précise que : «Dans l’atelier, les inégalités de compétences et d’expériences deviennent des problèmes de face à face. Le bon atelier installera l’autorité légitime dans la chair, non pas dans les droits et devoirs établis sur le papier»

Un concept qui évolue à chaque fois que la société change « elle-même sa propre conception du travail », ne peut que nous inciter à cerner les enjeux pédagogiques liés à de la plasticité (flexibilité) de cet espace. Les dispositifs de formation sont poly-situés spatialement, charge aux concepteurs de s’emparer de cette problématique pédagogique.

Mon analyse portera sur les deux espaces investis pour l’exercice de la formation à distance, l’espace physique professionnel et l’espace physique privé.

Apprendre et enseigner dans des lieux physiques comme les écoles, les lycées ou les universités est encore le mode de la formation dominant. Le lieu physique est un espace signifiant qui structure encore massivement les modes d’apprentissage et d’enseignement. Dans cet espace dédié qui séquence le temps « sans impureté ni défaut, un temps de bonne qualité » (Foucault, 1975) la flexibilité est omniprésente. Le numérique a rendu poreux les lieux physiques. Il faut envisager désormais l’apprendre et l’enseigner dans un camaïeu de lieux situés signifiants et complémentaires. L’espace pédagogique est construit en combinant l’espace professionnel physique et de l’espace privé, le domicile.

Le fait de l’investir, d’y évoluer est dans l’inconscient collectif un gage de sérieux professionnel. Il est l’alpha et l’oméga de l’apprentissage et de l’enseignement. Il produit évidemment du sens pédagogique, du sens social et du sens architectural. On peut l’évaluer en quantité et en qualité mais … Ces espaces bien que constitués de briques et mortiers (brick and mortar) sont néanmoins devenus flexibles. Les constructeurs s’interrogent sur les nouvelles caractéristiques des lieux physiques au regard des enjeux du numérique. Faut-il continuer à installer des salles informatiques autobus ? Quel est le contour des « Learning center » ? Comment agence t-on les salles nouvellement équipées de solutions numériques ? Comment doit-on redéfinir les espaces des bibliothèques universitaires ? La FOAD est systématiquement convoquée dans ces analyses prospectives car elle casse un grand nombre de codes.

Il convient de se référer à nouveau à Michel Foucault. Le lieu de travail est conçu comme un lieu de surveillance. La présence située des individus est la référence pour estimer une forme de qualité du travail, alors même qu’au-delà du « présentéisme » c’est parfois « l’absentéisme moral » (Baron, 2011) qui l’emporte. Les stratégies de contrôle mises en place peuvent être redoutables. Richard Sennett à propos du travail à domicile et de la liberté associée dit : « Cette « récompense » suscite une vive inquiétude parmi les patrons, qui redoutent de perdre le contrôle des absents et soupçonnent ceux qui restent à la maison d’être tentés d’abuser de leur liberté. En conséquence une multitude de contrôles ont été mis en place pour réglementer le travail effectif de ceux qui sont absents du bureaux » (Sennett, 2000)

Les formations en ligne ont favorisé l’émergence d’un champ des possibles spatial. Le savoir s’est invité par effraction dans l’intime du domicile, les professeurs et leurs apprenants s’y sont installés. L’espace privé s’est flexibilisé à partir du moment où les acteurs ont eu à faire cohabiter en un seul lieu, l’intime et le lien de subordination. Le domicile se professionnalise donc par intermittence, on assiste à un double mouvement de convergence entre le lieu de travail et le lieu intime. Perla Serfaty-Garzon dit à ce propos « Bien des lieux de travail, non seulement l’atelier d’artiste, mais aussi, par exemple, la chambre, le bureau ou la bibliothèque de l’écrivain, le laboratoire du chercheur, l’atelier de l’artisan prennent sens d’habitation, précisément parce que, dans ces cas, la personne habite l’écriture, la réflexion, l’art ou la recherche scientifique. L’habitat – La maison est la figure majeure d’une dimension ontologique, et donc pérenne, celle de l’habiter. Mais d’autres figures peuvent traduire le chez-soi, son aspiration à la conscience de soi et à l’appropriation de même que son risque d’aliénation à soi-même et à autrui. » (Serfaty-Garzon, 2003)

Il revient donc aux institutions de formation et peut être plus précisément aux tuteurs d’expliquer aux apprenants comment gérer et harmoniser la dualité spatio-personnelle afin qu’il y ait le moins d’interférences possibles. La confrontation de l’intime et du professionnel au sein d’un espace unique fait émerger de nouvelles compétences. Le domicile-atelier est un écosystème technologique complexe. Il héberge en son sein un équipement minimum relativement complexe, une « box« , une connexion, un ensemble d’interfaces favorisant les émissions et les réceptions, des câblages, des périphériques pour écouter, pour transmettre (micro, casque). Les acteurs des dispositifs de formation qui agissent de leur domicile doivent imaginer la formation dans un registre de flexibilité de l’espace personnel. Les maisons et appartements sont majoritairement pensés pour l’occupation non professionnelle. Il s’agira donc de détourner, de bricoler, les lieux pour les adapter aux besoins de la formation. Il ne s’agira donc pas de déclarer l’espace personnel intégralement professionnalisé mais d’agencer des lieux à réversibilité sociale. La flexibilité pendra des formes multiples puisque l’introduction de la formation engagera à passer du fond sonore intime à l’ambiance feutrée professionnelle, de la circulation libre à la neutralisation d’un lieu, de la liberté de l’agencement visuel à la neutralité. La flexibilité de l’espace privé Vs l’espace professionnel engage à imaginer la flexibilité de sa vie sociale, quels contours, quels freins, quelle porosité ?

Il serait facile et sécurisant de considérer que seules les questions d’espaces physiques engagent à prendre une pause réflexive car il est question de briques et de mortier. Nous sombrons trop souvent dans le mythe du nuage informatique. Nous affirmons souvent de façon péremptoire : « mon travail est dans les nuages » ce qui revient à dire que l’on ne sait pas où il se situe et qu’il est de peu de valeur de savoir où il est localisé. Le « nowherland » est une fiction car l’espace numérique est situé ; les serveurs sont localisables, les CGU se réfèrent à un territoire juridicisé, les url ont des extensions de référence étatique (.fr, .ca, …). Nous avons donc besoin de cadastrer nos espaces (Moiraud, 2013). L’espace numérique interagit avec l’espace physique, il le contraint, il le structure : « La difficulté du changement tenait aux normes du lieu de travail plutôt qu’aux normes de calcul » (Sennett, 2000) . Lorsque la phase de formation s’opère à partir de l’espace privé, il faudra faire en sorte de le professionnaliser temporairement, par crainte d’interférences. Il faut engager un ensemble de réflexions d’ordre scénaristique, parmi lesquelles on peut citer, sans être exhaustif :

« Comment professionnaliser le champ de vision de sa webcam ?  Comment gérer l’écosystème technologique de son domicile ? Comment concilier les déplacements privés et déplacements professionnels ? Comment gérentesismer l’écosystème sonore de son domicile ? Comment gérer la répartition entre la présence sur le lieu de travail et la présence professionnelle au domicile ? » (Serfaty-Garzon, 2003)

Les espaces numériques sont une fenêtre ouverte … sur les espaces physiques et les espaces physiques sont les points d’accès vers les mondes numériques. Alain Milon (Milon, 2005) affirme que le numérique dans son acception de virtuel ne supprime pas la présence du corps. Nous osons affirmer que les dispositifs de formation en ligne ne suppriment pas la référence aux espaces physiques, bien au contraire.

Les universités qui s’engagent dans la formation en ligne doivent adapter leurs structures. Il me semble nécessaire que les institutions engagent une réflexion sur la flexibilité des espaces. Nous avons évoqué la difficulté à agencer l’atelier-domicile. Et si les universités offraient le service de l’accueil de leurs espaces à des étudiants engagés numériquement auprès d’autres universités ? Nous serions alors, ici, dans une vraie flexibilité (spatio-administrative) au service de l’enseignement. Les nouvelles gouvernances peuvent-elles ignorer le maillage nouveau des espaces du savoir ? Il me semble que nous sommes au début de cet immense chantier provoqué par le développement de la FOAD, et si les espaces numériques flexibles, avaient pour effet de redynamiser la réflexion sur l’espace réel rigide ?

 

Jean-Paul Moiraud

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Références

Agence de modernisation des universités. (2000). Guide de l’aide à l’autodiagnistic pour la mise en oeuvre d’une politique immobilière.

Arfaoui, M., & Lafay, Q. (2013). Non internet n’est pas un univers parallèle. (R. Esprit, Éd.)

Baron, X. (2011). Repenser l’espace et le temps du travail intellectuel. (L. m. review, Éd.)

Broadbent, S. (2012). L’intimité au travail.

Casili, A. (2012). Les liaisons numériques.

Derouet-Besson, J.-L. (2000). Réferentiel des constructions universitaires.

Encyplopédia Universalis. (s.d.).

Foucault, M. (1975). Surveiller et punir.

Milon, A. (2005). La réalité virtuelle. Avec ou sans le corps ? (autrement, Éd.)

Moiraud, J.-P. (2010). Bricolage, quelques réflexions.

Moiraud, J.-P. (2013). Changer d’air, changer d’ère et changer d’aire.

Moiraud, J.-P. (2013). Tutorat et espace de formation (éd. t@d 10).

Richard, S. La culture du nouveau capitalisme.

Sennett, R. (2008). Ce que sais la main. 10/18.

Sennett, R. (2000). Le travail sans qualités. Les conséquences humaines de la flexibilité. Paris: Albin Michel.

Serfaty-Garzon, P. (2003). Chez soi, les territoires de l’intimité.

truc. Article atelier (éd. Encyclopédia Universalis).

Zaretsky, E. (1986). Capitalism, the Family, and Personal Life. New York: Perennial Library.

 

 

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