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2015 en révision

1 Jan

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2015 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 19 000 fois en 2015. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 7 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Audit du domicile et e.learning. Gestes et habitudes

19 Sep

Billet en rapport

Le travail à domicile, le télétravail, le droit à déconnexion sont des sujets qui commencent enfin à émerger comme éléments de propositions politiques. C’est une façon de reconnaître que l’espace de formation n’est plus la réunion de l’espace réel ET de l’espace virtuel mais bien un élément unique et indivisible.

Cette question de l’accès aux ressources du savoir passe obligatoirement par le domicile des enseignants et des apprenants. Cela pose un ensemble de questions qui agitent la société et qui vont s’accroître me semble t-il avec le temps. La tenue de la COP21 est un élément du débat me semble t-il dans la mesure où les trajets pendulaires dans les grandes agglomérations sont polluants et facteurs de pertes de temps et d’énergie.

Quelle évolution du salariat ? Quelles définitions des statuts dans la fonction publique ? Quelle définition du temps de travail ? Quelle définition du contour de l’espace de travail ? Quelle place donner aux déplacements dans la journée d’un enseignant et d’un apprenant ?

Le e-learning est au centre de ces réflexions car sa mise en place, son développement déporte la notion de lieu de formation. Je reste persuadé que la question est sous estimée quand elle n’est pas ignorée.

Pour l’instant nous sommes sur la base du « Vous allez pouvoir travailler chez – vous !, nous allons vous envoyer le lien de connexion« . En disant cela rien n’est dit car la charge de l’organisation est déplacée sur l’apprenant. En introduisant une nouvelle façon de travailler, on prend le risque de bouleverser les habitudes, de mettre à mal les routines acquises. Les apprenants, les enseignants dans ce cadre qui se développe peuvent être déstabilisés dans leurs habitus, terreau fertile du rejet, nous le savons.

L’habitude, il serait facile de dire que c’est justement ce qui freine. J’aime me référer à Richard Sennett, notamment à son ouvrage « Le travail sans qualité – The corrosion of character, the personal consequence of work in the new capitalism« , 10/18, 1998 : « Le sociologue Anthony Giddens s’est efforcé de faire vivre l’intuition du philosophe en attirant l’attention sur la valeur première de l’habitude dans les pratiques sociales et la compréhension de soi. Nous ne testons d’autres solutions qu’en rapport avec des habitudes que nous avons déjà maîtrisées. Imaginer une vie d’élans momentanés, d’actions à court terme, une vie dépourvue de routines durables et sans habitudes, c’est en vérité imaginer une existence absurde« . Il ne faut pas mésestimer le poids des habitudes professionnelles, il faut les prendre comme un paramètre de la scénarisation.

L’investissement du domicile comme lieu de travail numérisé est un fait nouveau, nous n’avons pas ou peu d’habitudes, des routines embyonnaires. Je ne parle pas ici de l’introduction d’internet pour l’usage privé mais bien de sa dimension professionnelle. L’une et l’autre des pratiques sont bien différentes, c’est la raison pour laquelle on ne peut penser par calque. Pour l’instant il y a beaucoup à conquérir et beaucoup à apprendre.

Il faut donc penser, imaginer, réguler ces pratiques et ce pour plusieurs raisons :

  • Les concepts de temps et d’espaces sont bouleversés, il faut les définir à nouveau sans réduire les droits ;
  • Le salariat avec la naissance du capitalisme avait éloigné le travailleur de son domicile (Zaretski, 1986) pour qu’il soit plus productif. Le numérique favorise le retour vers le domicile. Comment gérer cette nouvelle donne ? ;
  • Les domiciles sont essentiellement pensés pour une activité privée, l’intermittence professionnelle bouleverse les agencements spatiaux ;
  • Le domicile chahute les habitudes du panoptisme sur site. Le travail à domicile tendrait à développer de nouvelles formes de contrôles plus fortes « Diverses études laissent penser que la surveillance au travail est souvent plus grande dans ce cas de figure que pour ceux qui travaillent au bureau » (Richard Sennett, ibid, p.80.) Comment agir pour introduire la confiance dans les relations à distance ?
  • Quelle place donner à la déconnexion ?

Le chantier est immense, il faut le prendre à bras le corps. J’entends par là être pro actif dans les politiques de déploiement. De mon point de vue il ne suffira pas d’intégrer des textes, des recommandations, des vidéos de bonnes pratiques sur un site. Il faudra accompagner, former, expliquer les enjeux. Il faudra que les corps intermédiaires aillent au contacts des acteurs et les former.

J’ai commencé modestement à formaliser ces questions sous forme de recommandations aux acteurs engagés dans la formation en ligne et voulant utiliser une classe virtuelle. Il s’agit d’un vademecum pour des étudiants en ligne. Avant que ne commence la formation il me semble indispensable d’expliquer ce que signifie travailler à partir de son domicile parce que c’est complexe.

***

« →  La qualité de votre connexion internet

Capture d’écran 2015-09-19 à 08.50.14L’apprentissage en ligne est tributaire de la bonne connexion internet. Il est banal de le dire mais fondamental pour le bon déroulement des séances de formation. Vous pouvez commencer par tester en ligne la qualité en cliquant sur ce lien

Réglage du matériel de votre domicile

Il est conseillé d’avoir une connexion de type ADSL ou fibre pour bénéficier d’un débit fluide lors des réunions en classe virtuelle. Préalablement à la séance distante synchrone voici quelques conseils pour en optimiser l’efficacité :

Un lien de connexion vous sera envoyé sur votre messagerie. Nous vous conseillons de réaliser les réglages sons et vidéos en amont de la séance (jamais au dernier moment) en suivant les indications du lien.

→ Vérifiez que vous possédez un casque audio. Les écouteurs de votre smartphone sont suffisants. En l’absence d’écouteurs la mise en relation sonore de plusieurs personnes peut générer un effet larsen très désagréable. Nous vous conseillons donc vivement de vous le procurer si vous souhaitez profiter pleinement des cours.

→Vérifiez, si la géographie de votre installation personnelle le permet, que vous pouvez privilégier le branchement RJ45, plutôt que les ondes wifi.

→ Vous pouvez brancher votre ordinateur à la box grâce aux prises spécifiques situées sur la façade arrière. Nous sommes bien conscients que la possibilité de branchement dépend largement de l’espace qui sépare de votre box de votre ordinateur. Très souvent la box est éloignée des terminaux numériques. Des câbles RJ 45 existent et permettent les connexions filaires. Ils ont un inconvénient notable car ils vont devenir des obstacles pour les circulations de vos proches.

Les prises CPL

Vous pouvez vous équiper de prises CPL (Courant Porteur Léger) pour vous connecter en filaire (RJ 45) à partir de vos prises électriques. De la sorte, vous pouvez vous connecter de n’importe quel endroit de votre appartement sans vous préoccuper de la situation de la box. Pour les détails techniques et les prix demandez à votre revendeur habituel. Vous aurez ainsi réglé la question des câbles gênants en bénéficiant d’un débit satisfaisant.

Réglages du matériel de votre lieu de travail

→ Si vous vous connectez de votre entreprise vérifiez au préalable que la politique de sécurité informatique développée par votre DSI ne bloque pas l’accès aux solutions déployées (classes virtuelles notamment) et à la plateforme. N’oubliez pas que l’accès professionnel est lié à des contraintes de sécurité. C’est une démarche administrative assez longue et rien ne vous garantie qu’elle sera couronnée de succès. Il faut régler cette question dès le début de votre formation.« 

La méthode de recherche, une nouvelle compétence ?

29 Août

Je reviens de la session Ludovia 2015 et comme l‘année dernière j’ai choisi d’assister aux tables rondes qui traitaient du rôle des collectivités locales. Ce n’est évidemment pas le thème le plus enthousiasmant en terme d’affichage (je l’avais déjà souligné). Il aurait été plus distrayant de regarder les dernières innovations, les derniers usages instrumentés, par la dernière solution à la mode. Mais … Je préfère depuis longtemps la vision méta de mon métier à la vision micro. L’éducation est éminemment une question politique (la polis) où il s’agit de penser un mode d’organisation et ses possibles évolutions. Je prends de plus en plus de distance sur le pilotage  du numérique éducatif par le prisme de l’envie du geek.

Il était donc question de l’introduction du numérique dans les établissements (école, collège, lycée, université). Un sujet d’une très grande complexité, tant au niveau conceptuel, qu’organisationnel.

C’est ce dernier point que je souhaite développer dans ce billet.

Dans cette réflexion nous avons deux pôles principaux, d’un côté les collectivités, en charge de financer les infrastructures numériques, de l’autre, les enseignants qui doivent instrumenter leurs enseignements.

Présentées comme cela les choses sont simples mais la réalité me semble être plus complexe car entre les deux pôles, le courant conducteur passe par une chaîne d’une rare complexité.

Si je simplifie à l’extrême le modèle, nous avons d’un côté un enseignant dans sa classe face à ses élèves. Fort des solutions qui lui sont proposées, des directives qui l’invitent à intégrer le numérique dans ses pratiques, il va tenter de les modifier mais c’est souvent seul (ou réduit à l’équipe locale). Je reste persuadé que l’enseignement participe encore largement d’un exercice solitaire, un métier où l’on a pas ou peu la culture du partage et de la mutualisation. Ce n’est pas parce que l’on répète à l’envi qu’il faut collaborer et coopérer  que c’est une vérité. Je viens de lire un article de Philippe. Meirieu (Entretien  accordé  par  Philippe  Meirieu  au  journal  Le  Monde dans  le  cadre  du  dossier  paru  dans  le  numéro  du  vendredi  28  janvier 2015, :  «L’innovation,  c’est  classe» – «La cohérence  pédagogique  ne  peut  être  décrétée,  elle  doit  s’élaborer  sur  la  durée»)

qui me conforte dans cette idée. Je me permets d’en citer un passage :

« il  faut  bien  garder  en  tête  que  les  enseignants  parlent  très  peu  de  leurs  pratiques  pédagogiques  entre  eux;  la  plupart  des concertations  sont  essentiellement  «institutionnelles»  et  portent  sur  des  problèmes  d’organisation.  Le  face-­à-face  pédagogique  reste  du  domaine  privé  dans  l’imaginaire  collectif  enseignant  :  on  ne  dévoile  ni  ses  problèmes  ni  ses  solutions  aux collègues.  L’enseignement  est  un  des  métiers  où  la  mutualisation  est  la  plus  faible… Et  cela  constitue  une  entrave  considérable  à  la  véritable  innovation. » Le Monde 2015

 De l’autre côté nous avons les collectivités locales et l’État en charge de déployer le numérique. L’institution à la culture de la concertation, elle est ancrée, car les enjeux sont de taille, ils se chiffrent en millions d’euros d’argent public.

À l’écoute des différentes tables rondes j’ai découvert un empilement de structures et de services qui se concertent pour œuvrer au développement du projet numérique.

j’ai essayé de lister les organismes et services impliqués

Communes, conseils départemental, Région, communautés de communes, COPIL de projets, SDET, DNE, ADF, ARF, CNFPT, ANDVE, inspections disciplinaires, comités d’appels à projets, DANE, CARDIE, Canope, projet d’établissement, projet académique … j’en oublie surement. Je dois bien avouer qu’il me faudrait un temps assez long pour cartographier cette multitude. Ce qui m’inquiète c’est que la logique de mon métier voudrait que je connaisse parfaitement cette organisation.

Je ne doute pas de l’efficacité du système mais les enseignants sont en bout de chaîne et un peu isolés. Je me demande quel est celui qui maîtrise parfaitement la complexité de cette chaîne de décision ? Les expérimentations qui sont engagées nécessitent de passer du stade micro (établissement) au stade macro (multi-établissements). Il a été dit dans les débats que l’expérimentation est souvent un « One shot » or l’objectif est de « généraliser » ou de tenter de …

Comment faire alors pour concilier une organisation très structurée qui sait se concerter, qui impulse une politique numérique avec les usages des enseignants beaucoup plus atomisés ?

L’intérêt des expérimentations est bien de tester, d’observer et d’en tirer le bilan à fin de diffusions aux cohortes suivantes.

Je vois ici émerger une compétence, celle de la prise de recul réflexif. Il me paraît difficile de s’engager dans le développement d’usages numériques dits innovants et de rester uniquement dans le faire, sur une base locale. L’analyse sur retour d’expérience est centrale. Je vais être provocateur mais j’ai du mal à comprendre que les collectivités locales n’exigent pas des retours d’expériences circonstanciés. J’imagine que le tabou de la partition entre  compétence pédagogique et compétence d’équipement est plus forte que le bon sens.

Plusieurs pistes sont à explorer :

  • Former les jeunes enseignants dans les espé à la méthode de recherche pour les préparer à analyser les évolutions de leur métier ;
  • Prévoir un temps de formation pour les enseignants impliqués dans les expérimentations ;
  • Demander aux enseignants engagés dans les expérimentations de fournir des bilans « d’expé« 
  • Associer plus fortement les enseignants aux logiques projets ;

Je ne propose pas ici d’ajouter du travail au travail mais d’inscrire la logique d’analyse comme un élément majeur des expérimentations, formalisé dans un contrat cadre avec obligation de résultat. Tout travail méritant rémunération, on pourrait imaginer (sans gréver fortement les budgets) de rémunérer ce travail d’analyse nécessaire pour passer du local au global.

L’enjeu est de créer une connexion entre l’impulsion de politiques locales et les usages des enseignants. Donner des éléments de méthode de recherche pourrait être, me semble t-il, un élément de réponse fort.

Je propose ici des pistes, je sais que l’on va probablement me répondre que les lieux de concertations existent mais je persiste à penser que le cloisonnement est prégnant et bloquant dans la grande chaîne de décisions. Le laboratoire Techné de Poitiers semble être un début de réponse à mon questionnement puisque la recherche est impliquée dans le déploiement des expériences. Je pense ici aussi aux Savanturiers de François Taddéi, si l’on peut associer les enfants à la recherche, il doit être possible d’en faire autant avec les enseignants – Voir l’interview de François Taddei sur Nipedu

Post scriptum : Je me pose une question d’ordre politique. Pendant combien de temps les collectivités locales vont-elles continuer à financer des projets sans pouvoir obtenir des retours sur les usages ?

Mon blog est ouvert pour engager le débat, je suis même prêt à venir en débattre sur site.

Espace

2 Juil

Lettre rédigée et jamais publiée …

Le thème : L’espace dans les dispositifs de formation

Pour ce numéro zéro nous avons choisi de traiter la question de l’espace de formation.

Depuis que le numérique est entré comme variable de conception des dispositifs de formation, l’espace est un concept qui est redéfini. Historiquement les cours, se déroulent sur le principe de l’unité de temps, et d’espace. Le numérique a modifié le paradigme spatio-temporel en augmentant le champ des possibles. L’espace de formation s’est diversifié, s’est flexibilisé au service de la convergence (Moiraud, 2014). Les dispositifs de formation sont désormais déployés dans les espaces physiques, qu’ils soient institutionnels ou personnels (domicile) ET dans les espaces numériques (Moiraud, 2014).

 

Les espaces physiques institutionnels sont quantifiables, les référentiels des constructions universitaires fixent des normes précises pour l’accueil des étudiants et des enseignants (Derouet-Besson, 2002). L’irruption des solutions numérisées a transformé le regard porté sur le corps immobilier. Il faut imaginer la salle de cours, l’amphithéâtre dans lesquels les Smartphones, les tablettes et les ordinateurs sont inclus. Quel sera le contour des Learning center ? Comment évoluent les SCD dans cet écosystème technologique ? (Inspection générale, 2012)

L’établissement de formation entendu comme structure immobilière institutionnelle n’est plus la référence unique dès lors que les enseignements et les apprentissages peuvent s’exercer à partir des lieux privés. Cette évolution n’est pas sans conséquence sur la professionnalité puisque l’intime s’immisce dans le champ du professionnel (Broadbent, 2012). Il est besoin de définir à nouveau la notion d’intimité (Serfaty-Garzon, 2003) au moment où le domicile se professionnalise par intermittence (Moiraud, 2013).

 

Les espaces formation sont devenus hétérogènes mais ne se situent pas pour autant dans un « univers parallèle » (Arfaoui & Lafay, 2013) mais sont complémentaires. La porosité entre le physique et le numérique est devenue prégnante. Comment doit-on définir l’espace de formation en ce début de 21ème siècle ? Nous vous proposons quelques pistes de lecture.

 

L’outil

 

Le CDNT organise une veille informationnelle pour suivre les évolutions du e-learning tant dans sa dimension technologique que scientifique. Le principe de base reste la lecture et l’analyse régulière de la littérature. Nous espérons ainsi pouvoir vous indiquer les grandes tendances, les débats, les controverses, l’état de la recherche dans le champ de la pédagogie instrumentée par le numérique.

 

Nous avons cependant rationalisé notre travail en intégrant les fonctionnalités d’un outil numérique qui se nomme Zotéro[1].

 

Pour ce numéro zéro nous avons choisi de traiter la question de l’espace de formation.

 

Depuis que le numérique est entré comme variable de conception des dispositifs de formation, l’espace est un concept qui est redéfini. Historiquement les cours, se déroulent sur le principe de l’unité de temps, et d’espace. Le numérique a modifié le paradigme spatio-temporel en augmentant le champ des possibles. L’espace de formation s’est diversifié, s’est flexibilisé au service de la convergence (Moiraud, 2014). Les dispositifs de formation sont désormais déployés dans les espaces physiques, qu’ils soient institutionnels ou personnels (domicile) ET dans les espaces numériques (Moiraud, 2014).

 

Les espaces physiques institutionnels sont quantifiables, les référentiels des constructions universitaires fixent des normes précises pour l’accueil des étudiants et des enseignants (Derouet-Besson, 2002). L’irruption des solutions numérisées a transformé le regard porté sur le corps immobilier. Il faut imaginer la salle de cours, l’amphithéâtre dans lesquels les Smartphones, les tablettes et les ordinateurs sont inclus. Quel sera le contour des Learning center ? Comment évoluent les SCD dans cet écosystème technologique ? (Inspection générale, 2012)

 

L’établissement de formation entendu comme structure immobilière institutionnelle n’est plus la référence unique dès lors que les enseignements et les apprentissages peuvent s’exercer à partir des lieux privés. Cette évolution n’est pas sans conséquence sur la professionnalité puisque l’intime s’immisce dans le champ du professionnel (Broadbent, 2012). Il est besoin de définir à nouveau la notion d’intimité (Serfaty-Garzon, 2003) au moment où le domicile se professionnalise par intermittence (Moiraud, 2013).

 

Les espaces formation sont devenus hétérogènes mais ne se situent pas pour autant dans un « univers parallèle » (Arfaoui & Lafay, 2013) mais sont complémentaires. La porosité entre le physique et le numérique est devenue prégnante. Comment doit-on définir l’espace de formation en ce début de 21ème siècle ? Nous vous proposons quelques pistes de lecture.

 

L’outil

Le CDNT organise une veille informationnelle pour suivre les évolutions du e-learning tant dans sa dimension technologique que scientifique. Le principe de base reste la lecture et l’analyse régulière de la littérature. Nous espérons ainsi pouvoir vous indiquer les grandes tendances, les débats, les controverses, l’état de la recherche dans le champ de la pédagogie instrumentée par le numérique.

 

Nous avons cependant rationalisé notre travail en intégrant les fonctionnalités d’un outil numérique qui se nomme Zotéro[1].

[1] Zotéro – http://www.zotero.org/

 

C’est « Un logiciel de gestion de références gratuit, libre et open source qui s’inscrit dans la philosophie du Web 2.01. Il permet de gérer des données bibliographiques et des documents de recherche (tels que des fichiers PDF, images, etc.). Ses principaux atouts techniques reposent sur l’intégration au navigateur web, la possibilité de synchronisation des données depuis plusieurs ordinateurs, la génération de citations (notes et bibliographies) dans un texte rédigé depuis les logiciels LibreOffice, Microsoft Word, NeoOffice, Zoho Books et OpenOffice.org Writer grâce à l’installation d’un plugin. Le développement du logiciel est à l’initiative du Center For history and New Media (CHNM) de l’université George Mason. » Source Wikipédia (consultation le 30 janvier 2014)

Cet outil aide évidemment à construire sa bibliographie par procédé d’instrumentation scénarisée. Il est loisible aux utilisateurs de partager, de Co-construire par acte de coopération et / ou de collaboration.

Le CDNT a ouvert un compte sur Zotéro que vous pouvez consulter en permanence à distance sur n’importe quel type de périphérique numérique (ordinateur, tablette, smartphone). Vous pourrez y trouver un ensemble de didacticiels décrivant les modalités de fonctionnement de Zotéro et des références bibliographiques ayant trait au e-learning.

Se connecter sur la bibliographie en ligne

http://www.zotero.org/groups/cdnt

La bibliographie.

Le BYOD (bring your own device)

Cet anglicisme à la mode est le révélateur d’une pratique très répandue. L’institution met à disposition des usagers des matériels et des logiciels. Dans les universités il est possible d’avoir accès à des salles informatiques, à des terminaux de connexions (au SCD notamment), à un ensemble de solutions numérisées comme la FDV.

L’accès aux cours, aux web de façon générale, s’effectue aussi à partir des solutions personnelles comme les ordinateurs personnels, les tablettes, les smartphones. Cette pratique qui se répand interroge les espaces de formation au sens ou la mobilité et le nomadisme s’installent comme une variable forte des processus de formation.

  • Gicquel Camille, Utiliser son ordinateur personnel, quel risque pour les entreprises ? , Regard sur le numérique (RSLN), (2013)

·      Service TICE, Université de Sherbrooke, Canada, Le fin mot : BYOD, site web, (consultation, le 31 janvier 2014) https://www.usherbrooke.ca/ssf/veille/bulletins/2011-2012/mars-2012/le-fin-motnbsp-byod/

La surveillance, la porosité de l’espace intime et de l’espace professionnel.

 L’espace de formation traditionnel est fondé sur le principe de la surveillance, « on pointe », on inscrit, on surveille. Les enseignants en TD font l’appel, le jour des examens il faut vérifier l’identité des candidats pour éviter des fraudes potentielles.

 Le numérique, là encore, transforme les questions de surveillance panoptique. Le privé s’immisce dans le professionnel et le professionnel devient une dimension de l’intime.

  • Arfaoui et Lafay, Non internet n’est pas un univers parallèle, Revue Esprit, (2013)

  • Baron, Xavier, Repenser l’espace et le temps du travail intellectuel, management review, (2011)

  • Broadbent Stefana, L’intimité au travail : la vie privée et les communications personnelles dans l’entreprise, FYP éditions, (2012)

  • Casili Antonio, Les liaisons numériques, seuil, (2012)

  • Doueihi Milad, Pour un humanisme numérique, Seuil, (2013)

  • Foucault Michel, Surveiller et punir, Gallimard, (1975)

·      Rey Claudie & Sitnikoff Françoise, Télétravail à domicile et nouveaux rapports au travail, Revue interventions économiques, (2006)

  • Sennett Richard, le travail sans qualités, les conséquences humaines de la flexibilité, Titre original the corrosion of character, the personal consequences of work in the new capitalism, Albin Michel, (1998)

  • Serfaty-Garzon Perla, Chez soi, les territoires de l’intimité, Armand Colin (2003)

 Les espaces de formation.

L’espace de formation étant devenu hétérogène les universités doivent se poser la question de l’agencement des espaces. Des lieux emblématiques sont en train de se transformer. Le SCD évolue, la salle de cours est redéfinie dans ses contours, le domicile se professionnalise par intermittence.

·      Pascal Cotentin, Visite de l’université de Kingston avec Graham BULPITT, Scéren, (2012)

·      Claude Devès, Odile Grandet & AL, Learning center et territoire : comment la bibliothèque s’insère dans son environnement institutionnel, économique et social ?, Université Blaise Pascal, (2013) http://videocampus.univ-bpclermont.fr/?v=Bpxts7EZEAMR

·      Graham Bulpitt, Le rôle pédagogique des personnels non-enseignants, les journées du e.learning, (2013)

http://www.journees-elearning.com/index.php/videos-2013/226-graham-bulpitt

  • Inspection générale des bibliothèques, Les Learning centres: un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche, Rapport- n° 2009-022, (2009)

  • Mazalto Maurice, Architecture scolaire et réussite éducative, Editions Fabert, (2007)

NB : Nous retiendrons comme définition du learning center : «Un soutien réel à l’acquisition de connaissances garanti par une liaison beaucoup plus étroite avec les enseignants dès la conception du projet ; des espaces conviviaux, ouverts et flexibles ; une accessibilité maximale en termes d’horaires et de ressources ; des facilités d’usage à distance ; un personnel polyvalent et un regroupement des services ; des ressources documentaires et des équipements nombreux et renouvelés », Les Learning centres un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche

 Des ressources multimodales.

Le CDNT tente d’isoler les signaux faibles qui émergent en éducation. De l’invention de l’imprimerie (1454) à l’invention du protocole TCP/IP (1983) le savoir a été fixé essentiellement grâce au texte et l’image. Lorsque le web 2.0 apparaît, les dispositifs de formation intègrent massivement les ressources multimodales (texte, image, son, vidéo).

Nous vous proposons une sélection de ressources médias pour compléter ce dossier.

  • De la Porte Xavier, vie professionnelle / vie privée, Place de la toile (2012)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-vie-professionnelle-vie-privee-2012-12-22

  • De la Porte Xavier, Culture du livre, culture des écrans, entretien avec Serge Tisseron, Place de la toile (2013)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-culture-du-livre-culture-des-ecrans-2013-03-23

  • De la Porte Xavier, entretien avec Stefana Broadbent, l’intimité au travail, Place de la toile, (2011)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-stefana-broadbent-rediffusion-2011-11-12

  • De la Porte Xavier, entretien avec Milad Doueihi, Pour un humanisme numérique, Place de la toile, (2011)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-pour-un-humanisme-numerique-2011-10-29

  • De la Porte Xavier, entretien avec Antonio Casili, Les liaisons numériques, Place de la toile, (2010)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-les-liaisons-numeriques-2010-09-26.html

Les lieux intelligents :

·      Enseigner dans une salle de classe intelligente, ESSCA, (2012)

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=qLCz5jyJ_K0

Gwnenaelle Le Mauff, Le LearningLab : l’apprentissage collaboratif de demain, EM Lyon, (2013)

http://www.youtube.com/watch?v=JygbI8d45jA

[1] Zotéro – http://www.zotero.org/

 

Uberisation, le néologisme à la mode.

26 Juin

Je ne sais si l’éducation sera ubérisée un jour mais l’évolution sociétale que nous sommes en train de vivre nous invite à regarder avec attention ce phénomène.

Uber le mot s’est répandu à la vitesse grand V dans le langage, donne naissance au néologisme d’uberisation. Je suis allé rapidement faire un tour sur Wikipédia et :

 » La société Uber est fondée officiellement par Garrett Camp, Travis Kalanick et Oscar Salazar en 2009 sous le nom de UberCab. L’idée leur vient en 2008 alors qu’ils assistent au salon LeWeb à Paris. Ils cherchent à se déplacer en taxi et n’arrivent pas à en trouver un, constatant les mêmes problèmes dans le système de taxis parisiens que dans celui de San Francisco. Alors qu’ils travaillent encore pour StumbleUpon, ils retournent à la Silicon Valley et montent un service de chauffeur privé à la demande nommé UberCab.

Garrett monte un prototype d’application sur iOS et convainc Kalanik de le rejoindre sur le projet. Ce dernier devient Chief Incubator au cours de l’été 2009 et a pour mission de passer le cap du prototype, c’est-à-dire de trouver un General Manager et de lancer Uber à San Francisco afin de changer les habitudes de consommation du transport des populations urbaines, de réduire le nombre de véhicules particuliers et de devenir acteur d’un écosystème de transports partagés. Le nom de domaine uber.com est initialement la propriété d’un service de blogue et de réseautage social, mais l’entreprise qui en a la propriété ayant fermé en septembre 2008, il est transféré à UberCab en 2009. Le produit est ensuite officiellement lancé à San Francisco en 2010. Ryan Graves est alors CEO de l’entreprise. Il cédera par la suite son poste à Travis Kalanick.

L’application est lancée à San Francisco en 2010 sur iOS et Android. Par la suite l’entreprise étend progressivement la couverture de son service à d’autres villes dans le monde. »

Pourquoi ce terme Uber ? Selon Didier Pourquery  Journaliste au Monde le mot signifie super, hype … « 

« Ce lieu est uber-chic, tu vois », « il est uber-classe, ton pull », etc. lire l’article du Monde

***
Alors le phénomène Uber est-il aussi uber cool que cela ?

L’affaire Uber me fait penser d’une certaine façon à la révolte des canuts. Une invention technique qui est la traduction d’ un changement profond de la société. Les canuts sentaient que le passage à la société industrielle allait les paupériser. On avait mécanisé le geste de l’artisan, sa routine, il allait perdre son statut pour alimenter les masses sans qualification des industries.

Le web de la même façon fait basculer les normes de la société construites après 1945, basées sur le salariat, une forme de réglementation des professions, un pacte social a peu près accepté par tous. Nous assistons aujourd’hui à la remise en cause de la  forme de travail. le salariat est en train d’évoluer, notamment au regard des protections acquises. Nous avons rêvé une forme collaborative vertueuse, solidaire de l’économie du partage et c’est une autre forme qui émerge. L’intermittence du travail pointe son nez. J’invite les lecteurs à se pencher sur les annexes 8 et 10 de l’assurance chômage. Si l’on enlève la référence aux 507 heures, le ton est donné. On embauche, on met un terme au contrat puis on embauche à nouveau. Donc lisez et forgez vous votre avis…

La légende dit que les canuts ont jeté Jacquard dans la Saône, la réalité est que les canuts ont cassé les machines pour protéger leur métier artisanal. Les chauffeurs de Taxi cassent les voitures, molestent des passagers, nous sommes dans des attitudes assez similaires, la grande peur face à des changements profonds du social. Les règles fixées à un moment données sont modifiées ex abrupto au milieu du gué.

J’ai le net sentiment que nous sommes bien au-delà de l’opposition entre les salauds à licence et les gentils zorros du partage Rifkinien (ou l’inverse). Nous assistons à un basculement du mode de fonctionnement de la société, à une rupture du pacte social. Il sera intéressant de regarder comment vont s’opérer les changements, s’organiser les antagonismes. La société va t-elle être ubérisée pour reprendre une formule qui fait florès. L’éducation va t-elle être touchée par ce phénomène ? La société bouge …

Entre réelle économie du partage et dérégulation totale quelle est la voie ? Affaire à suivre.

E.learning, donnez nous du temps

13 Mai

Article en lien

Plus (+) de numérique, plus (+) de e.learning est un mot d’ordre d’actualité, j’y souscris volontiers mais … je voudrais répondre en écho. « D’accord mais donnez nous plus (+) du temps ! ». Le temps, un concept suffisamment généraliste pour qu’il devienne un mot valise et qu’il se vide  par là même de sa substance. Je me propose donc en préalable de préciser les contours de ma pensée.

Il ne s’agit pas d’un plus de temps consacré à la réflexion : « Il faut que nous attendions pour analyser la question, pour être sûr, dès fois que … » Le numérique est dans notre écosystème technologique, c’est un fait !

Il ne s’agit pas de plus de temps pour opérer les branchements, installer les ordinateurs, sceller les TBI au mur, c’est fait !

Il ne s’agit pas de plus de temps pour acclimater nos élèves et nos étudiants, ils l’ont fait ! sans nous le demander, sans nos conseils.

Je veux parler ici du temps réglementé, du temps normé du e.learning. Mes observations, mes usages comme enseignant depuis plusieurs années me démontrent que les structures sont convaincues de l’intérêt du e.learning. Cependant la pierre achoppe systématiquement lorsqu’il faut libérer du temps effectif aux acteurs qui s’engagent dans des démarches de formation aux méthodes du e.learning. Nombreux sont mes étudiants / stagiaires qui, engagés dans un processus de formation au e.learning, doivent composer l’impérieuse nécessité de s’acculturer avec la réalisation de leur mission principale. Satisfaire l’un et l’autre comme s’il s’agissait de deux dimensions identiques. Or le temps du e.learning est spécifique.

Lorsque l’on encadre des groupes, que l’on fait le point des avancées et des difficultés rencontrées lors de  la formation les étudiants disent  massivement (ou à défaut de le dire ils le pensent) :

« C’est chronophage, c’est long, nous sommes débordés, notre problème c’est le temps et sa gestion, j’ai du laisser en jachère le projet parce que j’étais surchargé … »

Il y a trois façons d’aborder ces arguments :

  • La première simpliste, qui évite de se poser les bonnes questions, les apprenants sont mal organisés, ils gèrent mal leur temps. Fermez les bans, l’affaire est entendue ! C’est rassurant mais c’est un peu court.
  • La seconde, qui est parfois recevable, c’est la faute des profs qui ne calibrent pas correctement le temps annoncé ou qui veulent à tout prix insérer l’ensemble de leurs savoirs au détriment de la synthèse pour les étudiants (je suis prof, je parle en connaisseur).
  • La troisième est plus institutionnelle et peut se résumer à une question d’organisation interne. J’ai le très net sentiment que le e.learning n’est pas encore inscrit comme un temps réel normé, il prend les chemins buissonniers des tours et des contours. Le temps du e.learning est encore dans les limbes. Il entre en tension avec les impératifs de service. Je crois voir émerger des invariants de gestion en observant mes apprenants. Tout d’abord on fait « tourner son service« , on gère les urgences et on assure la continuité auprès du public. Le temps de formation / acculturation vient ensuite en terme de priorité, quand les urgences s’éloignent. Je crois pouvoir affirmer que si l’on considère qu’il faut d’abord gérer le quotidien puis prendre le temps de s’acculturer aux méthodes du e.learning, c’est considérer que celui-ci est accessoire et à une moindre valeur.

Posons donc la question,  quelles sont les priorités ?

Nous entrons ici dans une problématique de gestion des ressources humaines, de statut et de contractualisation, le conflit entre la structure pyramidale et les modes transversaux, le lent glissement de l’un vers l’autre

Exposé de la sorte mes propos sembleraient accréditer l’idée qu’il y aurait le clan des gentils (ceux qui exécutent) et celui des méchants (ceux qui enjoignent). Là n’est pas mon propos parce que je pense que la méthode e.learning doit être expliquée à l’ensemble des acteurs du système.

Elle n’est pas que dépôts de ressources, elle n’est pas qu’une mise en réseau de machines, elle n’est pas que vélocité des connexions … Elle est avant une question d’organisation sociale. Cette dernière mute, en passant de la logique industrielle née à la fin du 19ème siècle à la logique des réseaux engagée en ce début du 21ème siècle.

Le dialogue doit remplacer l’injonction, l’écoute doit supplanter l’ordre d’exécution. On mesure ici le chemin qu’il nous reste à parcourir mais c’est, me semble t-il la direction qu’il faut prendre.

Ainsi lorsque l’on souhaite que des personnes se forment au e.learning, il faut avant toute chose définir précisément quel sera le rapport au temps entre le travail et la formation. La rédaction d’une convention bipartite me semble tout indiquée.

Il sera donc nécessaire que les services qui accordent les moyens (temps) sachent dialoguer avec les équipes qui conçoivent. Il est nécessaire d’expliquer, de prendre le temps de motiver les raisons pour lesquelles il faut un temps normé dédié. Écouter, dialoguer, mettre à mal ses représentations est un exercice très difficile mais il se révélera fécond si l’on sait le mettre en œuvre.

Quelques pistes d’action :

  • Formaliser dans le document de cadrage des équipes qui s’engagent, que le temps de conception / formation est un temps spécifique, exclusif à tout autre ;
  • Spécifier que le temps de travail effectif hors les temps et les structures officielles sont des temps normés, reconnus et payés. Je pense ici à la nécessité du travail collaboratif distant qui peut parfois nécessité des ajustements hors temps légal ;
  • Le e.learning dans ses phases de lancement coûtera plus cher car il faut déléguer du temps de travail / analyse. En conséquence il faut réorganiser les tâches pour libérer du temps aux personnes qui s’engagent dans ces processus. Je ne me place pas ici dans des temps pleins de 35 heures mais sur des temps qui peuvent être de l’ordre de la demi journée ou de la journée mais totalement exonérées de contraintes de gestion de service. La conception sera alors orientée vers les contraintes de conception du e.learning.

Je vais conclure ce billet, comme à l’habitude. Ce lieu numérique est un espace de dialogue, vous pouvez vous en saisir pour argumenter, vous avez même le droit d’être en total désaccord.

Espace physique et espace sonore, un dialogue de sourds ?

24 Avr

En complément du billet précédent, je souhaite préciser l’importance de l’espace sonore du domicile du travailleur du savoir. J’ai un peu le sentiment de proférer des évidences mais dans la mesure ou je pense que le télétravail va se développer (y compris chez les enseignants), il est nécessaire de répéter.

La maison est un lieu qui génère des sons, agréables parfois, insupportables d’autres fois. Il faut arriver à faire cohabiter les sons du quotidien avec les sons professionnels. Il est illusoire de penser que le transfert de l’espace de travail institutionnel vers l’espace privé s’analyse sous forme d’identité.

La classe transparente

22 Mar

Voyez ce billet comme l’expression de ma conception du champ des possibles en matière de spatialisation pédagogique. Je ne suis ni architecte, ni spécialiste des structures des bâtiments, ni décideur mais …

L’espace de formation est devenu, me semble t-il, un objet de réflexion tendance. On s’aperçoit enfin que le numérique modifie nos habitus professionnels, notamment ceux qui convoquent nos représentations spatiales. Les analyses immobilières et mobilières doivent être mises au regard des enjeux de formation. Des rapports sont publiés, des chercheurs se rencontrent, débattent et proposent.

C’est le temps où il faut convoquer les utopies et oser proposer des projets disruptifs. Pour une fois mon billet sera en forme de prospective, de page blanche électronique ouverte à la ruse intellectuelle, au bricolage conceptuel.

La salle de formation est imaginée au sein de structures immobilières qui sont chargées de sens. On souhaite ouvrir l’école, la faire entrer dans l’ère du numérique. On ne cesse de convoquer les concepts de collaboration, d’intelligence collective. Si je comprends bien ces derniers, on souhaite faire tomber des murs, faire en sorte que le dedans aille vers le dehors et que le dehors imprègne le dedans. Nous sommes, au quotidien, engagés dans le réel des pratiques mais nous ne pouvons ignorer les formes symboliques des lieux.

Ouvrir c’est voir ! Or le murs sont hermétiques et ils ne sont pas, malheureusement, fait que de briques. Ils sont aussi dans les têtes (la persistance des représentations 1.0). Par conséquent, abattre les murs (au moins symboliquement) est une ardente obligation, qu’ils soient fait de briques et/ou par empilement de certitudes. Enseigner est une forme de paradoxe qui consiste à ouvrir l’esprit citoyen, à développer une culture humaniste mais … en se calfeutrant. J’ai quand même le sentiment après quelques années d’enseignement qu’au-delà de sa classe « l’enfer c’est les autres ».

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Couloir, mur et vitres

Alors soyons fous, osons. Créons la classe transparente, celle qui a des murs en verre. Je ne parle pas de la bande de vitre au-dessus des portes manteaux, qui m’a toujours fait bondir, car elle est un symbole de la surveillance qui n’ose pas dire son nom (je cache, je dévoile).

J’imagine la classe faite d’un mur de verre ou l’on pourrait faire le choix du montrer / cacher (mon propos n’est pas d’imposer la transparence mais de la susciter).

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Glass house

Mon propos n’est pas spécialement innovant car de nombreux architectes ont déjà créé des maisons de verre.  L’Apple store de NYC, sur la 5ème Avenue en est une représentation emblématique (dans le principe car le magasin est au sous-sol).

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Apple store NYC

Et si une collectivité locale osait cette démarche ? (peut-être existe t-elle ?). S’engager dans la création d’ une salle de formation aux potentiels de transparence ? La technologie rend possible l’interaction avec les murs. Un mur de verre peut laisser passer la lumière mais aussi la bloquer avec ces solutions.

Le mur, cet objet que nous n’interrogeons plus, ou si peu, parce qu’il fait partie de notre environnement. Il comporte des fenêtres, des encadrements de portes, des gaines indésirables etc. Le mur de verre serait une solution idéale de ce point de vue. On imagine assez aisément le champ des possibles qui pourrait s’ouvrir avec ces surfaces de projection du savoir…

Les technologies existent

 

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Ma vision de la classe de verre

Voici quelques réflexions jetées pêle-mêle pour alimenter mes analyses sur l’espace de formation. Il faudrait y ajouter une entrée théorique de l’architecture. Quelle est  le rapport entre la rue et le bâtiment ? Quid du dialogue de l’extérieur vers l’intérieur ou inversement. Je tenterai de poser quelques pistes dans un autre billet.

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Cacher / dévoiler

Ce billet est une invitation au débat. Si vous êtes architecte, designer, responsable d’une collectivité locale, chercheur, responsable du ministère, ou représentant d’un groupe de BTP, n’hésitez pas à venir alimenter le débat. À vos claviers ?

***

Vidéo et pédagogie, quelles nouvelles compétences pour les enseignants ?

6 Mar

Billet rédigé l’année dernière et jamais terminé …

Introduction

L’année universitaire 2013 / 2014 est définitivement inscrite comme l’année des MOOC (massive online course). Les milieux universitaires et professionnels ont braqué leurs regards vers cette nouvelle instanciation de la formation, tant sous l’angle de l’apprentissage que de l’enseignement. S’il fallait s’en convaincre, la consultation du moteur de recherche Google pour le terme Mooc affiche 2 500 000 occurrences (consultation du 24 mars 2014)

À défaut d’être novateur le Mooc aura inscrit l’enseignement à distance dans les esprits du grand public et aura orienté la focale sur la vidéo pédagogique. Rappelons que le Mooc consiste à mettre en ligne des cours sous forme de vidéo accompagnées d’exercices puis de validation. Loin d’être novateur, les Mooc sont les héritiers des usages anciens de la télévision scolaire et  des usages plus contemporains comme les sessions de TEDX, les cours en ligne de Canal U et de l’école normale supérieure du savoir, ou bien encore la Khan académie,  qui ont utilisé le film ou utilisent  la vidéo.

Nous nous interrogerons dans cet article sur la place de la vidéo dans les dispositifs de formation. Au-delà de l’apparente et trompeuse simplicité de cet objet technique, les constructions pédagogiques instanciées sont complexes.

  • La vidéo construite dans des espaces de formation signifiants

Il serait simple, pour ne pas dire simpliste, de considérer que le réalisation d’une vidéo pédagogique se résume au regroupement en un lieu déterminé, d’une solution technologique ad hoc et d’un (ou de plusieurs) acteur(s) du dispositif. Les vidéos sont conçues au sein d’espaces spécifiques hétérogènes et signifiants, il nous reviendra de déterminer quelles sont les caractéristiques des scénarisations intégrant la ou les vidéo(s).

La première question que nous aborderons sera liée à l’espace de conception que nous concevons comme double. Les enseignants exercent leur professionnalité tantôt à l’intérieur d’un espace physique professionnel, tantôt à l’intérieur de l’espace privé que nous nommerons domicile.

    • L’espace public
      • L’espace public de conception

La conception des dispositifs de formation s’exerce dans un cadre juridique formel. Elle  peut  se réaliser dans le cadre du lien de subordination pour les enseignants soumis au droit privé, ou dans le cadre des obligations de service public pour les fonctionnaires. Dans les deux hypothèses l’employeur est censé fournir le matériel de travail à ses salariés pour qu’ils accomplissent au mieux leur tâche. L’idéal juridico-technique consisterait donc à imaginer l’existence des lieux institutionnels adaptés à la conception / réalisation de supports vidéos mais …

La réalité de terrain est plus contrastée que ne le laisse imaginer le droit. Les formations s’échelonnent de la maternelle à l’Université ; elles concernent la formation initiale comme la formation continue, celle des apprenants comme celle des enseignants. La diversité des situations, des contextes, des intentionnalités nous invite à engager une réflexion sur l’espace technologique hétérogène de conception. Nous pouvons identifier une typologie de lieux sur laquelle nous appuierons notre argumentaire.

  • Les formations institutionnelles pilotées par les ministères et déployées pour des cohortes massives. Le dispositif de formation Magistère en est la représentation type. L’institution pilote l’élaboration des modules. Lorsqu’il est besoin d’intégrer des vidéos on s’appuie sur l’expertise de spécialistes du e.learning disposant de lieux et de matériels adaptés et possédant les compétences spécifiques
  • Les structures disposant de lieux adaptés

Certaines structures possèdent des lieux spécialisés pour la réalisation de vidéos pédagogiques. Certaines (de nombreuses ? toutes ?) Universités sont équipées de studio d’enregistrement et disposent des personnels qualifiées pour les prises de vues, de son et le montage. Dans cette configuration l’existence d’une chaîne de conception spécialisée facilite le travail des enseignants en les affranchissant de l’acculturation aux méthodes du cinéma

  • Les formations institutionnelles sans supports techniques centralisés
      • L’espace public d’écoute
    • L’espace privé

Les modalités de travail des enseignants sont imprégnées de méthodes de travail collectif, les équipes apprennent à coopérer et à collaborer sans induire obligatoirement une présence dans le même lieu physique. Il est, par conséquent, tout à fait loisible de travailler de son domicile où sont installés les outils de captation / conception vidéo.

Les appareils de captation vidéos se sont miniaturisés et sont présents sur  une grande variété de matériels, Antonio Casili le souligne en disant :

La miniaturisation des ordinateurs (analysée notamment par Daniel Bell dans teletext and Technology) a engendré une reterritorialisation de ceux-ci, leur permettant petit à petit d’intégrer l’espace domestique. Le premier changement que cette miniaturisation a impliqué est donc celui de l’espace physique. L’agencement des pièces, des meubles, des chambres change avec l’arrivée de ce nouvel appareil électroménager qu’il faut installer, comme on a installé avant lui la radio ou la télévision. Mais il n’y a pas que l’espace domestique qui est bouleversé par l’arrivée de cet équipement : l’espace technologique de la maison l’est aussi avec l’arrivée d’un équipement dont le contenu technologique est par définition plus important que les autres, puisqu’il permet de tout faire (jouer de la musique, regarder des films, jouer, communiquer…)

Il est ainsi possible de filmer assez facilement avec la webcam de son ordinateur, avec un camescope, un appareil photo numérique, un smartphone, de réaliser en souplesse le montage avec movie maker ou i.movie  puis de déposer rapidement sur youtube ou dailymotion mais …

L’espace personnel n’est pas un studio d’enregistrement, sa fonction première est l’activité privée (dormir, manger, se laver, exercer des activités sociales variées …). La question qui se pose est donc de savoir concilier le privé et le professionnel pour produire des vidéos pédagogiques de bonne qualité.

Il convient donc de comprendre comment concilier une activité créative professionnelle dans un écosystème non adapté à cet effet.

Dans un studio d’enregistrement l’espace est conçu pour optimiser la prise de vue :

  • Les parois des murs sont adaptées pour piéger les bruits parasites ;
  • Les éclairages sont adaptés pour éviter les ombres inopportunes, la sous exposition ou la surexposition ;
  • Les prises de sons sont optimisés par la présence de micro cravates et autres dispositifs en doublon ;
  • Le mobilier facilite la posture du corps ;
  • La présence de plusieurs caméras permet de gérer une variété de prises de vues.

Au domicile de l’enseignant l’environnement est moins favorable, loin s’en faut. Il faut apprendre à domestiquer un écosystème plus “hostile” car le parasitage est permanent entre la vie privée et les enjeux professionnels. On peut tenter de lister les freins à l’exercice de captation :

  • La qualité de l’éclairage du domicile dépend de sa situation, de sa configuration ;
  • Les bruits domestiques (lave linge, sonnerie du téléphone, sonnerie de la porte d’entrée, bruits de la rue, cris des animaux, musique de fond, télévision allumée …) ;
  • Les flux de circulation humaine. Il est difficile “d’exproprier” l’espace intime pour le rendre professionnel même si c’est par intermittence. Le domicile est un lieu de médiation permanente, quelles sont les conditions de négociation pour obtenir une neutralisation du champ visuel et une “aseptisation” sonore ? ;
  • Comment professionnaliser son champ de vision ? Nous pourrions dire le “désintimiser temporairement” ;
  • La taille de l’appartement et sa configuration influent sur les modalités de réalisation.
  • Les compétences à acquérir

Pendant des années la réalisation de supports pédagogiques animés (on parlait alors d’audiovisuel) relevait de la compétence de spécialistes ou d’enseignants engagés dans des cadres expérimentaux. De 1954 à 1970, le CNDP, l’IPN puis L’OFRATEME ont produit de nombreux films pour la télévision scolaire. À ce propos on peut lire sur le site de l’école documentaire :

1963

Un « Département » de la Radio Télévision Scolaire (RTS) est constitué au sein de l’IPN. Il est toujours dirigé par Henri Dieuzeide. Face à l’explosion démographique, un plan d’extension des moyens audiovisuels d’enseignement est mis en place par le gouvernement dirigé par Georges Pompidou, premier Ministre de Charles de Gaulle. L’Office de Radio Télévision Françaises (L’ORTF) est créé la même année .En avril, la deuxième chaîne de TV est lancée.” L’école documentaire

On peut se référer, pour comprendre les débuts de l’intégration des supports pédagogiques dynamiques, aux travaux de Géneviève Jacquinot-Delaunay et notamment de son expérience au collège de Marly le Roi

Les réalisateurs des supports télévisuels avaient été formés et avaient acquis des compétences spécifiques à la réalisation, au montage, au cadrage. Ils étaient des spécialistes formés dans des écoles prestigieuses formant aux techniques de réalisation. On peut citer, parmi d’autres,  Eric Rohmer cinéaste dont on ne présente plus l’oeuvre, auteur réalisateur à la « scolaire » dans les années 60-70 et et Philippe Pilard spécialiste du cinéma britannique, chargé de cours dans les universités de Vincennes, Jussieu et Nanterre, co-président de la Société des Réalisateurs de Films : (81-83) – “Il reste que Rohmer revendique son travail à la Télévision Scolaire et considère que ses documentaires sur Hugo ou Poe, par exemple, font partie de son oeuvre au même titre que les fictions connues d’un plus large public”. C’était aussi “Edith Krauss, chef opérateur issue de l’IDHEC (prestigieux Institut des Hautes Etudes Cinématographiques remplacé par la FEMIS)” . Nous sommes encore à cette époque dans l’ère de la spécialisation.

Le passage au numérique a largement modifié la donne en nous faisant entrer dans la société de la convergence. Nous sommes désormais inclus dans un système qui donne l’illusion de la compétence (Michel Serres parle de présomption de compétence) car nous avons à disposition des outils souples, intuitifs, portables et interopérables. Nous pouvons assez facilement produire des vidéos, les mettre en ligne, les diffuser de façon massive mais produisent-elles pour autant  un sens  complet ? Sont -elles à l’appui ou “à la remorque” des dispositifs pédagogiques ? La seule compétence technique manipulatoire est-elle soluble dans les dispositifs de formation, lorsqu’elle tend à occulter les enjeux pédagogiques ?

De l’illusion de la compétence, à la compétence acquise, le chemin est long, passe certainement par la formation des enseignants. Serions nous des analphabètes numériques  ? Ce n’est pas impossible !

Il convient de ne pas laisser les enseignants errer dans une zone grise qui ne peut que les desservir dans la réalisation des leurs projets.

***

Il est intéressant de se pencher sur notre histoire de l’enseignement et de la technologie. A l’époque de la télévision scolaire c’est Eric Rohmer qui réalisait des films à portée pédagogique

Organiser une classe virtuelle

28 Fév

Au moment où le e-learning commence à être inscrit dans les esprits, il faut que le corps enseignant apprenne de nouvelles gestuelles. Les solutions numériques nous aident à créer de l’interaction à distance car l’espace n’est plus un obstacle,  nous pouvons simuler le réel. Simuler certes mais il n’y a pas identité ce qui impose d’acquérir de nouveaux réflexes professionnels, d’autres routines.

On ne peut, en conséquence, intégrer une classe virtuelle dans un dispositif de formation sans avoir au préalable formé les enseignants et les étudiants. Le progrès technique doit être accompagné pour lui donner un relais social.

C’est à cette condition que l’on pourra jauger la avantages indéniables de cette classe virtuelle.

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