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ENT et PLE opposition ou complémentarité ?

8 Oct

Billet rédigé pour la mission Fourgous (octobre 2009)

Pourquoi les enseignants continuent à créer leur propre système numérique d’apprentissage pendant que les institutions développent des ENT ?

Les contributions de la mission TICE insistent sur les enjeux des ENT (environnement numériques de travail), intérêts pédagogiques, enjeux financiers de la part des collectivités locales J’ai envoyé un tweet qui posait la question suivante : « #MissTice Pourquoi les profs continuent à développer des solutions personnelles alors qu’il y a des ENT en nombre ? »

Une seule réponse de la part de @W2ydavid : « pcq ns voulons la créer ns-memes pr se l’approprier RT @moiraud : #MissTice Pq continuent-ils à développer solutions personnelles alors k ENT » (30/09/2009)

Une seule réponse pour une question centrale dans nos métiers. Elle montre que la pédagogie ne se gère pas uniquement par l’introduction d’outils. La pédagogie numérique, c’est aussi et peut être avant tout la perception de l’intérêt de fonctionnalités effectives. Mon billet va rejoindre et compléter la contribution, thème 1 (29 septembre), de JP Archambault : « combien sommes-nous prêts à payer pour financer l’école numérique ? » Financer est le postulat mais nous devons nous assurer que les fonctionnalités des outils proposés soient en conformité avec les attentes et les besoins des enseignants (La LOLF ne fixe t-elle pas des objectifs qualitatifs ?) En l’état, deux façons d’envisager la pédagogie numérique se côtoient, les environnements numériques de type ENT et les solutions numériques de type PLE (Personal Learning Environment).

Les solutions numériques institutionnelles Vs le bricolage (1) enseignant, opposition ou complémentarité ?

Mon propos n’est pas de défendre un système plus que l’autre mais d’essayer de poser les bases d’une réflexion sur ces deux postures de travail.

A y regarder de près, de nombreux enseignants (les contributeurs sur ce site sont surreprésentés dans cette catégorie agrègent des solutions en ligne hétéroclites pour construire des démarches pédagogiques cohérentes (blogs, plateforme de réseau social, microblogging, partage de lien – soit  en langage marque – wordpress, ning, twitter,delicious, zotero, lewebpédagogique, canablog …). La recherche parle de personal learning environment pour qualifier cette démarche. Définissons préalablement la notion de PLE :

- Mohamed Chatti du Technical University of Kaiserslautern, Germany le définit ainsi : « A PLE is characterized by the freeform use of a set of lightweight services and tools that belong to and are controlled by individual learners. Rather than integrating different services into a centralized system, the idea is to provide the learner with a myriad of services and hand over control to her to select and use the services the way she deems fit. A PLE driven approach does not only provide personal spaces, which belong to and are controlled by the user, but also requires a social context by offering means to connect with other personal spaces for effective knowledge sharing and collaborative knowledge creation.”

- Ron Lubesky de l’université de Sydney :

« A Personal Learning Environment is a facility for an individual to access, aggregate, configure and manipulate digital artifacts of their ongoing learning experience”

- Graham Attwell definit ainsi : “Personal Learning Environments (PLE) as an idea that firstly integrates « pressures and movements » like lifelong learning, informal learning, learning styles, new approaches to assessment, cognitive tools. Furthermore, PLEs are inspired by the success of « sticky » new technologies in ubiquitous computing and social software.” Le PLE est donc le choix de ne pas intégrer un système centralisé mais d’utiliser un ensemble hétéroclite d’outils (myriad of services). Qu’est ce qui peut expliquer ce choix de ne pas intégrer les espaces institutionnels ? La question est récurrente dans le secondaire comme dans le supérieur. Elle questionne sur des questions fortes – l’efficacité des investissements et la positions des enseignants face à la construction numérique des apprentissages.

Tentons une rapide analyse par une approche en plusieurs points.

• Je commencerai par une référence à l’école de Palo Alto, l’injonction paradoxale. Les enseignants sont fortement incités à intégrer le numérique dans leurs pratiques (de nombreuses circulaires en témoignent) mais … au quotidien ce sont des bandes passantes poussives, des pare feu intégristes, des codes d’accès en cascade, une interopérabilité balbutiante, des locaux inadaptés, la sainte peur du juridique et de ses potentielles conséquences négatives, des ENT qui se résument plus à un bureau virtuel qu’a un vrai ENT. En résumé, tout est mis en place pour inciter les enseignants à développer des pratiques numériques mais avec en parallèle une grande quantité de freins (le paradoxe).

L’interopérabilité. La construction d’un cours est un acte complexe, l’accumulation des savoirs, des pratiques, la constitution des ressources sont une somme que l’enseignant souhaite conserver, utiliser à tout moment et en tout lieu, partager, diffuser. Un outil numérique en 2009 doit être souple, nomade, ubiquitaire et interopérable, ouvert. Le fonctionnaire, par son statut à vocation à enseigner sur l’ensemble du territoire français, il peut donc changer de lieu d’enseignement au cours d’une carrière, par choix ou par contrainte (poste à complément de service).Le système français de mutation (que les lecteurs de la francophonie excusent par avance ce discours technique franco – français) est divisé en deux temps : l’inter académique et l’intra académique. En intégrant une nouvelle académie (inter) quid de l’interopérabilité ? Les données de l’ENT sont –elles totalement exportables dans le nouvel établissement de la nouvelle académie ? Va-t-on retrouver ses données ? Va-t-on conserver le design de son système ? Perte totale, perte partielle ? Lorsque l’on change d’établissement (intra) est –on sûr que l’ENT choisi par un département est compatible avec l’ENT de l’autre département ? (changement de collège) Est-on sûr que l’ENT retenu par la Région est compatible avec l’ENT du département ? (passage de lycée à collège). Dans le cas d’une cité scolaire qui rassemble un collège et un lycée la pratique numérique peut vite virer aux situations courtelinesques. Une structure MAIS deux systèmes, deux login, deux mots de passe, deux architectures à mettre en place. Le chef d’établissement aura, de surcroît, à gérer un troisième sésame avec le réseau administratif ! On peut comprendre aisément le choix du PLE, une seule solution, mobile, ubiquitaire et totalement interopérable qui accompagne l’enseignant dans ses évolutions de carrière.

Pour terminer cette rapide analyse du contexte, quelques données chiffrées qui donnent le vertige et qui expliquent en partie la complexité du sujet :

22 régions métropolitaines, 4 régions d’outre-mer 96 départements métropolitains, 4 d’outre-mer 36 783 communes Source Ministère de l’intérieur

C’est potentiellement 22, 96 et 36 783 possibilités d’analyse différentes sur les enjeux du numérique. • Probablement faut – il aussi pendre en compte le sentiment répandu que l’ENT phagocyterait la liberté des enseignants, la peur d’entrer dans un système enfermant : « pcq ns voulons la creer ns-memes pr se l’approprier“. Le bricolage revendiqué et assumé cf supra • Tout n’est pas merveilleux dans le monde du PLE, le droit reprend très vite sa place.

• Le choix du PLE s’il peut présenter des avantages (je pense l’avoir expliqué) peut présenter des inconvénients notoires, notamment pour la mise en ligne des ressources. Des questions se posent lorsque l’on utilise des solutions en ligne. o Qui fixe les conditions d’utilisation du service ? Majoritairement, ces solutions sont américaines et sont soumises au droit américain ; o Qui connaît Les conditions d’acceptation au service (que personne ne lit en général) ? elles sont sources de conflits potentiels et d’incertitudes évidentes ;  Incertitudes économiques, le service peut disparaître du jour au lendemain, incertitudes quant à l’exploitation des données (comment seront utilisées les données ?) ;

Incertitudes sur les enjeux moraux et éthiques (la vision américaine n’est pas la vision européenne).

Qui sait comment seront stockées et utilisées les informations transmises ? A l’heure de l’éducation à l’identité numérique, ce ne sont pas @chrism (Cicla 71 ) et @mediacteur qui me démentiront.

La lecture des « terms of service », bien que d’exercice aride, est édifiante. L’enseignant perd en partie sa liberté pédagogique parce que l’adhésion au contrat d’utilisation le spécifie. Voici quelques extraits significatifs :

o Twitter – « The Services that Twitter provides are always evolving and the form and nature of the Services that Twitter provides may change from time to time without prior notice to you. In addition, Twitter may stop (permanently or temporarily) providing the Services (or any features within the Services) to you or to users generally and may not be able to provide you with prior notice. We also retain the right to create limits on use and storage at our sole discretion at any time without prior notice to you.” – “You agree that this license includes the right for Twitter to make such Content available to other companies, organizations or individuals who partner with Twitter for the syndication, broadcast, distribution or publication of such Content on other media and services, subject to our terms and conditions for such Content use.” – “Such additional uses by Twitter, or other companies, organizations or individuals who partner with Twitter, may be made with no compensation paid to you with respect to the Content that you submit, post, transmit or otherwise make available through the Services.” – “ These Terms and any action related thereto will be governed by the laws of the State of California without regard to or application of its conflict of law provisions or your state or country of residence” On le constate en cas de conflit se sont les lois de l’Etat de Californie qui s’appliquent ! Le fonctionnaire français tributaire pour son travail des lois californiennes !!

On peut tirer les mêmes conclusions des autres sites de la mouvance web 2.0 exemple de ning :

« This Agreement shall be governed by the laws of the State of California without regard to conflict of law principles. The provisions of the United Nations Convention on the International Sale of Goods and the Uniform Computer Information Transactions Act, however designated, are excluded and shall not apply to this Agreement or any transactions hereunder. You agree to submit to the personal and exclusive jurisdiction of the state courts and federal courts located within Santa Clara County, California for the purpose of litigating all such claims or disputes.”

Cédric Manara de l’EDHEC de Nice a brillamment expliqué ces enjeux lors du colloque « droit et E.learning » organisé par l’université Lyon 3 en juin 2009 intitulé « la valorisation du E.learning ». Il est possible de visualiser son intervention en intégral sur le site de deeptagging.

Au regard de ce qui vient d’être défini précédemment, Sommes-nous en présence de deux camps irréconciliables, les loyalistes de l’ENT d’un côté et les libertaires « Edupunk (2) » de l’autre ? « Que c’est bon d’être [edu]punk – Tweet sept.2009 ». Je ne le pense pas, à condition que l’on se donne les moyens de lancer des passerelles entre les décideurs / investisseurs, les concepteurs d’ENT et la communauté enseignante. Un ENT (ne pas le réduire à la notion de bureau virtuel) efficace serait celui qui aurait la capacité à mélanger les contraintes d’une gestion administrative et la souplesse des solutions web 2.0. En ce sens, l’ENT SPIRAL de Lyon 1 semble être la synthèse de ce compromis. M Christophe Batier (directeur technique du service ICAP) l’explique dans de nombreuses publications (une vidéo sur cette thématique doit bientôt paraître). Il explique qu’il ne croit pas « aux solutions fermées . Il affirme que : « il faut laisser la liberté au enseignants et aux étudiants ».

Liberté qui permet cependant aux enseignants de bénéficier d’un environnement sécurisé, maintenu par des spécialistes de réseaux, évolutif et avec une grande capacité de stockage.

La question :

Avons – nous les moyens d’investir dans des espaces fermés qui seront boudés par les enseignants ? Peut –on laisser se côtoyer des environnements numériques d’apprentissage en dressant une cloison étanche entre les deux ?

La formulation est certainement excessive mais poser la question est probablement déjà donner une réponse à une ligne de fracture qui se dessine.

Je pense que le dialogue entre les acteurs des deux systèmes est indispensable.

Jean – Paul Moiraud professeur blogueur http://dsaa.apinc.org (avec Firefox)

Notes

(1) Bricolage entendu au sens où Claude Lévi – Strauss le définit dans la pensée sauvage : « le bricoleur reste celui qui œuvre de ses mains, en utilisant des moyens détournés par comparaison avec ceux de l’homme de l’art. Or, le propre de la pensée mythique est de s’exprimer à l’aide d’un répertoire dont la composition est hétéroclite et qui, bien qu’étendu, reste tout de même limité ; pourtant, il faut qu’elle s’en serve, quelle que soit la tâche qu’elle s’assigne, car elle n’a rien d’autre sous la main. Elle apparaît ainsi comme une sorte de bricolage intellectuel, ce qui explique les relations qu’on observe entre les deux. » – « Le bricoleur est apte à exécuter un grand nombre de tâches diversifiées ; mais, à la différence de l’ingénieur, il ne subordonne pas chacune d’elles à l’obtention de matières premières et d’outils conçus et procurés à la mesure de son projet : son univers instrumental est clos, et la règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les « moyens du bord », c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. » Paris – Agora 1962

(2) Parmi les nouveau-nés cette année dans le vocabulaire anglo-saxon, on trouve le mot edupunk. Il s’agit d’un autodidacte qui rejette les formatages éducatifs de la société – Voir billet de Mario Tomé « moi un Edupunk ? » – http://carnets.opossum.ca/mario/archives/2008/06/edupunk.html

E3C et ENT

18 Mar

Suite d’un billet rédigé le 22 août 2008 …

Le développement d’un E3c (espace numérique collaboratif de création de connaissances) créé avec un blog pose la question du lien avec les ENT (espace numérique de travail).

Faut-il voir une opposition entre les enseignants qui travaillent à l’aide d’un ENT prescrit et ceux qui utilisent un E3c ?

Il me semble que les deux démarches sont complémentaires et ce pour plusieurs raisons.

  • La première est que l’insertion des réseaux numériques dans l’enseignement repose sur une construction intellectuelle, sur une scénarisation. Par conséquent l’entrée technologique, même si elle est importante, n’est pas prioritaire. L’enseignant qui utilise un espace numérique (E3c ou ENT) doit au préalable un cadre de travail qui intègre le numérique dans les apprentissages. L’utilisation des technologies ne se décrète pas elle se créée.
  • La seconde repose sur un constat, de nombreux établissements ne possèdent pas à l’heure actuelle d’ENT alors même que les besoins en informatiques pédagogiques se font sentir. La mise au point d’une stratégie SPE peut alors être un paliatif très utile.
  • La troisième est de l’ordre de la réflexion prospective. On peut supposer que les collectivités locales (départements, Régions) fortes de leurs nouvelles compétences vont accroître leurs investissement en matière éducative (les exemples sont déjà nombreux). Les décisions prises par les élus vont s’imposer aux enseignants dans les établissements. Les scénarios SPE peuvent être de ce point de vue une anticipation et une préparation aux possibles évolutions locales.

La présence dans l’espace éducatif des espaces choisis par les enseignants (certains chercheurs parlent de Pesonal learning environment – PLE), très souvent assemblage hétéroclite de solutions web 2.0 et des espaces officiels pose la question de la coexistence de ces environnements.

A terme il me semble que la solution ne sera plus tenable et ce pour plusieurs raisons qui tiennent :

  • à des questions économiques, peut-on prendre le risque d’investir dans des espaces qui seront sous utilisés;
  • des questions d’interopérabilités;
  • des questions de sécurité des données;
  • des questions d’agencement des espaces numériques, comment concilier des espaces privés dans des espaces publics.

Ce billet sera complété dans les semaines à venir

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