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L’espace de formation en e.learning

25 Fév

Notes graphiques. Ce billet est une forme de brouillon en continu me permettant de mettre en place de futurs billets structurés.

L’espace de formation est une question à la fois très ancienne puisqu’il a fallu depuis longtemps imaginer les lieux de formation. C’est pourtant une question renouvelée avec le numérique. On peut traiter cette question par une pirouette, par une phrase toute faite du type « les espaces sont poreux ». C’est vrai, mais l’affirmation ne règle rien pour autant. Nous sommes à un instant des usages où les lieux de formation (c’est symptomatique nous employons le pluriel, moins le singulier) se transforment. Il nous incombe de proposer une réflexion prospective sur les espaces de formation.

Le débat sur l’espace réel et l’espace numérique est quelque peu stabilisé, nous semblons nous accorder sur l’existence d’un continuum  entre les deux mais … Il nous reste à analyser la question de leur fréquentation en simultanée et en alterné. Comment faut il occuper l’un vers l’autre pendant une session de formation ? Nous sommes ici dans la sphère de la porosité entre le professionnel et l’intime et dans le choix de l’institutionnel et du privé. En acceptant d’ouvrir les flux, on prend le risque de la navigation buissonnière, on prend le risque de limiter la fréquentation des lieux réels institutionnels.

Pour l’instant le risque  est minime car les réflexes de défense  de  l’ancien systèmes sont forts et très ancrés. Pour autant il n’est pas interdit de se mettre en posture de réflexion même si imaginer le futur c’est mobiliser l’état de ce qui existe aujourd’hui.

Comment doit-on, comment peut-on réguler ces ponts spatiaux ?

Je n’aurais pas la prétention de proposer des solutions, je n’en ai pas, mais je vais poser des questions pour engager la réflexion :

  • Comment va évoluer la salle de formation dans un univers numérisé ? ;
  • Quelles sont les propositions immobilières et mobilières qui peuvent être présentées pour activer l’école 2.0 ? Allons au-delà de l’accumulation de machines dans un lieu ;
  • Quels statuts à venir pour les structures immobilières de formation ? Entre volonté de diffuser les ressources en ligne et volonté de fixer les étudiants sur site ? L’injonction paradoxale de la politique immobilière et de la poltique de formation ;
  • Quelle place des lieux non institutionnels ? Doivent-ils être reconnus comme une extension réelle des lieux institutionnels ? ;
  • Quel est l’avenir de l’amphithéâtre si l’on persiste à dispenser des cours massifs en mode frontal ?  Les MOOC ne sont-ils pas une démonstration que l’amphi peut être supprimé, disons atténué ? Là encore nous sommes dans le paradoxe du « je veux » et « je ne veux pas »;
  • Quelle pensée spatiale pour ne pas avoir uniquement un modèle européo / techno centré ? ;
  • Développer des stratégies d’aménagements des locaux  dans les Universités est ce déjà une stratégie de fuite en avant ? Les étudiants ne préfèrent-ils pas déjà travailler de chez eux ? Pourquoi aller sur site quand le même site met tout en oeuvre pour diffuser à distance ? (Cours, bibliothèque, gestion administrative, …) ;
  • La diffusion des espaces de formation en ligne ne préfigure t-elle pas la définition d’un espace unique de formation ?

J’ai bien conscience que mes questions peuvent être vues et lues comme  dérangeantes, certains pourront les interpréter comme ineptes. Je reste persuadé qu’il est nécessaire de  poser ces questions comme base d’un débat sur l’espace de formation à venir.

Vous pouvez contribuer ….

Apprendre et enseigner à partir de son domicile

25 Fév

Notes graphiques

Le domicile un ecosystème technologique à maîtriser

25 Fév

Réflexions graphiques

Travailler à domicile l’émergence d’un « espace gris » ?

19 Fév

Je vais tenter de continuer ma réflexion sur le travail à domicile chez les travailleurs du savoir. Plusieurs éléments  lus dans ma veille ces derniers temps m’incitent á continuer cette réflexion :

J’ai commencé par jalonner ma réflexion en construisant une démarche graphique (voir les liens au bas de ce billet).

J’ai le sentiment que les prochaines modifications des structures de formation passeront par la réflexion et le développement du travail à domicile ou dans des tiers lieux non institutionnels. Nous sommes ici dans un champ où la décision politique est une donnée majeure du problème. La réflexion sur    une redéfinition du management sera aussi centrale. Il faudra que les responsables des services acceptent de modifier leurs habitudes et cela ne pourra passer que par le prisme de la formation. L’enjeu est de passer d’une façon de penser orientée vers la verticalité ( « top down« ) à une démarche qui repose plus sur la confiance (« care pédagogique/ managérial« ). C’est, de mon point de vue, une tâche longue et rude car elle contraint à une forme de transformation, à un renoncement à des formes de pouvoir qui structurent des identités professionnelles. Il faut gérer tout cela en douceur et par l’explication, la formation.

Je ne parle pas ici du passage radical d’un système à l’autre mais bien d’un mélange subtil des deux, où l’expression « glissement en douceur » est peut- être la plus appropriée.  Il s’agit bien de subtilité dans ces constructions car les modifications sont avant tout humaines, bien que suscitée par les évolutions technologiques. Imposer, enjoindre sont des réflexes de l’ère industrielle (elles sont cependant des tentations).

Je ne veux pas ici développer une vision personnelle orientée (il se trouve que  j’aime travailler à domicile) mais je vais essayer de structurer quelques propositions en argumentant.

Le premier point de ma réflexion s’appuiera sur le changement des structures de notre société, Nous sommes passés assez rapidement de la période capitaliste industrielle à la troisième révolution industrielle pour reprendre la formule du livre de Jéremy Rifkin.

Les possibilités d’apprentissage et d’enseignement se sont trouvées profondément transformées avec l’ouverture du champ des possibles de la digitalisation. L’espace de formation doit donc être imaginé dans les dimensions du réel et du virtuel. L’un ne peut pas être imaginé sans l’autre, c’est désormais impossible.

Le domicile des travailleurs du savoir fait donc partie de cette somme réflexive, elle ne peut être ignorée car elle fait partie d’un tout. Dans d’autres écrits j’avais évoqué le temps gris (les propos sont toujours d’actualité) je pense qu’il faut lui ajouter l’existence d’un espace gris.

Un décret – Le travail à domicile entre dans les dispositifs réglementaires, ce qui est une façon de reconnaître que l’espace de travail n’est plus cantonné à un espace immobilier institutionnel. Le télétravail est une dimension de la professionnalité, elle est même d’application immédiate.

 » Un arrêté ministériel pour la fonction publique de l’Etat, une délibération de l’organe délibérant pour la fonction publique territoriale, une décision de l’autorité investie du pouvoir de nomination pour la fonction publique hospitalière, pris après avis du comité technique ou du comité consultatif national compétent, fixe :
« 1° Les activités éligibles au télétravail ;
2° La liste et la localisation des locaux professionnels éventuellement mis à disposition par l’administration pour l’exercice des fonctions en télétravail, le nombre de postes de travail qui y sont disponibles et leurs équipements ;
3° Les règles à respecter en matière de sécurité des systèmes d’information et de protection des données ;
4° Les règles à respecter en matière de temps de travail, de sécurité et de protection de la santé ;
5° Les modalités d’accès des institutions compétentes sur le lieu d’exercice du télétravail afin de s’assurer de la bonne application des règles applicables en matière d’hygiène et de sécurité ;
6° Les modalités de contrôle et de comptabilisation du temps de travail ;
7° Les modalités de prise en charge, par l’employeur, des coûts découlant directement de l’exercice du télétravail, notamment ceux des matériels, logiciels, abonnements, communications et outils ainsi que de la maintenance de ceux-ci ;
8° Les modalités de formation aux équipements et outils nécessaires à l’exercice du télétravail ;
9° La durée de l’autorisation mentionnée à l’article 5 si elle est inférieure à un an. » (extrait)

L’étude de Lyon 3 sur les usages des étudiants est très intéressante. Une réponse à une question posée m’a interpellé « ou travaillez vous ? » Majoritairement les étudiants ont répondu chez moi. On ne peut plus ignorer ces usages bien installés. L’exercice est délicat puisqu’il consiste à penser institutionnellement un espace qui ne l’est pas.

La difficulté de l’exercice est d’intégrer dans un schéma scénarisé de formation un espace qui n’est pas réglementé. Nous sommes encore très largement soumis à un modèle très hiérarchisé qui peine à oser et penser le systémique. Ce qui est formalisé et réglementé existe, le reste est cet espace  gris décrit précédemment.

C’est cet espace gris qui m’intéresse, là où se construisent aussi des savoirs. L’évolution des modes d’apprentissage, poussée par les technologies, nous contraindra à intégrer cette dimension du réflexif.  Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à la réflexion / recherche sur les espaces institutionnels, bien au contraire. L’un et l’autre sont complémentaires.

Je ne peux m’empêcher de me poser la question suivante, sachant qu’elle est provocatrice. Et si les questions actuelles sur l’aménagement des espaces institutionnels, étaient déjà dépassées ? Seraient-elles une fuite en avant pour fixer les étudiants dans des espaces qu’ils ont déjà désertés ?

Mon propos je l’ai dit est provocateur mais je souhaiterais que l’on insère  désormais l’espace privé comme un réelle dimension de la réflexion sur l’espace de formation.

Cet espace personnel, pour ne pas dire le domicile est un champ complexe car il mêle intimement, les dimensions privée, sociale et professionnelle. Ce mélange des différentes sphères peut s’avérer instable et peut être toxique dans certains cas. Il est intéressant de tourner son regard vers les États -Unis. Richard Sennett que j’ai souvent cité ici analyse le travail à domicile dans son livre « Le travail sans qualité« .

Pour le moment je vais me contenter de citer un passage éclairant :

« Si le flextime fait figure de récompense, il a pour effet de mettre l’employé sous la dépendance étroite de l’institution /…/ Cette récompense suscite une vive inquiétude parmi les patrons qui redoutent de perdre le contrôle des absents et soupçonnent ceux qui restent à la maison d’être tentés d’abuser de leur liberté. En conséquence une multitude de contrôles ont été mis en place pour règlementer le travail effectif de ceux qui sont absents du bureau. » R.Sennett le travail sans qualité« 

La réflexion sur les espaces de formation dépasse largement les questions mobilières et immobilières. Nous sommes dans un changement de paradigme du rapport social. il conviendra de creuser cette question.

Comme toujours ce billet est ouvert à la contradiction  parce qu’il est l’amorce d’une réflexion donc forcément imparfaite encore embryonnaire. La rubrique commentaire est ouverte pour le dialogue.

***

Mes réflexions graphiques sur l’espace de travail

Organiser une classe virtuelle – Scénariser

28 Jan

L’article mis en image

Les organisateurs de cours en ligne bénéficient maintenant de la possibilité d’utiliser des classes virtuelles. Les avantages pédagogiques sont nombreux pour déployer ses cours :

  • Travailler à distance en mode synchrone ;
  • Partager des ressources pédagogiques à distance (diaporama, texte, image, son, vidéo, lien web) ;
  • Interagir sur les documents pour l’ensemble des participants ;
  • Dialoguer grâce à des canaux multiples (voix, chat) ;
  • Organiser le rythme des interventions grâce à la possibilité de lever la main, d’acquiescer, d’exprimer son désaccord sur un point etc ;
  • Enregistrer la séquence.

Je viens de décrire un ensemble de qualités mais en le formulant abruptement en effleurant les touches de mon clavier. Il me semble pourtant qu’il faut préciser ce qu’est réellement l’organisation d’une classe virtuelle, pour ne pas la résumer à un simple acte technologique de paramétrage. Ce premier point est effectivement nécessaire puisqu’il faut organiser par acte de gestion technique, la réunion (date et heure de la réunion, mode d’enregistrement, inscription des participants, envoi du message d’invitation, prévision d’un message de rappel …)

L’image ci-dessous nous donne un aperçu des aspects purement techniques; Il sont nécessaires mais ils ne sont qu’une étape.

classilio-parametrage

S’il fallait se contenter de l’aspect technique alors les enseignants pourraient se limiter à envoyer un mail indiquant la discipline, l’heure, la date et les étudiants concernés. On paramètre et l’affaire est entendue. Le cours réduit à un mode d’emploi technique de Moodle et Classilio.

Il faut le rappeler la technologie numérique en e-learning est au service de LA PEDAGOGIE. Une classe virtuelle doit permettre à un groupe d’étudiants d’apprendre, mais elle reste avant tout  une machine.

Continuons donc le propos avant ma digression. Après avoir paramétré le logiciel (il est indispensable que l’enseignant et les étudiants soient au même endroit en même temps et qu’ils s’accordent sur un sujet commun de travail).

L’enseignant doit préparer soigneusement sa classe virtuelle en faisant émerger la logique de son discours, son plan, la clarté de la méthode qui lui servira de fil rouge. Il faut donc, utilisons un terme central en e-learning, scénariser sa classe virtuelle.

Il faut commencer par un peu de technique, les étudiants savent-ils ce qu’est une classe virtuelle ? Par expérience je sais que ce n’est pas encore le cas. Il faut donc passer par un temps d’acculturation technologique et social. Il est bon d’expliquer quelques principes de base :

  • C’est un espace de socialisation donc il faut arriver à l’heure ;
  • Il faut apprendre à prendre la parole au moment opportun (lever la main, acquiescer ou dénéguer en réponse à une question …) ;
  • Se munir d’un micro casque pour ne pas polluer phoniquement la séance de travail ;
  • Gérer le champ visuel de sa webcam (qu’il soit professionnalisé) ;

Il faut ensuite que l’enseignant scénarise son cours. Mon propos n’est pas de dire que les enseignants ne scénarisent pas leurs cours mais d’affirmer que la scénarisation est autre dans un cadre instrumenté. Classilio permet de déposer des ressources pédagogiques diverses. L’acte de dépôt est classique, l’activation d’un bouton permet d’aller chercher la ressource sur son disque dur et de la rendre résidente sur le cours.

Tableau de bord classilio

Tableau de bord

L’enseignant qui conçoit sa classe virtuelle doit songer à insérer les documents dans l’ordre et la logique de son argumentation pédagogique d’un part et de nommer les fichiers déposer de façon claire (éviter les CP_1 et préférer cas pratique N°1). Nous sommes bien ici dans une logique de scénarisation de la classe virtuelle.

La scénarisation rendra forcément le propos fluide dans la phase synchrone distante, réduira la charge cognitive puisqu’il suffira de cliquer selon l’ordre établi en faisant apparaître la ressource ad hoc. Nous sommes donc bien dans une phase de préparation pensée dans l’objectif de rendre clair un cours à distance.

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Le deuxième point de cette analyse sur la scénarisation est la lecture de l’enregistrement dans un mode asynchrone. Les classes virtuelles peuvent être enregistrées, avantage évident pour les personnes absentes au cours et / ou celles qui voudraient écouter à nouveau le cours. La vidéo est un atout mais elle a des failles importantes. La première est qu’elle est linéaire, il faut l’écouter du début à la fin même si votre désir n’est d’en écouter que 15 minutes sur une durée de 1 heure. On peut bien sûr cliquer aléatoirement mais nous sommes dans des stratégies de bricolage peu intéressantes et confuses.

Si l’enseignant a scénarisé son cours correctement en intitulant  clairement les étapes, en les ordonnant selon le déroulement de l’enseignement on a créé ab initio un chapitrage des cours. De la sorte les étudiants pourront visionner le cours en intégralité ou en partie selon leurs besoins et / ou envies.

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Je voudrais terminer ce rapide billet, synthèse des analyses de mon travail, pour reprendre le titre provocant d’un article de Gérard Berry « L’ordinateur est complètement con« . Nous avons la chance de posséder des outils très puissants mais il ne faut pas qu’ils aient pour effet de créer des silos humains (ceux qui pensent les cours et ceux qui les mettent en musique informatique). J’entends trop souvent cette phrase « Tiens, tu peux me mettre cela en ligne ?« . Bien évidemment que je peux mettre en ligne mais pas à n’importe quelle condition. Mon métier c’est de faciliter la  création collective de sens. Cliquer sur un bouton, copier / coller un fichier, déposer un .pdf n’est absolument pas l’essence de mon métier.

Classilio couplé à Moodle nous donne au quotidien une belle leçon de scénarisation et de sens produits (pour rendre l’ordinateur moins con) mais surtout pour rendre les étudiants plus cultivés, plus en phase avec leur écosystème technologique.

Audit du domicile et e.learning. Gestes et habitudes

19 Sep

Billet en rapport

Le travail à domicile, le télétravail, le droit à déconnexion sont des sujets qui commencent enfin à émerger comme éléments de propositions politiques. C’est une façon de reconnaître que l’espace de formation n’est plus la réunion de l’espace réel ET de l’espace virtuel mais bien un élément unique et indivisible.

Cette question de l’accès aux ressources du savoir passe obligatoirement par le domicile des enseignants et des apprenants. Cela pose un ensemble de questions qui agitent la société et qui vont s’accroître me semble t-il avec le temps. La tenue de la COP21 est un élément du débat me semble t-il dans la mesure où les trajets pendulaires dans les grandes agglomérations sont polluants et facteurs de pertes de temps et d’énergie.

Quelle évolution du salariat ? Quelles définitions des statuts dans la fonction publique ? Quelle définition du temps de travail ? Quelle définition du contour de l’espace de travail ? Quelle place donner aux déplacements dans la journée d’un enseignant et d’un apprenant ?

Le e-learning est au centre de ces réflexions car sa mise en place, son développement déporte la notion de lieu de formation. Je reste persuadé que la question est sous estimée quand elle n’est pas ignorée.

Pour l’instant nous sommes sur la base du « Vous allez pouvoir travailler chez – vous !, nous allons vous envoyer le lien de connexion« . En disant cela rien n’est dit car la charge de l’organisation est déplacée sur l’apprenant. En introduisant une nouvelle façon de travailler, on prend le risque de bouleverser les habitudes, de mettre à mal les routines acquises. Les apprenants, les enseignants dans ce cadre qui se développe peuvent être déstabilisés dans leurs habitus, terreau fertile du rejet, nous le savons.

L’habitude, il serait facile de dire que c’est justement ce qui freine. J’aime me référer à Richard Sennett, notamment à son ouvrage « Le travail sans qualité – The corrosion of character, the personal consequence of work in the new capitalism« , 10/18, 1998 : « Le sociologue Anthony Giddens s’est efforcé de faire vivre l’intuition du philosophe en attirant l’attention sur la valeur première de l’habitude dans les pratiques sociales et la compréhension de soi. Nous ne testons d’autres solutions qu’en rapport avec des habitudes que nous avons déjà maîtrisées. Imaginer une vie d’élans momentanés, d’actions à court terme, une vie dépourvue de routines durables et sans habitudes, c’est en vérité imaginer une existence absurde« . Il ne faut pas mésestimer le poids des habitudes professionnelles, il faut les prendre comme un paramètre de la scénarisation.

L’investissement du domicile comme lieu de travail numérisé est un fait nouveau, nous n’avons pas ou peu d’habitudes, des routines embyonnaires. Je ne parle pas ici de l’introduction d’internet pour l’usage privé mais bien de sa dimension professionnelle. L’une et l’autre des pratiques sont bien différentes, c’est la raison pour laquelle on ne peut penser par calque. Pour l’instant il y a beaucoup à conquérir et beaucoup à apprendre.

Il faut donc penser, imaginer, réguler ces pratiques et ce pour plusieurs raisons :

  • Les concepts de temps et d’espaces sont bouleversés, il faut les définir à nouveau sans réduire les droits ;
  • Le salariat avec la naissance du capitalisme avait éloigné le travailleur de son domicile (Zaretski, 1986) pour qu’il soit plus productif. Le numérique favorise le retour vers le domicile. Comment gérer cette nouvelle donne ? ;
  • Les domiciles sont essentiellement pensés pour une activité privée, l’intermittence professionnelle bouleverse les agencements spatiaux ;
  • Le domicile chahute les habitudes du panoptisme sur site. Le travail à domicile tendrait à développer de nouvelles formes de contrôles plus fortes « Diverses études laissent penser que la surveillance au travail est souvent plus grande dans ce cas de figure que pour ceux qui travaillent au bureau » (Richard Sennett, ibid, p.80.) Comment agir pour introduire la confiance dans les relations à distance ?
  • Quelle place donner à la déconnexion ?

Le chantier est immense, il faut le prendre à bras le corps. J’entends par là être pro actif dans les politiques de déploiement. De mon point de vue il ne suffira pas d’intégrer des textes, des recommandations, des vidéos de bonnes pratiques sur un site. Il faudra accompagner, former, expliquer les enjeux. Il faudra que les corps intermédiaires aillent au contacts des acteurs et les former.

J’ai commencé modestement à formaliser ces questions sous forme de recommandations aux acteurs engagés dans la formation en ligne et voulant utiliser une classe virtuelle. Il s’agit d’un vademecum pour des étudiants en ligne. Avant que ne commence la formation il me semble indispensable d’expliquer ce que signifie travailler à partir de son domicile parce que c’est complexe.

***

« →  La qualité de votre connexion internet

Capture d’écran 2015-09-19 à 08.50.14L’apprentissage en ligne est tributaire de la bonne connexion internet. Il est banal de le dire mais fondamental pour le bon déroulement des séances de formation. Vous pouvez commencer par tester en ligne la qualité en cliquant sur ce lien

Réglage du matériel de votre domicile

Il est conseillé d’avoir une connexion de type ADSL ou fibre pour bénéficier d’un débit fluide lors des réunions en classe virtuelle. Préalablement à la séance distante synchrone voici quelques conseils pour en optimiser l’efficacité :

Un lien de connexion vous sera envoyé sur votre messagerie. Nous vous conseillons de réaliser les réglages sons et vidéos en amont de la séance (jamais au dernier moment) en suivant les indications du lien.

→ Vérifiez que vous possédez un casque audio. Les écouteurs de votre smartphone sont suffisants. En l’absence d’écouteurs la mise en relation sonore de plusieurs personnes peut générer un effet larsen très désagréable. Nous vous conseillons donc vivement de vous le procurer si vous souhaitez profiter pleinement des cours.

→Vérifiez, si la géographie de votre installation personnelle le permet, que vous pouvez privilégier le branchement RJ45, plutôt que les ondes wifi.

→ Vous pouvez brancher votre ordinateur à la box grâce aux prises spécifiques situées sur la façade arrière. Nous sommes bien conscients que la possibilité de branchement dépend largement de l’espace qui sépare de votre box de votre ordinateur. Très souvent la box est éloignée des terminaux numériques. Des câbles RJ 45 existent et permettent les connexions filaires. Ils ont un inconvénient notable car ils vont devenir des obstacles pour les circulations de vos proches.

Les prises CPL

Vous pouvez vous équiper de prises CPL (Courant Porteur Léger) pour vous connecter en filaire (RJ 45) à partir de vos prises électriques. De la sorte, vous pouvez vous connecter de n’importe quel endroit de votre appartement sans vous préoccuper de la situation de la box. Pour les détails techniques et les prix demandez à votre revendeur habituel. Vous aurez ainsi réglé la question des câbles gênants en bénéficiant d’un débit satisfaisant.

Réglages du matériel de votre lieu de travail

→ Si vous vous connectez de votre entreprise vérifiez au préalable que la politique de sécurité informatique développée par votre DSI ne bloque pas l’accès aux solutions déployées (classes virtuelles notamment) et à la plateforme. N’oubliez pas que l’accès professionnel est lié à des contraintes de sécurité. C’est une démarche administrative assez longue et rien ne vous garantie qu’elle sera couronnée de succès. Il faut régler cette question dès le début de votre formation.« 

Mobilité Vs immobilité

15 Août

Billet en rapport Billet en rapport

Everywhere and anywhere, l’expression anglo saxonne décrit assez bien la façon dont on accède actuellement à l’espace informationnel numérisé. Nous pouvons saisir l’information en tout temps et en tout lieu. Ordinateur fixe, ordinateur portable, smartphone, tablette, apple watch ( à quand les implants humains ? )  sont devenus des prolongements de notre moi. Tout est consultable jusqu’à satiété. Dans ce contexte, je me pose la question suivante : Faut-il être obligatoirement en mouvement pour accéder aux données ?

Cette interrogation  m’a amené, depuis quelques temps, à lire ce que se dit sur la smart city. Ce concept fait émerger  l’idée que la physiologie du citoyen moderne serait constituée par un circuit vital supplémentaire. Il  alimenterait l’organisme en un flux d’informations constituées par un ADN à base de 0 et de 1.  Dans la smart city le citoyen, gorgé d’informations, est structurellement mobile. Il prend des transports doux et durables lors de ses déplacements, son sens de l’orientation est inféodé aux données transmises par le GPS. Son chauffage est régulé à distance par un add’on de son smartphone, il renonce à s’ennuyer dans les transports en commun car il peut grâce à la xG lire, regarder la télévision en temps réel ou en replay, twitter, dialoguer sur les réseaux sociaux … On le veut intelligent et mobile, c’est dit, c’est répété.

Je ne m’inscris pas en faux contre cette vision car elle est en partie ma vie mais … Pourquoi toujours envisager le citoyen de la smart city comme un être en mouvement, une forme de fourmi civilisée, industrieuse, productive, renonçant au temps de pause, à la revendication de l’immobilité féconde. Suis-je moins smart en aimant parfois, (souvent) l’immobilité ?

L’homo numericus , dans la vision des concepteurs, est en mouvement perpétuel, stimulé par cette irrigation informationnelle organique. Le citoyen connecté est celui qui bouge, qui se déplace. Plus il est connecté, plus il se déplace, plus il se déplace, plus il se connecte.

Je crains que dans ces scénarios technophiles, on ne voit émerger des analyses où les temps  et lieux d’apprentissage soient ceux des temps et lieux intersticiels, ceux des déplacements, des temps d’attentes dans le gares … Le saint graal de l’homme pressé, du temps compté, séquencé en mode ROI, en temps utile. Le temps non identifié et le lieu non connecté sont anxiogènes.

La mobilité a du sens, elle est utile, je l’aime mais à la condition de l’analyser aussi au regard des bienfaits et des vertus de l’immobilité, du temps long, du temps non compté. Être mobile c’est avoir compris les charmes de l’immobilité.

Il me semble que la smart city doit être aussi l’agrégation des smart house, des smart school (j’ose ces expressions). Il faut imaginer ces lieux ou l’on pourrait prendre des temps de pause (l’emploi du temps des apprenants affichant une case intitulée RIEN serait séduisant), revendiquer l’immobilité active et passive, voire le temps de paresse 2.0. Il faudrait songer à penser à nouveau l’éloge de la paresse 2.0 version modernisée de l’ouvrage éponyme.

L’intelligence, si elle est celle du corps en mouvement, doit aussi être celle du corps au repos, peut être du corps alangui, en tout cas celle de l’esprit qui  navigue sans convoquer systématiquement le corps.

Allongé sur mon canapé, je remercie à distance Mona Chollet et le directeur du Tuba de Lyon qui ont, sans le savoir,  stimulé mes réflexions casanières.

 » Chez soi, une odysée de l’espace domestique ».  Mona Chollet, zones éditions

Tuba Lyon le site 

Espace personnel et bricolage

22 Juil

Billet en rapport

En complément de mon dernier billet (juillet 2015) je souhaite préciser mes intentions au regard de l’analyse sur l’espace privé de formation (nous dirons par simplification le domicile).

Je disais : « Il conviendra donc  de construire et de définir  l’espace de travail personnel. Là où l’on imagine une forme de liberté, peut se cacher une forme de servitude – La servitude technologique« 

Le domicile est un lieu d’une grande complexité et cela pour au moins deux raisons essentielles :

  • Les appartements, les maisons ne sont pas (ou peu) adaptés aux besoins des utilisateurs. On peut lister quelques éléments qui expliquent cette inadaptation :
    • L’ancienneté des maisons et / ou l’inadaptation technologique des lieux
    • Les dimensions des « domiciles ». Le pourcentage de personnes vivant en milieu urbain ne cesse de s’accroître. La pression urbaine augmente le coût d’investissement, le prix du M2 pour les propriétaires augmente, les loyers pour les locataires augmentent aussi. Les arbitrages financiers tendent à revoir à la baisse la surface habitable. Dans ces conditions il y a une pensée pour la salle de séjour, la cuisine, les chambres mais très peu pour le bureau et / ou le lieu de télétravail ;
    • La situation géographique du domicile et une forme de loterie en matière de connexion. Ce n’est pas la possibilité de se connecter qu’il faut prendre en compte mais bien le type de connexion qui est distribué sur le lieu. La France est loin d’être équipée harmonieusement en THD ;
    • La présence de masses de fer dans les appartements qui nuisent aux connexions, les appartements à étage qui réduisent l’efficacité du wifi, le faible équipement en prises électriques, l’absence de branchement pour les courants faibles, la mauvaise insonorisation, le passage aléatoire des débits 3G, 4G, l’absence de branchements collectifs dans les résidences et la nécessaire décision de la copropriété … ;
    • Les constructeurs de résidence ont-ils à ce jour intégré totalement le champ des possibles en matière de télétravail ? Je profite de ce développement pour solliciter à distance les constructeurs qui pourraient me lire pour engager le débat. Par défaut au regard de mes recherches, je constate que les livrables immobiliers pour les particuliers sont conçus plutôt pour l’ancienne économie.
  • Le facteur humain est l’autre dimension du problème. Isolé dans son espace privé on se prive de l’aide du technicien « corporate« . Il faut ici s’en remettre à des considérations intuitus personae. Chaque individu aura un bagage technologique spécifique qui conditionnera largement l’efficacité de son système technologique. C’est ici que je convoquerais à nouveau le concept de bricolage, eu égard aux éléments listés ci-dessus. Ne pouvant compter que sur eux mêmes, l’enseignant et l’apprenant doivent développer des stratégies pour entre dans la sphère du « faire ». Ce sont ces nécessaires bricolages qui feront la différence. Une différence qui peut être vertueuse en accédant à la connectivité ou alors vicieuse au sens ou elle peut avoir des conséquences néfastes. Je pense ici aux branchements sauvages rendus nécessaires par la multiplication des objets électriques (imprimantes, smartphone, box, téléphone fixe, tablettes, NAS, serveurs, ventilateurs, CPL, spot wifi …). J’imagine que l’utilisateur lambda ne se pose pas systématiquement la question de la sécurité électrique, elle est pourtant fondamentale (risque de surchauffe par branchements nombreux sur la multiprise, risque de rupture par la foudre, danger des câbles qui circulent anarchiquement, appartement surchauffé l’été qui peut entraîner des ruptures sur les appareils numériques …

On voit poindre ici un ensemble de questions pour l’avenir proche. Faut-il prévoir un vademecum des installations numériques pour le domicile ? Peut-on imaginer un audit technique de la part de l’employeur, quid de la sécurité au travail ? Comment imaginer les appartements à venir dans un environnement ou se développe le télétravail, que faire si un salarié est situé dans une zone mal desservie ?

Je pense qu’il va falloir se saisir au plus vite de ces questions qui sont sensibles de mon point de vue. Cet ensemble d’interrogations s’applique bien évidemment aux dispositifs de e.learning.

J’ouvre le débat…

L’écosystème technologique personnel – constats photographiques

19 Juil

Billet en rapport

Avant de tenter d’imaginer les espaces de demain pour la formation, tentons de comprendre les espaces actuels …

Travailler chez soi, le développement du télétravail seront les chantiers des années à venir. Dans la fonction publique on commence même à envisager cette solution.

Pour le moment la question est surtout juridique et politique. Faut-il ? Ne faut-il pas travailler hors le lieu institutionnel ? Peut-on faire confiance aux salariés loin du contrôle visuel ? Il est évident qu’il va falloir remettre en cause des années d’habitude, repenser l’expression sociale du pouvoir et de la subordination. On peut imaginer sans trop risquer de se tromper que les premiers pas de la généralisation (disons le développement) peuvent se traduire par la mise en place de  logiciels pour contrôler (popup à activer pour montrer que l’on est derrière son écran). Il faudra donc travailler une forme d’économie de la confiance pour éviter ce risque de surveillance inutile.

Il conviendra donc  de construire et de définir  l’espace de travail personnel. Là où l’on imagine une forme de liberté, peut se cacher une forme de servitude – La servitude technologique.

Je me propose ici d’illustrer mes propos en image pour  tenter de mettre en évidence des invariants d’agencement des espaces personnels.

Travailler dans son espace privé nécessite de développer des compétences technologiques certaines. Une institution, une école, une université, un centre de formation qui veulent que leurs apprenants et enseignants s’inscrivent dans un processus d’apprentissage distant ne peuvent pas se délester de la question en disant : « Vous allez travailler chez vous ! ». Cette simple phrase est en elle même déjà une forme de renoncement, un piège tendu aux apprenants.

Il me semble nécessaire de prévoir un accompagnement pour le transfert lié à l’augmentation de l’espace de formation. Les domiciles ne sont pas forcément adaptés aux nouvelles technologies, l’espace consacré à l’activité professionnelle est potentiellement un lieu mixte (privé / public), les compétences techniques des agents ne sont pas nécessairement solides …

Les photographies ci-dessous sont (et seront) prises dans des espaces personnels où une activité professionnelle est réalisée. Je souhaite mettre en évidence la complexité de l’écosystème technologique personnel, les bricolages qui y sont conçus pour faire fonctionner le système.

Si vous le souhaitez, vous pouvez m’envoyer les photos de vos espaces instrumentés, m’indiquer les problèmes qu’ils engendrent et les bricolages que vous avez engagés pour trouver des solutions à vos besoins.

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En complément ce travail de compilation photographique, j’ai réalisé une vidéo qui pose les principes théoriques.

L’immobilier du futur, vie privée, vie publique

30 Avr

J’ai entamé depuis longtemps une réflexion sur le sens de l’espace privé dans les dispositifs de formation en ligne. On peut imaginer sans trop se tromper que les politiques urbaines, confrontées à l’hypertrophie des villes, à l’augmentation du temps des déplacements pendulaires, à l’augmentation des prix des carburants entraîneront une autre perception de la valeur travail. On peut imaginer que les politiques des institutions publiques seront moins frileuses et qu’elles accepteront enfin que leurs salariés travaillent pour partie à la maison. Je suis surpris de constater, au fil de mes observations, que de nombreux services qui s’occupent de e.learning interdisent le télétravail à leurs salariés.

Travailler à la maison est un sujet en émergence, inscrit encore largement dans un futur (plus ou moins) proche quant à sa diffusion et son acceptation. Nous serons alors dans un cadre ou nous aurons compris que la distance ne signifie pas forcément la triche et la transgression du règlement horaire.

Pour autant, il faudra que les réflexions sur l’espace personnel soient engagées par l’ensemble des acteurs concernés. Je voudrais ici évoquer la structure des espaces immobiliers. Le domicile, je l’ai déjà dit, est un espace complexe qui concentre un multitude d’activité qui s’interpénètrent. L’objectif du travailleur à domicile est d’être capable d’étanchéifier les sphères.

Ce besoin de compartimenter doit, me semble t-il interroger les constructeurs immobiliers. Lors de mon voyage à New York je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de machine à laver dans les appartements. Ma surprise à fait place à la curiosité en découvrant que le lavage du linge était mutualisé grâce à l’existence d’une « washroom » collective.

Il me semble raisonnable d’imaginer que les collectifs immobiliers urbains, puissent à terme prévoir, en leur sein des tiers lieux pour travailler. Un lieu proche du domicile (je descends ou je monte quelques étages) qui évite les pertes de temps des transports en commun. Un tiers lieux qui ne soit consacré qu’à l’activité professionnelle, neutralisant ainsi les perturbations de la vie privée (en contrepartie le domicile serait un réel lieu de vie privée).

Mes idées sont  ici couchées comme des pistes encore brouillonnes mais j’aimerais bien avoir des retours des :

  • Responsables des institutions au regard du télétravail ;
  • Des responsables des constructeurs immobiliers au regard des analyses sur le futur des habitations urbaines.

Si vous lisez ce billet, que vous êtes concernés, vous pouvez pendre le temps d’argumenter

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