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L’espace de formation en e.learning

25 Fév

Notes graphiques. Ce billet est une forme de brouillon en continu me permettant de mettre en place de futurs billets structurés.

L’espace de formation est une question à la fois très ancienne puisqu’il a fallu depuis longtemps imaginer les lieux de formation. C’est pourtant une question renouvelée avec le numérique. On peut traiter cette question par une pirouette, par une phrase toute faite du type « les espaces sont poreux ». C’est vrai, mais l’affirmation ne règle rien pour autant. Nous sommes à un instant des usages où les lieux de formation (c’est symptomatique nous employons le pluriel, moins le singulier) se transforment. Il nous incombe de proposer une réflexion prospective sur les espaces de formation.

Le débat sur l’espace réel et l’espace numérique est quelque peu stabilisé, nous semblons nous accorder sur l’existence d’un continuum  entre les deux mais … Il nous reste à analyser la question de leur fréquentation en simultanée et en alterné. Comment faut il occuper l’un vers l’autre pendant une session de formation ? Nous sommes ici dans la sphère de la porosité entre le professionnel et l’intime et dans le choix de l’institutionnel et du privé. En acceptant d’ouvrir les flux, on prend le risque de la navigation buissonnière, on prend le risque de limiter la fréquentation des lieux réels institutionnels.

Pour l’instant le risque  est minime car les réflexes de défense  de  l’ancien systèmes sont forts et très ancrés. Pour autant il n’est pas interdit de se mettre en posture de réflexion même si imaginer le futur c’est mobiliser l’état de ce qui existe aujourd’hui.

Comment doit-on, comment peut-on réguler ces ponts spatiaux ?

Je n’aurais pas la prétention de proposer des solutions, je n’en ai pas, mais je vais poser des questions pour engager la réflexion :

  • Comment va évoluer la salle de formation dans un univers numérisé ? ;
  • Quelles sont les propositions immobilières et mobilières qui peuvent être présentées pour activer l’école 2.0 ? Allons au-delà de l’accumulation de machines dans un lieu ;
  • Quels statuts à venir pour les structures immobilières de formation ? Entre volonté de diffuser les ressources en ligne et volonté de fixer les étudiants sur site ? L’injonction paradoxale de la politique immobilière et de la poltique de formation ;
  • Quelle place des lieux non institutionnels ? Doivent-ils être reconnus comme une extension réelle des lieux institutionnels ? ;
  • Quel est l’avenir de l’amphithéâtre si l’on persiste à dispenser des cours massifs en mode frontal ?  Les MOOC ne sont-ils pas une démonstration que l’amphi peut être supprimé, disons atténué ? Là encore nous sommes dans le paradoxe du « je veux » et « je ne veux pas »;
  • Quelle pensée spatiale pour ne pas avoir uniquement un modèle européo / techno centré ? ;
  • Développer des stratégies d’aménagements des locaux  dans les Universités est ce déjà une stratégie de fuite en avant ? Les étudiants ne préfèrent-ils pas déjà travailler de chez eux ? Pourquoi aller sur site quand le même site met tout en oeuvre pour diffuser à distance ? (Cours, bibliothèque, gestion administrative, …) ;
  • La diffusion des espaces de formation en ligne ne préfigure t-elle pas la définition d’un espace unique de formation ?

J’ai bien conscience que mes questions peuvent être vues et lues comme  dérangeantes, certains pourront les interpréter comme ineptes. Je reste persuadé qu’il est nécessaire de  poser ces questions comme base d’un débat sur l’espace de formation à venir.

Vous pouvez contribuer ….

Do you spek e.learning ?

25 Fév

Réflexions graphiques.

Construire des dispositifs e.learning c’est se frotter à un LMS. J’entends, de ci, de là, des litanies larmoyanres ou des enthousiasmes sur les plateformes. Il me semble qu’il faut « faire avec » et centrer son énergie sur l’essentiel « faire apprendre les élèves et les étudiants ». Alors une question de mécanique ou une question sociale ? Je tente ici de faire le point à l’aune de mon expérience. Ce sont des notes évolutives en ligne, forcément imparfaites mais strates de l’évolution de ma réflexion.

Audit du domicile et e.learning. Gestes et habitudes

19 Sep

Billet en rapport

Le travail à domicile, le télétravail, le droit à déconnexion sont des sujets qui commencent enfin à émerger comme éléments de propositions politiques. C’est une façon de reconnaître que l’espace de formation n’est plus la réunion de l’espace réel ET de l’espace virtuel mais bien un élément unique et indivisible.

Cette question de l’accès aux ressources du savoir passe obligatoirement par le domicile des enseignants et des apprenants. Cela pose un ensemble de questions qui agitent la société et qui vont s’accroître me semble t-il avec le temps. La tenue de la COP21 est un élément du débat me semble t-il dans la mesure où les trajets pendulaires dans les grandes agglomérations sont polluants et facteurs de pertes de temps et d’énergie.

Quelle évolution du salariat ? Quelles définitions des statuts dans la fonction publique ? Quelle définition du temps de travail ? Quelle définition du contour de l’espace de travail ? Quelle place donner aux déplacements dans la journée d’un enseignant et d’un apprenant ?

Le e-learning est au centre de ces réflexions car sa mise en place, son développement déporte la notion de lieu de formation. Je reste persuadé que la question est sous estimée quand elle n’est pas ignorée.

Pour l’instant nous sommes sur la base du « Vous allez pouvoir travailler chez – vous !, nous allons vous envoyer le lien de connexion« . En disant cela rien n’est dit car la charge de l’organisation est déplacée sur l’apprenant. En introduisant une nouvelle façon de travailler, on prend le risque de bouleverser les habitudes, de mettre à mal les routines acquises. Les apprenants, les enseignants dans ce cadre qui se développe peuvent être déstabilisés dans leurs habitus, terreau fertile du rejet, nous le savons.

L’habitude, il serait facile de dire que c’est justement ce qui freine. J’aime me référer à Richard Sennett, notamment à son ouvrage « Le travail sans qualité – The corrosion of character, the personal consequence of work in the new capitalism« , 10/18, 1998 : « Le sociologue Anthony Giddens s’est efforcé de faire vivre l’intuition du philosophe en attirant l’attention sur la valeur première de l’habitude dans les pratiques sociales et la compréhension de soi. Nous ne testons d’autres solutions qu’en rapport avec des habitudes que nous avons déjà maîtrisées. Imaginer une vie d’élans momentanés, d’actions à court terme, une vie dépourvue de routines durables et sans habitudes, c’est en vérité imaginer une existence absurde« . Il ne faut pas mésestimer le poids des habitudes professionnelles, il faut les prendre comme un paramètre de la scénarisation.

L’investissement du domicile comme lieu de travail numérisé est un fait nouveau, nous n’avons pas ou peu d’habitudes, des routines embyonnaires. Je ne parle pas ici de l’introduction d’internet pour l’usage privé mais bien de sa dimension professionnelle. L’une et l’autre des pratiques sont bien différentes, c’est la raison pour laquelle on ne peut penser par calque. Pour l’instant il y a beaucoup à conquérir et beaucoup à apprendre.

Il faut donc penser, imaginer, réguler ces pratiques et ce pour plusieurs raisons :

  • Les concepts de temps et d’espaces sont bouleversés, il faut les définir à nouveau sans réduire les droits ;
  • Le salariat avec la naissance du capitalisme avait éloigné le travailleur de son domicile (Zaretski, 1986) pour qu’il soit plus productif. Le numérique favorise le retour vers le domicile. Comment gérer cette nouvelle donne ? ;
  • Les domiciles sont essentiellement pensés pour une activité privée, l’intermittence professionnelle bouleverse les agencements spatiaux ;
  • Le domicile chahute les habitudes du panoptisme sur site. Le travail à domicile tendrait à développer de nouvelles formes de contrôles plus fortes « Diverses études laissent penser que la surveillance au travail est souvent plus grande dans ce cas de figure que pour ceux qui travaillent au bureau » (Richard Sennett, ibid, p.80.) Comment agir pour introduire la confiance dans les relations à distance ?
  • Quelle place donner à la déconnexion ?

Le chantier est immense, il faut le prendre à bras le corps. J’entends par là être pro actif dans les politiques de déploiement. De mon point de vue il ne suffira pas d’intégrer des textes, des recommandations, des vidéos de bonnes pratiques sur un site. Il faudra accompagner, former, expliquer les enjeux. Il faudra que les corps intermédiaires aillent au contacts des acteurs et les former.

J’ai commencé modestement à formaliser ces questions sous forme de recommandations aux acteurs engagés dans la formation en ligne et voulant utiliser une classe virtuelle. Il s’agit d’un vademecum pour des étudiants en ligne. Avant que ne commence la formation il me semble indispensable d’expliquer ce que signifie travailler à partir de son domicile parce que c’est complexe.

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« →  La qualité de votre connexion internet

Capture d’écran 2015-09-19 à 08.50.14L’apprentissage en ligne est tributaire de la bonne connexion internet. Il est banal de le dire mais fondamental pour le bon déroulement des séances de formation. Vous pouvez commencer par tester en ligne la qualité en cliquant sur ce lien

Réglage du matériel de votre domicile

Il est conseillé d’avoir une connexion de type ADSL ou fibre pour bénéficier d’un débit fluide lors des réunions en classe virtuelle. Préalablement à la séance distante synchrone voici quelques conseils pour en optimiser l’efficacité :

Un lien de connexion vous sera envoyé sur votre messagerie. Nous vous conseillons de réaliser les réglages sons et vidéos en amont de la séance (jamais au dernier moment) en suivant les indications du lien.

→ Vérifiez que vous possédez un casque audio. Les écouteurs de votre smartphone sont suffisants. En l’absence d’écouteurs la mise en relation sonore de plusieurs personnes peut générer un effet larsen très désagréable. Nous vous conseillons donc vivement de vous le procurer si vous souhaitez profiter pleinement des cours.

→Vérifiez, si la géographie de votre installation personnelle le permet, que vous pouvez privilégier le branchement RJ45, plutôt que les ondes wifi.

→ Vous pouvez brancher votre ordinateur à la box grâce aux prises spécifiques situées sur la façade arrière. Nous sommes bien conscients que la possibilité de branchement dépend largement de l’espace qui sépare de votre box de votre ordinateur. Très souvent la box est éloignée des terminaux numériques. Des câbles RJ 45 existent et permettent les connexions filaires. Ils ont un inconvénient notable car ils vont devenir des obstacles pour les circulations de vos proches.

Les prises CPL

Vous pouvez vous équiper de prises CPL (Courant Porteur Léger) pour vous connecter en filaire (RJ 45) à partir de vos prises électriques. De la sorte, vous pouvez vous connecter de n’importe quel endroit de votre appartement sans vous préoccuper de la situation de la box. Pour les détails techniques et les prix demandez à votre revendeur habituel. Vous aurez ainsi réglé la question des câbles gênants en bénéficiant d’un débit satisfaisant.

Réglages du matériel de votre lieu de travail

→ Si vous vous connectez de votre entreprise vérifiez au préalable que la politique de sécurité informatique développée par votre DSI ne bloque pas l’accès aux solutions déployées (classes virtuelles notamment) et à la plateforme. N’oubliez pas que l’accès professionnel est lié à des contraintes de sécurité. C’est une démarche administrative assez longue et rien ne vous garantie qu’elle sera couronnée de succès. Il faut régler cette question dès le début de votre formation.« 

E.learning, donnez nous du temps (suite)

1 Juin

Je voudrais compléter mon  précédent article pour préciser mes cadres réflexifs sur la question du temps en e-learning. Je disais :

« Ainsi lorsque l’on souhaite que des personnes se forment au e.learning, il faut avant toute chose définir précisément quel sera le rapport au temps entre le travail et à la formation. La rédaction d’une convention bipartite me semble tout indiquée.« 

Définir le temps est la question centrale, parce que sa non définition est source de malentendus. C’est d’ailleurs une question ancienne dans le monde de l’éducation. Je pense ici aux statuts des 15 heures et 18 heures hebdomadaires dans le secondaire, les 192 heures annuelles dans le supérieur. Le grand public ne retient que les heures de présence devant les élèves et les étudiants et jamais les temps de préparation. On évoque des concepts qui sont complémentaires mais pas identiques.

Lorsqu’il s’agit de la formation au e.learning, la question est identique. Il est indispensable de déterminer quel est le périmètre du temps de chacun des acteurs pendant les périodes de formation. Il faut le formaliser, lui donner des valeurs mathématiques et cesser de se reposer sur l’éthique professionnelle qui est bien souvent une forme de bénévolat qui n’ose pas dire son nom. La définition doit être construite de façon collaborative en associant de façon étroite le donneur d’ordre et celui qui se forme (l’apprenant).

  • Le donneur d’ordre, je l’ai précisé dans le premier article, doit définir la nature des temps, la cadrer :
    • Cadrer le temps de travail sur le poste identifié. Il fait l’objet de la rédaction d’une  fiche de poste ou ce qui en fait office.
    • Cadrer le temps de la formation. La formation au e-learning n’est pas une activité de surface. J’entends pas là qu’elle ne peut se réduire au simple rendu d’un livrable technique ni à  atteindre l’objectif qui consiste à maîtriser les fonctionnalités de diverses solutions techniques. Il est indispensable que les apprenants s’engagent aussi dans une démarche qui unit la production livrable ET la réflexion tout aussi nécessaire sur les enjeux de cette production. Le travail de conception technique et celui de d’analyse prennent du temps. Dans cette perspective il faut que les apprenants assimilent l’idée que toute la démarche est par essence technico – conceptuelle, un rapport permanent entre la main et la pensée. L’absence de réflexion sur le temps de formation, entraîne de facto chez les apprenants le sentiment d’urgence. Il les amènera à opérer des choix contreproductifs. Ils privilégieront, en toute logique, l’opérationnel en négligeant le conceptuel. Cette dichotomie contrainte revient à créer un fossé entre l’acte de manipulation de la souris, considéré comme acte de production (une opération manuelle) et la réflexion sur les enjeux du e-learning considérée comme  un acte conceptuel à orientation universitaire.
  • Le stagiaire – Les organisations sociales sont par essence complexes. S’il est indispensable que les structures apprennent à définir (attribuer) un vrai temps de formation « Un temps sans impureté ni défaut » pour citer Foucault in surveiller et Punir, il faut que les apprenants apprivoisent ce temps. Se débattre dans un perpétuel mouvement pendulaire entre sa mission et sa formation est inconfortable. Pour autant l’argument du « Je manque de temps » peut être un argument dilatoire, un paravent pour se protéger. Cadrer le temps en amont de tout engagement de formation est me semble t-il protecteur pour toutes les personnes engagées dans le dispositif :
  • L’apprenant qui aura la certitude de dégager un temps fléché (à l’exclusion de tout autre).
  • Le donneur d’ordre – il sera en droit de demander des comptes puisqu’il aura accordé ce temps « cadré et normé » nous nous orientons vers l’obligation de résultat.

« Donner » du temps est en fait un processus contractuel qui consiste à préciser ab initio les enjeux, pour le donneur d’ordre et pour le formé. Nous ne sommes pas loin ci du principe du ROI (Return On Investment) ou retour sur investissement qu’a bien décrit Jacques Rodet pour le tutorat. Nous nous plaçons ici plutôt dans une démarche d’analyse des « gains cachés » que la comptabilité classique peine à quantifier.

Je creuse cette analyse sur le temps avec obstination, certains diront avec obsession mais je pense que c’est une des clés de la réussite du développement du e-learning. Nous en sommes au début des procédés de généralisation et il faut passer par la phase de la formation des formateurs. Donnons leur ce temps, temps du manipulatoire et temps de la conceptualisation.

Soyons capables de collaborer sur ce processus réflexif.

Vous qui lisez ce billet, êtes invités à contribuer à cette réflexions, à donner votre avis, y compris divergent, cela participe au processus collaboratif que nous appelons de nos vœux.

E.learning, donnez nous du temps

13 Mai

Article en lien

Plus (+) de numérique, plus (+) de e.learning est un mot d’ordre d’actualité, j’y souscris volontiers mais … je voudrais répondre en écho. « D’accord mais donnez nous plus (+) du temps ! ». Le temps, un concept suffisamment généraliste pour qu’il devienne un mot valise et qu’il se vide  par là même de sa substance. Je me propose donc en préalable de préciser les contours de ma pensée.

Il ne s’agit pas d’un plus de temps consacré à la réflexion : « Il faut que nous attendions pour analyser la question, pour être sûr, dès fois que … » Le numérique est dans notre écosystème technologique, c’est un fait !

Il ne s’agit pas de plus de temps pour opérer les branchements, installer les ordinateurs, sceller les TBI au mur, c’est fait !

Il ne s’agit pas de plus de temps pour acclimater nos élèves et nos étudiants, ils l’ont fait ! sans nous le demander, sans nos conseils.

Je veux parler ici du temps réglementé, du temps normé du e.learning. Mes observations, mes usages comme enseignant depuis plusieurs années me démontrent que les structures sont convaincues de l’intérêt du e.learning. Cependant la pierre achoppe systématiquement lorsqu’il faut libérer du temps effectif aux acteurs qui s’engagent dans des démarches de formation aux méthodes du e.learning. Nombreux sont mes étudiants / stagiaires qui, engagés dans un processus de formation au e.learning, doivent composer l’impérieuse nécessité de s’acculturer avec la réalisation de leur mission principale. Satisfaire l’un et l’autre comme s’il s’agissait de deux dimensions identiques. Or le temps du e.learning est spécifique.

Lorsque l’on encadre des groupes, que l’on fait le point des avancées et des difficultés rencontrées lors de  la formation les étudiants disent  massivement (ou à défaut de le dire ils le pensent) :

« C’est chronophage, c’est long, nous sommes débordés, notre problème c’est le temps et sa gestion, j’ai du laisser en jachère le projet parce que j’étais surchargé … »

Il y a trois façons d’aborder ces arguments :

  • La première simpliste, qui évite de se poser les bonnes questions, les apprenants sont mal organisés, ils gèrent mal leur temps. Fermez les bans, l’affaire est entendue ! C’est rassurant mais c’est un peu court.
  • La seconde, qui est parfois recevable, c’est la faute des profs qui ne calibrent pas correctement le temps annoncé ou qui veulent à tout prix insérer l’ensemble de leurs savoirs au détriment de la synthèse pour les étudiants (je suis prof, je parle en connaisseur).
  • La troisième est plus institutionnelle et peut se résumer à une question d’organisation interne. J’ai le très net sentiment que le e.learning n’est pas encore inscrit comme un temps réel normé, il prend les chemins buissonniers des tours et des contours. Le temps du e.learning est encore dans les limbes. Il entre en tension avec les impératifs de service. Je crois voir émerger des invariants de gestion en observant mes apprenants. Tout d’abord on fait « tourner son service« , on gère les urgences et on assure la continuité auprès du public. Le temps de formation / acculturation vient ensuite en terme de priorité, quand les urgences s’éloignent. Je crois pouvoir affirmer que si l’on considère qu’il faut d’abord gérer le quotidien puis prendre le temps de s’acculturer aux méthodes du e.learning, c’est considérer que celui-ci est accessoire et à une moindre valeur.

Posons donc la question,  quelles sont les priorités ?

Nous entrons ici dans une problématique de gestion des ressources humaines, de statut et de contractualisation, le conflit entre la structure pyramidale et les modes transversaux, le lent glissement de l’un vers l’autre

Exposé de la sorte mes propos sembleraient accréditer l’idée qu’il y aurait le clan des gentils (ceux qui exécutent) et celui des méchants (ceux qui enjoignent). Là n’est pas mon propos parce que je pense que la méthode e.learning doit être expliquée à l’ensemble des acteurs du système.

Elle n’est pas que dépôts de ressources, elle n’est pas qu’une mise en réseau de machines, elle n’est pas que vélocité des connexions … Elle est avant une question d’organisation sociale. Cette dernière mute, en passant de la logique industrielle née à la fin du 19ème siècle à la logique des réseaux engagée en ce début du 21ème siècle.

Le dialogue doit remplacer l’injonction, l’écoute doit supplanter l’ordre d’exécution. On mesure ici le chemin qu’il nous reste à parcourir mais c’est, me semble t-il la direction qu’il faut prendre.

Ainsi lorsque l’on souhaite que des personnes se forment au e.learning, il faut avant toute chose définir précisément quel sera le rapport au temps entre le travail et la formation. La rédaction d’une convention bipartite me semble tout indiquée.

Il sera donc nécessaire que les services qui accordent les moyens (temps) sachent dialoguer avec les équipes qui conçoivent. Il est nécessaire d’expliquer, de prendre le temps de motiver les raisons pour lesquelles il faut un temps normé dédié. Écouter, dialoguer, mettre à mal ses représentations est un exercice très difficile mais il se révélera fécond si l’on sait le mettre en œuvre.

Quelques pistes d’action :

  • Formaliser dans le document de cadrage des équipes qui s’engagent, que le temps de conception / formation est un temps spécifique, exclusif à tout autre ;
  • Spécifier que le temps de travail effectif hors les temps et les structures officielles sont des temps normés, reconnus et payés. Je pense ici à la nécessité du travail collaboratif distant qui peut parfois nécessité des ajustements hors temps légal ;
  • Le e.learning dans ses phases de lancement coûtera plus cher car il faut déléguer du temps de travail / analyse. En conséquence il faut réorganiser les tâches pour libérer du temps aux personnes qui s’engagent dans ces processus. Je ne me place pas ici dans des temps pleins de 35 heures mais sur des temps qui peuvent être de l’ordre de la demi journée ou de la journée mais totalement exonérées de contraintes de gestion de service. La conception sera alors orientée vers les contraintes de conception du e.learning.

Je vais conclure ce billet, comme à l’habitude. Ce lieu numérique est un espace de dialogue, vous pouvez vous en saisir pour argumenter, vous avez même le droit d’être en total désaccord.

E-learning et domicile

23 Avr

Considérez ce travail comme un brouillon, des bribes de réflexions mises bout à bout mais rien de plus parce que le rendu n’est pas abouti.

Cette ressource est une trace posée pour lancer une réflexion sur le sens de l’espace privé au moment ou il devient possible d’enseigner et d’apprendre de ce lieu spécifique. Il faut éviter que les scénarios élaborés par les concepteurs de formation en ligne intègre comme une évidence le « Ils travailleront à domicile, ils concevront à domicile« .

Tentons donc d’analyser un espace de complexité

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Le texte

Dans cette vidéo je vais évoquer la question du e-learning et la possibilité de travailler, de concevoir ses ressources à partir de son domicile. Je vais aussi évoquer par incidence la possibilité d’apprendre de chez soi.

 Les travailleurs du savoir en général, les enseignants en particulier peuvent choisir le lieu de travail (pour la conception des cours ET pour les temps de formation en ligne)

 Il y a deux lieux essentiels à prendre en considération :

  • Le lieu institutionnel – L’école primaire, le collège, le lycée, l’Université ou le centre de formation.
  • Le lieu personnel, le lieu privé – Le domicile des enseignants.

Cette possibilité de choisir est souvent évoquée dans les conceptions des dispositifs des formations en ligne, on entend dire « les apprenants se formeront des chez eux »

De mon point de vue l’argument est recevable mais formulé ainsi ce n’est pas suffisant parce que le domicile appréhendé dans sa dimension professionnelle est un espace d’une rare complexité.

L’idéal serait, bien évidemment d’exercer ses talents dans un espace où l’on est seul et dans un espace calme.

Avant de décréter ex abrupto que l’on peut travailler de son domicile, il faut scénariser ses constructions. Il faut penser l’espace personnel, il faut l’imaginer car nous nous travaillons en professionnalisant par intermittence notre espace personnel.

L’espace privé à une structure spécifique, nous exerçons en un même lieu :

  • Une activité privée ;
  • Une activité sociale ;
  • Une activité professionnelle.

Chacune d’elle à sa logique spatiale. Nous devons comprendre quelle est la spécificité de l’activité professionnelle exercée au sein de l’espace privé.

Le domicile est une organisation spatiale spécifique qu’il convient d’analyser.

Tout d’abord rappelons que l’activité de e.learning est une activité instrumentée. Il faut donc analyser la place des outils dans l’espace.

Il faut une box pour accéder au réseau. Au-delà de la signature du contrat avec le fournisseur d’accès, nous sommes largement dépendant de la situation des prises téléphoniques. On place la box, là ou se situe la prise. Il n’y a pas forcément adéquation entre la logique du constructeur et vos usages.

Vous choisissez de travailler dans l’espace, la pièce qui vous paraît la plus adaptée. Il n’y a d’ailleurs pas forcément un lieu privilégié puisque vous pouvez utiliser vos terminaux dans tout l’appartement. Il faut donc pouvoir se connecter partout.

Il est ainsi nécessaire de comprendre comment coordonner une mobilité des usages avec une box qui est fixe.

On ne peut pas déplacer sa box au grè de ses usages.

Première solution

 Se brancher avec un cable RJ 45, la connexion filaire qui assure un débit régulier. C’est possible mais à la condition d’avoir un appartement adapté.

C’est rarement le cas puisqu’il faut des prises dans les cloisons

Ou alors les faire installer, ce qui mettrait la possibilité de travailler chez soit à un coût exhorbitant.

Seconde solution

La plus répandue est l’utilisation du WIFI. La box permet de se connecter au wifi mais pas forcément partout, notamment si l’appartement est grand (pour les chanceux), s’il y a des étages, s’il y a des blocs métalliques etc, etc

 Il faut donc au préalable vérifier sa connexion, elle est –elle de bonne qualité ou calamiteuse ?

 Troisième solution

 Le CPL (courant porteur léger) qui vous permettra d’accéder au réseau via vos prises électriques. Idéal puisque le constructeur a normalement installé des prises électriques dans toutes les pièces.

 Le CPL nécessite d’acquérir deux appareils, si vous souhaitez en avoir plusieurs il faudra vérifier que juste derrière votre box vous avez suffisamment de prises électriques.

 L’espace sonore.

 Votre appartement c’est un écosystème sonore. Concevoir des ressources audio et vidéo ne s’improvise pas car on découvre très vite qu’il y a des bruits parasites.

  • Vos voisins, notamment l’amoureux du bricolage et de la perceuse.
  • Vos enfants
  • Le système des objets

Il faut que l’espace sonore de conception soit étanche avec les autres sons de votre espace

L’espace visuel

Il faut dans le cas ou vous utilisez la vidéo, vous positionner idéalement pour que vous soyez vu. Évitez de vous asseoir dos à une fenêtre, on ne verra que votre silhouette.

Il faut professionnaliser votre espace visuel, votre vie privée ne doit pas interférer.

La métaphysique des tubes

9 Avr

La réflexion sur les espaces de formation nous enjoint à imaginer les activités dans le réel et dans le virtuel, je l’ai souvent évoqué. J’ai interrogé abondamment la place du corps, la signification des espaces, l’hétérogénéité de l’espace personnel. Ces questions sont, me semble t-il centrales mais elles doivent être aussi mises en relation avec des enjeux très techniques. Nous entrons ici dans un dialogue entre le conceptuel et le concret. Réel-virtuel, conceptuel-concret le jeu des oppositions supposées mises en tube.

Le virtuel  et le réel n’ont, de sens et de chance, d’être opérationnels que si l’on est conscient du besoin de faire collaborer les enseignants avec leur DSI (ou tout service équivalent). Dans les scénarios de formation qui sont élaborés il est fréquent de vouloir intégrer des classes virtuelles pour créer des moments d’interactions distantes synchrones. Le gisement du potentiel pédagogique est immense mais il ne peut être réduit à la seule question pédagogique. Il faut aussi insérer les techniciens dans cette conception pédagogique, les impliquer, les rencontrer.

Les tubes et tuyaux dans lesquels nous faisons circuler nos savoirs et connaissances sont complexes. Il faut être conscient que le développement des enseignements en ligne pose des questions de sécurité. Les « firewalls » peuvent être étalonnés de façon fine. Il est donc indispensable que les concepteurs de cours en ligne apprennent à expliquer les enjeux de la formation, connaissent leurs interlocuteurs techniques, rédigent des argumentaires pour justifier leurs besoins et sachent, en retour, écouter les arguments de la technique. Sécurité Vs pédagogie.

Traduit en langage pédagogique il faut (dra) savoir collaborer et bien au-delà de nos cercles habituels. Cette démarche est longue, prends du temps, oblige à dépasser ses cercles mais j’ai la faiblesse de croire qu’engager le dialogue est fécond même s’il est complexe.

Il y a bien sûr la méthode habituelle qui consiste à dire pis que pendre des « rusteaux » de la technique, à vilipender la piètre qualité de la solution technologique, à morigéner l’organisateur mais … À part se cantonner dans ses certitudes qu’elle est la plus-value ?

L’enseignement instrumenté à des effets qui vont bien au-delà de la technicité, il nous contraint à nous interroger sur le sens du lien social dans la construction des dispositifs en ligne.

Conception et ingénierie de cours

14 Fév

Depuis cette année, dans des circonstances où l’imprévu s’est imposé de façon brutale, je m’occupe de la FDV à la Faculté de Droit, de l’Université Jean Moulin Lyon 3. Je suis passé de la vision (presque) théorique du e-learning à la prise en continu avec le concret. Comprenez assumer le bon fonctionnement au quotidien d’un service, assurer la fluidité des cours, répondre aux attentes et inquiétudes des étudiants, des enseignants, assurer le suivi administratif, gérer du personnel … Je prends conscience de  la distance qui existe entre poser des jalons théoriques et gérer jour après jour une structure de e-learning. J’apprends chaque minute en ayant un pied sur la rive du conceptuel et un pied sur la rive de l’opérationnel.

Que puis je dire de cette expérience de terrain ?

C’est une activité par essence collective où il faut  en permanence mettre en sourdine le JE au profit du NOUS

En pratiquant on prend le risque de se perdre dans une routine administrativo / technique (elle est rassurante parce qu’elle est balisée). Il faut, pour ne pas tomber dans ce travers, continuer à lire, à explorer, à emprunter les détours du design, de la philosophie, de la sociologie, des sciences de l’éducation tout en pratiquant le e-learning sous sa forme « Je mets les mains dans le cambouis« , « J’ouvre le capot ». Cette symbiose, cet équilibrisme permanent sont  épuisants, éprouvants, mais féconds.

Oublier de prendre le temps de l’analyse et de la conceptualisation c’est se condamner à l’anecdotique. Se laisser rattraper par le quotidien, c’est se perdre dans un faire et une gestuelle stériles.

Ne pas pratiquer c’est prendre le risque (mais je n’en suis pas certain) de s’enfermer dans un silo.

Ce travail, de mon point de vue, est avant tout un travail de propositions, un travail de synthèse transversal.

J’ai donc commencé à prendre le temps du recul réflexif pour tenter de formaliser l’activité d’un temps effervescent de ma vie.

***

Journées du e.learning (JEL)

22 Avr

Affiche JEL 587 x 724Pour la huitième année se tiendront à Lyon les journées du e.learning.© Cet événement, désormais inscrit dans l’agenda universitaire, aura pour thème « Réussir en e.learning ». Loin d’être un titre d’accroche, cet intitulé prouve que le e.learning s’est éloigné des zones de l’expérimentation et navigue désormais dans les eaux des usages universitaires et professionnels avérés. Il a fallu, au fil du temps, réussir à inscrire le e.learning dans le paysage réflexif. Il est maintenant possible pour les apprenants de réussir en e.learning. Le passage du réussir le au réussir en, est plus qu’une coquetterie orthographique, il est signifiant des nouvelles façons d’apprendre et d’enseigner. Des intervenants comme Sir John Daniel, Cédric Manara, Philippe Meirieu, Josiane Basque, Gilles Babinet et Georges Siemens viendront témoigner de ces évolutions.

Le programme des JEL est désormais consultable ci-dessous

Le e.learning apprendre et enseigner dans des espaces signifiants.

15 Déc

Apprendre en e.learning est un acte complexe. Les apprenants doivent apprendre à penser leur formation dans un cadre spatial recomposé. Historiquement nous sommes encore dans un cadre institutionnel où la plupart des enseignants ont été formés dans des lieux structurés par le principe de l’unité de temps et de lieu (une salle de classe, un enseignant, un horaire prescrit, un groupe d’apprenants).

Le e.learning fait voler en éclat cette grammaire largement construite au 19ème siècle. Dans la configuration dématérialisée les apprenants reçoivent les informations par le biais d’un terminal numérique (je ne dis plus uniquement ordinateur)situé dans un lieu physique spécifique et identifié.

Dans ce cadre, le concepteur du cours aura construit son module en amont et l’aura déposé sur une plateforme (LMS). Le tuteur entrera en contact avec ses élèves grâce à son terminal numérique selon le mode qu’il aura déterminé dans son scénario tutoral (classe virtuelle, forum, mail, chat …). La communauté d’intérêt constituée sera donc géographiquement éclatée. Pouvons nous en déduire que les acteurs du dispositif de formation sont des cellules apprenantes isolées et autonomes ?

On ne peut réduire cette construction sociale aux iconographies commerciales qui «métaphorisent» par raccourci le e.learning comme un face à face Homme / machine.

Je souhaite dans ce billet lancer quelques éléments de réflexions sur la signification des espaces de formation au sein desquels interagissent les différents acteurs. La FOAD s’exerce dans un ensemble d’espaces signifiants qui se croisent, il faut intégrer dans les stratégies de formation la perception du (des) sens des espaces dans lesquels vont se mouvoir enseignants, tuteurs et apprenants.

En préalable à tout lancement d’une session de formation en ligne , il me semble nécessaire d’expliquer aux apprenants qu’un espace de formation est codifié, qu’il a du sens. C’est de mon point de vue une condition centrale pour que le groupe se constitue et cimente des relations cohérentes. Il n’y a pas un espace numérique codé mais un ensemble d’espaces sociaux normés.

La dématérialisation des espaces de formation modifie la structure des relations sociales. Il est possible que ces changements puisse entraîner une perte des repères qui ont été longuement construits dans la vie réelle. Il s’agira, par conséquent, d’entrer dans un lent processus de déconstruction des habitus sociaux du réel pour entrer dans une reconstruction d’un habitus virtuel.

Dématérialiser un espace réel ne signifie pas créer des espaces neutres, bien au contraire. Les espaces qui accueilleront les apprenants sont fondamentalement des espaces signifiants, il est nécessaire de les appréhender de la sorte.

Le démontrer de façon théorique est un exercice auquel on peut se prêter avec efficacité pour peu que l’on soit capable de l’étayer par des propos référencés, il se peut que la pertinence, la clarté du propos puisse faire avancer la recherche, mais …

Le e.learning est aussi un espace d’usages dans lequel les acteurs auront à s’intégrer pour apprendre et y exercer leur sociabilité. Entrer en FOAD c’est s’inscrire dans un processus de déconstruction / reconstruction, réel Vs virtuel. Les concepteurs des processus de formation devront, me semble t-il, intégrer dans leurs scénarios une réflexion sur les enjeux des significations des espaces de formation. Le pluriel est de circonstance car il s’agira d’interroger au regard de sa pratique l’espace numérique et l’espace physique.

L’espace physique.

espace-signifiant.001-001Le e.learning ne supprime pas le lien avec l’espace physique, bien au contraire puisqu’il oblige à le redéfinir. Il est loisible aux concepteurs des dispositifs de formation en ligne de construire la formation au sein d’un spectre qui va de la dématérialisation totale au blended learning (formation hybride). Les doses de distanciel et de présentiel seront pesées en fonction des publics ciblés, du bain culturel dans lequel trempent les acteurs du dispositif. La culture nord américaine serait plus orientée vers la dématérialisation, nos cultures européennes plus orientées vers les formations hybrides. Il n’en reste pas moins qu’à un moment donné l’apprenant sera confronté à un espace physique, fut-il réduit à la plus simple expression du bureau sur lequel est posé le terminal de réception numérique (ordinateur, tablette, smartphone …) voire un espace public pour des postures de mobile learning.

La réflexion sur l’espace physique doit dépasser la posture technologique centrée sur un outil de communication, qu’il soit de type « one to one » ou « many to many ». Il faut analyser le lieu physique de formation parce qu’il est signifiant et qu’il est indispensable que les apprenants aient la capacité d’appréhender cette signification.Ce n’est pas parce que la pratique des réseaux est quotidienne qu’elle induit une bonne perception des relations qui s’y exercent.

Mon analyse se basera sur deux types d’espaces physiques, l’espace privé que nous nommerons le domicile et l’espace institutionnel (établissement scolaire, université)

Le lieu de vie privée comme lieu de formation.

La société de l’information a modifié de façon profonde la nature du domicile privé. Dans la période industrielle qui se construit au 19 ème siècle on éloigne le travailleur de son environnement familial pour que sa force de travail soit entièrement consacrée à son ouvrage. La partition vie privée, vie professionnelle est nette. Le numérique a modifié ces enjeux spatiaux. Il peut être, à la fois, lieu d’expression d’une activité sociale privée et lieu d’activité professionnelle. Les deux cercles de sociabilité sont de nature différente mais ils se télescopent.

En l’état il appartient aux concepteurs d’expliquer la différence de nature des deux activités qui s’exercent dans un lieu identique.

L’espace privé par définition a-institutionnel, devient pour une durée déterminée un espace institutionnel. L’entrée dans un dispositif de formation en ligne s’opère par un procédé contractuel engageant de façon synallagmatique l’institution et l’apprenant. La théorie des contrats explique que les obligations et droits de chacun n’ont pas d’effet sur les tiers. Dans la pratique la phase du e.learning pratiquée à domicile engage les tiers, notamment son entourage personnel (non impliqué directement dans la formation).

L’analyse des dispositifs juridiques confirme cette intrusion du public dans la sphère privée. La réglementation du DIF (droit individuel de formation) et son extension le CIF (congé individuel de formation) spécifie clairement que la formation ne peut se faire qu’en dehors du temps de travail effectif, soit les week-end et/ou les temps de vacances.

Le e.learning nous amène à penser à nouveau la qualification du lieu privé. Il peut être une extension du lieu de travail dans le cadre d’une formation. Il appartiendra aux concepteurs de penser les articulations entre les temps privés et les temps professionnels. Il leur reviendra d’expliquer ces enjeux formalisés auprès des apprenants.

Je voudrais retenir plusieurs points pour forger cette analyse :

– La sécurisation du lieu d’accès, quelle politique de sécurité doivent engager les apprenants sur leur terminal ?

– Le domicile de l’apprenant devient un nœud d’entrées et de sorties des flux d’informations, notamment visuelles. Dans l’hypothèse d’une instrumentation des flux vidéos il faudra s’interroger sur la nature du cadre visuel renvoyé à ses interlocuteurs. Il devient d’une certaine façon institutionnel, il représente l’apprenant dans sa dimension professionnelle. Il faut se poser la question de ce que l’on souhaite montrer ou dissimuler au groupe. La webcam est intrusive, il faut neutraliser l’espace intime pour le rendre institutionnel.

Le degré de vision de la caméra capte un espace physique qu’il faudra rendre institutionnellement signifiant et il faudra neutraliser la dimension intime qui pourrait parasiter le cadre institutionnel. Dans ce cadre signifiant des X degrés du champ de vision, l’individu apparaît. L’apprenant est dans un espace privé mais s’exprime à titre professionnel. Il faudra penser la représentation corporelle qui passe par des stratégies vestimentaires. Quelles sont-elles ?

– Travailler à domicile c’est forcément négocier les temps avec son entourage. A cet instant de ma réflexion je n’ai pas de réponses mais un ensemble de questions.

Quelles régulations familiales doivent s’opérer dans ce cadre ? Qu’est ce qui domine à l’instant de la formation ? La vie privée ou la vie professionnelle ?

L’espace virtuel.

Le second espace dans lequel les acteurs vont se retrouver est numérique, il est l’essence même du e.learning. Il est très complexe. La navigation dans ces espaces, n’est pas de mon point de vue, naturelle. Les liens de socialisation qui s’y construisent sont codés et complexes, une méconnaissance des enjeux, une perception biaisée peut être lourde de conséquences.

Certes les usages non institutionnels ont forgé des habitudes numériques, elles sont de l’ordre du bricolage et sont a-institutionnelles.

L’espace virtuel est un lieu de socialisation, les apprenants vont se rencontrer dans divers lieux que nous pouvons nommer, forum, wiki, mail, vidéoconférence, classes virtuelles … Ils pourront ainsi construire leurs connaissances au sein de ces réseaux composites à forte plasticité.

On peut certainement opérer le parallèle entre les espaces physiques et les espaces numériques. L’espace numérique n’est pas, par définition, un espace dédié à une activité spécifique. Ce sont les utilisateurs et les concepteurs qui lui donnent du sens. Il y a potentiellement autant de sens qu’il y a d’usages. Il est donc nécessaire que les acteurs apprenants soient en capacité de comprendre les enjeux de chacun de ces lieux numériques.

Je voudrais, à titre d’exemple, prendre le cas de la formation à l’éducation nationale. Nous pouvons apprendre dans les espaces numériques de façon informelle (réseaux sociaux, MOOC, chaines vidéos en ligne) et/ou formelle (foad). L’objectif est dans les deux cas identique (apprendre) mais la signification des espaces est différente. Dans le premier cas on s’inscrit dans un réseau informel qui se construit au grès des intérêts communs de communautés plus ou moins éphémères. Dans le second cas la dématérialisation est toujours présente mais elle inscrit les relations d’apprentissage dans le cadre formel d’une relation institutionnelle. Si les modes d’acquisition des savoirs sont souples, ubiquitaires et non hiérarchisés, ils s’inscrivent quand même dans un rapport d’autorité hiérarchique construit par le droit de la fonction publique. Le télescopage des deux espaces peut être déstabilisant pour les apprenants car l’espace numérique d’apparence a-institutionnel à tendance libertaire est dans la pratique un espace normé, social et hiérarchique quand il est scénarisé par une entité régulée.

Voici les quelques pistes que je souhaite analyser plus précisément. Ce billet est construit comme une compilation de réflexions. Il m’appartiendra des les étayer par des lectures scientifiques qui donneront plus de solidité intellectuelle à ces pistes.

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