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Un rêve oui mais collectif

20 Août

Une tentative de réponse à la question suivante : qu’elle est votre école rêvée ?

S’il est vrai que les technologies numériques nous permettent de travailler dans le mode du « everywhere and anytime » peut-on en déduire pour autant que c’est une réalité ? Je pense qu’il faut cesser de vivre dans cet idéal fantasmé (?) du numérique libérateur du temps. Nous ne pouvons amalgamer le possible technologique et le réel social.

Les technologies numériques ne sont pas hors sol, il faut le rappeler avec force. Elles doivent, dans leurs utilisations, composer avec la réalité du terrain. Alors oui, bien sûr on peut s’inscrire à un MOOC et apprendre, Oui, bien sûr on peut organiser des classes virtuelles de 20 heures à 22 heures, oui, bien sûr on peut inviter des étudiants des collègues situés sur différents fuseaux horaires … On peut, on peut, on peut … !

Sauf que …. La liberté d’organiser son temps est un concept théorique. Il ne faut pas oublier que notre temps professionnel est cadré, organisé. Nous avons tous un agenda professionnel contraint. Dit autrement nous avons des obligations de service.

Alors faisons un peu preuve de réalisme et sachons nous extraire du miroir aux alouettes technologique. La liberté d’apprendre ne peut se faire que dans une logique d’extension du temps consenti (individuellement et / ou collectivement).

Que ceux qui profèrent (en toute bonne foi je pense) que l’on peut travailler quand on veut aillent au bout de leur discours et expliquent que c’est nécessairement en plus du temps normé.

Il s’agit donc ici d’arriver à concilier le potentiel des technologies et des principes d’organisation sociale. Or le numérique bouleverse cette organisation en proposant un autre modèle. Il nous engage pour de nombreuses années et doit nous inviter à ne pas penser les modèles éducatifs comme des objets neutres, simplement inféodés aux potentiels d’une technologie. Elles sont des objets sociaux et politiques. Le politique c’est inventer, proposer, c’est se référer à l’étymologie. C’est être « Sage et adroit dans le gouvernement des hommes »

Cette introduction véhémente me permet de développer ce que pourrait être le modèle de mon école rêvée. Une école du temps et de l’espace libérés.

Répondre à une question aussi complexe consiste d’abord à baliser les contours.  L’école rêvée par qui et l’école rêvée pour qui ?

– L’école rêvée par qui ? Si le rêve est un projet individuel, une escapade buissonnière de l’esprit, nous restons dans l’anecdote. Nous sommes nombreux à parler de collaboration, alors pourquoi ne pas rêver ensemble. Le rêve commun est un pilier de la société. Sans rêve collectif il n’y a pas d’alternative.

– L’école rêvée pour qui ? Si c’est l’école rêvée est celle de quelques uns pour quelques uns alors elle trahirait notre belle devise républicaine, liberté, égalité, fraternité.

Je rêve donc d’une école fruit d’un rêve collectif, d’une concorde cicéronienne du savoir. On peut, à cette condition, s’autoriser toutes les fantaisies puisqu’il y a rêve commun.

C’est dans ce cadre que je veux rêver d’une école élargie au sens physique comme au sens humain. Elle s’exerce (j’exclue le conditionnel volontairement) dans un continuum fait d’une alternance entre le réel et le virtuel. Une école qui tient compte des envies de chacun. L’envie d’apprendre et l’envie d’enseigner. Cette école ne considère pas que le travail efficace soit une mise en scène d’une tragédie grecque et de son tryptique d’unité de temps, de lieu et d’espace. Cette école accepte la présence, comme la distance, accepte de penser que le principe de formation est un processus itératif. Elle accepte l’erreur et donne à qui le souhaite une autre, plusieurs autres chances.

Elle est l’école de l’envie.

T’as choisi l’atelier le plus chiant

1 Sep

Cette année à l’Université de Ludovia, j’avais choisi de suivre les débats des ateliers collectivités locales. Peut-être une façon de renouer avec ma formation de juriste de droit public, plus probablement l’envie de me frotter aux réalités de l’éducation versus institution, certainement pour mettre en acte le principe de la nécessaire collaboration.

Vue de la sphère enseignante, le jugement a été radical et démoralisant : « Tu as choisi l’atelier le plus chiant« .

Bien sûr je n’ai pas pu assister aux divers ateliers sur la remédiation, pas vu les ateliers bidouilles qui me plaisent tant, exit les analyses passionnantes de François Jourde, je ne saurais pas comment bâtir un journal de classe ou percer les mystère de l’imprimante 3D …

Et pourtant j’aime à penser les superstructures de mon métier car elles font émerger les conflits et les tensions car on y instille la dimension politique et tous les tabous dont on ose parler ouvertement.

Sous les tentes totémiques de Ludovia ont été abordés les tabous de la formation.

« P. ext. Règle d’interdiction respectée par une collectivité. Gardons-nous de sous-estimer la puissance persistante de ce vieux tabou: « Tu ne feras d’histoire qu’avec les textes » (L. Febvre, Vers une autre hist.,[1949] ds Combats, 1953, p. 429). Seule la répétition et un travail personnel apportent l’outil et la formation à la méthodologie passe par la critique de la méthode elle-même. Il faut abolir le tabou selon lequel, à l’école, on ne parle pas de l’école. Il faut montrer aux élèves comment remettre constamment en cause l’apprentissage lui-même, comment se démonte leur propre apprentissage (B. Schwartz, Réflex. prospectives, 1969, p. 18). » Centre national de ressources textuelles et lexicales – CNRS

Une règle d’interdiction respectée par une collectivité, c’est bien de cela qu’il s’agit dans mon propos. Dans les discours souvent convenus, tout le monde commence par psalmodier la phrase magique  » La pédagogie est du ressort de l’État, les bâtiments et la technique de la compétence des collectivités« . Cette phrase répétée à l’envi prend forme la forme de la méthode coué.

Très vite on comprend que les collectivités en ont « ras le bol » de financer sans avoir la possibilité d’auditer, d’impulser. Dit en langage plus diplomatique il est difficile pour les collectivités d’avoir un retour sur les usages pédagogiques consubstantiels aux investissements.

Les débats étaient véritablement stimulant car au-delà de la gangue technique, le langage administratif il était véritablement passionnant de voir exprimer les conflits engendrés par la décentralisation.

L’éternelle opposition entre les girondins et les jacobins prenait tout son sens sous les frondaisons Ludoviennes et pourtant …

Il devient de plus en plus difficile de vivre en se conformant au tabou précité. Comment ne pas reconnaître que le choix d’un ENT, d’un parc machine n’a pas d’impact pédagogique. Soyons aussi capable de reconnaître que le non choix d’un ENT, le retard dans les politiques d’investissement. a un impact fort sur le fonctionnement, sur la vie des établissements.

Cet atelier a fait apparaître que les grands mots, les grands thématiques réthoriques de la pédagogie n’atteignaient pas forcément les politiques. Les débats étaient souvent très techniques et j’ai eu le sentiment qu’ils associaient peu le monde enseignant. Quid de la coopération et de la collaboration ? Même dans le cadre de compétences décentralisées on a plutôt le sentiments que ce sont les logiques top-down qui prédominent.

Pourtant il y a eu des moments ou ces modes de fonctionnement sont apparus comme de freins et ont été soulignés. Des intervenants ont souligné le frein que représentait le manque de stabilité des référents numériques dans les établissements. le référent numérique, Homme de terrain est celui qui sait faire remonter les problématiques technico / pédagogiques.  La pérennité dans ce poste serait un avantage pour les collectivités locales.

 non l’atelier collectivités locales n’était pas chiant, il était même passionnant car il faisait émerger les caractéristiques d’un système qui aurait besoin de pratiques collaboratives (ce que fait émerger le net) mais qui est encore l’héritier d’un jacobinisme rigide qui n’ose dire son nom.

On retombe sur cette question de la confrontation des temporalités incompatibles, celle des technologies qui vont vites, celles des investissements sur des moyens termes et celle du système social qui peine à se réformer parce que nous sommes sur des échéances très longues.

Nous aurons encore besoins de nombreuses années d’observation et de débats pour voir les lignes de fracture bouger. Il est fort possible que le temps de notre activité professionnelle ne soit pas à l’échelle des évolutions administrativo- pédagogiques.

Les changements sont assurément engagés, Ludovia est un des rares lieux de ce dialogue transdiciplinaire, j’engage les enseignants à délaisser parfois le charme des débats et polémiques autocentrés pour investir le champ de la polis. À la façon du design japonais on entre dans l’épure mais c’est justement parce que l’accessoire est évacué, que l’essentiel apparaît.

 

La métaphore du radiateur

29 Août

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de radiateur !  …

Cette année, dans le cadre de l’Université d’été de Ludovia, j’avais décidé de suivre les débats relatifs aux collectivités locales. Fort de cette intention louable, un quidam m’a dit « Wouah, tu as choisi l’atelier le plus chiant » (je reviendrai sur ce point dans un prochain billet). La prédiction à hauteur du programme pouvait se révéler pertinente et pourtant … Une intervention qui est, me semble t-il, passée inaperçue dans le programme, a illuminé ma semaine.

Une représentante de la société Qarnot computing nous a fait la plus brillante démonstration pédagogique de cette session 2014. Je me demande encore pourquoi elle n’était pas inscrite au programme du colloque scientifique puisqu’il était question de consommation (de surcroît durable) et de génie créatif avec une bonne dose de concept social.

Entre un rapport sérieux, les questions de THD, l’asymétrie des connexions et le besoin d’économie d’échelle, a scintillé de la vraie réflexion sur notre société.

À l’origine il s’agit d’utiliser la puissance de calcul des ordinateurs pour les process de conception 3D.  Les créateurs de la société Qarnot computing, ont eu l’idée brillante d’utiliser cette puissance pour récupérer la chaleur produite.

Ils définissent ainsi leur système :

« Q.rad [kyu rad], N : Radiateur électrique dont la source chaude est constituée de processeurs de calcul. Totalement silencieux, le dispositif reçoit ses instructions de calcul via le réseau Internet domestique. La chaleur dégagée par l’exécution des calculs permet de chauffer gratuitement et efficacement les habitations et locaux professionnels. Un système de régulation par thermostat permet d’adapter la puissance de calcul en fonction de la température souhaitée par les occupants. « 

L’introduction de la présentation a commencé par la diffusion d’une vidéo longue tirée d’une émission d’ARTE, futurmag. D’ordinaire je trouve le procédé anti pédagogique parce que trop long et ennuyeux.

Mais … quand le propos est intelligent, on écoute. J’ai été subjugué par les arguments, certainement parce que l’on évoquait le principe de l’innovation frugale. Ma passion pour le concept de bricolage s’est réveillée.

Bon … je ne vous parlerai pas du radiateur, objet technique. Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris les subtilités technologiques (consultez le site).

Par contre les principes évoqués qui convoquent l’innovation frugale et les concepts de Jérémy Rifkin sur la troisième révolution industrielle ne peuvent que stimuler la réflexion pédagogique.

Bon alors le lien avec les profs me direz vous ? Ce n’est qu’un nouvel avatar du radiateur même avec une once de data center.

Et bien si, j’y vois un lien fort (ou un signal faible si je braconne dans le répertoire du marketing).

Les collectivités locales (je reviens à mon atelier ch…) investissent à grand renforts d’euros dans des ordinateurs, des TBI, des tablettes. Les retours d’usage ne semblent pas être au rendez-vous. Le rapport investissement /usage ne produit pas un ratio satisfaisant d’après ce que j’ai compris. Le changement est-il trop rapide, les enseignants un peu trop réacs, les statuts inadaptés, la formation absente, les salaires pas assez élevés ? Nous aurons l’occasion de débattre de tout cela dans des billets futurs.

Et si le principe de l’innovation frugale était une piste à explorer dans les pratiques et usages pédagogiques ? Je ne donne pas des mauvaises idées aux financeurs, je m’adresse aux enseignants en leur proposant d’imaginer des solutions efficaces qui ne soient pas seulement la réponse à la course au toujours plus technologique. Ayons donc des idées et mutualisons les.

En filigrane je m’adresse aussi aux décideurs pour qu’ils intègrent les enseignants dans leurs réflexions (c’est ça aussi l’innovation frugale). Il nous faut mettre en application les belles idées présentes dans les débats.

Voilà quelques réflexions à chaud, il me reviendra de les approfondir cette année, de leur donner du coffre conceptuel.

En tout cas cette réflexion me conforte dans l’idée qu’il faut absolument suivre le e.billaut show de l’ami Jean-Michel (qui avait déjà réalisé un ITW de Qarnot computing) pour avoir une idée juste des tendances.

Pour prolonger cette réflexion lire Jeremy Rifkin

Ludovia – Monde virtuel et blog

2 Août

Travail qui me servira de base pour Ludovia 2010

Ludovia – Blog

2 Août

Un travail qui me servira de base pour Ludovia 2010. Le travail avec les blogs

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