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Organiser une classe virtuelle – Scénariser

28 Jan

L’article mis en image

Les organisateurs de cours en ligne bénéficient maintenant de la possibilité d’utiliser des classes virtuelles. Les avantages pédagogiques sont nombreux pour déployer ses cours :

  • Travailler à distance en mode synchrone ;
  • Partager des ressources pédagogiques à distance (diaporama, texte, image, son, vidéo, lien web) ;
  • Interagir sur les documents pour l’ensemble des participants ;
  • Dialoguer grâce à des canaux multiples (voix, chat) ;
  • Organiser le rythme des interventions grâce à la possibilité de lever la main, d’acquiescer, d’exprimer son désaccord sur un point etc ;
  • Enregistrer la séquence.

Je viens de décrire un ensemble de qualités mais en le formulant abruptement en effleurant les touches de mon clavier. Il me semble pourtant qu’il faut préciser ce qu’est réellement l’organisation d’une classe virtuelle, pour ne pas la résumer à un simple acte technologique de paramétrage. Ce premier point est effectivement nécessaire puisqu’il faut organiser par acte de gestion technique, la réunion (date et heure de la réunion, mode d’enregistrement, inscription des participants, envoi du message d’invitation, prévision d’un message de rappel …)

L’image ci-dessous nous donne un aperçu des aspects purement techniques; Il sont nécessaires mais ils ne sont qu’une étape.

classilio-parametrage

S’il fallait se contenter de l’aspect technique alors les enseignants pourraient se limiter à envoyer un mail indiquant la discipline, l’heure, la date et les étudiants concernés. On paramètre et l’affaire est entendue. Le cours réduit à un mode d’emploi technique de Moodle et Classilio.

Il faut le rappeler la technologie numérique en e-learning est au service de LA PEDAGOGIE. Une classe virtuelle doit permettre à un groupe d’étudiants d’apprendre, mais elle reste avant tout  une machine.

Continuons donc le propos avant ma digression. Après avoir paramétré le logiciel (il est indispensable que l’enseignant et les étudiants soient au même endroit en même temps et qu’ils s’accordent sur un sujet commun de travail).

L’enseignant doit préparer soigneusement sa classe virtuelle en faisant émerger la logique de son discours, son plan, la clarté de la méthode qui lui servira de fil rouge. Il faut donc, utilisons un terme central en e-learning, scénariser sa classe virtuelle.

Il faut commencer par un peu de technique, les étudiants savent-ils ce qu’est une classe virtuelle ? Par expérience je sais que ce n’est pas encore le cas. Il faut donc passer par un temps d’acculturation technologique et social. Il est bon d’expliquer quelques principes de base :

  • C’est un espace de socialisation donc il faut arriver à l’heure ;
  • Il faut apprendre à prendre la parole au moment opportun (lever la main, acquiescer ou dénéguer en réponse à une question …) ;
  • Se munir d’un micro casque pour ne pas polluer phoniquement la séance de travail ;
  • Gérer le champ visuel de sa webcam (qu’il soit professionnalisé) ;

Il faut ensuite que l’enseignant scénarise son cours. Mon propos n’est pas de dire que les enseignants ne scénarisent pas leurs cours mais d’affirmer que la scénarisation est autre dans un cadre instrumenté. Classilio permet de déposer des ressources pédagogiques diverses. L’acte de dépôt est classique, l’activation d’un bouton permet d’aller chercher la ressource sur son disque dur et de la rendre résidente sur le cours.

Tableau de bord classilio

Tableau de bord

L’enseignant qui conçoit sa classe virtuelle doit songer à insérer les documents dans l’ordre et la logique de son argumentation pédagogique d’un part et de nommer les fichiers déposer de façon claire (éviter les CP_1 et préférer cas pratique N°1). Nous sommes bien ici dans une logique de scénarisation de la classe virtuelle.

La scénarisation rendra forcément le propos fluide dans la phase synchrone distante, réduira la charge cognitive puisqu’il suffira de cliquer selon l’ordre établi en faisant apparaître la ressource ad hoc. Nous sommes donc bien dans une phase de préparation pensée dans l’objectif de rendre clair un cours à distance.

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Le deuxième point de cette analyse sur la scénarisation est la lecture de l’enregistrement dans un mode asynchrone. Les classes virtuelles peuvent être enregistrées, avantage évident pour les personnes absentes au cours et / ou celles qui voudraient écouter à nouveau le cours. La vidéo est un atout mais elle a des failles importantes. La première est qu’elle est linéaire, il faut l’écouter du début à la fin même si votre désir n’est d’en écouter que 15 minutes sur une durée de 1 heure. On peut bien sûr cliquer aléatoirement mais nous sommes dans des stratégies de bricolage peu intéressantes et confuses.

Si l’enseignant a scénarisé son cours correctement en intitulant  clairement les étapes, en les ordonnant selon le déroulement de l’enseignement on a créé ab initio un chapitrage des cours. De la sorte les étudiants pourront visionner le cours en intégralité ou en partie selon leurs besoins et / ou envies.

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Je voudrais terminer ce rapide billet, synthèse des analyses de mon travail, pour reprendre le titre provocant d’un article de Gérard Berry « L’ordinateur est complètement con« . Nous avons la chance de posséder des outils très puissants mais il ne faut pas qu’ils aient pour effet de créer des silos humains (ceux qui pensent les cours et ceux qui les mettent en musique informatique). J’entends trop souvent cette phrase « Tiens, tu peux me mettre cela en ligne ?« . Bien évidemment que je peux mettre en ligne mais pas à n’importe quelle condition. Mon métier c’est de faciliter la  création collective de sens. Cliquer sur un bouton, copier / coller un fichier, déposer un .pdf n’est absolument pas l’essence de mon métier.

Classilio couplé à Moodle nous donne au quotidien une belle leçon de scénarisation et de sens produits (pour rendre l’ordinateur moins con) mais surtout pour rendre les étudiants plus cultivés, plus en phase avec leur écosystème technologique.

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Concevoir des cours instrumentés, un exercice de mécanique sociale !

11 Juin

Mon métier ne cesse de me passionner car quelque soit le moment, les activités et l’humeur j’y puise matière à réflexion. Je travaille en ce moment sur la capacité à générer des modèles de cours en utilisant Moodle. J’ai commencé à structurer une analyse en formalisant mes réflexions dans le diaporama ci-dessous.

Il ressort de mes réflexions que la modélisation d’un cours avec Moodle pose deux grands types de problématiques :

  • Il faut prendre en compte la structure mécanique, rigide de Moodle. Un cours (dans sa phase de conception) est structuré de façon linéaire, il faut empiler les sections les unes au dessus des autres. Les sections correspondent aux briques élémentaires des cours et il reviendra aux enseignants de déterminer la nature de cette brique, on peut parler ici de granularité (forte, moyenne ou faible) ;
  • Il faut prendre en compte les besoins des enseignants qui souhaitent diffuser leurs cours. Dans ce cadre, la conception d’un cours doit répondre aux attentes des apprenants. Il faut toujours avoir en tête leur façon de penser, de circuler dans le cours. On n’apprend pas, on ne circule pas exclusivement de façon linéaire. Notre mode de pensée, de travail est hétérogène, nous allons du haut vers le bas, de la droite vers la gauche. Nous pouvons avoir besoin de gérer des ruptures en allant du cours vers le forum, du forum vers le glossaire, engager un aller retour du menu général vers un point spécifique d’une page. Au final la question est de comprendre quelles sont les attentes des apprenants et de saisir de quelle façon est structurée la machine.

L’enjeu de conception pour une équipe qui souhaite développer un cours sur Moodle consiste donc à gérer un outil conçu dans le mode linéaire pour aller vers un mode transversal. Nous retrouvons ici un principe de cinématique (transformer un mouvement en un autre). J’ai le sentiment que mes réflexions sont de l’ordre de la mécanique sociale. Je dois transformer un mouvement de conception linéaire en mouvement d’utilisation réticulaire.

Concevoir un cours instrumenté est un exercice de mécanique sociale

220px-Cam-disc-1_3D_animated traWikipédia (source)

 L’enjeu est certes de modéliser mais en rendant ledit modèle transférable aux utilisateurs / concepteurs, en concevant des modèles qui permettent aux enseignants de déposer leurs cours avec facilité et en concevant des cours ergonomiques qui simplifie le travail d’apprentissage.

La structure de conception linéaire de Moodle oblige à penser rigoureusement le modèle, la conception en carte mentale me semble tout indiquée dans ce cas.

Ce sont mes analyses, ma vision, il est possible que vous ne soyez pas d’accord, ce blog vous est ouvert pour argumenter.

La main et la pensée

6 Oct

« La commande politique et le processus de projet n’est pas chose aisée, car il exige des passeurs entre les acquis de la recherche et la traduction dans le réel » (Michel Lussault, 2001)

1.     Pourquoi utiliser des Légos©  dans une démarche de formation ?

Les démarches de formation, même lorsqu’elles sont instrumentées par le numérique, reposent très largement sur l’utilisation de stratégies et  d’arguments  oraux et écrits. Depuis la primaire nous avons été formatés pour apprendre et enseigner dans un schéma spatial très cadré – Un tableau, un bureau, « le boulot ». Les modalités d’apprentissage consistent largement à écouter une parole qui vient du sommet pour aller vers la base (le schéma transmissif) comme il est rappelé dans Petite poucette : «Jusqu’à ce matin compris, un enseignant dans sa classe ou son amphi, délivrait un savoir, qui en partie gisait dans ses livres. Il oralisait de l’écrit, une page source »  (Michel Serres, 2013)

 L’esprit est largement mobilisé au détriment du corps, dans ce système. L’usage des solutions numériques a probablement accentué cette dichotomie dans nos représentations. La supériorité de l’esprit, l’effacement du corps est le paradoxe que nous avons à gérer. La société hyper technologique dans laquelle nous baignons, tend à nier le corps dans les processus de conception. Il n’est qu’à voir les hiérarchies qui se créent dans les dispositifs de formation, en haut de la pyramide les élites : elles entrent dans les cercles du pouvoir par la voie de la pensée et du concept. La pyramide se rétrécissant, filtre après filtre on passe aux formations moins considérées (on ose le pudique formations à faibles flux) des sections technologiques, puis aux sections professionnelles. Plus la main est présente dans le processus de formation plus la déconsidération sociale est forte. Quel est le parent qui oserait dire fièrement en société mon fils passe un bac pro quand le reste de l’assistance parle de master, de HEC, d’ENA … ? Plus la main est présente moins le prestige est fort[1].

 La main et le processus industriel sont disqualifiés quand toute notre Humanité s’est construite sur l’artefact main / esprit (André Leroi-Gourhan, 1964), alors même que la personnalité se construit dans le jeux, (Donald Wood Winnicott, 1971)

 Dans le propos qui m’intéresse ici, je souhaite évidemment parler d’éducation mais … une éducation qui se veut (voudrait) industrialisée, ou qui pourrait l’être. Paradoxe évident qui renvoie à mon propos précédent, comment éviter la main quand on veut industrialiser ? Peut-on penser sans convoquer le corps ? Le lien entre le corps et l’esprit n’a peut être jamais été aussi fort quand tout nous pousse à le nier, en tout cas d’un point de vue symbolique (Jean-Paul Moiraud, 2014).

 La littérature scientifique foisonne de réflexions sur le lien entre la main et l’esprit. On peut recommander de lire notamment « l’éloge de la main » (Henri Focillon, 1934) et « Le geste et la parole » (André Leroi-Gourhan, 1964) et «Ce que sait la main , la culture de l’artisanat »  (Richard Sennett, 2010).

 Il y a un lien fort entre la main et l’esprit, nous sommes certainement en train de le découvrir à nouveau avec l’émergence des Fablab dans les Universités et les laboratoires de recherches. Il est nécessaire cependant de ne pas réduire cette modalité de pensée au seul domaine que l’on qualifie de « sciences dures ». Les sciences sociales se prêtent aussi à l’exercice.

 Les productions (qu’elles soient matérielles ou immatérielles) nécessitent de façon croissante une réflexion commune, un travail d’équipe, la part du coopératif et du collaboratif s’accroit. Nous exerçons notre activité dans les deux dimensions de la socialisation : l’espace social réel et les espaces numériques. Il ne s’agit plus de déterminer celui qui prime, puisqu’ils sont complémentaires, nous alternons à dose plus ou moins forte les usages sociaux dans l’un et l’autre.

 Je voudrais ici, rester dans la sphère du réel, de la socialisation en présentiel. Les discours sur la pédagogie et la recherche parlent à foison des besoins de coopérer et de collaborer. Il est cependant très difficile de passer du concept à la pratique et ce pour plusieurs raisons :

·      La culture individualiste qui règne à l’éducation nationale ;

·      La culture pyramidale qui est très ancrée dans les habitudes et qui développe plutôt une culture de l’opposition qu’une culture de la collaboration.

 D’ailleurs il est peut être utile de se poser au préalable la question de la nature de la collaboration entre individus ? Est ce toujours une valeur positive ? Peut-elle être négative ? Il est nécessaire de passer par le préalable réflexif  (Jean-Paul Moiraud, 2012) avant de se lancer dans une action.

2.     La main instrument de la collaboration, spatialiser la socialisation

L’introduction du numérique dans nos pratiques intellectuelles, dans nos rapports sociaux, dans notre travail nous a largement fait croire que le corps s’effaçait au profit de l’esprit. Nous vivons largement dans ce fantasme du tout dématérialisé. Combien de fois avons nous entendu des personnes défendre la suppression des amphithéâtres, la réduction des tailles des salles etc. Dans cette forme d’esprit, le réel s’oppose au virtuel, or … Je m’appuierais sur le principe qu’il n’y a pas de distinction entre le réel et le virtuel, thèse défendue dans « L’Être et l’écran » par  (Stéphane Vial, 2013). Nous exerçons notre vie dans l’un et l’autre de ces espaces sans distinction. Dans l’une et l’autre de ces dimensions, la main est présente et active.

 Relisons un passage de l’éloge de la main:

 «J’entreprends cet éloge de la main comme on remplit un devoir d’amitié. Au moment où je commence à l’écrire, je vois les miennes qui sollicitent mon esprit, qui l’entraînent. Elles sont là, ces compagnes inlassables, qui, pendant tant d’années, ont fait leur besogne, l’une maintenant en place le papier, l’autre multipliant sur la page blanche ces petits signes pressés, sombres et actifs. Par elles l’homme prend contact avec la dureté de la pensée. Elles dégagent le bloc. Elles lui imposent une forme, un contour et, dans l’écriture même, un style» (Henri Focillon, 1934)

 Il est en est de même du codeur, tel que le défini Milad Doueihi : « Après une longue absence, le corps fait donc irruption dans notre environnement numérique. » /…/ « On ne peut penser et écrire qu’assis (Gustave Flaubert). – Je te tiens nihiliste ! Être cul de plomb, voilà, par excellence, le péché, contre l’esprit ! Seules les pensées que l’on a en marchant vâlent quelque chose. » Iĺ semble que notre réalité numérique soit plutôt Nietzschéenne, mais au lieu de se promener dans la nature, on se balade dans les espaces urbains, investis par le numérique. C’est précisément ce mouvement continu vers la mobilité qui caractérise l’urbanisme virtuel au cœur de l’humanisme numérique » (Milad Doueihi, 2013)

 La main qui dialogue avec l’esprit voilà ici notre questionnement posé,  nous pouvons reprendre sa formule de Kant « La main est la fenêtre ouverte sur l’esprit  » Comment peut-on solliciter nos mains pour imaginer et concevoir des modalités d’apprentissage et d’enseignement ?

 Je ne souhaite pas que de la décantation de mes propos se transforme en un précipité constitué de l’anecdote d’une pièce de plastique danoise manipulée. J’aimerais voir émerger une méthode de réflexion qui mette en relation, des individus producteurs de sens dans une relation main – esprit, préfigurant un habitus de collaboration.

 « La technicité à deux pôles de nombreux vertébrés aboutissait chez les Anthropiens à la formation de deux couples fonctionnels (main-outil et face langage), faisant intervenir au premier rang la motricité de la main et de la face dans le modelage de la pensée en instruments d’action matérielle et en symboles sonores. L’émergence du symbole graphique à la fin du règne des Paléanthropes suppose  l’établissement de rapports nouveaux entre les deux pôles  opératoires, rapports exclusivement caractéristiques de l’humanité au sens étroit du terme, c’est-à-dire répondant à une pensée symbolisante, dans le mesure où nous en usons nous même » (Leroi-Gourhan, 1964)

3.     Instrumenter des Légos©  pour « solliciter l’esprit »

Ce sont des objets répandus que l’on peut facilement obtenir, parce que présents dans  notre système des objets. C’est un matériel didactique répandu, intégré dans notre environnement personnel :

·      Il peut produire du sens lorsqu’il est spatialisé par un geste pensé ;

·      Il s’inscrit dans la dimension du 3D et dialogue dans un système de correspondance avec d’autres objets complémentaires ;

·      Il permet de conserver des traces de ses constructions intellectuelles sans avoir recours au dessin (la photographie des agencements palliant le déficit de compétences graphiques).

 Le Légo©  instrumenté pourrait se résumer comme la trace de la spatialisation d’un processus de conceptualisation collaboratif.

4.     Organiser un atelier Légo©

Le terme atelier est ici entendu dans son sens historique plus que pour dénommer communément un lieu d’activité. L’atelier est le lieu d’exercice de l’artisan, celui dont la main est à l’origine du produit fini.

« Compte tenu de cette solidarité rituelle, Confucius et Platon croyaient tous deux que les artisans faisaient de bons citoyens. L’intelligence que l’artisan avait de la société s’enracinait dans l’expérience concrète, directe, des autres, plutôt que dans la rhétorique, des abstractions flottantes ou des passions temporaires » (Sennett, 2010)

 Utiliser des Légos© c’est aussi intégrer le jeu dans le schéma de réflexion collective. Le jeu est lié à l’expérience culturelle, c’est d’ailleurs ce qui est souligné dans « jeu et réalité » :

 « Selon moi, « jouer » conduit naturellement à l’expérience culturelle et même en constitue la fondation » (D.W Winnicott, 1971)

 Les Légos© sont dans l’imaginaire de chacun liés à la structure enfantine, ce qui d’une certaine façon, est déjà un pas pour se départir de ses a priori pour se concentrer sur la réflexion.

A.    L’intention pédagogique de l’atelier – « Un geste, un concept, une justification

Dans le discours ambiant les termes de coopération et de collaboration sont très utilisés. Il est fort probable qu’il y ait un delta important entre le déclaratif et les usages.

 Il convient tout d’abord de s’entendre sur la terminologie de ces deux concepts :

« On parlera de travail ou d’apprentissage coopératif quand chaque apprenant doit participer à un travail commun, en créant ensemble quelque chose, chacun produisant une part. Un leader (un chef de projet ou un responsable d’équipe) élabore le scénario, supervise l’ensemble du projet, collecte les différentes parties produites, et si nécessaire, régule les interactions sociales qui permettent les ajustements nécessaires à la coopération. Le résultat du travail est la somme  de toutes les parties réalisées. Les observations ont montré qu’un scénario coopératif pouvait marcher dans une classe et/ou à distance en utilisant les TIC, 1°, quand le professeur (ou le formateur, ou un responsable) a préalablement défini le produit attendu; 2°, quand le professeur est capable de gérer les groupes en prenant en compte les compétences individuelles; 3°, quand les apprenants se sentent impliqués

On parlera de travail ou d’apprentissage collaboratif quand les apprenants ont à résoudre un problème ou à élaborer ensemble une connaissance complexe. Il est alors impossible de définir à l’avance qui va faire quoi, combien de temps cela va prendre, quel résultat spécifique est attendu, etc. Chaque membre du groupe, impliqué dans un scénario collaboratif, doit s’engager, même s’il n’a aucune idée des coûts et/ou bénéfices qu’il en tirera pour lui. Il semble que cette stratégie fonctionne quand 1°, le groupe a des objectifs et/ou des besoins proches; 2°, le groupe partage des valeurs communes, même implicitement. L’histoire de l’Internet au CERN, l’histoire de Linux, l’histoire de l’encyclopédie libre Wikipedia peuvent être considérés comme des exemples de travail collaboratif. » (Hélène Godinet, 2007)

L’intention est de réunir des acteurs du monde de l’éducation en un même lieu pour les engager à collaborer sur un sujet donné. J’entends par là une collaboration réelle qui nous éloigne des principes de la « collaboration en silo[2] », Jean-Paul Moiraud, 2014

 Pendant le temps de l’atelier, les acteurs doivent utiliser les Légos© et leurs accessoires pour formaliser et spatialiser leurs principes.

B.    Les principes d’action

Le matériel didactique est déposé sur la table par le formateur – Un support papier servant de base pour la pose des Légo©  – Des Légos en quantité suffisante – Un carnet de note – Des stylos – Un appareil photo – Une table, des chaises.

 Les groupes de travail / réflexion sont constitués, si possible en les structurant dans un principe d’hétérogénéité fonctionnelle. Mon idéal de groupe serait une organisation constituée par des IGEN, des IPR, des IEN, des chefs d’établissement, des enseignants, des administratifs, des représentants du RESP (autres secteurs de la fonction publique). La véritable collaboration passe par une réflexion sur les enjeux croisés de la verticalité et de l’horizontalité. Dans l’idéal il serait  souhaitable que l’intuitus personae disparaisse temporairement. Le titre des individus peut être un facteur bloquant ou d’autocensure dans l’argumentation construite.

 Le sujet de réflexion est présenté au groupe.

 Les membres du groupe constitué doivent combiner le geste et le concept. Exemple si je pose deux Légos©  en face à face, je me mets en disposition de justifier mon choix et de lui donner un cadre conceptuel. Exemple dialoguent-ils ? Collaborent-ils ? Coopèrent-ils ? Sont-ils dans un rapport hiérarchique de type injonction ?

 L’atelier est par essence un lieu de collaboration, de débats et d’arbitrage entre les membres du groupe constitué.

5.     Un sujet de réflexion possible

L’espace de formation instrumenté – Dans deux espaces parallèles représenter la salle de cours de type frontal et la salle qui intègre les solutions numériques.

A.    Spatialiser sa pensée

À partir des plans de masse d’une école, d’un collège représentés sur une photocopie A3 posée sur une table au minimum) placez les Légos©. Il s’agira d’imaginer les interactions qui s’établissent entre les machines, [éviter les machins] (Baudrillard, 1968) et les acteurs des dispositifs de formation. Chaque acteur qui pose un Légo© sur l’espace dédié doit justifier son choix en mobilisant des structures conceptuelles. Il est loisible d’utiliser la photocopie pour écrire et poser des verbes d’action, des idées. Le plan de masse annoter constituera une trace utile d’activité (voir image ci-dessous)

Rappelons que le travail doit être de type collaboratif réel et déboucher sur une proposition collective négociée et argumentée.

B.    Rédiger l’acte de collaboration

Rédiger de façon collaborative les propositions, les appuyer par des ressources graphiques en photographiant les productions spatialisées. Il convient que le groupe à l’appui des discussions et des arbitrages rédige une synthèse du projet négocié. Il sera ainsi, a posteriori, de revenir aux débats, de les analyser, de les reproduire. La trace est indispensable dans un dispositif de formation.

C.    Conserver des traces photographiques

Les participants sont invités à photographier leurs constructions intellectuelles pour être en capacité de déborder le temps de la formation. Il sera ainsi loisible d’y revenir a posteriori, de reproduire la scène, de reproduire le schéma de pensée. Les Légos© permettent de lever l’obstacle de la représentation graphique qui nécessite des compétences particulières. Les personnages Légos© sont déjà des représentations 3D, on peut aussi les accessoiriser au sein de scènes signifiantes[3].

D.    Conserver des traces écrites

Le travail collaboratif (le réel pas le déclaré) doit déboucher sur une production écrite. Les formes peuvent être polymorphes :

·      Une synthèse des discussions ;

·      La somme des annotations déposées sur le support papier (voir E) ;

·      Un mémo a posteriori rédigé de façon plus formelle ;

·      Une carte mentale.

Quelques exemples possibles de réalisations

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7. Bibliographie
Baudrillard, J. (1968). Le système des objets (éd. Tel). (Gallimard, Éd.)

Doueihi, M. (2013). Pour un humanisme numérique.

Focillon, H. (1934). L’éloge de la main. (L. c. sociales, Éd.) Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Godinet, H. (2007). Le Campus numérique FORSE : analyses et témoignages. (PURF, Éd.)

Jacques Wallet (sous la direction de). (2002). Le campus numérique Forse, analyses et témoignages. (PURF, Éd.)

Leroi-Gourhan, A. (1964). Le geste et la parole. (A. Michel, Éd.)

Lussault, M. (2001). L’urbanisme de la chronotopie. Le grand Lyon – Les cahiers millennaire 3.

Michel Serres. (2013). Petite poucette (éd. La pomme).

Moiraud, J. (2012). Collaboration, coopération, analyse des principes. Blog.

Moiraud, J.-P. (2014). De l’utopie de la négation du corps au geste tactile, un pas vers l’école du futur ? (Blog, Éd.)

Sennett, R. (2010). Ce que sait la main . La culture de l’artisanat . Albin Michel.

Tallis, R. (2003). The hand : A philosophical inquiry in human being. Edimburg University press.

Vial, S. (2013). L’être et l’écran. (PUF, Éd.)

Winnicott, D. W. (1971). Jeu et réalité. Folio essais.

***
[1] NDLR – J’exclue de mon propos les métiers d ‘art, producteurs de plasticités élégantes valorisées qui répondent à une autre logique de perception.
[2] La salle de co-working un espace signifié et signifiant pour construire des savoirs
https://moiraudjp.wordpress.com/2014/08/21/la-salle-de-co-working-un-espace-signifie-et-signifiant-pour-construire-des-savoirs/. [« La « collaboration en silo » consiste à travailler uniquement en groupe de pairs (les profs avec les profs, les administratifs avec les administratifs, les ingénieurs pédagogiques avec les ingénieurs pédagogiques…) . Il est important d’unir les réflexions de personnes de services, de formation, de grades différents faute de quoi la collaboration est conçue sur la base de codes  et de culture communs (c’est contreproductif) »]
[3] Représentations graphiques – https://plus.google.com/photos/105162871257607734244/albums/5599936123975354465

Check list professeur pour enseigner dans un monde virtuel

13 Juil

Partie 2 du module la check list pour les enseignants

Mondes virtuels – Scénarisation

8 Avr

Je commence à accumuler un matériel d’analyse dense. Dans mon cas toutes les expériences de réunions en monde virtuel sont une méthode de  conception dans l’usage.

Il faut commencer à en tirer des conclusions intermédiaires. La première est une tentative de schématisation en forme de prospective. J’ai repris les travaux menés avec Hélène Godinet pendant ma période INRP (2006 – 2009). J’ai repris les réflexions sur les blogs en les adaptant de façon plus large aux environnements numériques. Je pense que l’enseignant qui est dans l’usage doit à un moment donné prendre du recul et formaliser ses activités. Ne pas le faire, me semble t-il, nous condamne à recommencer à l’infini l’expérience de bricolage.

Voici une première tentative de schématisation

L’aspect formalisation me pose problème pour l’instant, je suis dans l’incapacité de dire s’il faut le gérer de façon informelle (rédaction, carte heuristique, schéma) et laisser le choix au scénariste ou entrer dans un cadre défini strictement. (fiche primtice, logicial ad hoc) L’objectif est d’être en capacité de transférer une expérience de façon efficace. Cette posture pragmatique risque de heurter les puristes mais ce qui m’importe est notre capacité à transmettre, partager, mutualiser.


Scénario monde virtuel

3 Mar

Ci-dessous une proposition de scénario pour l’utilisation d’un monde virtuel dans un dispositif d’apprentissage. Ce scénario n’est en rien prescriptif, il est le résultat d’une analyse et d’une pratique avec des étudiants. Ce scénario est susceptible d’évoluer avec l’expérience accumulée.

Lire la suite

Scénario pédagogique

11 Oct

Une tentative de formalisatio de scénario pédagogique. L’utilisation d’un espace numérique pour collaborer avec ses étudiants, travailler dans et hors la classe.

scenario-blog à télécharger

Pédagogie embarquée

28 Juin

Utiliser un blog en cours c’est se donner les moyens de développer une pédagogie différente mais… Il serait vain et probablement faux de penser que les nouvelles technologies affranchissent de toutes contraintes. Un enseignant est tenu d’appliquer les programmes nationaux, est tenu par la définition des dix compétences. C’est dans ce cadre que la pédagogie embarquée peut s’exprimer.

Les nouvelles technologies permettent de définir de nouveaux scénarios pédagogiques organisés autour d’ un maillage dynamique d’acteurs créant des ressources dans un contexte déterminé.

Dans ce scénario les fonctionnalités des outils sont nomades, on utilise les potentialités des outils pour leur donner une fonction pédagogique et exacerber leurs capacités multimodales (texte, image, son, vidéo).

par exemple la plateforme du web pédagogique est un exemple de ce propos :

* Un outil immatériel léger, mobile qui intègre des potentialités texte, image, son et vidéo ;
* un outil qui permet de créer des ressources ;
* un outil ubiquitaire ;
* un outil gratuit ;

On peut accroître cette dynamique en utilisant divers outils nomades (matériels) du quotidien, illustrés ci-dessous en images

Ces périphériques permettent aux élèves et aux enseignants de transporter, créer, modifier, mettre en ligne les ressources.

Creative Commons License photo credit: mac_filko

Lecteur MP3

Creative Commons License photo credit: Niklas

Cédérom

Creative Commons License photo credit: Marcin Wichary

Ordinateur portable

Creative Commons License photo credit: bepat

Téléphone portable

Propositions de mise en situation du scénario blog

27 Juin

Quelques exemples de situations d’enseignement dans lesquelles le scénario blog peut être utilisé utilement. Réponses à des injonctions officielles.

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  • collaboration et co-construction entre professeurs et élèves
  • gestion d’un enseignement multimodal en classe (utilisation de la vidéo en situation de classe, utilisation du podcast)
  • individualisation de l’enseignement
  • Enseignement palliatif (enfants malades, enfants handicapés, sportifs de haut niveau)
  • formation de formateurs, distante et collaborative
  • gestion de l’hétérogénéité des publics en classe (formation initiale, continue, alternance, VAE) exemple le cadre du lycée des métiers : « Des pédagogies innovantes permettant le mixage des publics en formation seront expérimentées dans l’objectif d’une qualification pour tous » – Fiche action.
  • gestion des situations de stage sur le territoire français et a fortiori hors le territoire. Les référentiels de nombreuses formations fixent des périodes de stage
  • relation entre deux classes dans un enseignement de langue. gestion des compétences pour le CECRL

Il est par ailleurs possible de mixer les contraintes :

  • gestion de l’enseignement des langues dans le cadre d’un enseignement de langues pour des élèves / étudiants en alternance
  • gestion des langues pour des enfants malades
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