web, apprentissage et architecture scolaire

28 Nov

« L’enjeu ne se résume plus « mettre plus de numérique dans les politiques publiques », mais bien « concevoir autrement, des politiques publiques différentes » – la 27ème région

Dans un précédent billet je me posais la question suivante, en forme de provocation – « les salles d’informatiques sont-elles mortes ?  » . Je vais poursuivre cette réflexion. Quoiqu’en dise la recherche l’outil est incontournable (je suis par ailleurs convaincu qu’il faut analyser la fonctionnalité de l’artefact)

Mon travail d’enseignant de terrain intègre  la dimension numérique mais j’ai le sentiment que je suis encore largement dans le concept et pas suffisamment dans l’usage. Aveu d’échec à peine dissimulé ? Certainement pas mais une interrogation forte sur l’aspect global des apprentissages à connotation numérique et une interpellation sur la question de l’architecture scolaire.

Je pense être à un stade de ma carrière ou je suis en capacité de formaliser, de conceptualiser mes pratiques. J’ai produit des scénarios, j’essaye de les expliquer, de les mutualiser auprès de communautés de pratique (j’ai même participé à l’acte de recherche)  mais …

Paradoxalement j’ai le sentiment de revenir à des préoccupations de début de carrière, gérer des problèmes techniques. Alors que les formalisations didactique et pédagogique se précisent, je lutte au quotidien  pour orchestrer mes outils. Je me retrouve vingt ans en arrière au moment ou la question de la gestion du tableau pendant une heure de cours me donnait des sueurs.

Suis je entrain de régresser, ou le paradigme d’apprentissage s’est-il modifié ?

Concevoir une séance de cours nécessite de prévoir une infrastructure technique lourde et je dois l’avouer parfois je baisse les bras et je renonce à mettre en œuvre des scénarios longuement construits parce que la pesanteur technique m’y pousse. Et pourtant … mon établissement est largement doté de vidéoprojecteurs et salle d’informatique.

Alors caprice d’enfant gâté ? Je ne le pense pas, s’il m’arrive de renoncer c’est qu’en construisant d’autres alternatives pédagogiques j’ai complexifié le processus. L’environnement structurel ne me propose qu’une solution centrée sur l’aspect technologique, fournir des vidéoprojecteurs, des salles infos, des TBI). L’outil n’est pas pensé dans son environnement.

J’ai le sentiment, à l’aune de ma pratique, que l’achat d’équipement ne peut se concevoir, pour être efficace, qu’en les pensant dans leur configuration architecturale. Quel est le sens de la salle informatique dans un univers d’informatique nomade ? L’informatique ne se conçoit plus uniquement comme un exercice indépendant demandant le transport sur site dédié.  Ne faut-il pas repenser la classe, une classe 2.0 ?

Une question large, qui me fait comprendre au quotidien que mon établissement a été conçu dans un temps pré numérique, organisé sur des schémas d’une informatique pédagogique balbutiante. Aujourd’hui il est résolument inscrit dans un temps du web 2.0, de l’informatique nomade, de l’ordinateur portable, de l’Iphone … La pédagogie qui veut se marier avec l’informatique et les réseaux numériques c’est mettre dans le panier de la future épouse une réflexion sur la conception des locaux, qu’est ce qu’un mur en 2009 ?

En attendant cette réflexion (mais certainement existe t-elle), pour construire un cours, je conçois à la maison, je réserve préalablement un vidéo projecteur, j’arrive 40 minutes avant le début du cours, je monte trois étages arnaché de mon cartable, de mon portable, de la housse du vidéo, j’installe, je sors mon cable RJ 45, ma rallonge, je préviens les élèves de ne pas se prendre les pieds dans les câbles pour ne rien casser et enfin j’enseigne, à ce moment je suis heureux, je n’ai pas renoncé 🙂

Lorsque l’on jette une bouteille à la mer, c’est que l’on a la certitude que quelqu’un va lire le message, y répondre.

Bien le bonjour de mon île 2.0

Rentrée 2010 – Je fais évoluer mon cours

Robinson 2.0

11 Réponses to “web, apprentissage et architecture scolaire”

  1. Pierre Poulin 28 novembre, 2009 à 4:01 #

    Bonjour !
    Cette classe existe à Montréal : l’icl@sse 321 ! Elle a été inaugurée en septembre 2009 et lutte hardemment pour sa survie 🙂 Visitez notre site et celui de mon collègue l’Hypercl@sse.

    • Jean-Paul Moiraud 28 novembre, 2009 à 4:19 #

      Bonjour Pierre,

      Heureux les collègues de la belle province, pays de Mario et des nombreux blogueurs. Je vais de suite chercher sur mon moteur de recherche l’icl@sse 321 et regarder votre travail

      Bien à vous

      Jean-Paul Moiraud

  2. B. Majour 28 novembre, 2009 à 6:02 #

    Qu’est ce qu’un mur en 2009 ?

    Une intéressante question.

    Un mur en 2009, c’est ce qui empêche de communiquer avec sa communauté.
    Communauté scolaire, communauté d’étudiants, communautés autres.

    Ce peut-être un mur technique, un mur de communication, ou un mur physique (transport en commun absent ou défaillant, impossibilité de se réunir, ou un mur réel : une porte fermée)

    La classe ne représente jamais qu’une commodité de fonctionnement, où on espère un cours avec une transmission de savoir optimale. On peut très bien enseigner dans un café (ou au moins tenter l’expérience 🙂 ), en pleine rue, durant une visite, ou sur un bord de plage.
    Si la matière s’y prête, tout reste possible.

    Le mur peut-être encore monétaire, fournir à tous ses étudiants un ipod (un ipod pour deux, ou trois, ou…) peur se révéler onéreux.
    Leur ouvrir l’accès à des ressources sur Internet ou leur offrir une clé USB, tout cela suppose que chacun détient le bon outil pour accéder à ces données. Bon outil et capacité à le/les manipuler correctement, à en avoir le bon usage.

    L’usage d’un cours ne paraît pas évident a priori, surtout quand on sait comment et combien différemment chacun se l’approprie.

    Préparer son cours peut sembler plus difficile, ou plus angoissant, parce qu’on compte de plus en plus sur la technique. Et que, dès la moindre défaillance technique, le cours n’est plus assuré dans les conditions optimales. L’ordinateur qui flanche, la connexion Internet impossible, le Powerpoint qui refuse de se lancer ou qui est sur la clé USB à la maison, la lampe du vidéo projecteur qui grille… un email destiné à un élève qui se perd.

    Chaque maillon de la chaîne technique affaiblit toute la chaîne.
    Et ça ne m’étonne pas que vous ressentiez les mêmes difficultés qu’en début de carrière. Ce moment où on se dit : comment tenir une heure de cours, ou une journée de formation. Comment gérer une coupure de courant, une panne technique, longue.

    Le mur de la technique s’est élevé… au point de nous séparer des élèves ?
    De nous mettre dans l’incapacité d’assurer la transmission du savoir, ou à défaut l’échange permettant cette transmission, lorsque que cette technicité tombe en défaut ?

    Or, dans une formation, ou un cours, ne partageons-nous pas autre chose que cette dépendance à la technologie, ou même que le cours proprement dit ?

    Une communauté 2.0 ne partage pas qu’une seule niche, qu’un seul atome crochu.
    C’est une jointure d’intérêts, qui provoque une émulsion, un jaillissement d’envies.
    L’envie d’en faire partie, l’envie d’en savoir plus et d’aller plus loin ensemble.

    Dans ces deux envies, la technique n’est qu’un moyen pratique pour y arriver.

    Si je me retourne sur mes propres études, jamais je n’ai eu l’impression de contribuer à quelque chose. En tant que formateur si, mais en tant qu’étudiant non. Sauf peut-être les fois où le prof débordait sur d’autres sujets que son cours pur et dur, sur cette nébuleuse qui entoure le cours. Cette galaxie 2.0 des collisions d’intérêts, et de vie, et d’échanges.

    Une classe 2.0, bâtie sur cette conception, j’en rêverais !

    Bien cordialement
    B. Majour

    • Jean-Paul Moiraud 28 novembre, 2009 à 6:17 #

      Merci pour cette excellente contribution 🙂

      Bien à vous

      jpm

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