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La méthode de recherche, une nouvelle compétence ?

29 août

Je reviens de la session Ludovia 2015 et comme l‘année dernière j’ai choisi d’assister aux tables rondes qui traitaient du rôle des collectivités locales. Ce n’est évidemment pas le thème le plus enthousiasmant en terme d’affichage (je l’avais déjà souligné). Il aurait été plus distrayant de regarder les dernières innovations, les derniers usages instrumentés, par la dernière solution à la mode. Mais … Je préfère depuis longtemps la vision méta de mon métier à la vision micro. L’éducation est éminemment une question politique (la polis) où il s’agit de penser un mode d’organisation et ses possibles évolutions.

Il était donc question de l’introduction du numérique dans les établissements (école, collège, lycée, université). Un sujet d’une très grande complexité, tant au niveau conceptuel, qu’organisationnel.

C’est ce dernier point que je souhaite développer dans ce billet.

Dans cette réflexion nous avons deux pôles principaux, d’un côté les collectivités, en charge de financer les infrastructures numériques, de l’autre, les enseignants qui doivent instrumenter leurs enseignements.

Présentées comme cela les choses sont simples mais la réalité me semble être plus complexe car entre les deux pôles, le courant conducteur passe par une chaîne d’une rare complexité.

Si je simplifie à l’extrême le modèle, nous avons d’un côté un enseignant dans sa classe face à ses élèves. Fort des solutions qui lui sont proposées, des directives qui l’invitent à intégrer le numérique dans ses pratiques, il va tenter de les modifier mais c’est souvent seul (ou réduit à l’équipe locale). Je reste persuadé que l’enseignement participe encore largement d’un exercice solitaire, un métier où l’on a pas ou peu la culture du partage et de la mutualisation. Ce n’est pas parce que l’on répète à l’envi qu’il faut collaborer et coopérer  que c’est une vérité. Je viens de lire un article de Philippe. Meirieu (Entretien  accordé  par  Philippe  Meirieu  au  journal  Le  Monde dans  le  cadre  du  dossier  paru  dans  le  numéro  du  vendredi  28  janvier 2015, :  «L’innovation,  c’est  classe» – «La cohérence  pédagogique  ne  peut  être  décrétée,  elle  doit  s’élaborer  sur  la  durée»)

qui me conforte dans cette idée. Je me permets d’en citer un passage :

« il  faut  bien  garder  en  tête  que  les  enseignants  parlent  très  peu  de  leurs  pratiques  pédagogiques  entre  eux;  la  plupart  des concertations  sont  essentiellement  «institutionnelles»  et  portent  sur  des  problèmes  d’organisation.  Le  face-­à-face  pédagogique  reste  du  domaine  privé  dans  l’imaginaire  collectif  enseignant  :  on  ne  dévoile  ni  ses  problèmes  ni  ses  solutions  aux collègues.  L’enseignement  est  un  des  métiers  où  la  mutualisation  est  la  plus  faible… Et  cela  constitue  une  entrave  considérable  à  la  véritable  innovation. » Le Monde 2015

 De l’autre côté nous avons les collectivités locales et l’État en charge de déployer le numérique. L’institution à la culture de la concertation, elle est ancrée, car les enjeux sont de taille, ils se chiffrent en millions d’euros d’argent public.

À l’écoute des différentes tables rondes j’ai découvert un empilement de structures et de services qui se concertent pour œuvrer au développement du projet numérique.

j’ai essayé de lister les organismes et services impliqués

Communes, conseils départemental, Région, communautés de communes, COPIL de projets, SDET, DNE, ADF, ARF, CNFPT, ANDVE, inspections disciplinaires, comités d’appels à projets, DANE, CARDIE, Canope, projet d’établissement, projet académique … j’en oublie surement. Je dois bien avouer qu’il me faudrait un temps assez long pour cartographier cette multitude. Ce qui m’inquiète c’est que la logique de mon métier voudrait que je connaisse parfaitement cette organisation.

Je ne doute pas de l’efficacité du système mais les enseignants sont en bout de chaîne et un peu isolés. Je me demande quel est celui qui maîtrise parfaitement la complexité de cette chaîne de décision ? Les expérimentations qui sont engagées nécessitent de passer du stade micro (établissement) au stade macro (multi-établissements). Il a été dit dans les débats que l’expérimentation est souvent un « One shot » or l’objectif est de « généraliser » ou de tenter de …

Comment faire alors pour concilier une organisation très structurée qui sait se concerter, qui impulse une politique numérique avec les usages des enseignants beaucoup plus atomisés ?

L’intérêt des expérimentations est bien de tester, d’observer et d’en tirer le bilan à fin de diffusions aux cohortes suivantes.

Je vois ici émerger une compétence, celle de la prise de recul réflexif. Il me paraît difficile de s’engager dans le développement d’usages numériques dits innovants et de rester uniquement dans le faire, sur une base locale. L’analyse sur retour d’expérience est centrale. Je vais être provocateur mais j’ai du mal à comprendre que les collectivités locales n’exigent pas des retours d’expériences circonstanciés. J’imagine que le tabou de la partition entre  compétence pédagogique et compétence d’équipement est plus forte que le bon sens.

Plusieurs pistes sont à explorer :

  • Former les jeunes enseignants dans les espé à la méthode de recherche pour les préparer à analyser les évolutions de leur métier ;
  • Prévoir un temps de formation pour les enseignants impliqués dans les expérimentations ;
  • Demander aux enseignants engagés dans les expérimentations de fournir des bilans « d’expé« 
  • Associer plus fortement les enseignants aux logiques projets ;

Je ne propose pas ici d’ajouter du travail au travail mais d’inscrire la logique d’analyse comme un élément majeur des expérimentations, formalisé dans un contrat cadre avec obligation de résultat. Tout travail méritant rémunération, on pourrait imaginer (sans gréver fortement les budgets) de rémunérer ce travail d’analyse nécessaire pour passer du local au global.

L’enjeu est de créer une connexion entre l’impulsion de politiques locales et les usages des enseignants. Donner des éléments de méthode de recherche pourrait être, me semble t-il, un élément de réponse fort.

Je propose ici des pistes, je sais que l’on va probablement me répondre que les lieux de concertations existent mais je persiste à penser que le cloisonnement est prégnant et bloquant dans la grande chaîne de décisions. Le laboratoire Techné de Poitiers semble être un début de réponse à mon questionnement puisque la recherche est impliquée dans le déploiement des expériences. Je pense ici aussi aux Savanturiers de François Taddéi, si l’on peut associer les enfants à la recherche, il doit être possible d’en faire autant avec les enseignants – Voir l’interview de François Taddei sur Nipedu

Post scriptum : Je me pose une question d’ordre politique. Pendant combien de temps les collectivités locales vont-elles continuer à financer des projets sans pouvoir obtenir des retours sur les usages ?

Mon blog est ouvert pour engager le débat, je suis même prêt à venir en débattre sur site.

Collaboration et outils numériques

20 août

En avançant dans mes observations sur le numérique, j’essaye de  prendre plus de distance sur la façon dont on instrumente les terminaux de réception. Ils participent à une nouvelle façon de travailler, notamment par collaboration. Je tiens à préciser que la collaboration n’est pas la conséquence de l’introduction d’une machine mais bien le fruit d’une envie, d’une scénarisation, d’une connaissance des enjeux, des potentiels de la collaboration.

Lorsque l’on est situé dans un espace physique équipé de matériel numérique je me demande si l’équation un ordinateur (quelque soit sa forme) un apprenant est systématiquement pertinente, notamment pour une première approche. Nous avons tendance à vouloir systématiquement équiper les apprenants d’un ordinateur. L’équation un apprenant / un ordinateur a du sens mais pas dans toutes les situations me semble t-il.

Les tables tactiles me semblent être un outil qui présente des fonctionnalités intéressantes. Elles favorisent une approche plus collaborative car elles engagent à la fois le corps et l’esprit :

Le corps, parce ce que l’on peut  interagir collectivement sur l’écran, se déplacer autour de la table ;

L’esprit car le geste s’accompagne d’un prise de parole. Celui qui active l’écran de la table s’oblige à expliquer ce qu’il fait, la logique de son raisonnement.

Il va de soi que les scénarios construits doivent intégrer cette dimension de la collaboration, que les enseignants expliquent à leurs élèves les modalités d’action. Nous retombons ici sur des problématiques que j’ai déjà évoquées i.e la place de la voix, l’agencement des salles de cours.

il sera intéressant de suivre l’activité du blog de tactileo. En attendant j’ai tenté de formliser en images mes propos.

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Mobilité Vs immobilité

15 août

Billet en rapport Billet en rapport

Everywhere and anywhere, l’expression anglo saxonne décrit assez bien la façon dont on accède actuellement à l’espace informationnel numérisé. Nous pouvons saisir l’information en tout temps et en tout lieu. Ordinateur fixe, ordinateur portable, smartphone, tablette, apple watch ( à quand les implants humains ? )  sont devenus des prolongements de notre moi. Tout est consultable jusqu’à satiété. Dans ce contexte, je me pose la question suivante : Faut-il être obligatoirement en mouvement pour accéder aux données ?

Cette interrogation  m’a amené, depuis quelques temps, à lire ce que se dit sur la smart city. Ce concept fait émerger  l’idée que la physiologie du citoyen moderne serait constituée par un circuit vital supplémentaire. Il  alimenterait l’organisme en un flux d’informations constituées par un ADN à base de 0 et de 1.  Dans la smart city le citoyen, gorgé d’informations, est structurellement mobile. Il prend des transports doux et durables lors de ses déplacements, son sens de l’orientation est inféodé aux données transmises par le GPS. Son chauffage est régulé à distance par un add’on de son smartphone, il renonce à s’ennuyer dans les transports en commun car il peut grâce à la xG lire, regarder la télévision en temps réel ou en replay, twitter, dialoguer sur les réseaux sociaux … On le veut intelligent et mobile, c’est dit, c’est répété.

Je ne m’inscris pas en faux contre cette vision car elle est en partie ma vie mais … Pourquoi toujours envisager le citoyen de la smart city comme un être en mouvement, une forme de fourmi civilisée, industrieuse, productive, renonçant au temps de pause, à la revendication de l’immobilité féconde. Suis-je moins smart en aimant parfois, (souvent) l’immobilité ?

L’homo numericus , dans la vision des concepteurs, est en mouvement perpétuel, stimulé par cette irrigation informationnelle organique. Le citoyen connecté est celui qui bouge, qui se déplace. Plus il est connecté, plus il se déplace, plus il se déplace, plus il se connecte.

Je crains que dans ces scénarios technophiles, on ne voit émerger des analyses où les temps  et lieux d’apprentissage soient ceux des temps et lieux intersticiels, ceux des déplacements, des temps d’attentes dans le gares … Le saint graal de l’homme pressé, du temps compté, séquencé en mode ROI, en temps utile. Le temps non identifié et le lieu non connecté sont anxiogènes.

La mobilité a du sens, elle est utile, je l’aime mais à la condition de l’analyser aussi au regard des bienfaits et des vertus de l’immobilité, du temps long, du temps non compté. Être mobile c’est avoir compris les charmes de l’immobilité.

Il me semble que la smart city doit être aussi l’agrégation des smart house, des smart school (j’ose ces expressions). Il faut imaginer ces lieux ou l’on pourrait prendre des temps de pause (l’emploi du temps des apprenants affichant une case intitulée RIEN serait séduisant), revendiquer l’immobilité active et passive, voire le temps de paresse 2.0. Il faudrait songer à penser à nouveau l’éloge de la paresse 2.0 version modernisée de l’ouvrage éponyme.

L’intelligence, si elle est celle du corps en mouvement, doit aussi être celle du corps au repos, peut être du corps alangui, en tout cas celle de l’esprit qui  navigue sans convoquer systématiquement le corps.

Allongé sur mon canapé, je remercie à distance Mona Chollet et le directeur du Tuba de Lyon qui ont, sans le savoir,  stimulé mes réflexions casanières.

 » Chez soi, une odysée de l’espace domestique ».  Mona Chollet, zones éditions

Tuba Lyon le site 

Lectorat

13 août

Je tiens des chroniques dans ce blog depuis une dizaine d’années.même si je consacre l’essentiel du temps à tenter de produire du sens, je regarde aussi les statistiques. Le lectorat s’est fidélisé avec le temps, de nombreuses personnes sont abonnées. Ce qui me surprend particulièrement c’est l’origine gégraphique des lecteurs. Les  français et  francophones (Algérie, Belgique, Canada, Maroc, Tunisie  …) mais … Il y a aussi des lecteurs fidèles de pays non francophones notamment les USA.

Mon traceur me donne des indications mais elles ne sont que partielles. Si vous me lisez épisodiquement ou régulièrement mes billets, si vous êtes situés hors de France, j’aimerais bien avoir des retours de votre part. Pourquoi lisez vous ce blog, dans quel cadre, qu’en retirez vous ?

N’hésitez pas à utiliser le formulaire contact du blog ou les commentaires. Si les réponses sont au rendez-vous je rédigerai un billet de synthèse

Amis virtuels du bout du monde recevez mes amitiés

Espace personnel et bricolage

22 juil

Billet en rapport

En complément de mon dernier billet (juillet 2015) je souhaite préciser mes intentions au regard de l’analyse sur l’espace privé de formation (nous dirons par simplification le domicile).

Je disais : « Il conviendra donc  de construire et de définir  l’espace de travail personnel. Là où l’on imagine une forme de liberté, peut se cacher une forme de servitude – La servitude technologique« 

Le domicile est un lieu d’une grande complexité et cela pour au moins deux raisons essentielles :

  • Les appartements, les maisons ne sont pas (ou peu) adaptés aux besoins des utilisateurs. On peut lister quelques éléments qui expliquent cette inadaptation :
    • L’ancienneté des maisons et / ou l’inadaptation technologique des lieux
    • Les dimensions des « domiciles ». Le pourcentage de personnes vivant en milieu urbain ne cesse de s’accroître. La pression urbaine augmente le coût d’investissement, le prix du M2 pour les propriétaires augmente, les loyers pour les locataires augmentent aussi. Les arbitrages financiers tendent à revoir à la baisse la surface habitable. Dans ces conditions il y a une pensée pour la salle de séjour, la cuisine, les chambres mais très peu pour le bureau et / ou le lieu de télétravail ;
    • La situation géographique du domicile et une forme de loterie en matière de connexion. Ce n’est pas la possibilité de se connecter qu’il faut prendre en compte mais bien le type de connexion qui est distribué sur le lieu. La France est loin d’être équipée harmonieusement en THD ;
    • La présence de masses de fer dans les appartements qui nuisent aux connexions, les appartements à étage qui réduisent l’efficacité du wifi, le faible équipement en prises électriques, l’absence de branchement pour les courants faibles, la mauvaise insonorisation, le passage aléatoire des débits 3G, 4G, l’absence de branchements collectifs dans les résidences et la nécessaire décision de la copropriété … ;
    • Les constructeurs de résidence ont-ils à ce jour intégré totalement le champ des possibles en matière de télétravail ? Je profite de ce développement pour solliciter à distance les constructeurs qui pourraient me lire pour engager le débat. Par défaut au regard de mes recherches, je constate que les livrables immobiliers pour les particuliers sont conçus plutôt pour l’ancienne économie.
  • Le facteur humain est l’autre dimension du problème. Isolé dans son espace privé on se prive de l’aide du technicien « corporate« . Il faut ici s’en remettre à des considérations intuitus personae. Chaque individu aura un bagage technologique spécifique qui conditionnera largement l’efficacité de son système technologique. C’est ici que je convoquerais à nouveau le concept de bricolage, eu égard aux éléments listés ci-dessus. Ne pouvant compter que sur eux mêmes, l’enseignant et l’apprenant doivent développer des stratégies pour entre dans la sphère du « faire ». Ce sont ces nécessaires bricolages qui feront la différence. Une différence qui peut être vertueuse en accédant à la connectivité ou alors vicieuse au sens ou elle peut avoir des conséquences néfastes. Je pense ici aux branchements sauvages rendus nécessaires par la multiplication des objets électriques (imprimantes, smartphone, box, téléphone fixe, tablettes, NAS, serveurs, ventilateurs, CPL, spot wifi …). J’imagine que l’utilisateur lambda ne se pose pas systématiquement la question de la sécurité électrique, elle est pourtant fondamentale (risque de surchauffe par branchements nombreux sur la multiprise, risque de rupture par la foudre, danger des câbles qui circulent anarchiquement, appartement surchauffé l’été qui peut entraîner des ruptures sur les appareils numériques …

On voit poindre ici un ensemble de questions pour l’avenir proche. Faut-il prévoir un vademecum des installations numériques pour le domicile ? Peut-on imaginer un audit technique de la part de l’employeur, quid de la sécurité au travail ? Comment imaginer les appartements à venir dans un environnement ou se développe le télétravail, que faire si un salarié est situé dans une zone mal desservie ?

Je pense qu’il va falloir se saisir au plus vite de ces questions qui sont sensibles de mon point de vue. Cet ensemble d’interrogations s’applique bien évidemment aux dispositifs de e.learning.

J’ouvre le débat…

L’écosystème technologique personnel – constats photographiques

19 juil

Billet en rapport

Avant de tenter d’imaginer les espaces de demain pour la formation, tentons de comprendre les espaces actuels …

Travailler chez soi, le développement du télétravail seront les chantiers des années à venir. Dans la fonction publique on commence même à envisager cette solution.

Pour le moment la question est surtout juridique et politique. Faut-il ? Ne faut-il pas travailler hors le lieu institutionnel ? Peut-on faire confiance aux salariés loin du contrôle visuel ? Il est évident qu’il va falloir remettre en cause des années d’habitude, repenser l’expression sociale du pouvoir et de la subordination. On peut imaginer sans trop risquer de se tromper que les premiers pas de la généralisation (disons le développement) peuvent se traduire par la mise en place de  logiciels pour contrôler (popup à activer pour montrer que l’on est derrière son écran). Il faudra donc travailler une forme d’économie de la confiance pour éviter ce risque de surveillance inutile.

Il conviendra donc  de construire et de définir  l’espace de travail personnel. Là où l’on imagine une forme de liberté, peut se cacher une forme de servitude – La servitude technologique.

Je me propose ici d’illustrer mes propos en image pour  tenter de mettre en évidence des invariants d’agencement des espaces personnels.

Travailler dans son espace privé nécessite de développer des compétences technologiques certaines. Une institution, une école, une université, un centre de formation qui veulent que leurs apprenants et enseignants s’inscrivent dans un processus d’apprentissage distant ne peuvent pas se délester de la question en disant : « Vous allez travailler chez vous ! ». Cette simple phrase est en elle même déjà une forme de renoncement, un piège tendu aux apprenants.

Il me semble nécessaire de prévoir un accompagnement pour le transfert lié à l’augmentation de l’espace de formation. Les domiciles ne sont pas forcément adaptés aux nouvelles technologies, l’espace consacré à l’activité professionnelle est potentiellement un lieu mixte (privé / public), les compétences techniques des agents ne sont pas nécessairement solides …

Les photographies ci-dessous sont (et seront) prises dans des espaces personnels où une activité professionnelle est réalisée. Je souhaite mettre en évidence la complexité de l’écosystème technologique personnel, les bricolages qui y sont conçus pour faire fonctionner le système.

Si vous le souhaitez, vous pouvez m’envoyer les photos de vos espaces instrumentés, m’indiquer les problèmes qu’ils engendrent et les bricolages que vous avez engagés pour trouver des solutions à vos besoins.

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En complément ce travail de compilation photographique, j’ai réalisé une vidéo qui pose les principes théoriques.

De la ligne au cercle, industrialiser l’individualisation

11 juil

Depuis quelques temps, la réflexion sur l’aménagement des lieux de formation est devenue un sujet de recherche et de mise en application. Nous voyons émerger des lieux de formation qui tentent de mettre en adéquation les principes de la collaboration, de la coopération avec les solutions mobilières et immobilières. On souhaite faire évoluer les modes d’apprentissage et les modes d’enseignement en pensant les espaces de façon différente.

Si l’on se prête au jeu de la synthèse, on cherche à rompre avec les principes rigides du transmissif pour aller vers des méthodes plus souples ou la collaboration ou l’individualisation sont inscrites comme principe. On tente de prendre en considération les besoins des apprenants qui ne sont plus les mêmes qu’il y a 20 ans. On cherche à éviter les décrochages, les abandons, à surmonter les exclusions dans la masse des formations du supérieur. La réduction de la fracture sociale et le besoin de rendre efficient l’investissement éducatif.

En observant ces travaux de modélisation, je ne peux m’empêcher de regarder du côté de l’histoire industrielle, notamment celle des années 70 dans l’industrie automobile.j’ai souvent dit dans ce blog que j’aimais raisonner en procédant par détour.

Après avoir su industrialiser le geste de l’artisan, le taylorisme s’est imposé comme mode de production massif. La chaine s’est inscrite dans le contexte de production pour réduire les coûts. Dans les années 70 les OS de l’industrie automobile se sont révoltés contre la rigidité du système, l’asservissement de la chaine. Une des solutions mises en place fut celle de l’ilot de production pour permettre aux salariés de rompre la monotonie.

Il y a une logique similaire entre l’agencement des espaces de l’industrie et l’agencement des espaces pédagogiques. On cherche à rompre la logique linéaire des ateliers pour créer des îlots (casser la rigueur de la ligne et la gestuelle répétitive qui asservit). En pédagogie on veut rompre avec la classe autobus pour créer des espaces et des formations plus mobiles, plus souples ou le cercle domine. La notion d’accompagnement et d’individualisation n’est jamais absente de ces réflexions. On veut que les élèves et étudiants participent, s’intéressent dans les processus d’acquisition. Dit autrement on cherche à rompre avec l’ennui qui s’installe dans les classes. Il s’agit de rendre rentable l’investissement de la nation dans l’éducatif (je souscrit à cet engagement démocratique) au moment ou nous engageons dans la société de l’immatériel.

Les dispositifs d’enseignement frontaux participent, me semble t-il, de la logique industielle. On demande aux apprenants d’ingurgiter les savoirs de manière automatique, des savoirs envoyés du haut et allant vers le bas. Les examens sont du même type, il s’agit de reproduire par automatisme des savoirs acquis. Compiler, agencer, massifier, assembler des unités entre elles, voila qui ressemble à de l’industrie. Celui qui suit le rythme de la chaine sera récompensé, celui qui est désynchronisé est exclu.

Nous entendons, à l’heure actuelle, un discours qui dénonce le risque d’industrialisation des processus d’éducation via le numérique. Je suis tenté de poser la question inverse, et si le numérique permettait de mettre à mal une forme d’enseignement fortement industrialisé parce que majoritairement frontal ? Le savoir est distribué à un rythme fixe, immuable cadré par l’emploi du temps, spatialisé dans un lieu normé (la classe, l’amphi, le centre de formation).

Une vidéo de l »INA donne un bon aperçu de cette question, il s’agit d’un reportage sur la question du travail à la chaine – La vidéo

Il y a des passages de cette vidéo qui coupés du contexte raisonnent avec une terrible modernité pédagogique

  • « travail répétitif, parcellaire, imposé de l’extérieur » 1 minute 42
  • « les gestes sont répétés et n’ont aucun sens » 2 minutes 52
  • « La réflexion est exclue du processus de travail » 2 minutes 57
  • « l’atelier de taillage est à 80% autonome » – 232 minutes 30
  • « Intéresser les gens à leur travail » – 20 minutes

Il pourra m’être reproché d’opérer des associations hasardeuses mais … Je pense que le numérique a mis en évidence notre façon de construire les apprentissages. Elle est encore largement ancrée dans un schéma industriel construit au 19ème siècle. Nous commençons à voir des initiatives qui tentent d’imaginer d’autres espaces, pour d’autres constructions pédagogiques. Ces expériences d’agencement des lieux de formation brisent la géométrie éducative, on passe de la ligne de transmission des savoirs vers le cercle des learning center, learning lab, fablab, atelier de co-working, 3C ….

Nous devons former en masse et en qualité c’est notre avenir qui est en jeu. Il faut donc industrialiser l’individualisation (E.Davidenkoff)

Il y a, dans ces nouvelles tentatives, une ligne rouge qui nous unit dans le temps celle du passage de la ligne vers le cercle.

Espace

2 juil

Lettre rédigée et jamais publiée …

Le thème : L’espace dans les dispositifs de formation

Pour ce numéro zéro nous avons choisi de traiter la question de l’espace de formation.

Depuis que le numérique est entré comme variable de conception des dispositifs de formation, l’espace est un concept qui est redéfini. Historiquement les cours, se déroulent sur le principe de l’unité de temps, et d’espace. Le numérique a modifié le paradigme spatio-temporel en augmentant le champ des possibles. L’espace de formation s’est diversifié, s’est flexibilisé au service de la convergence (Moiraud, 2014). Les dispositifs de formation sont désormais déployés dans les espaces physiques, qu’ils soient institutionnels ou personnels (domicile) ET dans les espaces numériques (Moiraud, 2014).

 

Les espaces physiques institutionnels sont quantifiables, les référentiels des constructions universitaires fixent des normes précises pour l’accueil des étudiants et des enseignants (Derouet-Besson, 2002). L’irruption des solutions numérisées a transformé le regard porté sur le corps immobilier. Il faut imaginer la salle de cours, l’amphithéâtre dans lesquels les Smartphones, les tablettes et les ordinateurs sont inclus. Quel sera le contour des Learning center ? Comment évoluent les SCD dans cet écosystème technologique ? (Inspection générale, 2012)

L’établissement de formation entendu comme structure immobilière institutionnelle n’est plus la référence unique dès lors que les enseignements et les apprentissages peuvent s’exercer à partir des lieux privés. Cette évolution n’est pas sans conséquence sur la professionnalité puisque l’intime s’immisce dans le champ du professionnel (Broadbent, 2012). Il est besoin de définir à nouveau la notion d’intimité (Serfaty-Garzon, 2003) au moment où le domicile se professionnalise par intermittence (Moiraud, 2013).

 

Les espaces formation sont devenus hétérogènes mais ne se situent pas pour autant dans un « univers parallèle » (Arfaoui & Lafay, 2013) mais sont complémentaires. La porosité entre le physique et le numérique est devenue prégnante. Comment doit-on définir l’espace de formation en ce début de 21ème siècle ? Nous vous proposons quelques pistes de lecture.

 

L’outil

 

Le CDNT organise une veille informationnelle pour suivre les évolutions du e-learning tant dans sa dimension technologique que scientifique. Le principe de base reste la lecture et l’analyse régulière de la littérature. Nous espérons ainsi pouvoir vous indiquer les grandes tendances, les débats, les controverses, l’état de la recherche dans le champ de la pédagogie instrumentée par le numérique.

 

Nous avons cependant rationalisé notre travail en intégrant les fonctionnalités d’un outil numérique qui se nomme Zotéro[1].

 

Pour ce numéro zéro nous avons choisi de traiter la question de l’espace de formation.

 

Depuis que le numérique est entré comme variable de conception des dispositifs de formation, l’espace est un concept qui est redéfini. Historiquement les cours, se déroulent sur le principe de l’unité de temps, et d’espace. Le numérique a modifié le paradigme spatio-temporel en augmentant le champ des possibles. L’espace de formation s’est diversifié, s’est flexibilisé au service de la convergence (Moiraud, 2014). Les dispositifs de formation sont désormais déployés dans les espaces physiques, qu’ils soient institutionnels ou personnels (domicile) ET dans les espaces numériques (Moiraud, 2014).

 

Les espaces physiques institutionnels sont quantifiables, les référentiels des constructions universitaires fixent des normes précises pour l’accueil des étudiants et des enseignants (Derouet-Besson, 2002). L’irruption des solutions numérisées a transformé le regard porté sur le corps immobilier. Il faut imaginer la salle de cours, l’amphithéâtre dans lesquels les Smartphones, les tablettes et les ordinateurs sont inclus. Quel sera le contour des Learning center ? Comment évoluent les SCD dans cet écosystème technologique ? (Inspection générale, 2012)

 

L’établissement de formation entendu comme structure immobilière institutionnelle n’est plus la référence unique dès lors que les enseignements et les apprentissages peuvent s’exercer à partir des lieux privés. Cette évolution n’est pas sans conséquence sur la professionnalité puisque l’intime s’immisce dans le champ du professionnel (Broadbent, 2012). Il est besoin de définir à nouveau la notion d’intimité (Serfaty-Garzon, 2003) au moment où le domicile se professionnalise par intermittence (Moiraud, 2013).

 

Les espaces formation sont devenus hétérogènes mais ne se situent pas pour autant dans un « univers parallèle » (Arfaoui & Lafay, 2013) mais sont complémentaires. La porosité entre le physique et le numérique est devenue prégnante. Comment doit-on définir l’espace de formation en ce début de 21ème siècle ? Nous vous proposons quelques pistes de lecture.

 

L’outil

Le CDNT organise une veille informationnelle pour suivre les évolutions du e-learning tant dans sa dimension technologique que scientifique. Le principe de base reste la lecture et l’analyse régulière de la littérature. Nous espérons ainsi pouvoir vous indiquer les grandes tendances, les débats, les controverses, l’état de la recherche dans le champ de la pédagogie instrumentée par le numérique.

 

Nous avons cependant rationalisé notre travail en intégrant les fonctionnalités d’un outil numérique qui se nomme Zotéro[1].

[1] Zotéro – http://www.zotero.org/

 

C’est « Un logiciel de gestion de références gratuit, libre et open source qui s’inscrit dans la philosophie du Web 2.01. Il permet de gérer des données bibliographiques et des documents de recherche (tels que des fichiers PDF, images, etc.). Ses principaux atouts techniques reposent sur l’intégration au navigateur web, la possibilité de synchronisation des données depuis plusieurs ordinateurs, la génération de citations (notes et bibliographies) dans un texte rédigé depuis les logiciels LibreOffice, Microsoft Word, NeoOffice, Zoho Books et OpenOffice.org Writer grâce à l’installation d’un plugin. Le développement du logiciel est à l’initiative du Center For history and New Media (CHNM) de l’université George Mason. » Source Wikipédia (consultation le 30 janvier 2014)

Cet outil aide évidemment à construire sa bibliographie par procédé d’instrumentation scénarisée. Il est loisible aux utilisateurs de partager, de Co-construire par acte de coopération et / ou de collaboration.

Le CDNT a ouvert un compte sur Zotéro que vous pouvez consulter en permanence à distance sur n’importe quel type de périphérique numérique (ordinateur, tablette, smartphone). Vous pourrez y trouver un ensemble de didacticiels décrivant les modalités de fonctionnement de Zotéro et des références bibliographiques ayant trait au e-learning.

Se connecter sur la bibliographie en ligne

http://www.zotero.org/groups/cdnt

La bibliographie.

Le BYOD (bring your own device)

Cet anglicisme à la mode est le révélateur d’une pratique très répandue. L’institution met à disposition des usagers des matériels et des logiciels. Dans les universités il est possible d’avoir accès à des salles informatiques, à des terminaux de connexions (au SCD notamment), à un ensemble de solutions numérisées comme la FDV.

L’accès aux cours, aux web de façon générale, s’effectue aussi à partir des solutions personnelles comme les ordinateurs personnels, les tablettes, les smartphones. Cette pratique qui se répand interroge les espaces de formation au sens ou la mobilité et le nomadisme s’installent comme une variable forte des processus de formation.

  • Gicquel Camille, Utiliser son ordinateur personnel, quel risque pour les entreprises ? , Regard sur le numérique (RSLN), (2013)

·      Service TICE, Université de Sherbrooke, Canada, Le fin mot : BYOD, site web, (consultation, le 31 janvier 2014) https://www.usherbrooke.ca/ssf/veille/bulletins/2011-2012/mars-2012/le-fin-motnbsp-byod/

La surveillance, la porosité de l’espace intime et de l’espace professionnel.

 L’espace de formation traditionnel est fondé sur le principe de la surveillance, « on pointe », on inscrit, on surveille. Les enseignants en TD font l’appel, le jour des examens il faut vérifier l’identité des candidats pour éviter des fraudes potentielles.

 Le numérique, là encore, transforme les questions de surveillance panoptique. Le privé s’immisce dans le professionnel et le professionnel devient une dimension de l’intime.

  • Arfaoui et Lafay, Non internet n’est pas un univers parallèle, Revue Esprit, (2013)

  • Baron, Xavier, Repenser l’espace et le temps du travail intellectuel, management review, (2011)

  • Broadbent Stefana, L’intimité au travail : la vie privée et les communications personnelles dans l’entreprise, FYP éditions, (2012)

  • Casili Antonio, Les liaisons numériques, seuil, (2012)

  • Doueihi Milad, Pour un humanisme numérique, Seuil, (2013)

  • Foucault Michel, Surveiller et punir, Gallimard, (1975)

·      Rey Claudie & Sitnikoff Françoise, Télétravail à domicile et nouveaux rapports au travail, Revue interventions économiques, (2006)

  • Sennett Richard, le travail sans qualités, les conséquences humaines de la flexibilité, Titre original the corrosion of character, the personal consequences of work in the new capitalism, Albin Michel, (1998)

  • Serfaty-Garzon Perla, Chez soi, les territoires de l’intimité, Armand Colin (2003)

 Les espaces de formation.

L’espace de formation étant devenu hétérogène les universités doivent se poser la question de l’agencement des espaces. Des lieux emblématiques sont en train de se transformer. Le SCD évolue, la salle de cours est redéfinie dans ses contours, le domicile se professionnalise par intermittence.

·      Pascal Cotentin, Visite de l’université de Kingston avec Graham BULPITT, Scéren, (2012)

·      Claude Devès, Odile Grandet & AL, Learning center et territoire : comment la bibliothèque s’insère dans son environnement institutionnel, économique et social ?, Université Blaise Pascal, (2013) http://videocampus.univ-bpclermont.fr/?v=Bpxts7EZEAMR

·      Graham Bulpitt, Le rôle pédagogique des personnels non-enseignants, les journées du e.learning, (2013)

http://www.journees-elearning.com/index.php/videos-2013/226-graham-bulpitt

  • Inspection générale des bibliothèques, Les Learning centres: un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche, Rapport- n° 2009-022, (2009)

  • Mazalto Maurice, Architecture scolaire et réussite éducative, Editions Fabert, (2007)

NB : Nous retiendrons comme définition du learning center : «Un soutien réel à l’acquisition de connaissances garanti par une liaison beaucoup plus étroite avec les enseignants dès la conception du projet ; des espaces conviviaux, ouverts et flexibles ; une accessibilité maximale en termes d’horaires et de ressources ; des facilités d’usage à distance ; un personnel polyvalent et un regroupement des services ; des ressources documentaires et des équipements nombreux et renouvelés », Les Learning centres un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche

 Des ressources multimodales.

Le CDNT tente d’isoler les signaux faibles qui émergent en éducation. De l’invention de l’imprimerie (1454) à l’invention du protocole TCP/IP (1983) le savoir a été fixé essentiellement grâce au texte et l’image. Lorsque le web 2.0 apparaît, les dispositifs de formation intègrent massivement les ressources multimodales (texte, image, son, vidéo).

Nous vous proposons une sélection de ressources médias pour compléter ce dossier.

  • De la Porte Xavier, vie professionnelle / vie privée, Place de la toile (2012)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-vie-professionnelle-vie-privee-2012-12-22

  • De la Porte Xavier, Culture du livre, culture des écrans, entretien avec Serge Tisseron, Place de la toile (2013)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-culture-du-livre-culture-des-ecrans-2013-03-23

  • De la Porte Xavier, entretien avec Stefana Broadbent, l’intimité au travail, Place de la toile, (2011)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-stefana-broadbent-rediffusion-2011-11-12

  • De la Porte Xavier, entretien avec Milad Doueihi, Pour un humanisme numérique, Place de la toile, (2011)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-pour-un-humanisme-numerique-2011-10-29

  • De la Porte Xavier, entretien avec Antonio Casili, Les liaisons numériques, Place de la toile, (2010)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-les-liaisons-numeriques-2010-09-26.html

Les lieux intelligents :

·      Enseigner dans une salle de classe intelligente, ESSCA, (2012)

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=qLCz5jyJ_K0

Gwnenaelle Le Mauff, Le LearningLab : l’apprentissage collaboratif de demain, EM Lyon, (2013)

http://www.youtube.com/watch?v=JygbI8d45jA

[1] Zotéro – http://www.zotero.org/

 

Uberisation, le néologisme à la mode.

26 juin

Je ne sais si l’éducation sera ubérisée un jour mais l’évolution sociétale que nous sommes en train de vivre nous invite à regarder avec attention ce phénomène.

Uber le mot s’est répandu à la vitesse grand V dans le langage, donne naissance au néologisme d’uberisation. Je suis allé rapidement faire un tour sur Wikipédia et :

 » La société Uber est fondée officiellement par Garrett Camp, Travis Kalanick et Oscar Salazar en 2009 sous le nom de UberCab. L’idée leur vient en 2008 alors qu’ils assistent au salon LeWeb à Paris. Ils cherchent à se déplacer en taxi et n’arrivent pas à en trouver un, constatant les mêmes problèmes dans le système de taxis parisiens que dans celui de San Francisco. Alors qu’ils travaillent encore pour StumbleUpon, ils retournent à la Silicon Valley et montent un service de chauffeur privé à la demande nommé UberCab.

Garrett monte un prototype d’application sur iOS et convainc Kalanik de le rejoindre sur le projet. Ce dernier devient Chief Incubator au cours de l’été 2009 et a pour mission de passer le cap du prototype, c’est-à-dire de trouver un General Manager et de lancer Uber à San Francisco afin de changer les habitudes de consommation du transport des populations urbaines, de réduire le nombre de véhicules particuliers et de devenir acteur d’un écosystème de transports partagés. Le nom de domaine uber.com est initialement la propriété d’un service de blogue et de réseautage social, mais l’entreprise qui en a la propriété ayant fermé en septembre 2008, il est transféré à UberCab en 2009. Le produit est ensuite officiellement lancé à San Francisco en 2010. Ryan Graves est alors CEO de l’entreprise. Il cédera par la suite son poste à Travis Kalanick.

L’application est lancée à San Francisco en 2010 sur iOS et Android. Par la suite l’entreprise étend progressivement la couverture de son service à d’autres villes dans le monde. »

Pourquoi ce terme Uber ? Selon Didier Pourquery  Journaliste au Monde le mot signifie super, hype … « 

« Ce lieu est uber-chic, tu vois », « il est uber-classe, ton pull », etc. lire l’article du Monde

***
Alors le phénomène Uber est-il aussi uber cool que cela ?

L’affaire Uber me fait penser d’une certaine façon à la révolte des canuts. Une invention technique qui est la traduction d’ un changement profond de la société. Les canuts sentaient que le passage à la société industrielle allait les paupériser. On avait mécanisé le geste de l’artisan, sa routine, il allait perdre son statut pour alimenter les masses sans qualification des industries.

Le web de la même façon fait basculer les normes de la société construites après 1945, basées sur le salariat, une forme de réglementation des professions, un pacte social a peu près accepté par tous. Nous assistons aujourd’hui à la remise en cause de la  forme de travail. le salariat est en train d’évoluer, notamment au regard des protections acquises. Nous avons rêvé une forme collaborative vertueuse, solidaire de l’économie du partage et c’est une autre forme qui émerge. L’intermittence du travail pointe son nez. J’invite les lecteurs à se pencher sur les annexes 8 et 10 de l’assurance chômage. Si l’on enlève la référence aux 507 heures, le ton est donné. On embauche, on met un terme au contrat puis on embauche à nouveau. Donc lisez et forgez vous votre avis…

La légende dit que les canuts ont jeté Jacquard dans la Saône, la réalité est que les canuts ont cassé les machines pour protéger leur métier artisanal. Les chauffeurs de Taxi cassent les voitures, molestent des passagers, nous sommes dans des attitudes assez similaires, la grande peur fasse à des changements profonds du social. Les règles fixées à un moment données sont modifiées ex abrupto au milieu du gué.

J’ai le net sentiment que nous sommes bien au-delà de l’opposition entre les salauds à licence et les gentils zorros du partage Rifkinien (ou l’inverse). Nous assistons à un basculement du mode de fonctionnement de la société, à une rupture du pacte social. Il sera intéressant de regarder comment vont s’opérer les changements, s’organiser les antagonismes. La société va t-elle être ubérisée pour reprendre une formule qui fait florès. L’éducation va t-elle être touchée par ce phénomène ? La société bouge …

Entre réelle économie du partage et dérégulation totale quelle est la voie ? Affaire à suivre.

Concevoir des cours instrumentés, un exercice de mécanique sociale !

11 juin

Mon métier ne cesse de me passionner car quelque soit le moment, les activités et l’humeur j’y puise matière à réflexion. Je travaille en ce moment sur la capacité à générer des modèles de cours en utilisant Moodle. J’ai commencé à structurer une analyse en formalisant mes réflexions dans le diaporama ci-dessous.

Il ressort de mes réflexions que la modélisation d’un cours avec Moodle pose deux grands types de problématiques :

  • Il faut prendre en compte la structure mécanique, rigide de Moodle. Un cours (dans sa phase de conception) est structuré de façon linéaire, il faut empiler les sections les unes au dessus des autres. Les sections correspondent aux briques élémentaires des cours et il reviendra aux enseignants de déterminer la nature de cette brique, on peut parler ici de granularité (forte, moyenne ou faible) ;
  • Il faut prendre en compte les besoins des enseignants qui souhaitent diffuser leurs cours. Dans ce cadre, la conception d’un cours doit répondre aux attentes des apprenants. Il faut toujours avoir en tête leur façon de penser, de circuler dans le cours. On n’apprend pas, on ne circule pas exclusivement de façon linéaire. Notre mode de pensée, de travail est hétérogène, nous allons du haut vers le bas, de la droite vers la gauche. Nous pouvons avoir besoin de gérer des ruptures en allant du cours vers le forum, du forum vers le glossaire, engager un aller retour du menu général vers un point spécifique d’une page. Au final la question est de comprendre quelles sont les attentes des apprenants et de saisir de quelle façon est structurée la machine.

L’enjeu de conception pour une équipe qui souhaite développer un cours sur Moodle consiste donc à gérer un outil conçu dans le mode linéaire pour aller vers un mode transversal. Nous retrouvons ici un principe de cinématique (transformer un mouvement en un autre). J’ai le sentiment que mes réflexions sont de l’ordre de la mécanique sociale. Je dois transformer un mouvement de conception linéaire en mouvement d’utilisation réticulaire.

Concevoir un cours instrumenté est un exercice de mécanique sociale

220px-Cam-disc-1_3D_animated traWikipédia (source)

 L’enjeu est certes de modéliser mais en rendant ledit modèle transférable aux utilisateurs / concepteurs, en concevant des modèles qui permettent aux enseignants de déposer leurs cours avec facilité et en concevant des cours ergonomiques qui simplifie le travail d’apprentissage.

La structure de conception linéaire de Moodle oblige à penser rigoureusement le modèle, la conception en carte mentale me semble tout indiquée dans ce cas.

Ce sont mes analyses, ma vision, il est possible que vous ne soyez pas d’accord, ce blog vous est ouvert pour argumenter.

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