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Espace physique et espace sonore, un dialogue de sourds ?

24 avr

En complément du billet précédent, je souhaite préciser l’importance de l’espace sonore du domicile du travailleur du savoir. J’ai un peu le sentiment de proférer des évidences mais dans la mesure ou je pense que le télétravail va se développer (y compris chez les enseignants), il est nécessaire de répéter.

La maison est un lieu qui génère des sons, agréables parfois, insupportables d’autres fois. Il faut arriver à faire cohabiter les sons du quotidien avec les sons professionnels. Il est illusoire de penser que le transfert de l’espace de travail institutionnel vers l’espace privé s’analyse sous forme d’identité.

E-learning et domicile

23 avr

Considérez ce travail comme un brouillon, des bribes de réflexions mises bout à bout mais rien de plus parce que le rendu n’est pas abouti.

NB les 20 premières secondes l’image est inactive

Cette ressource est une trace posée pour lancer une réflexion sur le sens de l’espace privé au moment ou il devient possible d’enseigner et d’apprendre de ce lieu spécifique. Il faut éviter que les scénarios élaborés par les concepteurs de formation en ligne intègre comme une évidence le « Ils travailleront à domicile, ils concevront à domicile« .

Tentons donc d’analyser un espace de complexité

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Le texte

Dans cette vidéo je vais évoquer la question du e-learning et la possibilité de travailler, de concevoir ses ressources à partir de son domicile. Je vais aussi évoquer par incidence la possibilité d’apprendre de chez soi.

 Les travailleurs du savoir en général, les enseignants en particulier peuvent choisir le lieu de travail (pour la conception des cours ET pour les temps de formation en ligne)

 Il y a deux lieux essentiels à prendre en considération :

  • Le lieu institutionnel – L’école primaire, le collège, le lycée, l’Université ou le centre de formation.
  • Le lieu personnel, le lieu privé – Le domicile des enseignants.

Cette possibilité de choisir est souvent évoquée dans les conceptions des dispositifs des formations en ligne, on entend dire « les apprenants se formeront des chez eux »

De mon point de vue l’argument est recevable mais formulé ainsi ce n’est pas suffisant parce que le domicile appréhendé dans sa dimension professionnelle est un espace d’une rare complexité.

L’idéal serait, bien évidemment d’exercer ses talents dans un espace où l’on est seul et dans un espace calme.

Avant de décréter ex abrupto que l’on peut travailler de son domicile, il faut scénariser ses constructions. Il faut penser l’espace personnel, il faut l’imaginer car nous nous travaillons en professionnalisant par intermittence notre espace personnel.

L’espace privé à une structure spécifique, nous exerçons en un même lieu :

  • Une activité privée ;
  • Une activité sociale ;
  • Une activité professionnelle.

Chacune d’elle à sa logique spatiale. Nous devons comprendre quelle est la spécificité de l’activité professionnelle exercée au sein de l’espace privé.

Le domicile est une organisation spatiale spécifique qu’il convient d’analyser.

Tout d’abord rappelons que l’activité de e.learning est une activité instrumentée. Il faut donc analyser la place des outils dans l’espace.

Il faut une box pour accéder au réseau. Au-delà de la signature du contrat avec le fournisseur d’accès, nous sommes largement dépendant de la situation des prises téléphoniques. On place la box, là ou se situe la prise. Il n’y a pas forcément adéquation entre la logique du constructeur et vos usages.

Vous choisissez de travailler dans l’espace, la pièce qui vous paraît la plus adaptée. Il n’y a d’ailleurs pas forcément un lieu privilégié puisque vous pouvez utiliser vos terminaux dans tout l’appartement. Il faut donc pouvoir se connecter partout.

Il est ainsi nécessaire de comprendre comment coordonner une mobilité des usages avec une box qui est fixe.

On ne peut pas déplacer sa box au grè de ses usages.

Première solution

 Se brancher avec un cable RJ 45, la connexion filaire qui assure un débit régulier. C’est possible mais à la condition d’avoir un appartement adapté.

C’est rarement le cas puisqu’il faut des prises dans les cloisons

Ou alors les faire installer, ce qui mettrait la possibilité de travailler chez soit à un coût exhorbitant.

Seconde solution

La plus répandue est l’utilisation du WIFI. La box permet de se connecter au wifi mais pas forcément partout, notamment si l’appartement est grand (pour les chanceux), s’il y a des étages, s’il y a des blocs métalliques etc, etc

 Il faut donc au préalable vérifier sa connexion, elle est –elle de bonne qualité ou calamiteuse ?

 Troisième solution

 Le CPL (courant porteur léger) qui vous permettra d’accéder au réseau via vos prises électriques. Idéal puisque le constructeur a normalement installé des prises électriques dans toutes les pièces.

 Le CPL nécessite d’acquérir deux appareils, si vous souhaitez en avoir plusieurs il faudra vérifier que juste derrière votre box vous avez suffisamment de prises électriques.

 L’espace sonore.

 Votre appartement c’est un écosystème sonore. Concevoir des ressources audio et vidéo ne s’improvise pas car on découvre très vite qu’il y a des bruits parasites.

  • Vos voisins, notamment l’amoureux du bricolage et de la perceuse.
  • Vos enfants
  • Le système des objets

Il faut que l’espace sonore de conception soit étanche avec les autres sons de votre espace

L’espace visuel

Il faut dans le cas ou vous utilisez la vidéo, vous positionner idéalement pour que vous soyez vu. Évitez de vous asseoir dos à une fenêtre, on ne verra que votre silhouette.

Il faut professionnaliser votre espace visuel, votre vie privée ne doit pas interférer.

La classe virtuelle et les dispositifs de formation

20 avr

Après quelques mois de déploiement des classes virtuelles dans mes formations …

L’enseignement à distance déployé via divers dispositifs commence à être visible dans les processus de formation. Cette année universitaire j’ai abondamment utilisé la technique de la classe virtuelle et je suis en capacité d’en tirer les premières conclusions.

La classe virtuelle permet d’organiser un cours à distance grâce à une solution logicielle. Elle est définie de la façon suivante par l’Université européenne de Bretagne (UEB) :

« La classe virtuelle est une simulation, sur Internet, d’une classe réelle, permettant de numériser tous les échanges qui peuvent se tenir en face à face avec d’autres personnes (vision, son, échange de documents).

 La formation s’effectue en mode synchrone (en direct) entre un formateur et des apprenants pouvant géographiquement être séparés de plusieurs milliers de kilomètres.

 Il existe différents statuts dans la classe virtuelle :
  • L’animateur actif de la classe virtuelle, qui gère les rôles et les droits de chacun ainsi que le flux des informations (documents, prises de parole, interventions écrites…).
  • Les animateurs qui peuvent intervenir, attribuer des droits, transmettre des documents, mettre en place des activités.
  • Les participants, qui ont seulement les droits que les animateurs leur attribuent.

L’usage de la classe virtuelle a également été fortement influencé par la théorie socio-constructiviste de l’apprentissage, laissant une place importante à la discussion et aux échanges en tentant de reproduire, à distance, les interactions d’une salle de classe.« 

Simuler n’est cependant pas équivaloir…

Un outil fluide

Contrairement à une règle que je me suis institué, je vais commencer par évoquer la solution technique.

De prime abord la solution est fluide (ce qui est vrai). On peut maîtriser la solution en peu de temps ce qui donne un ratio temps de formation / utilisation en situation très faible. Les concepteurs (quelque soit la marque de la solution) ont su créer des produits souples avec des fonctionnalités très pédagogiques. On peut utiliser de nombreuses fonctionnalités, la vidéo, la voix, le chat, le partage de documents, le partage d’écran, les sondages.

Le paramétrage de la solution permet, en un temps assez bref, d’envoyer un lien aux apprenants afin qu’ils puissent participer à la réunion.

Cette apparente simplicité est un réel avantage mais c’est aussi un inconvénient si l’on se limite à aborder le sujet sous le seul angle du geste manipulatoire. Une formation de formateurs, une formation d’apprenants ne peut se résumer à la sempiternelle expression du « c’est simple« . Affirmation qui est, à bien des égards,  contreproductive.

La classe virtuelle est encore un objet peu installé dans les usages. Cet objet pédagogique est encore mal compris et trop souvent assimilé aux solutions personnelles de visioconférence comme « Skype« . C’est évidemment une source de confusion qui peut être lourde de conséquences.

Il est donc nécessaire de prendre le temps d’expliquer les enjeux aux acteurs des dispositifs avant tout déploiement en situation réelle. À défaut, la classe virtuelle peut être source de rejet et on entendra, répété à l’envi, « Tu vois ça marche pas« , « C‘est nul« , « Avec Skype au moins ça marche« , « Ce sont pourtant des professeurs des Universités, des MCF, et ils n’y sont pas arrivés« .

Un besoin d’accompagnement

Nous avons l’impérative obligation de nous détacher de nos habitus professionnels. Dans ce domaine le titre au sein de l’institution est à détacher des compétences numériques. Ne pas savoir faire à un instant n’est pas infamant, n’est pas une remise en cause des savoirs et des statuts.

Quel que soit le niveau, il faut accompagner les acteurs pour expliquer qu’une simulation n’est pas une identité de fonctionnement d’avec le réel de la classe, de l’amphithéâtre, du TD. Nous sommes dans des dispositifs proches ET pourtant différents, il faut savoir l’expliquer en l’argumentant.

IL FAUT ÊTRE PÉDAGOGUE, SAVOIR EXPLIQUER ET ACCOMPAGNER.

Le dispositif de classe virtuelle ne doit surtout pas commencer par l’expédition brute d’un lien de connexion. Il faut prendre le temps d’accompagner les utilisateurs. Même réduit à un temps bref le temps d’explication est incontournable.

Les acteurs sont réunis spatialement dans l’espace dématérialisé de travail mais ils sont géographiquement situés dans des espaces réels multiples [seul Vs groupe]. Il est important d’expliquer que la maîtrise de routines techniques  ne peut se concevoir qu’en intégrant la compréhension des enjeux pédagogiques qui sous tendent le dispositif.  Il importe donc d’expliquer qu’il peut y avoir des obstacles techniques qui viennent tempérer l’effet magique de la présentation de « l’expert« . La maîtrise de la classe virtuelle passe par un usage répété afin de fixer les routines.

Dans la pratique la fluidité du processus de formation peut être perturbée par diverses circonstances. On peut citer, à ce titre :

  • Les « firewalls« . Ils ont une fonction utilitaire certaine dans les structures et nous avons tendance à ne retenir que le facteur bloquant des entrées et des sorties de flux. N’oublions pas que nos étudiants peuvent être ceux de la formation continue et qu’ils se connectent du lieu institutionnel. Les DSI peuvent développer des mesures de sécurité qui bloquent les solutions non déclarées, non connues. Il reviendra à l’organisateur de prendre contact avec les services du DSI et d’expliquer quels sont les principes de cette solution.
  • Les acteurs passent obligatoirement par la connexion au web, c’est la condition sine qua non Capture d’écran 2015-04-20 à 14.38.28de l’accès. L’accès aux « tuyaux » doit être un objet de réflexion. Le filaire est toujours préférable au wifi, c’est une affirmation de bon sens. Il est cependant utile de prendre le temps d’expliquer comment établir une connexion filaire notamment à son domicile, de préciser que selon la situation sur le territoire les flux sont plus ou moins rapides. (vérifier son débit internet)

Lors de l’intégration d’une classe virtuelle  dans un module de formation, l’apprentissage participe d’un double mouvement, le temps d’apprentissage des enseignants et celui des apprenants.

Les modes de formations se diversifient et nous commençons à entre-apercevoir l’émergence d’invariants pédagogiques dans le continuum de la formation. Invariants et modification des métiers est un champ d’investigation de la recherche, me semble t-il. En regardant les technologies, nous voyons se profiler de nouveaux métiers qu’il faudra bien institutionnaliser. Qui saura prendre cette décision ?

De mon côté je vois se dessiner le métier d’enseignant chargé de l’écosystème technologique, celui qui connaît l’enseignement, l’a pratiqué, qui est doté d’un bagage techno-pédagogique pratique et théorique. Dit comme cela ma proposition est lapidaire, peu argumentée mais elle devra forcément être étudiée dans un avenir proche.

Qui prendra cette décision ?

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La métaphysique des tubes

9 avr

La réflexion sur les espaces de formation nous enjoint à imaginer les activités dans le réel et dans le virtuel, je l’ai souvent évoqué. J’ai interrogé abondamment la place du corps, la signification des espaces, l’hétérogénéité de l’espace personnel. Ces questions sont, me semble t-il centrales mais elles doivent être aussi mises en relation avec des enjeux très techniques. Nous entrons ici dans un dialogue entre le conceptuel et le concret. Réel-virtuel, conceptuel-concret le jeu des oppositions supposées mises en tube.

Le virtuel  et le réel n’ont, de sens et de chance, d’être opérationnels que si l’on est conscient du besoin de faire collaborer les enseignants avec leur DSI (ou tout service équivalent). Dans les scénarios de formation qui sont élaborés il est fréquent de vouloir intégrer des classes virtuelles pour créer des moments d’interactions distantes synchrones. Le gisement du potentiel pédagogique est immense mais il ne peut être réduit à la seule question pédagogique. Il faut aussi insérer les techniciens dans cette conception pédagogique, les impliquer, les rencontrer.

Les tubes et tuyaux dans lesquels nous faisons circuler nos savoirs et connaissances sont complexes. Il faut être conscient que le développement des enseignements en ligne pose des questions de sécurité. Les « firewalls » peuvent être étalonnés de façon fine. Il est donc indispensable que les concepteurs de cours en ligne apprennent à expliquer les enjeux de la formation, connaissent leurs interlocuteurs techniques, rédigent des argumentaires pour justifier leurs besoins et sachent, en retour, écouter les arguments de la technique. Sécurité Vs pédagogie.

Traduit en langage pédagogique il faut (dra) savoir collaborer et bien au-delà de nos cercles habituels. Cette démarche est longue, prends du temps, oblige à dépasser ses cercles mais j’ai la faiblesse de croire qu’engager le dialogue est fécond même s’il est complexe.

Il y a bien sûr la méthode habituelle qui consiste à dire pis que pendre des « rusteaux » de la technique, à vilipender la piètre qualité de la solution technologique, à morigéner l’organisateur mais … À part se cantonner dans ses certitudes qu’elle est la plus-value ?

L’enseignement instrumenté à des effets qui vont bien au-delà de la technicité, il nous contraint à nous interroger sur le sens du lien social dans la construction des dispositifs en ligne.

Le geste emprisonné

29 mar
« Au cours de l’évolution humaine, la main enrichit ses modes d’action dans le processus opératoire. L’action manipulatrice des primates, dans laquelle geste et outil se confondent, est suivie avec les premiers  Anthropiens  par celle de la main en motricité directe où l’outil manuel est devenu séparable du geste moteur. À l’étape suivante, franchie peut-être avant le néolithique, les machines manuelles annexent le geste et la main en motricité indirecte n’apporte que son impulsion motrice. Au cours des temps historiques la force motrice elle-même quitte le bras humain, la main déclenche le processus moteur dans les machines animales ou les machines automotrices comme les moulins. Enfin au dernier stade, la main déclenche un processus programmé dans les machines automatiques qui non seulement extériorisent l’outil, le geste et la motricité mais empiètent sur la mémoire et la comportement machinal » André Leroi-Gourhan, le geste et la parole II la mémoire et les rythmes, Albin Michel Sciences, 1965

Au sein de ce blog je tente d’interroger le # geste (1) dans les pratiques numériques des enseignants. J’ai très souvent souligné la nécessaire connexion entre la main et la pensée, la place du corps dans l’espace de formation.  Ces réflexions puisent leurs sources dans mes lectures, mes usages et mes observations. Je suis persuadé que le geste est vertueux mais il est sous-estimé voire dévalorisé chez les travailleurs du savoir.

Pourtant la pensée du geste, sa conceptualisation  est omniprésente pour de nombreux acteurs du monde de l’éducation. Je pense notamment au monde de l’industrie qui a compris, avant tout le monde que le geste était un allié précieux. Le geste peut rendre captif, dépendant.

Les grandes firmes qui opèrent dans le monde de l’éducation l’ont bien compris, me semble t-il. Lorsque je tente de coucher mes réflexions, que je conçois un cours, que je peaufine une intervention, j’utilise mon ordinateur et les logiciels associés. La frappe sur le clavier est devenu un réflexe. Le lien main / clavier est le premier signe tangible de l’expression de ma pensée. Puis j’active mon traitement de texte, mobilisant inconsciemment la somme des apprentissages et des usages acquis depuis 30 ans. Ce lent travail d’acculturation remonte à la fin des années 80, début des années 90, lorsque mon parcours a commencé.

J’ai appris lors de stages institutionnels, avec mes pairs, en autoformation mais toujours avec les logiciels fournis par l’éducation nationale et toujours avec la même marque. Mes réflexes se sont ainsi forgés, solidifiés dans le temps. Mes routines se sont inscrites lentement mais surement, au point de devenir inconscientes. À ce stade de ma carrière l’outil est toujours inscrit  en toile de fond, il ne me gène plus parce que mes gestes sont fixés, automatisés. J’y vois deux points d’ancrage :

  • Je perçois le rapport instrumental qui existe entre l’outil et ma pensée ;
  • Cette perception s’est opérée avec l’utilisation du même outil logiciel qui a contribué à fixer mes gestes libérant ainsi mon esprit.

Le geste est, me semble t-il, un vecteur de fidélisation pour les entreprises parce qu’il permet de fixer des routines qui rendent d’une certaine façon rendent les utilisateurs dépendants.

Ma main va aller déplier le menu utile à mes constructions, chercher l’icône facilitant mes automatisations.  Je suis dans la « facilité » construite par des années d’usage.

J’imagine que c’est notamment une des raisons qui me fait oublier les solutions libres. Non qu’elles soient moins efficaces mais elles m’obligeraient à réapprendre des gestes qui me ralentiraient dans mon travail. Je suis ainsi tiraillé entre l’envie d’apprendre et la contrainte de modifier mes gestuelles.

Je suis ainsi dans un geste qui m’apparaît soudainement  comme servile, un geste qui a été, d’une certaine façon, dicté par des choix économiques. Geste et situation de quasi monopole ont me semble t-il des liens forts.

On pourrait ainsi lister des gestes qui sont devenus indispensables au quotidien mais qui sont, pas seulement mais aussi, la résultante de choix économiques.

Ce billet est fort peu construit pour le moment, certainement maladroit. Il faut le comprendre comme le début d’une réflexion qu’il me faudra alimenter par des lectures.

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(1) Faire défiler la page qui contient plusieurs articles

La classe transparente

22 mar

Voyez ce billet comme l’expression de ma conception du champ des possibles en matière de spatialisation pédagogique. Je ne suis ni architecte, ni spécialiste des structures des bâtiments, ni décideur mais …

L’espace de formation est devenu, me semble t-il, un objet de réflexion tendance. On s’aperçoit enfin que le numérique modifie nos habitus professionnels, notamment ceux qui convoquent nos représentations spatiales. Les analyses immobilières et mobilières doivent être mises au regard des enjeux de formation. Des rapports sont publiés, des chercheurs se rencontrent, débattent et proposent.

C’est le temps où il faut convoquer les utopies et oser proposer des projets disruptifs. Pour une fois mon billet sera en forme de prospective, de page blanche électronique ouverte à la ruse intellectuelle, au bricolage conceptuel.

La salle de formation est imaginée au sein de structures immobilières qui sont chargées de sens. On souhaite ouvrir l’école, la faire entrer dans l’ère du numérique. On ne cesse de convoquer les concepts de collaboration, d’intelligence collective. Si je comprends bien ces derniers, on souhaite faire tomber des murs, faire en sorte que le dedans aille vers le dehors et que le dehors imprègne le dedans. Nous sommes, au quotidien, engagés dans le réel des pratiques mais nous ne pouvons ignorer les formes symboliques des lieux.

Ouvrir c’est voir ! Or le murs sont hermétiques et ils ne sont pas, malheureusement, fait que de briques. Ils sont aussi dans les têtes (la persistance des représentations 1.0). Par conséquent, abattre les murs (au moins symboliquement) est une ardente obligation, qu’ils soient fait de briques et/ou par empilement de certitudes. Enseigner est une forme de paradoxe qui consiste à ouvrir l’esprit citoyen, à développer une culture humaniste mais … en se calfeutrant. J’ai quand même le sentiment après quelques années d’enseignement qu’au-delà de sa classe « l’enfer c’est les autres ».

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Couloir, mur et vitres

Alors soyons fous, osons. Créons la classe transparente, celle qui a des murs en verre. Je ne parle pas de la bande de vitre au-dessus des portes manteaux, qui m’a toujours fait bondir, car elle est un symbole de la surveillance qui n’ose pas dire son nom (je cache, je dévoile).

J’imagine la classe faite d’un mur de verre ou l’on pourrait faire le choix du montrer / cacher (mon propos n’est pas d’imposer la transparence mais de la susciter).

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Glass house

Mon propos n’est pas spécialement innovant car de nombreux architectes ont déjà créé des maisons de verre.  L’Apple store de NYC, sur la 5ème Avenue en est une représentation emblématique (dans le principe car le magasin est au sous-sol).

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Apple store NYC

Et si une collectivité locale osait cette démarche ? (peut-être existe t-elle ?). S’engager dans la création d’ une salle de formation aux potentiels de transparence ? La technologie rend possible l’interaction avec les murs. Un mur de verre peut laisser passer la lumière mais aussi la bloquer avec ces solutions.

Le mur, cet objet que nous n’interrogeons plus, ou si peu, parce qu’il fait partie de notre environnement. Il comporte des fenêtres, des encadrements de portes, des gaines indésirables etc. Le mur de verre serait une solution idéale de ce point de vue. On imagine assez aisément le champ des possibles qui pourrait s’ouvrir avec ces surfaces de projection du savoir…

Les technologies existent

 

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Ma vision de la classe de verre

Voici quelques réflexions jetées pêle-mêle pour alimenter mes analyses sur l’espace de formation. Il faudrait y ajouter une entrée théorique de l’architecture. Quelle est  le rapport entre la rue et le bâtiment ? Quid du dialogue de l’extérieur vers l’intérieur ou inversement. Je tenterai de poser quelques pistes dans un autre billet.

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Cacher / dévoiler

Ce billet est une invitation au débat. Si vous êtes architecte, designer, responsable d’une collectivité locale, chercheur, responsable du ministère, ou représentant d’un groupe de BTP, n’hésitez pas à venir alimenter le débat. À vos claviers ?

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Vidéo et pédagogie, quelles nouvelles compétences pour les enseignants ?

6 mar

Billet rédigé l’année dernière et jamais terminé …

Introduction

L’année universitaire 2013 / 2014 est définitivement inscrite comme l’année des MOOC (massive online course). Les milieux universitaires et professionnels ont braqué leurs regards vers cette nouvelle instanciation de la formation, tant sous l’angle de l’apprentissage que de l’enseignement. S’il fallait s’en convaincre, la consultation du moteur de recherche Google pour le terme Mooc affiche 2 500 000 occurrences (consultation du 24 mars 2014)

À défaut d’être novateur le Mooc aura inscrit l’enseignement à distance dans les esprits du grand public et aura orienté la focale sur la vidéo pédagogique. Rappelons que le Mooc consiste à mettre en ligne des cours sous forme de vidéo accompagnées d’exercices puis de validation. Loin d’être novateur, les Mooc sont les héritiers des usages anciens de la télévision scolaire et  des usages plus contemporains comme les sessions de TEDX, les cours en ligne de Canal U et de l’école normale supérieure du savoir, ou bien encore la Khan académie,  qui ont utilisé le film ou utilisent  la vidéo.

Nous nous interrogerons dans cet article sur la place de la vidéo dans les dispositifs de formation. Au-delà de l’apparente et trompeuse simplicité de cet objet technique, les constructions pédagogiques instanciées sont complexes.

  • La vidéo construite dans des espaces de formation signifiants

Il serait simple, pour ne pas dire simpliste, de considérer que le réalisation d’une vidéo pédagogique se résume au regroupement en un lieu déterminé, d’une solution technologique ad hoc et d’un (ou de plusieurs) acteur(s) du dispositif. Les vidéos sont conçues au sein d’espaces spécifiques hétérogènes et signifiants, il nous reviendra de déterminer quelles sont les caractéristiques des scénarisations intégrant la ou les vidéo(s).

La première question que nous aborderons sera liée à l’espace de conception que nous concevons comme double. Les enseignants exercent leur professionnalité tantôt à l’intérieur d’un espace physique professionnel, tantôt à l’intérieur de l’espace privé que nous nommerons domicile.

    • L’espace public
      • L’espace public de conception

La conception des dispositifs de formation s’exerce dans un cadre juridique formel. Elle  peut  se réaliser dans le cadre du lien de subordination pour les enseignants soumis au droit privé, ou dans le cadre des obligations de service public pour les fonctionnaires. Dans les deux hypothèses l’employeur est censé fournir le matériel de travail à ses salariés pour qu’ils accomplissent au mieux leur tâche. L’idéal juridico-technique consisterait donc à imaginer l’existence des lieux institutionnels adaptés à la conception / réalisation de supports vidéos mais …

La réalité de terrain est plus contrastée que ne le laisse imaginer le droit. Les formations s’échelonnent de la maternelle à l’Université ; elles concernent la formation initiale comme la formation continue, celle des apprenants comme celle des enseignants. La diversité des situations, des contextes, des intentionnalités nous invite à engager une réflexion sur l’espace technologique hétérogène de conception. Nous pouvons identifier une typologie de lieux sur laquelle nous appuierons notre argumentaire.

  • Les formations institutionnelles pilotées par les ministères et déployées pour des cohortes massives. Le dispositif de formation Magistère en est la représentation type. L’institution pilote l’élaboration des modules. Lorsqu’il est besoin d’intégrer des vidéos on s’appuie sur l’expertise de spécialistes du e.learning disposant de lieux et de matériels adaptés et possédant les compétences spécifiques
  • Les structures disposant de lieux adaptés

Certaines structures possèdent des lieux spécialisés pour la réalisation de vidéos pédagogiques. Certaines (de nombreuses ? toutes ?) Universités sont équipées de studio d’enregistrement et disposent des personnels qualifiées pour les prises de vues, de son et le montage. Dans cette configuration l’existence d’une chaîne de conception spécialisée facilite le travail des enseignants en les affranchissant de l’acculturation aux méthodes du cinéma

  • Les formations institutionnelles sans supports techniques centralisés
      • L’espace public d’écoute
    • L’espace privé

Les modalités de travail des enseignants sont imprégnées de méthodes de travail collectif, les équipes apprennent à coopérer et à collaborer sans induire obligatoirement une présence dans le même lieu physique. Il est, par conséquent, tout à fait loisible de travailler de son domicile où sont installés les outils de captation / conception vidéo.

Les appareils de captation vidéos se sont miniaturisés et sont présents sur  une grande variété de matériels, Antonio Casili le souligne en disant :

La miniaturisation des ordinateurs (analysée notamment par Daniel Bell dans teletext and Technology) a engendré une reterritorialisation de ceux-ci, leur permettant petit à petit d’intégrer l’espace domestique. Le premier changement que cette miniaturisation a impliqué est donc celui de l’espace physique. L’agencement des pièces, des meubles, des chambres change avec l’arrivée de ce nouvel appareil électroménager qu’il faut installer, comme on a installé avant lui la radio ou la télévision. Mais il n’y a pas que l’espace domestique qui est bouleversé par l’arrivée de cet équipement : l’espace technologique de la maison l’est aussi avec l’arrivée d’un équipement dont le contenu technologique est par définition plus important que les autres, puisqu’il permet de tout faire (jouer de la musique, regarder des films, jouer, communiquer…)

Il est ainsi possible de filmer assez facilement avec la webcam de son ordinateur, avec un camescope, un appareil photo numérique, un smartphone, de réaliser en souplesse le montage avec movie maker ou i.movie  puis de déposer rapidement sur youtube ou dailymotion mais …

L’espace personnel n’est pas un studio d’enregistrement, sa fonction première est l’activité privée (dormir, manger, se laver, exercer des activités sociales variées …). La question qui se pose est donc de savoir concilier le privé et le professionnel pour produire des vidéos pédagogiques de bonne qualité.

Il convient donc de comprendre comment concilier une activité créative professionnelle dans un écosystème non adapté à cet effet.

Dans un studio d’enregistrement l’espace est conçu pour optimiser la prise de vue :

  • Les parois des murs sont adaptées pour piéger les bruits parasites ;
  • Les éclairages sont adaptés pour éviter les ombres inopportunes, la sous exposition ou la surexposition ;
  • Les prises de sons sont optimisés par la présence de micro cravates et autres dispositifs en doublon ;
  • Le mobilier facilite la posture du corps ;
  • La présence de plusieurs caméras permet de gérer une variété de prises de vues.

Au domicile de l’enseignant l’environnement est moins favorable, loin s’en faut. Il faut apprendre à domestiquer un écosystème plus “hostile” car le parasitage est permanent entre la vie privée et les enjeux professionnels. On peut tenter de lister les freins à l’exercice de captation :

  • La qualité de l’éclairage du domicile dépend de sa situation, de sa configuration ;
  • Les bruits domestiques (lave linge, sonnerie du téléphone, sonnerie de la porte d’entrée, bruits de la rue, cris des animaux, musique de fond, télévision allumée …) ;
  • Les flux de circulation humaine. Il est difficile “d’exproprier” l’espace intime pour le rendre professionnel même si c’est par intermittence. Le domicile est un lieu de médiation permanente, quelles sont les conditions de négociation pour obtenir une neutralisation du champ visuel et une “aseptisation” sonore ? ;
  • Comment professionnaliser son champ de vision ? Nous pourrions dire le “désintimiser temporairement” ;
  • La taille de l’appartement et sa configuration influent sur les modalités de réalisation.
  • Les compétences à acquérir

Pendant des années la réalisation de supports pédagogiques animés (on parlait alors d’audiovisuel) relevait de la compétence de spécialistes ou d’enseignants engagés dans des cadres expérimentaux. De 1954 à 1970, le CNDP, l’IPN puis L’OFRATEME ont produit de nombreux films pour la télévision scolaire. À ce propos on peut lire sur le site de l’école documentaire :

1963

Un « Département » de la Radio Télévision Scolaire (RTS) est constitué au sein de l’IPN. Il est toujours dirigé par Henri Dieuzeide. Face à l’explosion démographique, un plan d’extension des moyens audiovisuels d’enseignement est mis en place par le gouvernement dirigé par Georges Pompidou, premier Ministre de Charles de Gaulle. L’Office de Radio Télévision Françaises (L’ORTF) est créé la même année .En avril, la deuxième chaîne de TV est lancée.” L’école documentaire

On peut se référer, pour comprendre les débuts de l’intégration des supports pédagogiques dynamiques, aux travaux de Géneviève Jacquinot-Delaunay et notamment de son expérience au collège de Marly le Roi

Les réalisateurs des supports télévisuels avaient été formés et avaient acquis des compétences spécifiques à la réalisation, au montage, au cadrage. Ils étaient des spécialistes formés dans des écoles prestigieuses formant aux techniques de réalisation. On peut citer, parmi d’autres,  Eric Rohmer cinéaste dont on ne présente plus l’oeuvre, auteur réalisateur à la « scolaire » dans les années 60-70 et et Philippe Pilard spécialiste du cinéma britannique, chargé de cours dans les universités de Vincennes, Jussieu et Nanterre, co-président de la Société des Réalisateurs de Films : (81-83) – “Il reste que Rohmer revendique son travail à la Télévision Scolaire et considère que ses documentaires sur Hugo ou Poe, par exemple, font partie de son oeuvre au même titre que les fictions connues d’un plus large public”. C’était aussi “Edith Krauss, chef opérateur issue de l’IDHEC (prestigieux Institut des Hautes Etudes Cinématographiques remplacé par la FEMIS)” . Nous sommes encore à cette époque dans l’ère de la spécialisation.

Le passage au numérique a largement modifié la donne en nous faisant entrer dans la société de la convergence. Nous sommes désormais inclus dans un système qui donne l’illusion de la compétence (Michel Serres parle de présomption de compétence) car nous avons à disposition des outils souples, intuitifs, portables et interopérables. Nous pouvons assez facilement produire des vidéos, les mettre en ligne, les diffuser de façon massive mais produisent-elles pour autant  un sens  complet ? Sont -elles à l’appui ou “à la remorque” des dispositifs pédagogiques ? La seule compétence technique manipulatoire est-elle soluble dans les dispositifs de formation, lorsqu’elle tend à occulter les enjeux pédagogiques ?

De l’illusion de la compétence, à la compétence acquise, le chemin est long, passe certainement par la formation des enseignants. Serions nous des analphabètes numériques  ? Ce n’est pas impossible !

Il convient de ne pas laisser les enseignants errer dans une zone grise qui ne peut que les desservir dans la réalisation des leurs projets.

***

Il est intéressant de se pencher sur notre histoire de l’enseignement et de la technologie. A l’époque de la télévision scolaire c’est Eric Rohmer qui réalisait des films à portée pédagogique

Organiser une classe virtuelle

28 fév

Au moment où le e-learning commence à être inscrit dans les esprits, il faut que le corps enseignant apprenne de nouvelles gestuelles. Les solutions numériques nous aident à créer de l’interaction à distance car l’espace n’est plus un obstacle,  nous pouvons simuler le réel. Simuler certes mais il n’y a pas identité ce qui impose d’acquérir de nouveaux réflexes professionnels, d’autres routines.

On ne peut, en conséquence, intégrer une classe virtuelle dans un dispositif de formation sans avoir au préalable formé les enseignants et les étudiants. Le progrès technique doit être accompagné pour lui donner un relais social.

C’est à cette condition que l’on pourra jauger la avantages indéniables de cette classe virtuelle.

Le corps dans l’espace de formation, intelligence et ruse

23 fév
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Mètis

Il est des jours où l’activité professionnelle porte au moral. Il est besoin de faire le point au regard de cette rude confrontation avec le réel.

J’ai comme remède singulier, pour me remettre en condition, pour m’apaiser, de m’adonner à la lecture. Non pas celle qui permet de s’évader (la solution qui serait certainement la plus intelligente) mais celle qui aide à penser. Je viens donc, pour calmer mon stress, de relire Christophe Dejours et l’ouvrage  « travail vivant », tome 1 – sexualité et travail (1). Outre le calme retrouvé, cette lecture bénéfique m’a aussi guidé vers mes préoccupations sur le corps dans l’espace de formation.

Dans cet ouvrage, Christophe Dejours aborde le sujet de l’intelligence au travail, de l’intelligence rusée, de l’intelligence du corps, de la subversion, du travail entre corps et âme, intelligence et théorie du corps pensant …

Si nous supposons que le corps dans l’espace de formation est corseté et conditionné par une organisation administrative bien installée. Pouvons-nous alors engager une réflexion sur le corps apprenant et  imaginer qu’elle est de l’ordre de la subversion ?  La salle de classe, l’amphithéâtre, le salle de formation pour les adultes en formation continue sont devenues transparentes tant elles sont inscrites dans notre paysage professionnel. Nous devons  prendre le temps du recul réflexif et interroger point par point ce qu’est cet espace.

J’ai plusieurs fois tenté d’interroger de la place du corps dans les espaces de formation. Ils se sont très peu modifiés en un siècle. On entend souvent citer cette formule : « Si un chirurgien du siècle dernier revenait dans une salle d’opération il serait incapable de comprendre son environnement professionnel. Si un enseignant revenait il ne serait pas ou peu désorienté. »

La salle de formation est un exemple assez significatif d’une forme de l’économie administrée. Elle est globalement imposée, répond à des normes spécifiques. La marge de manœuvre des enseignants, au regard de la structure spatiale, est assez réduite.

Il est vrai que la disposition de la salle de formation a peu corps_espace_10évolué -Le triptyque, tableau, bureau, bureaux, est toujours là. Le corps des apprenants est généralement contraint par l’assise sur la chaise, elle même située face à la table, le groupe étant aligné face au bureau de l’enseignant. Une forme d’organisation industrielle de l’espace de formation. La reproduction du principe pyramidal est très prégnant.

corps_espace_11L’espace réel de formation est  prédéfini car  lorsque l’on entre dans sa classe, l’essentiel est imposé, l’enseignant et les apprenants évoluent dans un modèle très contraint fait de murs, de tables et de chaises. Il est, de ce fait, très difficile de modifier les modèles autre que dans le cadre de projets dits innovants, forme de vitrine de la réflexion / analyse d’un futur possible.

Les enseignants peuvent-ils réellement transformer cette structure ? Ont-ils le pouvoir d’organiser le lieu d’enseignement / apprentissage en fonction de leurs scénarisations ?

C’est ici que je veux me référer à Christophe Dejours car il parle de l’intelligence. Dans notre métier nous nous heurtons quotidiennement au réel, là ou mon  » Savoir se heurte à la résistance du monde » « Alors je suis assurément dans le réel » (page 28)

Tous ceux qui travaillent doivent mobiliser leur intelligence, celle qui : « Découvre, une intelligence qui invente ; peut être même faut-il parfois une intelligence créatrice« 

C’est le gap qui existe entre le prescrit et l’effectif « On méconnait que tous ceux qui travaillent doivent mobiliser une intelligence inventive qui fait partie intégrante du travail ordinaire« 

Alors posons nous la question suivante, lorsque nous entrons dans un lieu de formation, comment doit-on mobiliser son intelligence spatiale ? Soit l’on accepte la disposition orthodoxe, soit l’on fait preuve de ruse.

Là encore, Christophe Dejours nous donne des pistes en convoquant la mètis des Grecs :

« Mètis pour les Grecs, c’était une intelligence qui agit par la ruse » « La mètis se préoccupe surtout de l’efficacité et prend des libertés, ou se montre impertinente, avec les règles et avec les lois« 

« Le plus important sans doute dans les caractéristiques de cette intelligence, c’est qu’elle permet d’improviser, d’inventer des solutions, de trouver des chemins insolites, dans des solutions nouvelles, inconnues, inédites. C’est une intelligence rusée, mais aussi foncièrement inventive, créative, facétieuse parfois, insolente souvent. Les Grecs disent que c’est une intelligence courbe, c’est-à-dire qui ne suit pas les voies bien tracées du raisonnement logique. » (page 31)

Nous faisons l’expérience au quotidien de la salle de formation, nous sommes animés par la volonté de faire réussir nos élèves et étudiants en instillant d’autres paradigmes tels la coopération et la collaboration. L’espace peut potentiellement anéantir nos intentions car il est administré sur des logiques anciennes.

Alors, si nous nous mettions à interroger de façon autre le statut des objets et de leurs positions spatiales ? Qu’est ce qu’une chaise, qu’est ce qu’une table, un mur ?

Je n’ai pas de réponse mais mes questions sont, peut-être, par elles mêmes des ruses ?

La première question consiste à s’appuyer sur la réflexion suivante : le modèle de la salle de cours autobus et-il stable, non réformable ?

corps_espace_13Et si l’on imaginait des pistes pour  d’autres modèles ? Un apprenant allongé, étendu, confortablement enfoncé dans un fauteuil est-ce une proposition qui relève de l’ idée incongrue ?

Tout d’abord il faut partir des usages et des représentations des enseignants. Ont-ils envie de modifier les structures de la classe ? Quels sont leurs usages quotidiens de la spatialité de la classe ? (je reste persuadé que le corps enseignant propose discrètement mais efficacement des usages intéressants) Je touche cependant ici les limites de ma posture intellectuelle. Je suis, je reste  un bricoleur du concept, je n’ai malheureusement aucun moyen de lancer des études, des analyses de terrain pour infirmer ou confirmer mes prémisses.

 Cette posture intellectuelle étant rappelée, nous pouvons nous autoriser quelques spéculations et quelques pistes d’analyses :

Enseigner et apprendre c’est :

  • S’assoir  devant une table ?
  • S’autoriser à concevoir un dispositif de formation incorporant une pensée sur les postures corporelles ? :
    • Apprendre en imaginant que les apprenants puissent choisir de  s’allonger  ;
    • Apprendre en s’asseyant dans des fauteuils ou des canapés ;
    • Apprendre en restant debout ;
    • Apprendre en autorisant le groupe d’apprenants à choisir sa posture favorite.

corps_espace_19J’imagine que la perspective d’une telle déconstruction peu paraître utopique, décalée et non acceptable pour beaucoup. Je suppose que cela renvoie à notre éducation, à nos représentations qui veulent qu’un élève qui apprend est un élève qui se tient « correctement » (comprenez assis sur une chaise, face à une table, face à l’enseignant). C’est peut-être aussi l’idée répandue que la rigueur du corps est consubstantielle à la rigueur de l’esprit …

Poser les termes du débat, n’induit pas que nous allons tout changer, modifier obligatoirement et définitivement la structure de la salle. La salle autobus à sa logique mais est-elle indéboulonnable ?

Ce billet ne propose pas un grand soir de la spatialité, en balayant radicalement l’existant mais bien un début de réflexion sur ce que pourrait être une salle de formation où s’instille le numérique. Imaginons des scénarios sans nous censurer à priori. Osons le raisonnement par l’absurde.

La démarche, me semble t-il doit passer par des propositions subversives, dérangeantes. N’hésitons pas à proposer des organisations différentes, des cours dispensé face à un groupe d’élèves, certains allongés, d’autres enfoncés moelleusement dans un sofa, ou encore assis par terre. Il peut en émerger des pistes utiles,  des orientations. La subversion mobilière, la ruse spatiale comme principe d’analyse et de réflexion.

Je vais continuer à imaginer les pistes de l’espace réel de formation en convoquant mon imaginaire et mes utopies. J’ai cependant commencé à regarder comment les individus engagent leur corps avec la numérique. J’ai essayé de formaliser cela dans le diaporama ci-dessous.

Ce blog se veut, je le rappelle à chaque fois, un lieu de débat et de confrontation. Vous êtes cordialement invités à vous exprimer si vous en avez l’envie.

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Christophe Dejours, « Travail vivant » tome 1 « sexualité et travail « ,  Petite bibliothèque Payot, 2009 – ISBN 978-2-228-90839-9

L’espace de formation- Pistes d’analyses

21 fév

Pour le moment que des pistes graphiques

Vu chez Stealcase

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