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Organiser une classe virtuelle

28 fév

Au moment où le e-learning commence à être inscrit dans les esprits, il faut que le corps enseignant apprenne de nouvelles gestuelles. Les solutions numériques nous aident à créer de l’interaction à distance car l’espace n’est plus un obstacle,  nous pouvons simuler le réel. Simuler certes mais il n’y a pas identité ce qui impose d’acquérir de nouveaux réflexes professionnels, d’autres routines.

On ne peut, en conséquence, intégrer une classe virtuelle dans un dispositif de formation sans avoir au préalable formé les enseignants et les étudiants. Le progrès technique doit être accompagné pour lui donner un relais social.

C’est à cette condition que l’on pourra jauger la avantages indéniables de cette classe virtuelle.

Le corps dans l’espace de formation, intelligence et ruse

23 fév
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Mètis

Il est des jours où l’activité professionnelle porte au moral. Il est besoin de faire le point au regard de cette rude confrontation avec le réel.

J’ai comme remède singulier, pour me remettre en condition, pour m’apaiser, de m’adonner à la lecture. Non pas celle qui permet de s’évader (la solution qui serait certainement la plus intelligente) mais celle qui aide à penser. Je viens donc, pour calmer mon stress, de relire Christophe Dejours et l’ouvrage  « travail vivant », tome 1 – sexualité et travail (1). Outre le calme retrouvé, cette lecture bénéfique m’a aussi guidé vers mes préoccupations sur le corps dans l’espace de formation.

Dans cet ouvrage, Christophe Dejours aborde le sujet de l’intelligence au travail, de l’intelligence rusée, de l’intelligence du corps, de la subversion, du travail entre corps et âme, intelligence et théorie du corps pensant …

Si nous supposons que le corps dans l’espace de formation est corseté et conditionné par une organisation administrative bien installée. Pouvons-nous alors engager une réflexion sur le corps apprenant et  imaginer qu’elle est de l’ordre de la subversion ?  La salle de classe, l’amphithéâtre, le salle de formation pour les adultes en formation continue sont devenues transparentes tant elles sont inscrites dans notre paysage professionnel. Nous devons  prendre le temps du recul réflexif et interroger point par point ce qu’est cet espace.

J’ai plusieurs fois tenté d’interroger de la place du corps dans les espaces de formation. Ils se sont très peu modifiés en un siècle. On entend souvent citer cette formule : « Si un chirurgien du siècle dernier revenait dans une salle d’opération il serait incapable de comprendre son environnement professionnel. Si un enseignant revenait il ne serait pas ou peu désorienté. »

La salle de formation est un exemple assez significatif d’une forme de l’économie administrée. Elle est globalement imposée, répond à des normes spécifiques. La marge de manœuvre des enseignants, au regard de la structure spatiale, est assez réduite.

Il est vrai que la disposition de la salle de formation a peu corps_espace_10évolué -Le triptyque, tableau, bureau, bureaux, est toujours là. Le corps des apprenants est généralement contraint par l’assise sur la chaise, elle même située face à la table, le groupe étant aligné face au bureau de l’enseignant. Une forme d’organisation industrielle de l’espace de formation. La reproduction du principe pyramidal est très prégnant.

corps_espace_11L’espace réel de formation est  prédéfini car  lorsque l’on entre dans sa classe, l’essentiel est imposé, l’enseignant et les apprenants évoluent dans un modèle très contraint fait de murs, de tables et de chaises. Il est, de ce fait, très difficile de modifier les modèles autre que dans le cadre de projets dits innovants, forme de vitrine de la réflexion / analyse d’un futur possible.

Les enseignants peuvent-ils réellement transformer cette structure ? Ont-ils le pouvoir d’organiser le lieu d’enseignement / apprentissage en fonction de leurs scénarisations ?

C’est ici que je veux me référer à Christophe Dejours car il parle de l’intelligence. Dans notre métier nous nous heurtons quotidiennement au réel, là ou mon  » Savoir se heurte à la résistance du monde » « Alors je suis assurément dans le réel » (page 28)

Tous ceux qui travaillent doivent mobiliser leur intelligence, celle qui : « Découvre, une intelligence qui invente ; peut être même faut-il parfois une intelligence créatrice« 

C’est le gap qui existe entre le prescrit et l’effectif « On méconnait que tous ceux qui travaillent doivent mobiliser une intelligence inventive qui fait partie intégrante du travail ordinaire« 

Alors posons nous la question suivante, lorsque nous entrons dans un lieu de formation, comment doit-on mobiliser son intelligence spatiale ? Soit l’on accepte la disposition orthodoxe, soit l’on fait preuve de ruse.

Là encore, Christophe Dejours nous donne des pistes en convoquant la mètis des Grecs :

« Mètis pour les Grecs, c’était une intelligence qui agit par la ruse » « La mètis se préoccupe surtout de l’efficacité et prend des libertés, ou se montre impertinente, avec les règles et avec les lois« 

« Le plus important sans doute dans les caractéristiques de cette intelligence, c’est qu’elle permet d’improviser, d’inventer des solutions, de trouver des chemins insolites, dans des solutions nouvelles, inconnues, inédites. C’est une intelligence rusée, mais aussi foncièrement inventive, créative, facétieuse parfois, insolente souvent. Les Grecs disent que c’est une intelligence courbe, c’est-à-dire qui ne suit pas les voies bien tracées du raisonnement logique. » (page 31)

Nous faisons l’expérience au quotidien de la salle de formation, nous sommes animés par la volonté de faire réussir nos élèves et étudiants en instillant d’autres paradigmes tels la coopération et la collaboration. L’espace peut potentiellement anéantir nos intentions car il est administré sur des logiques anciennes.

Alors, si nous nous mettions à interroger de façon autre le statut des objets et de leurs positions spatiales ? Qu’est ce qu’une chaise, qu’est ce qu’une table, un mur ?

Je n’ai pas de réponse mais mes questions sont, peut-être, par elles mêmes des ruses ?

La première question consiste à s’appuyer sur la réflexion suivante : le modèle de la salle de cours autobus et-il stable, non réformable ?

corps_espace_13Et si l’on imaginait des pistes pour  d’autres modèles ? Un apprenant allongé, étendu, confortablement enfoncé dans un fauteuil est-ce une proposition qui relève de l’ idée incongrue ?

Tout d’abord il faut partir des usages et des représentations des enseignants. Ont-ils envie de modifier les structures de la classe ? Quels sont leurs usages quotidiens de la spatialité de la classe ? (je reste persuadé que le corps enseignant propose discrètement mais efficacement des usages intéressants) Je touche cependant ici les limites de ma posture intellectuelle. Je suis, je reste  un bricoleur du concept, je n’ai malheureusement aucun moyen de lancer des études, des analyses de terrain pour infirmer ou confirmer mes prémisses.

 Cette posture intellectuelle étant rappelée, nous pouvons nous autoriser quelques spéculations et quelques pistes d’analyses :

Enseigner et apprendre c’est :

  • S’assoir  devant une table ?
  • S’autoriser à concevoir un dispositif de formation incorporant une pensée sur les postures corporelles ? :
    • Apprendre en imaginant que les apprenants puissent choisir de  s’allonger  ;
    • Apprendre en s’asseyant dans des fauteuils ou des canapés ;
    • Apprendre en restant debout ;
    • Apprendre en autorisant le groupe d’apprenants à choisir sa posture favorite.

corps_espace_19J’imagine que la perspective d’une telle déconstruction peu paraître utopique, décalée et non acceptable pour beaucoup. Je suppose que cela renvoie à notre éducation, à nos représentations qui veulent qu’un élève qui apprend est un élève qui se tient « correctement » (comprenez assis sur une chaise, face à une table, face à l’enseignant). C’est peut-être aussi l’idée répandue que la rigueur du corps est consubstantielle à la rigueur de l’esprit …

Poser les termes du débat, n’induit pas que nous allons tout changer, modifier obligatoirement et définitivement la structure de la salle. La salle autobus à sa logique mais est-elle indéboulonnable ?

Ce billet ne propose pas un grand soir de la spatialité, en balayant radicalement l’existant mais bien un début de réflexion sur ce que pourrait être une salle de formation où s’instille le numérique. Imaginons des scénarios sans nous censurer à priori. Osons le raisonnement par l’absurde.

La démarche, me semble t-il doit passer par des propositions subversives, dérangeantes. N’hésitons pas à proposer des organisations différentes, des cours dispensé face à un groupe d’élèves, certains allongés, d’autres enfoncés moelleusement dans un sofa, ou encore assis par terre. Il peut en émerger des pistes utiles,  des orientations. La subversion mobilière, la ruse spatiale comme principe d’analyse et de réflexion.

Je vais continuer à imaginer les pistes de l’espace réel de formation en convoquant mon imaginaire et mes utopies. J’ai cependant commencé à regarder comment les individus engagent leur corps avec la numérique. J’ai essayé de formaliser cela dans le diaporama ci-dessous.

Ce blog se veut, je le rappelle à chaque fois, un lieu de débat et de confrontation. Vous êtes cordialement invités à vous exprimer si vous en avez l’envie.

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Christophe Dejours, « Travail vivant » tome 1 « sexualité et travail « ,  Petite bibliothèque Payot, 2009 – ISBN 978-2-228-90839-9

L’espace de formation- Pistes d’analyses

21 fév

Pour le moment que des pistes graphiques

Vu chez Stealcase

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Conception et ingénierie de cours

14 fév

Depuis cette année, dans des circonstances où l’imprévu s’est imposé de façon brutale, je m’occupe de la FDV à la Faculté de Droit, de l’Université Jean Moulin Lyon 3. Je suis passé de la vision (presque) théorique du e-learning à la prise en continu avec le concret. Comprenez assumer le bon fonctionnement au quotidien d’un service, assurer la fluidité des cours, répondre aux attentes et inquiétudes des étudiants, des enseignants, assurer le suivi administratif, gérer du personnel … Je prends conscience de  la distance qui existe entre poser des jalons théoriques et gérer jour après jour une structure de e-learning. J’apprends chaque minute en ayant un pied sur la rive du conceptuel et un pied sur la rive de l’opérationnel.

Que puis je dire de cette expérience de terrain ?

C’est une activité par essence collective où il faut  en permanence mettre en sourdine le JE au profit du NOUS

En pratiquant on prend le risque de se perdre dans une routine administrativo / technique (elle est rassurante parce qu’elle est balisée). Il faut, pour ne pas tomber dans ce travers, continuer à lire, à explorer, à emprunter les détours du design, de la philosophie, de la sociologie, des sciences de l’éducation tout en pratiquant le e-learning sous sa forme « Je mets les mains dans le cambouis« , « J’ouvre le capot ». Cette symbiose, cet équilibrisme permanent sont  épuisants, éprouvants, mais féconds.

Oublier de prendre le temps de l’analyse et de la conceptualisation c’est se condamner à l’anecdotique. Se laisser rattraper par le quotidien, c’est se perdre dans un faire et une gestuelle stériles.

Ne pas pratiquer c’est prendre le risque (mais je n’en suis pas certain) de s’enfermer dans un silo.

Ce travail, de mon point de vue, est avant tout un travail de propositions, un travail de synthèse transversal.

J’ai donc commencé à prendre le temps du recul réflexif pour tenter de formaliser l’activité d’un temps effervescent de ma vie.

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Espace de formation et compétences

8 fév

Je viens de lire le billet de Jacques Rodet sur  le manque de temps des apprenants à distance et j’aimerais le compléter par la vision de l’espace.

S’il fallait isoler un autre invariant en formation à distance, j’ajouterai celui de la difficulté à imaginer, à construire l’ (es) espace(s) de formation.

L’enjeu, pour les concepteurs des dispositifs de formation est d’inscrire leurs réflexions dans un cadre large, qui va des enjeux de la conception (le in vitro) au déploiement, au suivi de la formation et son inscription dans l’espace (le in vivo). Nous sommes encore largement dans des processus de conception séquencée qui distinguent l’espace de formation réel, de l’espace de formation virtuel. Il faut pourtant systématiquement associer le scénario spatial aux divers autres scénarios (administratifs, techniques, pédagogiques, tutoraux, …). Il faut, ab initio, penser la façon dont sera situé l’apprenant dans les divers espaces, les postures qu’il peut adopter. Il faut IMPERATIVEMENT déterminer l’agencement des espaces de formation.

La question n’est pas anecdotique car l’injection des projets dans le « in vivo » est potentiellement génératrice de réactions. Prévoir c’est probablement anticiper des conflits.

Ces formations « in vivo » se développent dans une période où, comme le montre l’extrait d’un de mes cours, les métiers et les compétences associées se transforment. Les écrans sont devenus omniprésents, ils sont les interfaces de transition entre l’espace réel et l’espace virtuel. À ce propos, dans une de ses conférences, Michel Serres dit :

« Autrefois, lorsque j’étais jeune, c’était le paléolithique supérieur, lorsque j’entrais quelque part, dans une échoppe quelconque, je pouvais reconnaître le métier de quiconque par l’observation extérieure et la position de son corps. Si je voyais un homme avec un tablier de cuir brandir une masse sur une enclume, je me disais « voici un forgeron ». Si je voyais quelqu’un armé d’une varlope, je me disais « voici un menuisier ».

Si, par exemple, je voyais une femme avec une blouse blanche tachée de rouge et de vert au milieu des cornues, je me disais « voici une chimiste, ou une pharmacienne ». Derrière un guichet, je disais une banquière ou une postière. Aujourd’hui, où que je rentre, je vois une personne penchée devant son écran, en train de tapoter sa console, je ne peux plus distinguer les métiers, voici de nouveau l’universalité reconnue. »

Il faut bien accepter, dans ses réflexions, de reconnaître que la place des écrans est devenue centrale. Ils ne se posent pas sur un bureau, pas plus qu’ils ne se fixent au mur ou qu’ils se situent entre deux mains. L’écran doit se penser, il s’intègre dans le dispositif global de formation. C’est à cette condition que son placement, sa fixation, sa posture manuelle à du sens. En l’intégrant dans le dispositif, il nous engage à penser les espaces où sont situés les apprenants.

À défaut de scénarisation spatiale, il y aura inévitablement des réactions car l’immixtion des écrans, non pensée, imposée parfois, bouleverse l’espace social de formation, le met en tension. Prenons quelques axes de réflexion :

. Le travail à domicile est devenu accessible au plus grand nombre car l’accès au savoir (banques de données, modules de formation, sites web, e.book) s’effectue à partir des écrans, donc potentiellement, nous sommes dans l’ère de la pervasivité. Pour autant, nous ne pouvons nous arrêter à un constat simplement numérique car la diffusion bouleverse une organisation à laquelle nous nous étions habitués. Elle provenait de l’organisation industrielle – Le fractionnement et l’étanchéité des lieux.

Travailler de son domicile peut être vécu comme la conquête d’une forme de liberté ou considérée comme une forme d’asservissement parce qu’elle peut être perçue comme une façon d’accroître le temps de travail sans contreparties. Nous sommes donc ici inscrit dans un dialogue croisé entre l’émergence champ des possibles et la capacité d’acceptation ou de rejet du corps social.

La concertation semble s’imposer dans ce cadre. Il est nécessaire de bâtir, de prévoir des scénarios sociaux où la tension et le conflit peuvent être des dimensions sensibles. Il faut rappeler que nous avons la capacité d’imaginer (de construire) un futur mais souvent équipé avec des outils de pilotage sociaux d’hier.

Nous en sommes, à ce jour à trouver des solutions locales, négociées au cas par cas. Nous sommes, pour reprendre une thématique qui m’est chère, dans le bricolage social. Faudra t-il imaginer de nouveaux statuts qui prennent en compte la multitude spatiale et ses conséquences ? Je ne suis pas loin de le penser, mais à ce stade de ma réflexion je n’ai pas de propositions, j’ai encore trop de questions sans réponses.

. Concevoir les nouvelles salles de formation participe aussi à cette réflexion sur l’espace. Il va falloir penser une nouvelle logique spatiale des lieux de formation. Nous ne pouvons continuer à imaginer un champ des possibles fait de collaboration, de coopération dans des salles figées. Il faudra que cette réflexion soit le fruit d’une réelle concertation entre les différents partenaires. Les concepteurs des formations peuvent, de ce point de vue, faire bouger les lignes de fracture en faisant des propositions spatiales argumentées.

La conception des dispositifs de formation doit évidemment passer par une capacité à intégrer des contraintes très techniques allant de la maîtrise des LMS, en passant par la scénarisation des capsules vidéos … Mais il ne faut pas oublier qu’une formation c’est aussi une dimension humaine qui passe par l’intégration de considérations conceptuelles, l’espace en étant une dimension.

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Somme des billets rédigés sur l’espace de formation (2010-2014)

1 fév

Le blog est certes un outil d’éditorialisation, il est parfois utile de rassembler les billets dans un document de synthèse. J’ai rassemblés quelques articles sur l’espace de formation.

La routine pédagogique

8 jan

Billet en rapport

«Et c’est … très simple ! » voilà une conclusion que l’on peut entendre en incise du discours de certains intervenants, dans les formations et les colloques consacrés au numérique et à l ‘éducation.

Les cadres de la formation ont pourtant grandement évolué en quelques années. Au risque de grossir le trait, nous sommes passés très rapidement, presque sans transition, du duo stylo / feuille de papier à la constitution d’un écosystème technologique d’une rare complexité. Il s’est diffusé par capillarité dans et hors les lieux de formation. La « vulgate numerica » faisant place à la « vetus technologica », donne la dimension du changement qui s’est opéré.

Ce n’est pas le terme de  simplicité qui me vient à l’esprit lorsque je tente de mettre à plat les structures du quotidien professionnel des enseignants quel que soit le niveau de formation. Comment peut-on soutenir raisonnablement l’argument de l’acte simple quand s’est construit un écosystème technologique personnel (Philip Ely, 2011) et institutionnel d’une rare complexité ?

Malgré le « Tsunami numérique » (Emmanuel Davidenkoff, 2014) et technologique qui nous submerge, nous pouvons toujours entendre, répété à l’envi, l’argument du  « c’est simple ». Il est intéressant de se pencher sur les raisons qui poussent à l’affirmer avec conviction. Comment peut-on concilier cet apparent paradoxe fruit du [non]dialogue conceptuel entre le geste et la pensée ?

Alors même que le numérique a brouillé l’image du corps dans nos représentations sociales (Moiraud, 2014) la technologie nous invite à avoir une autre approche de ce dernier. Le geste comme élément du corporel est intégré dans les processus d’apprentissage.

Nous avons lentement adopté, au gré des nouveautés technologiques, des attitudes corporelles adaptées. Nous avons rédigé sans nous en apercevoir une nouvelle grammaire du geste. Il s’est régulé en même temps que se sont déployées les technologies numériques éducatives. Notre rapport avec le système des machines (Simondon, 1958) s’en est trouvé transformé.

Depuis cette année j’ai commencé à engager une réflexion sur le lien existant entre la main et la pensée (Moiraud, 2014). Je suis parti du constat par l’usage que l’exercice professionnel dans la société du numérique  aurait amplifié  la dissociation entre le corps et l’esprit, en tout cas dans un imaginaire collectif et littéraire (Milon, 2005)

Nous devons interroger à nouveau le corps dans sa contribution aux méthodes d’apprentissages et à l’enseignement. Nous oscillons entre les postures intellectuelles de la période de Jean Baptiste de la Salle qui affirmait que le corps devait se « tenir droit » et la cyberpériode où il peut s’émanciper en s’extirpant d’une forme de corsetage. Apprendre à relâcher son corps est-il consubstantiel à un relâchement de l’esprit ? Le numérique pose à nouveau avec acuité ces questions.

Revenons aux propos de Jean-Baptiste de la Salle. Il fallait, selon lui « tenir le corps droit, un peu tourné et dégagé sur le côté gauche, et tant soit peu penché sur le devant, en sorte que le coude étant posé sur la table, le menton puisse être appuyé sur le poing, à moins que la portée de la vue ne le permette pas ; la jambe gauche doit être un peu plus avancée sous la table que la droite. Il faut laisser une distance de deux doigts du corps à la table ; car non seulement on écrit avec plus de promptitude, mais rien n’est plus nuisible à la santé que de contracter l’habitude d’appuyer l’estomac contre la table /…/ »  (Jean-Baptiste de la Salle, 1828)

Je ne traiterai pas dans cet article du rapport direct entre le corps et l’espace numérique, je renvoie pour une approche détaillée à la revue Esprit intitulée «Homo numericus ». Des auteurs de renoms y traitent la question du corps. La partie 2 intitulée « Le corps à l’épreuve des cultures numériques ». Antonio Casili (« Culture numérique : l’adieu au corps n’a jamais eu lieu » et « Le stéthoscope et la souris : savoirs médicaux et imaginaires numériques du corps ») ; Entretien avec Georges Vigarello («  Devant l’écran et dans les flux. Éléments pour une histoire des corps dans la culture technologique ») ; Patrice Flichy (« Le corps dans l’espace numérique ») ; Pascal Froissard (« Le corps dans les rumeurs visuelles de l’internet ») ; Alain Léobon (« Le corps à l’épreuve du risque, les expressions minoritaires sur l’internat gay ») ; Delphine Garde(« au cœur à corps avec le manifeste Cybor de Donna Haraway ») (Revue Esprit, 2009).Les articles et les références bibliographiques sont un terreau fertile pour creuser cette question.

C’est le geste, l’attitude corporelle qui nous intéressera ici, plus que le corps car l’enseignant à la façon de l’artisan doit apprendre son métier, répéter, affuter le(s) geste(s) professionnels qui le rendront expert. Le lieu de formation est son atelier. Lorsque le geste est maîtrisé, il devient alors la routine de l’enseignant, le geste répété, devenu transparent, fera que la phrase « c’est simple » aura du sens !  On l’aura compris la simplicité supposée du geste est le résultat d’un long processus complexe d’acquisition.

Il est utile, pour initier cette réflexion, de se référer à l’ouvrage « Les techniques du corps » (Marcel Mauss, 1933). L’auteur fait référence à un geste jardinier apparemment banal, le bêcher et pourtant … . Il évoque dans son ouvrage un souvenir du champ de bataille : « Les troupes anglaises avec lesquelles j’étais ne savaient pas se servir de bêches françaises, ce qui obligeait à changer 8 000 bêches par division quand nous relevions une division française, et inversement. Voilà à l’évidence comment un tour de main ne s’apprend que lentement. Toute technique proprement dite a sa forme. »

Comme les troupes anglaises, nous sommes en train de changer massivement et rapidement les outils des enseignants. Il faut maintenant que les nouveaux gestes en rapport soient acquis. Sur le front de l’enseignement et de l’apprentissage les troupes ont-elles acquis les bons gestes, les bonnes techniques, ont-elles intégrées les routines idoines ?

Il nous faudra dans un premier temps que nous bordions le champ conceptuel de la routine (1), puis nous nous interrogerons sur la place de la routine dans le métier de l’enseignement (2).

Qu’est ce que la routine ?

Ce terme est paré d’un sens négatif dans le discours commun, un enseignant qui dit que son métier est routinier exprime une part de déception et de lassitude. Le métier ne lui apporte plus le souffle suffisant pour arpenter les voies de l’enthousiasme et de la surprise. Elle serait le pendant de la rhétorique ouvrière du métro – boulot – dodo pour le monde des travailleurs du savoir.

Le terme de routine est très (trop) souvent entendu sous son acception négative. On peut entendre de ci, de là, « Mon  métier est devenu routinier », « Je suis entré dans une routine ennuyeuse ». Philippe Wattrelot dans un article intitulé « École et innovation, je t’aime moi non plus » dit : « Innover c’est donc aussi  “s’autoriser”, car les barrières sont bien souvent celles de nos propres routines et nos représentations. » (Philippe Wattrelot, 2014)

(Matthew B.Crawford, 2012) dans l’éloge du carburateur dit : « Une bonne partie de la réthorique futuriste qui sous-tend l’aspiration à en finir avec les cours de travaux manuels et à envoyer tout le monde à la fac repose sur l’hypothèse que nous sommes au seuil d’une économie postindustrielle au sein de laquelle les travailleurs ne manipuleront plus que des abstractions. Le problème c’est que manipuler des abstractions n’est pas la même chose que penser. Les cols blancs sont eux aussi victimes de la routinisation et de la dégradation du contenu de leurs tâches, et ce en fonction d’une logique similaire à celle qui a commencé à affecter le travail manuel il y a un siècle »

Il ne faut donc pas sous estimer cette vision des choses car elle est un  marqueur d’une forme de perte du sens du travail (Richard Sennett, 2000)

S’il est vrai que nous nous accordons sur cette définition, cela ne signifie pas que c’est  la seule acception. C’est notamment du côté de Richard Sennett que je souhaite me tourner à nouveau pour cerner ce concept. Dans sa trilogie sur le travail, il donne une tout autre définition en se référant au monde de l’artisanat (Sennett, 2010).

Richard Sennett définit ainsi la routine :

« Tout à l’heure je vais passer plus de trois heures à jouer du violon. Ce laps de temps  sera consacré à la routine, cela va m’ennuyer et cela va me combler. C’est un va et vient qui accompagne ce cycle de connaissance tacite, de reconsidération explicite et de réinscription dans la tâche. Du moins pour les musiciens, et je crois que c’est aussi le cas pour les personnes qui ont une autre activité manuelle.

L’expérience de la routine procure cette sensation de rythme intérieur. Le problème avec le travail industriel est qu’il n’est que répétition et quand on travaille à la chaîne, il est difficile d’atteindre cet état. Après avoir joué d’un instrument pendant plus de trois heures, vous n’êtes plus là où vous étiez quand vous avez commencé. Il peut y avoir des surprises ou des découvertes mais il y a surtout ce jeu entre la répétition et la rupture. Et cela peut apporter de grandes sources de satisfaction. » (Heilbrunn, 2012)

Le travailleur du savoir en général, les enseignants en particulier, comme les travailleurs manuels construisent leur professionnalité grâce à une panoplie de gestes. Entrer dans une classe, dans un amphithéâtre, circuler dans le lieu de formation, être capable de s’affranchir de la disposition mobilière proposée par l’institution (donc agir par le geste sur la gestion mobilière) … autant de micro gestes qu’il faut répéter pour qu’à la fin ils paraissent naturels, deviennent « le geste simple ». Le geste doit, à terme, devenir transparent (Rézeau, 2001) « Nous illustrerons ce point par un exemple banal emprunté au domaine des nouvelles technologies. Pour un utilisateur confirmé des interfaces Macintosh ou Windows, le dispositif de pointage qu’on appelle la « souris » est devenu totalement transparent. Le couple main + souris est un prolongement du cerveau de l’utilisateur, transparent dans l’action »

Il en est de même pour le lieu privé, qui se « professionnalise par intermittence » (Moiraud, 2013). Il convient de savoir l’organiser en tenant compte des « objets comme les câbles USB, l’infrastructure internet et même les portes, les murs ou les divans étaient les objets qui, le plus souvent, empêchaient le plus le partage de musique ou d’images au sein du foyer et ce même pendant des mois ». (Philip Ely, 2011). Le domicile comme expression du lieu de travail doit être vu comme le lieu d’acquisition de gestes indispensables à la construction de la professionnalité qu’il soit rationnalisé ou bricolé.

Le numérique donne un nouveau souffle à cette réflexion. L’enseignant est désormais inséré dans un écosystème technologique complexe multi situé, c’est-à-dire dans et hors le lieu institutionnel. Le métier d’enseignant est aussi omni instrumenté, l’outil fait figure de prothèse, le prolongement de la pensée. Il  ne peut qu’inscrire le geste (et le corps) dans le champ réflexif. On doit essayer, sinon d’apporter des réponses, tenter de poser des questions que je crois utiles.

Comment doit-on positionner son corps face à un ordinateur selon qu’il soit fixe ou mobile ? Comment imaginer les nouvelles circulations dans les salles de classe ? Comment doit-on se déplacer dans les systèmes immatériels numérisés ?

Les enseignants doivent développer des routines pour que leur enseignement soit fluide, parce qu’il est instrumenté. La routine doit aider à se concentrer sur l’essentiel de l’activité, le cœur du métier, à savoir enseigner, transmettre des savoirs, osons même l’utopie de la démocratisation, geste social à atteindre.

Le geste est ainsi central, me semble t-il, dans l’acquisition de la professionnalité car tant qu’il n’est pas assimilé, qu’il n’est pas transparent, il est un frein, il peut ralentir l’acte de transmission, et générer des craintes. Les enjeux du lien entre la routine et geste dans l’ère numérique, fortement instrumentée, nous renvoient à une question de temps. Comment peut-on acquérir des routines professionnalisantes lorsque les modifications techniques sont inscrites sur un permanent court terme ? L’absence de routine, disons plutôt la difficulté à la construire, n’est-elle pas un frein à la constitution de professionnalités stables ?

Il est utile de rappeler qu’en quelques années les enseignants ont du acquérir (ou pas) les gestes liés à l’introduction de l’ordinateur, des cédéroms, des vidéoprojecteurs, des tablettes, des smartphones, des TBI …

L’objectif est toujours l’enseignement mais lorsqu’un outil chasse l’autre cela laisse peu de temps à l’installation de la routinisation du geste. L’ouvrage « petite poucette » (Michel Serres, 2013) est caractéristique de nos propos, c’est par la métaphore des pouces qu’est exprimée la révolution technologique. Faut-il rappeler l’emblématique ouvrage « Le geste et la parole »  d’André Leroi-Gourhan (1964)

Pourtant … le geste est minimisé dans le métier d’enseignant car nous sommes victimes d’un syndrome dichotomique. Il y aurait dans nos représentation sociales, les métiers du geste d’un côté et les métiers du savoir de l’autre, le bon grain et l’ivraie ( ?) Or le geste et le savoir sont intimement mêlés pour atteindre les objectifs de l’apprentissage et de l’enseignement. Les travailleurs du savoir ont absolument besoin du geste comme les travailleurs manuels sont évidemment inscrits dans la conceptualisation.

Ne pas considérer le geste comme un élément central de notre professionnalité c’est prendre le risque de réduire le métier à une forme d’asservissement à la machine. Or l’instrumentation doit être comprise comme une chance d’aller vers un champ des possibles vertueux si elle est inclus dans un tout.

Cette première approche se veut être un travail de mise en place de mes réflexions, je ne suis pas sûr que les cadres soient totalement précis, que la rigueur scientifique soit toujours au rendez-vous mais je souhaite continuer cette réflexion notamment pour continuer mes analyses sur les espaces de formation.

Il me reviendra d’approfondir  cette question du geste car elle interroge en filigrane une forme de behaviourisme. La répétition que nous souhaitons évacuer des schémas d’apprentissage pour donner plus de sens à l’esprit et à la réflexion revient en force avec le geste. La main, l’esprit seront donc bien mes réflexions pour les mois à venir.

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Bibliographie

Crawford, M. (2012). L’éloge du carburateur.

Davidenkoff, E. (2014). Le tsunami numérque. (Stock, Éd.)

De Certeau, M. (1980). L’invention du quotidien, arts de faire. (e. Folio, Éd.)

De La Salle, J. (1828). Conduite des écoles chétiennes.

Ely, P. (2011). digital DIY.

Gofmann, E. (1975). les rites de la vie quotidienne.

Heilbrunn, B. (2012). Artisanat et sensualité de la pensée. Le monde.

Leroi-Gourhan, A. (1964). Le geste et la parole. (A. Michel, Éd.)

Mauss, M. (1933). Les techniques du corps.

Michel Serres. (2013). Petite poucette (éd. La pomme).

Milon, A. (2005). La réalité virtuelle. Avec ou sans le corps ? (autrement, Éd.)

Moiraud, J.-P. (2013). Changer d’air, changer d’ère et changer d’aire.

Moiraud, J.-P. (2014). De l’utopie de la négation du corps au geste tactile, un pas vers l’école du futur ? (Blog, Éd.)

Moiraud, J.-P. (2014). La main et la pensée. (Blog, Éd.)

Platon. (livre III, chap.XVII.). La république. (c. livre III, Éd.)

Revue Esprit. (2009). Homo numericus. (R. Esprit, Éd.)

Rézeau, J. (2001). Médiatisation et médiation pédagogique dans un environnement multimédia. (U. d. 2, Éd.) Thèse.

Sennett, R. (2010). Ce que sait la main . La culture de l’artisanat . Albin Michel.

Sennett, R. (2000). Le travail sans qualité. Albin Michel.

Simondon, G. (1958). Du mode d’existence des objets techniques. (Aubier, Éd.)

Vial, S. (2013). L’être et l’écran. (PUF, Éd.)

Wattrelot, P. (2014). École et innovation, je t’aime moi non plus. (B. personnel, Éd.)

Monde virtuel et processus d’apprentissage

6 jan

Voici plusieurs années que je me penche sur les questions d’apprentissage dans les mondes immersifs. J’ai abondamment circulé dans diverses solutions techniques ; second life, opensims et assemblive.

Les deux premières solutions permettent de développer des mondes très complexes, c’est à la fois une qualité et un défaut :

La qualité tient au champ des possibles qui est quasiment infini, on peut développer des mondes qui répondent aux scénarios les plus développés.

La faiblesse est consubstantielle à la qualité : la complexité. Il ne faut pas perdre de vue que l’objectif premier est la formation plus que la prise en main d’un outil. Nous avons pu jusqu’à ce jour mener des expériences parce que nous y consacrions une énergie considérable, que nous prenions le temps d’acculturer les enseignants et les étudiants. Cela prenait beaucoup de temps, beaucoup d’énergie.

Le temps des bilans est venu, si l’on veut développer une pédagogie instrumentée par les mondes immersifs, il faut s’appuyer sur des technologies qui demandent un effort cognitif minimum et une fondation logicielle réduite à sa plus simple expression (un clic sur une URL par exemple). N’oublions pas que notre objectif est de former à un champ disciplinaire complexe. Ajouter la complexité technologique à la complexité conceptuelle est contreproductive.

Il faut être efficace, dans le cas contraire c’est se condamner à travailler en silo avec des experts technologiques, les geeks. L’entresoi pédagogique n’a pas de sens de mon point de vue.

La solution Assemblive que je suis en train d’explorer à nouveau me paraît répondre à mes attentes de formation, un environnement 3D, souple, ne nécessitant pas d’installation de logiciel supplémentaire et complexe (je ne dis pas pour autant simple)

Voici le premiers tests de représentation d’un palais de justice qui pourraient préfigurer des scénarios de formation pour les juristes. Je reste accroché aux réflexions de mon champ professionnel mais il est évident que l’on peut le déborder aisément.

Le travail présenté ci-dessous sont les mises en usage des réflexions menées avec Gérald Delabre (†) et Jacques Rodet notamment sur le blog http://tutvirt.blogspot.com

Synthèse du blog 2014

2 jan

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 21 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 8 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Espace et numérique

16 déc

Lettre jamais publiée …

L’édito

Nous  lançons cette année une lettre d’information trimestrielle sur le e-learning. Dans un contexte de transformation de l’éducation il nous a semblé nécessaire de vous informer sur les réflexions, les recherches qui sont menées et les usages qui se développent.

 Les modalités de l’enseignement et de l’apprentissage se modifient en simultané à la diffusion du numérique dans la société. Les Universités se sont fortement numérisées, la formation en ligne s’est lentement mais surement inscrite dans le paysage scientifique. Les Mooc se développent dans le cadre du plan FUN. La méthode pédagogique de la classe inversée (flipped classroom) s’instille comme un champ des possibles pour aider à l’individualisation dans un processus de massification.

 Nous participons à ce processus en menant des expériences et recherche en matière d’usage numérique en pédagogie. A ce titre, nous procédons à une veille que nous souhaitons mutualiser au sein d’une liste de diffusion éditorialisée. Nous espérons qu’elle vous aidera à vous orienter dans les méandres des questions de recherche, des publications scientifiques. Nous pensons que les champs disciplinaires transversaux que sont les sciences de l’éducation, l’infocom, la philosophie, la sociologie peuvent aider aux réflexions et constructions pédagogiques qui prévalent dans l’enseignement du droit.

Cette lettre est également une invitation au partage de nos lectures et de réflexions sur ces domaines. Là aussi, les réseaux numériques viennent faciliter notre dessein.

Le thème : L’Espace

 Pour ce numéro zéro nous avons choisi de traiter la question de l’espace de formation.

Depuis que le numérique est entré comme variable de conception des dispositifs de formation, l’espace est un concept qui est redéfini. Historiquement les cours, se déroulent sur le principe de l’unité de temps, et d’espace. Le numérique a modifié le paradigme spatio-temporel en augmentant le champ des possibles. L’espace de formation s’est diversifié, s’est flexibilisé au service de la convergence (Moiraud, 2014). Les dispositifs de formation sont désormais déployés dans les espaces physiques, qu’ils soient institutionnels ou personnels (domicile) ET dans les espaces numériques. (Moiraud, 2014)

 Les espaces physiques institutionnels sont quantifiables, les référentiels des constructions universitaires fixent des normes précises pour l’accueil des étudiants et des enseignants. (Derouet-Besson, 2002). L’irruption des solutions numérisées a transformé le regard porté sur le corps immobilier. Il faut imaginer la salle de cours, l’amphithéâtre dans lesquels les Smartphones, les tablettes et les ordinateurs sont inclus. Quel sera le contour des Learning center ? Comment évoluent les SCD dans cet écosystème technologique ? (Inspection générale, 2012)

 L’établissement de formation entendu comme structure immobilière institutionnelle n’est plus la référence unique dès lors que les enseignements et les apprentissages peuvent s’exercer à partir des lieux privés. Cette évolution n’est pas sans conséquence sur la professionnalité puisque l’intime s’immisce dans le champ du professionnel (Broadbent, 2012). Il est besoin de définir à nouveau la notion d’intimité (Serfaty-Garzon, 2003) au moment où le domicile se professionnalise par intermittence.

 Les espaces formation sont devenus hétérogènes mais ne se situent pas pour autant dans un « univers parallèle » (Arfaoui & Lafay, 2013) mais sont complémentaires. La porosité entre le physique et le numérique est devenue prégnante. Comment doit-on définir l’espace de formation en ce début de 21ème siècle ? Nous vous proposons quelques pistes de lecture.

 L’outil

 Nous organisons une veille informationnelle pour suivre les évolutions du e-learning dans ses dimension technologique, scientifique et pédagogiques. Le principe de base reste la lecture et l’analyse régulière de la littérature. Nous espérons ainsi pouvoir vous indiquer les grandes tendances, les débats, les controverses, l’état de la recherche dans le champ de la pédagogie instrumentée par le numérique.

 Nous avons cependant rationalisé notre travail en intégrant les fonctionnalités d’un outil numérique qui se nomme Zotéro[1].

C’est « Un logiciel de gestion de références gratuit, libre et open source qui s’inscrit dans la philosophie du Web 2.0. Il permet de gérer des données bibliographiques et des documents de recherche (tels que des fichiers PDF, images, etc.). Ses principaux atouts techniques reposent sur l’intégration au navigateur web, la possibilité de synchronisation des données depuis plusieurs ordinateurs, la génération de citations (notes et bibliographies) dans un texte rédigé depuis les logiciels LibreOffice, Microsoft Word, NeoOffice, Zoho Books et OpenOffice.org Writer grâce à l’installation d’un plugin. Le développement du logiciel est à l’initiative du Center For history and New Media (CHNM) de l’université George Mason. » Source Wikipédia (consultation le 30 janvier 2014)

 Cet outil aide évidemment à construire sa bibliographie par procédé d’instrumentation scénarisée. Il est loisible aux utilisateurs de partager, de co-construire par acte de coopération et / ou de collaboration.

Le CDNT a ouvert un compte sur Zotéro que vous pouvez consulter en permanence, à distance, sur n’importe quel type de périphérique numérique (ordinateur fixe, portable, tablette, smarphone). Vous pourrez y trouver un ensemble de didacticiels décrivant les modalités de fonctionnement de Zotéro et des références bibliographiques ayant trait au e-learning.

 Se connecter sur la bibliographie en ligne du CDNT

http://www.zotero.org/groups/cdnt

 ***

La bibliographie.

Le BYOD (bring your own device)

Cet anglicisme et acromyme à la mode est le révélateur d’une pratique de plus en plus répandue.

D’une part l’institution met à disposition de ses usagers des matériels et des logiciels. Il est possible d’avoir accès à des salles informatiques, à des terminaux de connexions (au SCD notamment), à un ensemble de solutions numérisées comme la FDV.

 D’autre part, l’accès aux cours, au web, de façon générale, s’effectue aussi à partir des solutions personnelles comme les ordinateurs, les tablettes, les smartphones. Cette pratique qui se diffuse interroge les relations que nous établissons avec les espaces de formation (réels et physique). La mobilité et le nomadisme s’installent comme une variable forte des processus de formation.

  • Gicquel Camille, Utiliser son ordinateur personnel, quel risque pour les entreprises ? , Regard sur le numérique (RSLN), (2013)

·      Service TICE, Université de Sherbrooke, Canada, Le fin mot : BYOD, site web, (consultation, le 31 janvier 2014) https://www.usherbrooke.ca/ssf/veille/bulletins/2011-2012/mars-2012/le-fin-motnbsp-byod/

La surveillance, la porosité de l’espace intime et de l’espace personnel.

L’espace de formation traditionnel est fondé sur le principe de la surveillance, « on pointe », on inscrit, on surveille. Les enseignants en TD font l’appel, le jour des examens il faut vérifier l’identité des candidats pour éviter des fraudes potentielles.

 Le numérique, là encore, nous contraint à penser à nouveau la question de la « surveillance ». Le privé s’immisce dans le professionnel et le professionnel devient une dimension de l’intime. Quel rapport doit-on inscrire entre la distance et la présence ?

  • Baron, Xavier, Repenser l’espace et le temps du travail intellectuel, management review, (2011)
  • Broadbent Stefana, L’intimité au travail : la vie privée et les communications personnelles dans l’entreprise, FYP éditions, (2012)
  • Casili Antonio, Les liaisons numériques, seuil, (2012)
  • Doueihi Milad, Pour un humanisme numérique, Seuil, (2013)
  • Foucault Michel, Surveiller et punir, Gallimard, (1975)

·      Rey Claudie & Sitnikoff Françoise, Télétravail à domicile et nouveaux rapports au travail, Revue interventions économiques, (2006)

  • Sennett Richard, le travail sans qualités, les conséquences humaines de la flexibilité, Titre original the corrosion of character, the personal consequences of work in the new capitalism, Albin Michel, (1998)
  • Serfaty-Garzon Perla, Chez soi, les territoires de l’intimité, Armand Colin (2003)

Les espaces de formation.

L’espace de formation étant devenu hétérogène, les universités doivent s’inscrire dans une réflexion sur l’agencement des espaces de formation. Des lieux emblématiques sont en train de se transformer. Le SCD évolue, la salle de cours est redéfinie dans ses contours, le domicile se professionnalise par intermittence.

Des ressources multimodales.

Nous tentons d’isoler les signaux faibles qui émergent en éducation. De l’invention de l’imprimerie (1454) à l’invention du protocole TCP/IP (1983) le savoir a été fixé essentiellement grâce au texte et l’image. Lorsque le web 2.0 apparaît, les dispositifs de formation intègrent massivement les ressources multimodales (texte, image, son, vidéo).

Nous vous proposons une sélection de ressources médias pour compléter ce dossier.

  • De la Porte Xavier, vie professionnelle / vie privée, Place de la toile (2012)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-vie-professionnelle-vie-privee-2012-12-22

  • De la Porte Xavier, Culture du livre, culture des écrans, entretien avec Serge Tisseron, Place de la toile (2013)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-culture-du-livre-culture-des-ecrans-2013-03-23

  • De la Porte Xavier, entretien avec Stefana Broadbent, l’intimité au travail, Place de la toile, (2011)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-stefana-broadbent-rediffusion-2011-11-12

  • De la Porte Xavier, entretien avec Milad Doueihi, Pour un humanisme numérique, Place de la toile, (2011)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-pour-un-humanisme-numerique-2011-10-29

  • De la Porte Xavier, entretien avec Antonio Casili, Les liaisons numériques, Place de la toile, (2010)

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-les-liaisons-numeriques-2010-09-26.html

[1] Zotéro – http://www.zotero.org/

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