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Notes de travail

21 avr

Afin de continuer ma réflexion sur l’immersion dans des concepts, mes premières réflexions. Il n’y a pas de concept pour le moment. Du bricolage donc !

 

Rédiger un rapport d’étonnement.

19 avr

Rédiger un rapport d’étonnement

L’étudiant de l’enseignement supérieur ou des grandes écoles doit dans le cadre de ses études s’immerger dans une entreprise, nous parlons de stage. Il peut être selon les niveaux, un stage ouvrier, un stage intermédiaire ou un stage long de fin d’études de six mois ou plus.

Depuis le stage de découverte en classe de troisième, les étudiants se sont pliés à l’obligation de rendu du rapport de stage. Il est à la formation académique ce que le patinage artistique est au sport, un exercice relevant de la figure imposée.

Ce rapport s’inscrit dans une logique formative que je ne souhaite pas reprendre et développer ici. Notons rapidement qu’il permet de vérifier un certain nombre des capacités des étudiants balisées par une démarche pédagogique. On peut citer :

• La capacité à synthétiser une expérience ;
• La capacité rédactionnelle pour laquelle sont évaluées la syntaxe et la capacité à intégrer une orthographe satisfaisante ;
• La capacité à intégrer dans la réflexion le respect des droits d’auteurs, le respect des citations, le principe de la courte citation, le respect du droit d’auteur dans l’ iconographie.

Les écoles seront soucieuses de vérifier que les étudiant savent inclure leur analyse scientifique disciplinaire dans une réflexion transversale plus large, incluant des domaines connexes comme l’économie, les ressources humaines, la sociologie d’entreprise, le droit etc …

Une formation consiste à savoir s’insérer dans cadre réglementaire (le rapport de stage) mais c’est aussi être en capacité de s’interroger sur sa future professionnalité.

Il est assez logique que les étudiants entrent dans leur formation en ayant une vision idéalisée du métier, faite de ressenti, d’images journalistiques, de considérations pécuniaires (« bien gagner sa vie »). Le stage doit étonner l’étudiant, faire basculer les axes des convictions, les représentations stéréotypées.

Le rapport d’étonnement peut être un vecteur de réflexivité, un objet de positionnement sur les enjeux de la professionnalité, un outil de détection pour choisir des futurs collaborateurs capables d’innovation sociale, de créativité et de rigueur dans le positionnement de ses objets de recherche.

Je propose de lister quelques points pour rédiger le rapport d’étonnement pour le soumettre auprès de ses stagiaires ?

1) Qu’est ce qu’un rapport d’étonnement ?

A. Le principe

Par expérience professionnelle , je sais que les étudiants nourrissent, même en fin d’études, une vision largement idéalisée du métier qu’ils vont exercer. Le temps de stage est le sas intellectuel qu’il faut mettre à profit pour établir les ponts entre la nécessaire construction des socles académiques et la pratique professionnelle. Le temps de la construction professionnelle est aussi la période de la découverte et de l’observation. Le rapport d’étonnement peut être un excellent instrument de détection des idées innovantes.

Il est assez simple d’outiller les étudiants voire de vérifier s’ils ont mené une démarche réflexive. Le rapport d’étonnement est, de mon point de vue, l’instrument intellectuel que les entreprise devraient utiliser pour jauger le potentiel de leurs futurs salariés.

Je me permets de commencer mon argumentation par des propos provocateurs. Je vous invite à laisser de côté (momentanément) le rapport de stage (les pédagogues se chargent de l’évaluer selon des critères facilement identifiables dans les programmes). Prenez le temps de rencontrer le stagiaire ou de lui demander une production écrite (pourquoi ne pas l’institutionnaliser ?) qui sera son rapport d’étonnement. Demandez-lui de vous exposer les points suivants : Comment le stage a t-il été mis à profit ? quelle est sa perception de l’entreprise après x mois de présence ? Le service a t-il contribué à le former opérationnellement ? Comment a t-il évolué pendant cette période formative ? … Je ne parle pas ici de connaissances issues des sciences dures mais bien de la mosaïque de savoirs et compétences qui constituent l’ADN du futur collaborateur.

Le stagiaire à l’issue de son stage est-il en capacité de formaliser les propositions suivantes :

• Comment est organisé son futur métier en dehors du périmètre de son champ scientifique de formation ? On peut attendre de lui qu’il ait consulté la fiche de poste du métier qu’il exercera et qu’il l’ait comparé avec son corpus de formation. Quelles sont les conclusions qu’il en retire ? ;
• Comment perçoit-il les compétences qu’il aura à mobiliser dans son futur métier ? J’aime à parler des compétences centrales et des compétences transversales.
• Comment a t-il anticipé les compétences qui risquent de devenir centrales à terme dans son métier ? (perception des signaux faibles du métier)
• Comment perçoit-il les enjeux du savoir, du savoir faire et du savoir être ?
• Comment a t-il vécu les modes de création au sein des équipes qui l’ont accueilli ?
• Comment perçoit-il la façon dont sont organisés les réseaux sociaux de conception (système hiérarchique centralisé ou coopération ou collaboration ou bien encore l’intelligence collective ).
• Comment imagine t-il le service dans une perspective d’amélioration ?

Le stagiaire construit sa professionnalité, il est évident que nombre de concepts peuvent encore lui échapper mais il a cette qualité d’avoir un œil neuf et souvent très aiguisé. Le rapport d’étonnement peut orienter pour répondre à des problématiques que la routine des équipes a occulté :

« 1. Qu’est-ce qui vous a le plus étonné dans notre entreprise ?

2. Quel est le point fort qui vous a le plus surpris ?

3. Quel a été pour vous le point faible le plus inattendu ?

4. Qu’est-ce qui devrait être amélioré, modifié ou abandonné prioritairement selon vous ?

5. Si vous aviez une baguette magique, quelle est "la" chose que vous changeriez dans notre entreprise ?

6. Qu’est-ce qui vous a étonné dans la manière dont nous servons nos clients ?

7. Quelle est la force de nos produits et nos services que vous ne soupçonniez pas avant de travailler dans notre entreprise ?

8. Quel est la faiblesse ou le manquement qui vous inquiète le plus dans nos produits et nos services ?

9. Dans les relations inter-personnelles, qu’est-ce qui vous a étonné ?

10. Quelles sont les améliorations concrètes que vous suggéreriez ? »

B. La forme

Le rapport d’étonnement est un outil ( je préfère le terme d’objet dans la mesure où il est peu défini et le concept peu stabilisé) souple permettant d’estimer un ensemble de compétences perceptives chez les étudiants. Il est un outil de créativité, il convient de ne pas trop en baliser la forme. Le travail rédactionnel est la forme native mais il n’exclut pas d’investir d’autres canaux comme moyens d’expressions. La vidéo, le mindmapping, la scénarisation par dessin, par maquettage peuvent être des pistes à explorer. Le rapport d’étonnement est un exercice de déconstruction puisqu’il renvoie aux moyens informels pour décrire et organiser un champ des possibles formels.
2) Le rapport d’étonnement, un outil de détection des capacités d’innovation

À l’heure des réseaux sociaux, les générations de « petites poucettes » profitent d’un foisonnement d’informations en ligne. Il est toujours intéressant de vérifier la façon dont ils se l’approprient (ou pas). Les étudiants sont et seront, ce que la littérature scientifique nomme, des « knowledge workers » (les travailleurs du savoir). Il ne paraît pas illogique de vérifier leur aptitude à approfondir leur champ d’observation, à engager une démarche réflexive. Il est à noter que ce type d’investigation est utile à l’étudiant et à l’entreprise. On entre ici dans un champ qui valide une double compétence, celle de l’intelligence opérationnelle et celle de la maîtrise de l’intrumentation de fonctionnalités d’outils orientée vers la catachrèse

Si la réflexion d’un étudiant est pertinente on peut imaginer, sans trop se tromper que les propos seront féconds pour lui ET pour l’entreprise.

Le mode du rapport d’étonnement reposant sur un mode souple et agile permettra de s’affranchir des scories de la forme pour se concentrer sur le fond. Quelque soit la forme de présentation choisie il sera intéressant d’analyser la perception de l’entreprise par une personne extérieure. Des solutions peuvent être proposées et être le vecteur d’innovation sociale et/ou technologique.

Il me semble nécessaire que l’étudiant tienne un carnet de bord en partant de ses représentations personnelles au moment de l’entrée et qu’il les confronte à son expérience.

To be continued …

De l’utopie de la négation du corps au geste tactile, un pas vers l’école du futur ?

12 avr

Une réflexion consécutive à une question que l’on m’a posée : comment imaginez vous l’école de demain ?

Je ne suis pas encore sûr que mon propos soit d’une grande rigueur, prenez ce billet comme un bloc note extime élaboré en assemblant des idées éparses. L’exercice de prospective est à risque mais il est parfois utile de se projeter dans le futur, même incertain, pour mieux comprendre le présent.

Depuis quelques temps nous cherchons à imaginer ce que sera l’école dans 20, 30 ou 50 ans. Alors même que nous sommes entrés dans la société de la connaissance, que l’immatériel est un enjeux fort, qu’il est reconnu par l’Unesco. Nous entrons dans une période de turbulence qui semble mettre à nu les inquiétudes et les angoisses générées par un futur que nous ne parvenons pas à esquisser.

J’avais déjà sourcé ce champ des possibles en 2011 avec les produits de la société five-five (actuelle Holî) et rédigé un billet sur les enjeux cognitifs dans les mondes immersifs.

Les projets et les équipes qui se penchent sur la question sont nombreux, on peut citer pêle-même et sans préoccupation de priorité :

La 27ème Région a de son côté largement commencé à border les champs en se posant des questions de type "Comment innoverons nous demain ?"," mon lycée de demain". Mark Prensky dit à RSLN "L’école de demain doit ressembler au monde d’après demain", l’ENSCI est investi dans le projet "Sustainable everyday project". La Région Île de France proclame que "Le lycée de demain s’invente aujourd’hui"… Les Danois ont mis en musique l’idée du lien entre l’architecture et la pédagogie en construisant le lycée d’Orestad.

Ainsi lorsque le numérique est entré dans nos pratiques d’enseignement et d’apprentissage nous avons tous tenté d’imaginer un ailleurs pédagogique, nous avons rêvé (nous rêvons encore) à une forme de grand soir de la formation, fort de l’idée que les technologies peuvent d’une certaine façon contribuer à dynamiser nos méthodes, nos travaux, transformer notre culture. Nous imaginons et nous œuvrons en simultané pour plus de collaboration, de coopération, pour un accès au plus grand nombre au savoir en instillant la dimension du plaisir d’apprendre.

Nous sommes évidemment tiraillés entre la nécessité de mobiliser les classiques où la pédagogie et la didactique siègent en bonne place et la réflexion sur la place des technologies que nous qualifions encore de nouvelles. Les tensions sont fortes sur ces liens nouveaux.

Le virtuel  faisant table rase du réel était l’utopie sur laquelle nous avons bâti nos réflexions, organisé nos scénarios pédagogiques, dans l’enthousiasme de la naissance de la révolution numérique et au fil de ses développements. Pourtant …

… Dès 2005, Alain Milon dans son ouvrage intitulé "La réalité virtuelle : Avec ou sans le corps ?", (éditions autrement) pose la question du vivre sans le corps et nous met en garde contre le mirage technologique du virtuel qui exclurait le corps. Il dit :

"En s’affranchissant des règles élémentaires de la physique, le cyberespace plonge le sujet dans un espace à n dimension dont on ne sait plus exactement à quel modèle il se réfère. Jonglant avec ces n dimensions, le sujet perd son cadre spatio-temporel, référence essentielle et structurante de son vécu empirique. Les implications sur le corps ne sont pas sans conséquences. Où est mon territoire, qu’est ce qui le limite, quel est mon cadre espace-temps ?"

Il me semble que l’enseignement et l’apprentissage doivent aussi questionner le corps. Comment le corps est-il engagé dans les dispositifs d’apprentissage et d’enseignement ? Y a t-il un lien ? Milad Doueihi nous donne des pistes :

"Après une longue absence, le corps fait donc irruption dans notre environnement numérique." /…/ "On ne peut penser et écrire qu’assis (Gustave Flaubert). – Je te tiens nihiliste ! Être cul de plomb, voilà, par excellence, le péché, contre l’esprit ! Seules les pensées que l’on a en marchant vâlent quelque chose. » Iĺ semble que notre réalité numérique soit plutôt Nietzschéenne, mais au lieu de se promener dans la nature, on se balade dans les espaces urbains, investis par le numérique. C’est précisément ce mouvement continu vers la mobilité qui caractérise l’urbanisme virtuel au cœur de l’humanisme numérique" – Milad Doueihi, pour un humanisme numérique, Seuil (2013), page 21

Nous avons largement vécu avec l’idée que nous allions investir des espaces désincarnés qui nous éviteraient les déplacements, les longs trajets. Nous deviendrions des esprits qui effaceraient le corps !

Engager cette réflexion c’est se donner les moyens de pratiquer la politique du détour et de regarder ce qui se passe ailleurs, y compris dans des domaines éloignés de nos interrogations éducatives. Dans ces contrées lointaines et / ou périphériques de l’éducatif on peut tenter de détecter des signaux faibles indiquant les possibles évolutions.

Les designers sont très souvent en pointe dans la capacité à imaginer le futur, à montrer la direction même si factuellement la démarche peut surprendre voire choquer. Ce qui m’intéresse dans ces démarches est la capacité à faire basculer des postures, à imaginer les changements de la société.

Nathalie Rykiel a proposé des vêtements qui engageaient le corps à vibrer. Le vêtement allait au-delà de la fonction d’habillement et engageait le corps dans sa capacité à ressentir.

Le projet Arduino a permis d’allier l’électronique et le vêtement. Les textiles connectés permettant de diffuser de l’information, les textiles intégrant l’appropriation des sens, une somme de solutions qui réintègrent le corps dans les dispositifs d’interaction. Les propositions sont, là aussi, multiples, foisonnantes mais vont, pour la plupart dans la même direction, celle du corps acteur et plus seulement récepteur.

Des dispositifs divers et variés ont été imaginés dans des champs multiples pour réinvestir le corps, là ou il est sensé s’effacer. Le corps réinvestit, même à distance. La société Durex a imaginé la possibilité de se toucher, de se caresser à distance. Une équipe japonaise a présenté au Laval Virtual 2011 le projet sensloid  (2) permettant de se faire une accolade à distance. Les travaux de la designer Ying Gao explorent les liens entre les vêtements et leurs formes. Le projet textile XY est dans la même mouvance "Nous proposons donc un support d’expression qui, par ses dimensions, sa texture, sa souplesse et sa transparence, favorise l’implication du corps au cours d’une représentation scénique. Face à cet outil, le performeur, qui se tient dans une posture comparable à celle d’un peintre, est actif devant son publique, ses gestes prennent une dimension sensible et expressive.". Il serait possible de continuer cette liste en citant le projet don’t touch, le projet thermochromic paint ou bien encore le projet virtual dressing room.

Le corps est présent même dans les réseaux numériques Et s’il fallait réintégrer le corps dans notre réflexion sur la pédagogie ? Le corps est-il une dimension des apprentissages ? La question mérite au moins une réflexion sinon une réponse.

Tout d’abord l’utilisation actuelle des outils numériques nous a éloigné du rapport historique ordinateur / bureau / table / chaise. Nous avons la possibilité de lire, travailler, jouer … en optant pour la position assise rigide, assise avachi, allongé, assis en tailleur …. Comment fait-on dans les classes pour prendre en compte le champ des possibles des attitudes ? Restons nous sur le principe rigide de l’assise sur une chaise, ou explorons nous d’autres possibilités ? La rigueur intellectuelle passe t-elle par la rigidité de la posture assise ? L’expérience du lycée d’Orestad nous donne à imaginer quelques pistes où le corps est moins en tension et peut être plus à l’écoute du savoir.

L’introduction du numérique dans des dispositifs de formation engage à penser de façon différente l’agencement des lieux de formation (réels et virtuels) dans les établissements, là ou le corps s’exprime (ou est réprimé).

Le premier élément symbolique a été la possibilité d’établir un contact avec son écran, le balayage du doigt sur la surface tactile, le contact direct entre l’interface et le savoir. On engage modestement le corps mais il est engagé. La technique inventée inscrit dans le quotidien des individus un geste de contact, un lien physique pour accéder à l’information.

On peut donc imaginer une école du futur qui sollicite plus le corps pour apprendre. Parce que la technologie le permet et parce que la main comme prolongement de l’esprit est une dimension à ne pas négliger. J’ai le sentiment que la réintroduction de la routine du geste, peut être une forme d’apprentissage féconde (Je m’inspire ici des écrits de Richard Sennett dans "ce que sait la main" Albin Michel, 2010)

Il me semble, mais il est vrai que l’exercice de la prédiction est à risque, que le web peut permettre de donner du relief à la formation, de la spatialiser. Les expériences qu’il m’est donné d’observer, notamment dans les mondes virtuels, engagent le corps. Le corps métaphorisé par l’avatar pour le moment et peut être un corps impliqué dans les dispositifs dans un futur plus ou moins proche. Les dispositifs kinestésiques peuvent être engagés dans les simulations, je pense notamment à la possibilité de hacker la kinect pour interagir à distance et / ou dans des mondes augmentés. La kinect permet de donner une réalité spatiale à l’apprentissage, le geste en prolongement de l’esprit. Je pense aussi aux capacités offertes par l’occulus rift (même si dans ce cas la corps peut réagir violemment par la présence de nausées).

J’imagine ainsi les possibilités future du web et de l’électronique mariées, permettant de  spatialiser les concepts, de s’immerger dans ceux-ci, de ne plus dissocier le savoir et la compétence, de ne plus dissocier le geste de la parole.

SAMSUNGOn voit actuellement apparaître des solutions qui investissent l’espace (les sols, les murs …) peut être s’achemine t-on vers une interaction entre le corps et le savoir ? Pourra t-on ressentir une notion, sentir, toucher un concept ? On peut se mettre à rêver de percevoir physiquement le concept de liberté, celui de démocratie. Visualiser sa bibliothèque en 3D, une école ou la dimension kinesthésique serait une donnée prégnante ? Le geste et la parole version numérique. Quand certains voudraient supprimer l’écriture cursive le numérique fait revenir en force le geste.

Pourquoi imaginer, me direz vous, lister une débauche de solutions complexes que l’on pourrait reproduire simplement dans une classe ? Là est le cœur de mon argumentation, il me semble que l’école du futur sera celle de l’hybridation du réel et du virtuel, non seulement parce que la technologie nous le permettra mais parce que nous aurons, peut être, enfin compris que l’intelligence et le savoir sont distribués dans l’espace, qu’il est possible d’aller chercher le savoir et la connaissance là où ils se trouvent. L’éducation pourra t-elle rester nationale ? On peut en douter, où alors c’est faire le choix de se priver du principe de l’Universalité. L’humanisme numérique progressera peut être ainsi ?

Ce billet en forme de prospective m’aura  permis d’imaginer un instant l’école ou en tout cas ce qu’elle pourrait être (ou ne sera jamais). Mon propos est peut être encore maladroit, parfois abscons, mais peut être permettra t-il d’engager le débat. A vos claviers …

——

À lire – Bodyware

Ma veille sur mode, textile et 3D

Le projet Holo

Rapport de stage ou rapport d’étonnement ?

2 avr

Lettre imaginaire adressée à un chef d’entreprise …

L’étudiant de l’enseignement supérieur ou des grandes écoles doit dans le cadre de ses études s’immerger dans une entreprise, nous parlons de stage. Il peut être selon les niveaux, un stage ouvrier, un stage intermédiaire ou un stage long de fin d’études de six mois ou plus.

 Depuis le stage de découverte en classe de troisième, les étudiants se sont pliés à l’obligation de rendu du rapport de stage. Il est à la formation académique ce que le patinage artistique est au sport, un exercice relevant de la figure imposée.

 Ce rapport s’inscrit dans une logique formative que je ne souhaite pas reprendre et développer ici. Notons rapidement qu’il permet de vérifier un certain nombre des capacités des étudiants balisées par une démarche pédagogique. On peut citer :

  • La capacité à synthétiser une expérience ;
  • La capacité rédactionnelle pour laquelle sont évaluées la syntaxe et la capacité à intégrer une orthographe satisfaisante[1]  ;
  • La capacité à intégrer dans la réflexion le respect des droits d’auteurs, le respect des citations, le principe de la courte citation, le respect du droit d’auteur dans l’ iconographie.

Les écoles seront soucieuses de vérifier que les étudiant savent inclure leur analyse scientifique disciplinaire dans une réflexion transversale plus large, incluant des domaines connexes comme l’économie, les ressources humaines, la sociologie d’entreprise, le droit etc …

 Une formation consiste à savoir s’insérer dans cadre réglementaire (le rapport de stage) mais c’est aussi être en capacité de s’interroger sur sa future professionnalité.

 Il est assez logique que les étudiants entrent dans leur formation en ayant une vision idéalisée du métier, faite de ressenti, d’images journalistiques, de considérations pécuniaires (« bien gagner sa vie »). Le stage doit étonner l’étudiant, faire basculer les axes des convictions, les représentations stéréotypées.

 Le rapport d’étonnement peut être un vecteur de réflexivité, un objet de positionnement sur les enjeux de la professionnalité, un outil de détection pour choisir des futurs collaborateurs capables d’innovation sociale, de créativité et de rigueur dans le positionnement de leurs objets de recherche.

 Je propose de lister quelques points pour rédiger le rapport d’étonnement pour le soumettre auprès de ses stagiaires ?

1)    Qu’est ce qu’un rapport d’étonnement ?

A.    Le principe

Par expérience professionnelle[2], je sais que les étudiants nourrissent, même en fin d’études, une vision largement idéalisée du métier qu’ils vont exercer. Le temps de stage est le sas intellectuel qu’il faut mettre à profit pour établir les ponts entre la nécessaire construction des socles académiques et la pratique professionnelle. Le temps de la construction professionnelle est aussi la période de la découverte et de l’observation. Le rapport d’étonnement peut être un excellent instrument de détection des idées innovantes.

Il est assez simple d’outiller les étudiants voire de vérifier s’ils ont mené une démarche réflexive. Le rapport d’étonnement est, de mon point de vue, l’instrument intellectuel que les entreprises devraient utiliser pour jauger le potentiel de leurs futurs salariés.

Je me permets de commencer mon argumentation par des propos provocateurs. Je vous invite à laisser de côté (momentanément) le rapport de stage (les pédagogues se chargent de l’évaluer selon des critères facilement identifiables dans les programmes). Prenez le temps de rencontrer le stagiaire ou de lui demander une production écrite (pourquoi ne pas l’institutionnaliser ?) qui sera son rapport d’étonnement. Demandez-lui de vous exposer les points suivants : Comment le stage a t-il été mis à profit ? quelle est sa perception de l’entreprise après x mois de présence ? Le service a t-il contribué à le former opérationnellement ? Comment a t-il évolué pendant cette période formative ? … Je ne parle pas ici de connaissances issues des sciences dures mais bien de la mosaïque de savoirs et compétences qui constituent l’ADN du futur collaborateur.

Le stagiaire à l’issue de son stage est-il en capacité de formaliser les propositions suivantes  :

  • Comment est organisé son futur métier en dehors du périmètre de son champ scientifique de formation ? On peut attendre de lui qu’il ait consulté la fiche de poste du métier qu’il exercera et qu’il l’ait comparé avec son corpus de formation. Quelles sont les conclusions qu’il en retire ?  ;
  • Comment perçoit-il les compétences qu’il aura à mobiliser dans son futur métier ? J’aime à parler des compétences centrales et des compétences transversales.
  • Comment a t-il anticipé les compétences qui risquent de devenir centrales à terme dans son métier ? (perception des signaux faibles du métier)
  • Comment perçoit-il les enjeux du savoir, du savoir faire et du savoir être ?
  • Comment a t-il vécu les modes de création au sein des équipes qui l’ont accueilli ?
  • Comment perçoit-il la façon dont sont organisés les réseaux sociaux de conception (système hiérarchique centralisé ou coopération ou collaboration ou bien encore l’intelligence collective[3]).
  • Comment imagine t-il le service dans une perspective d’amélioration ?

Le stagiaire construit sa professionnalité, il est évident que nombre de concepts peuvent encore lui échapper mais il a cette qualité d’avoir un œil neuf et souvent très aiguisé. Le rapport d’étonnement peut orienter pour répondre à des problématiques que la routine des équipes a occulté :

« 1. Qu’est-ce qui vous a le plus étonné dans notre entreprise[4] ?

2. Quel est le point fort qui vous a le plus surpris ?

3. Quel a été pour vous le point faible le plus inattendu ?

4. Qu’est-ce qui devrait être amélioré, modifié ou abandonné prioritairement selon vous ?

5. Si vous aviez une baguette magique, quelle est "la" chose que vous changeriez dans notre entreprise ?

6. Qu’est-ce qui vous a étonné dans la manière dont nous servons nos clients ?

7. Quelle est la force de nos produits et nos services que vous ne soupçonniez pas avant de travailler dans notre entreprise ?

8. Quel est la faiblesse ou le manquement qui vous inquiète le plus dans nos produits et nos services ?

9. Dans les relations inter-personnelles, qu’est-ce qui vous a étonné ?

10. Quelles sont les améliorations concrètes que vous suggéreriez ? »

B.    La forme

Le rapport d’étonnement est un outil ( je préfère le terme d’objet dans la mesure où il est peu défini et le concept peu stabilisé) souple permettant d’estimer un ensemble de compétences perceptives chez les étudiants. Il est un outil de créativité, il convient de ne pas trop en baliser la forme. Le travail rédactionnel est la forme native mais il n’exclut pas d’investir d’autres canaux comme moyens d’expressions. La vidéo, le mindmapping, la scénarisation par dessin, par maquettage peuvent être des pistes à explorer. Le rapport d’étonnement est un exercice de déconstruction puisqu’il renvoie aux moyens informels pour décrire et organiser un champ des possibles formels.

2)    Le rapport d’étonnement, un outil de détection des capacités d’innovation

À l’heure des réseaux sociaux, les générations de « petites poucettes[5] » profitent d’un foisonnement d’informations en ligne. Il est toujours intéressant de vérifier la façon dont ils se l’approprient (ou pas). Les étudiants sont et seront, ce que la littérature scientifique nomme, des « knowledge workers[6] » (les travailleurs du savoir). Il ne paraît pas illogique de vérifier leur aptitude à approfondir leur champ d’observation, à engager une démarche réflexive. Il est à noter que ce type d’investigation est utile à l’étudiant et à l’entreprise. On entre ici dans un champ qui valide une double compétence, celle de l’intelligence opérationnelle et celle de la maîtrise de l’intrumentation de fonctionnalités d’outils orientée vers la catachrèse[7]

Si la réflexion d’un étudiant est pertinente on peut imaginer, sans trop se tromper que les propos seront féconds pour lui ET pour l’entreprise.

Le mode du rapport d’étonnement reposant sur un mode souple et agile permettra de s’affranchir des scories de la forme pour se concentrer sur le fond. Quelque soit la forme de présentation choisie il sera intéressant d’analyser la perception de l’entreprise par une personne extérieure. Des solutions peuvent être proposées et être le vecteur d’innovation sociale et/ou technologique.

Il me semble nécessaire que l’étudiant tienne un carnet de bord en partant de ses représentations personnelles au moment de l’entrée et qu’il les confronte à son expérience.

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[1] Le projet Voltaire à l’ECAM – http://www.projet-voltaire.fr/blog/actualite/projet-voltaire-retour-experience-ecam-lyon-ecole-ingenieurs

ESIEA – http://www.esiea.fr/expression-ecrite-un-accompagnement-des-etudiants-en-orthographe-%283508%29.cml

La certification Voltaire – http://etudiant.lefigaro.fr/orientation/actus-et-conseils/detail/article/des-grandes-ecoles-s-alarment-du-niveau-d-orthographe-1106/

[2] E.portfolio http://jean-paul.moiraud.wataycan.com

[3] Guy Théraulaz – Comment les insectes sociaux peuvent-ils nous aider à résoudre des problèmes complexes ? (2002) – http://www.sklunk.net/spip.php?article262

[4] Source – http://www.yellowideas.com/index.php?option=com_content&view=article&id=92&Itemid=91

[5] Michel Serres – Petite poucette -  (2013)

[6] Marie-Josée Legault et Guy Bellemare – De nouveaux acteurs de la régulation du travail dans la gestion par projets - (2009) – http://interventionseconomiques.revues.org/214

[7] Yves Clot, Roland Gori, dirs, – Catachrèse : éloge du détournement – (2004)

Projet de formation ou "formation par et avec le projet" ?

15 mar

L’intégration du numérique dans les formations des enseignants est un enjeux de taille sur le court, moyen et long terme pour concilier les enjeux technologiques et leurs pendants pédagogiques. Par extension, elle l’est aussi pour leurs apprenants. L’expérience que j’ai pu en avoir, soit en tant que stagiaire, soit en tant que formateur est très généralement construire sur le principe d’une organisation  calquée sur le modèle pyramidal hiérarchique séquentiel cloisonné :

  • Une convocation ;
  • Une journée de formation sur site. ;
  • Le retour au métier avec ou sans feed back étant laissée à l’appréciation des enseignants (j’ai le sentiment que dans notre métier le "faire" ou le "ne pas faire" ont les mêmes conséquences professionnelles)

Le problème que j’essaye de cerner dans mes réflexions est la tension entre l’injonction à se former venue du haut et le champ des possibles que l’on pourrait faire émerger à partir des besoins de la base (économie de la collaboration et de la confiance). De façon générale, il me semble que l’on invite rarement à la réflexion les principaux intéressés dans l’analyse de leurs propres besoins. Par exemple  dans les colloques, les séminaires, les journées d’études auxquels je suis invité pour parler d’apprentissage, sont convoqués, les enseignants, les décideurs institutionnels, les chercheurs très rarement les apprenants (ce sont pourtant eux qui apprennent).

Je vais donc tenter de décrire la façon dont j’imagine la formation continue des enseignants (la formation par et avec le projet et non plus seulement le projet de formation). La pédagogie / de / projet, deux mots nécessaires pour bâtir une formation. Le projet en partant de la base par identification des besoins et la pédagogie en expliquant les enjeux de la formation aux intéressés, les attentes, les pré-requis et les productions attendues. C’est sur cette base que j’articulerai mon billet.

Je propose un possible modèle en l’argumentant, charge aux lecteurs d’en débattre, de faire des contre propositions, des ajouts structurés s’ils le souhaitent.

1 – La pédagogie

Former des enseignants c’est faire montre de pédagogie, c’est imaginer que les connaissances et les compétences acquises en stage seront mises en application sur le terrain. Je vais tenter de formuler quelques propositions en ce sens.

  • Certaines formations pourraient partir des besoins exprimés par le terrain enseignant eux mêmes mis en dialogue avec les besoins de l’institution. Le modèle de l’unité de temps et de lieu ne me semble plus entièrement adapté aux enjeux de la formation continue et de sa mise en application en situation professionnelle. La question première à soumettre au débat est la suivante : Les formations massives en présentiel situées au sein d’une structure patrimoniale sont-elle toujours pertinentes ? Comme nous cherchons à individualiser (nous tendons vers) les apprentissages des apprenants, ne devrions nous pas individualiser les formations des enseignants (sans renoncer à la massification) ?
  • Demander aux enseignants quels sont leurs besoins de formation (inverser le principe en allant du bas vers le haut) et prendre en compte les demandes. Il faut ici absolument  dédramatiser et accepter que le niveau d’acculturation puisse être de type grands débutants dans certains cas. Un travail de pédagogie doit être engagé auprès des équipes. Il faut intégrer l’idée que ce n’est pas forcément le spécialiste de service qui  donne le ton et la direction mais que l’on peut partir besoins exprimés sur le terrain. Il existe bien des réunions de bassin pour les chefs d’établissements, pourquoi ne pas l’imaginer dans le contexte de la formation continue, incluant tous les acteurs ?
  • Ne plus partir seulement de celui qui est en avance, celui qui sait comme le mètre-mesure mais aussi savoir tenir compte des aptitudes moyennes.
  • Demander aux équipes de direction quels sont les moyens qu’elles souhaitent investir dans la formation des équipes. Dans les moyens j’inclue l’envie (ou la non envie) de s’investir avec les enseignants. J’entends ici passer effectivement du mode hiérarchique (vous devez … ) au mode transversal (nous pouvons ensemble …) c’est-à-dire le pas à franchir entre la force de l’injonction que l’on ne conteste pas et l’engagement collectif mutualisé
  • Dans ce type de travail préparatoire j’imagine bien une réunion de groupe consistant à réunir les divers acteurs engagés non sur la base des postures strictement hiérarchiques ("je décide", "j’exécute") mais sur l’objectif d’acculturer efficacement par procédé collaboratif. Faire entrer dans le projet une obligation de résultat de type "être capable de se former en collaborant". L’objectif est un changement de regard sur l’autre.
  • Demander aux équipes enseignantes de formaliser leurs attentes en terme de formation et de décrire les moyens qui pourraient être mis en place pour aboutir. L’objectif est un changement de regard sur l’autre.

2 – Les moyens pédagogiques

La formation doit être dotée de moyens spécifiques pour atteindre les objectifs.

Le premier point est de déterminer le cadre temporel de la formation. Il me semble nécessaire de s’affranchir du cadre de la formation d’une journée (voire deux). Il faudrait s’orienter vers la notion de cycles continués c’est-à-dire des formations trimestrielles, semestrielles ou annuelles. C’est sur cette base temporelle revisitée qu’il faut orienter la formation.

Le second point consiste à oser modifier le cadre spatial de formation. Il serait peut être intéressant d’imaginer des formations hybrides avec des temps de présentiels pour lancer la formation, assoir les fondamentaux (j’image assez aisément l’intervention des profs des facs), fixer les objectifs et déterminer les rendus. Il me paraît indispensable que les tenants et les aboutissants de la formation soient spécifiés clairement. Il ne nous viendrait pas à l’idée d’engager un cours sans en expliquer les tenants et les aboutissants à nos élèves et étudiants, donc …

Le troisième point est que la détermination du cadre spatial doit amener très logiquement à envisager le temps de travail en dehors de l’institution scolaire et à l’inclure dans les temps de travail. Cela revient à dire que l’espace numérique est réellement considéré comme un espace pertinent de formation.

Le quatrième point est de déréférencer la formation de l’obligation de simple présence à une journée pour s’orienter vers un objectif de production pédagogique négocié (on conserve donc le principe de liberté pédagogique). Les espaces numériques sont des espaces qui permettent d’intégrer le travail en réseau collaboratif, une façon de donner réellement la parole aux enseignants et des les impliquer réellement dans la formation.

Voici la façon dont j’imagine la (ma) formation continue. Mes propos peuvent ne pas susciter l’adhésion, c’est le lieu pour vous exprimer que vous soyez enseignants, chefs d’établissement, inspecteurs, chercheurs, décideurs. C’est l’occasion de mettre en application les discours théoriques sur les possibles du collaboratif.

À vos claviers …

jpm

Collaboration, coopération, analyse des principes

5 mar

Nous lisons, nous entendons dans les discours actuels qu’il faut collaborer et coopérer. On nous explique qu’il faut travailler de concert au sein de groupes plus ou moins formels dont on ne sait à l’avance quelle sera la durée, la force et la capacité à produire des ressources.

Nous avons, me semble t-il, pour habitude de manier ces concepts en les accolant à un environnement positif, en tout cas dans le domaine de l’éducation. Collaborer c’est bien, coopérer c’est bon. C’est probablement vrai, mais cela ne nous interdit pas d’avoir une approche plus large du concept, moins incantatoire de mon point de vue. Je n’aime pas beaucoup les discours unanimistes qui à force d’être martelés s’imposent à la fin comme des vérités.

Je n’ai pas de position de principe, je cherche juste à creuser la question car elle est inscrite dans nos réflexions quotidiennes. Il est utile de regarder ce qui se dit, s’écrit à ce sujet dans la littérature. On peut trouver un ensemble d’articles de fond qui analysent la question de la collaboration et de la coopération et qui en donnent parfois des visions plus nuancées que les discours actuels.

Il faut tout d’abord que nous soyons d’accord sur la définition de ces concepts. J’ai commencé à les cadrer au sein d’un billet précédent.

Alain Baudrit dit "Qu’est-ce que l’apprentissage collaboratif ? Voilà une question bien embarrassante vu qu’il n’existe pas vraiment de définitions relatives à cette forme d’apprentissage" (Baudrit, 2007) in " apprentissage collaboratif : des conceptions éloignées des deux  côtés de l’atlantique ?

Christine Gangloff-Ziegler dans un article intitulé "les freins au travail collaboratif" (2009) dit :

"Le travail collaboratif, en permettant de travailler à distance, modifie les pratiques antérieures qu’un salarié pourra chercher à conserver s’ils les percevaient comme des avantages: les déplacements s’il sont conçus comme un plaisir ou comme un élément participant à un statut social, la maîtrise de son temps à travers les agendas secrets (Brown, 2002) les échanges informels, les modes de rémunération ou les politiques de remboursement de frais, les systèmes de fidélisation qui procurent des avantages personnels. .." analyse que j’avais amorcé de façon intuitive dans un billet précédent.

Ma revue de lecture me permet de faire émerger des analyses divergentes sur les pratiques collaboratives et coopératives notamment dans l’industrie.

  • Christophe Dejours

Dans son ouvrage intitulé "Travail vivant, Travail et émancipation (volume 2) , il donne un contre exemple particulièrement édifiant et instructif pour nos analyses.

Il dépeint une relation entre des salariés de l’industrie chimique où les relations de collaboration sont extrêmement négatives. Il décrit un moment de l’activité industrielle qui consiste à arrêter le cycle des installations chimiques pour assurer la maintenance. Cette opération, appelée "décroutage" des autoclaves, est une activité à risque pouvant entraîner des intoxications respiratoires et des affections cutanées chez ceux qui interviennent au cœur de la machine.

« Les salariés maisons avaient ainsi élaborés des règles de travail consistant à se garder les tâches de maintenance les moins pénibles physiquement et surtout les moins dangereuses du point de vue des risques toxiques. Quand survenait une panne et qu’il fallait intervenir à chaud sur des machines dans des atmosphères confinées à haute température et avec forte saturation en produits chimiques, alors il était d’usage de téléphoner pour « appeler les Arabes ». Les ouvriers maison, faut-il encore le préciser, étaient alors dans leur presque totalité, membres des deux principales fédérations syndicales nationales de la chimie.
Des situations de ce genre font apparaître que l’activité déontique  (1) peut faire naître de fortes solidarités à l’intérieur. Toutefois cette solidarité destinée d’abord à lutter contre les injustices venues d’en haut permet aussi de redistribuer parfois l’injustice vers le bas. La coopération, même si elle cultive l’entente, n’est pas axiologiquement au-dessus de tout soupçon. Est-il possible de comprendre à quelles conditions la déontique du faire peut s’inscrire au profit du « monde » ou au contraire basculer au profit de l’injustice /…/ » Christophe Dejours, "Travail Vivant – 2 Travail et émancipation", petite bibliothèque Payot (2009)

Je trouve ce passage édifiant car on voit ici décrit un processus de coopération qui débouche sur des relations que j’ose qualifier d’extrêmement toxiques.

  • Richard Sennett – Dan son ouvrage "le travail sans qualité" il analyse la notion de coopération, non comme un instrument d’émancipation mais comme celui de la domination. Voici quelques extraits des pages 160 à 163 – Éditions 10/18

"Lorsque, dans le Re-engeneering the corporation, Michael Hammer et James Champy exhortent les dirigeants à "cesser d’agir comme des contremaîtres pour se conduire plutôt  comme des entraîneurs", ils le font dans l’intérêt du patron plutôt que celui des employés. Le patron évite d’être tenu pour responsable de ses actions; tout retombe sur les épaules de l’acteur.

Pour dire les choses de manière plus formelle, le pouvoir est présent sur les scènes superficielles du travail en équipe, mais l’autorité est absente. Une figure d’autorité est quelqu’un qui assume la responsabilité du pouvoir qu’il exerce. Dans une hiérarchie à l’ancienne, le patron pouvait le faire en déclarant carrément "c’est moi qui ai le pouvoir, je sais ce qui est le mieux, obéissez moi". Les techniques modernes de management s’efforcent d’échapper au côté autoritaire de telles déclarations tout en s’efforçant par la même occasion d’avoir à rendre des comptes de leurs actes" /…/

" Dans l’usine Subaru-Isuzu, où les dirigeants aiment à recourir à la métaphore sportive et se définissent comme des entraîneurs, Laurie Graham s’est rendu compte qu’il était difficile, voire fatal, à un ouvrier de parler directement des problèmes au patron / entraîneur en termes autres que ceux de la coopération au sein de l’équipe. Demander une augmentation ou un relâchement des pressions à l’accroissement de la productivité était perçu comme un manquement à l’esprit coopératif. En équipe, le bon joueur ne geint pas. En raison de la superficialité même de leur contenu et de la focalisation sur l’immédiat, mais aussi parce qu’elles évitent la résistance et détournent de l’affrontement, les fictions du travail en équipe sont donc utiles dans l’exercice de la domination".

Il me revient de continuer à lire et à analyser les textes relatifs à cette question. Je ne manquerai pas de communiquer sur ce blog mes réflexions.

Pour le moment ce billet s’éloigne temporairement des questions d’éducation mais ce détour est indispensable pour mieux y revenir.

***

NDLR

La logique déontique (du grec déon, déontos : devoir, ce qu’il faut, ce qui convient) tente de formaliser les rapports qui existent entre les quatre alternatives d’une loi : l’obligation, l’interdiction, la permission et le facultatif.

Gottfried Wilheim Leibniz en 16701 proposa le premier d’appliquer la logique modale à la morale en remarquant l’analogie suivante : "l’obligatoire (modalité déontique) est ce qu’il est nécessaire (modalité aléthique) que fasse l’homme bon. Il proposa la correspondante suivante :

  • Le juste, le permis est ce qu’il est possible que fasse l’homme bon.
  • L’injuste, l’interdit est ce qu’il est impossible que fasse l’homme bon.
  • L’équitable, l’obligatoire est ce qu’il est nécessaire que fasse l’homme bon.
  • Le facultatif est ce qu’il est contingent que fasse l’homme bon. Source wikipédia

Formations à la vidéo numérique et nouvelles compétences. Action !

3 mar

S’achemine t-on vers l’organisation des Césars de l’éducation ? J’imagine l’heureux lauréat endimanché dans son costume de cérémonie déclarer qu’il ne serait rien sans sa famille, son IPR, son chef d’établissement, son directeur de labo, son président d’Université, ses étudiants, son équipe. Qu’il ne s’y attendait vraiment pas, mentionnant qu’il sera bref dans son discours "non préparé" de 30 minutes.

Scénario fiction ? assurément mais cela ne l’est pas complètement parce que les techniques du cinéma se sont petit à petit instillées dans notre profession. Une nouvelle compétence apparaît dans le monde éducatif, savoir dompter les techniques de l’écran. La transmission du cours reste, certes,  l’objectif principal pour permettre à nos élèves et étudiants d’apprendre. Nous devons cependant aussi instrumenter notre travail  en adoptant des automatismes d’autres disciplines, la vidéo en fait partie. Il est donc entendu que l’enseignement est inscrit dans la pluridisciplinarité. La pédagogie Vs les techniques de l’actor’s studio ? Probablement pas mais ne négligeons pas les compétences que nous devons (devrons) acquérir.

Une vidéo pédagogique est un acte complexe pour plusieurs raisons :

Tous les enseignants ne disposent pas d’un studio adapté aux enregistrements. Ce luxe dont sont dotés les universités (en tout cas la mienne) renvoie aux nombreuses vidéos réalisées à la maison ou dans son bureau. Il faut dans tous les cas scénariser sa vidéo c’est-à-dire :

  • Écrire son texte ;
  • L’exprimer en vidéo, ce qui signifie aller au-delà de la simple lecture ;
  • Professionnaliser le champ de vision notamment lorsque l’on est à domicile. Il s’agit de passer de l’espace personnel au cadrage scénarisé du professionnel ;
  • Gérer la fluidité du son afin de rendre, a minima, audible et a maxima intéressant le propos ;
  • Gérer l’éclairage. Si le halo de lumière, l’ombre est un thématique platonicienne intéressante, elle peut se révéler catastrophique dans une vidéo pédagogique. Comment gérer l’éclairage pour ne pas être sur-exposé ou trop souvent sous exposé ?
  • Il sera question d’image de soi aussi, j’imagine assez aisément que l’on ait pas envie de renvoyer une image trop terne à ses étudiants. Faut-il une touche de maquillage ? Quid des lunettes qui reflètent la lumière de l’écran ? La barbe de trois jours où le rasage de près ? Un vêtement qui s’accorde avec l’arrière plan…

Le paradigme de l’enseignement change de l’intime de la classe (amphi) à l’exposition du web le passage est rude. Ne devenons pas les Mary Pikford, Gloria Swanson ou autres Lillian Gish de la pédagogie.

Un ensemble de question auxquelles nous n’avons à ce jour peu de réponses. Mon expérience professionnelle est parfois faite de réussite, en matière vidéo j’ai plutôt des expériences décevantes voire piètres. Je n’ai aucune formation en techniques vidéos quand tout mon métier m’oriente vers ces techniques. Il faut que nous engagions cette réflexion sur les nouveaux contours du métier et les compétences à acquérir. Le chantier est immense, l’objectif étant de passer doucement du bricolage aux pratiques assurées.

Histoire des technologies

1 mar

À l’heure où ne peut commencer une journée sans que l’on soit confronté à une réflexion sur les Moocs parangon de la modernité (?), il est intéressant de regarder dans nos archives, notamment celles de la télévision scolaire. Je le dis souvent nous inventons peu, nous adaptons souvent.

Je viens de trouver trois magnifiques vidéos des années 1960 sur l’histoire de la technologie. Y sont notamment interviewés André Leroi-Gourhan et Gilbert Simondon. C’est une émission de 1967 qui est d’un extraordinaire intérêt, la science diffusée via les ondes pour le plus grand nombre avec l’appui de brillants intellectuels.

Il me semble que cela doit nous permettre de mieux comprendre les enjeux actuels de la formation, de relativiser ce que nous pensons être des nouveautés absolues et de penser la façon dont sont construits les dispositifs de formation actuels. Des archives qui ne peuvent pas nous laisser de marbre.

L’introduction

La partie 2

La partie 3

Réflexions et compilations

1 mar

En attendant de rédiger un article, mes notes visuelles

Réflexions scrogneugneu

28 fév

À la façon de Caran d’Ache, une réflexion graphique

Diapositive1

 

Texte à venir, il parlera de la morosité ambiante qu’il me semble détecter dans de nombreux articles, les troupes ont le moral dans les chaussettes …

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