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Un rêve oui mais collectif

20 Août

Une tentative de réponse à la question suivante : qu’elle est votre école rêvée ?

S’il est vrai que les technologies numériques nous permettent de travailler dans le mode du « everywhere and anytime » peut-on en déduire pour autant que c’est une réalité ? Je pense qu’il faut cesser de vivre dans cet idéal fantasmé (?) du numérique libérateur du temps. Nous ne pouvons amalgamer le possible technologique et le réel social.

Les technologies numériques ne sont pas hors sol, il faut le rappeler avec force. Elles doivent, dans leurs utilisations, composer avec la réalité du terrain. Alors oui, bien sûr on peut s’inscrire à un MOOC et apprendre, Oui, bien sûr on peut organiser des classes virtuelles de 20 heures à 22 heures, oui, bien sûr on peut inviter des étudiants des collègues situés sur différents fuseaux horaires … On peut, on peut, on peut … !

Sauf que …. La liberté d’organiser son temps est un concept théorique. Il ne faut pas oublier que notre temps professionnel est cadré, organisé. Nous avons tous un agenda professionnel contraint. Dit autrement nous avons des obligations de service.

Alors faisons un peu preuve de réalisme et sachons nous extraire du miroir aux alouettes technologique. La liberté d’apprendre ne peut se faire que dans une logique d’extension du temps consenti (individuellement et / ou collectivement).

Que ceux qui profèrent (en toute bonne foi je pense) que l’on peut travailler quand on veut aillent au bout de leur discours et expliquent que c’est nécessairement en plus du temps normé.

Il s’agit donc ici d’arriver à concilier le potentiel des technologies et des principes d’organisation sociale. Or le numérique bouleverse cette organisation en proposant un autre modèle. Il nous engage pour de nombreuses années et doit nous inviter à ne pas penser les modèles éducatifs comme des objets neutres, simplement inféodés aux potentiels d’une technologie. Elles sont des objets sociaux et politiques. Le politique c’est inventer, proposer, c’est se référer à l’étymologie. C’est être « Sage et adroit dans le gouvernement des hommes »

Cette introduction véhémente me permet de développer ce que pourrait être le modèle de mon école rêvée. Une école du temps et de l’espace libérés.

Répondre à une question aussi complexe consiste d’abord à baliser les contours.  L’école rêvée par qui et l’école rêvée pour qui ?

– L’école rêvée par qui ? Si le rêve est un projet individuel, une escapade buissonnière de l’esprit, nous restons dans l’anecdote. Nous sommes nombreux à parler de collaboration, alors pourquoi ne pas rêver ensemble. Le rêve commun est un pilier de la société. Sans rêve collectif il n’y a pas d’alternative.

– L’école rêvée pour qui ? Si c’est l’école rêvée est celle de quelques uns pour quelques uns alors elle trahirait notre belle devise républicaine, liberté, égalité, fraternité.

Je rêve donc d’une école fruit d’un rêve collectif, d’une concorde cicéronienne du savoir. On peut, à cette condition, s’autoriser toutes les fantaisies puisqu’il y a rêve commun.

C’est dans ce cadre que je veux rêver d’une école élargie au sens physique comme au sens humain. Elle s’exerce (j’exclue le conditionnel volontairement) dans un continuum fait d’une alternance entre le réel et le virtuel. Une école qui tient compte des envies de chacun. L’envie d’apprendre et l’envie d’enseigner. Cette école ne considère pas que le travail efficace soit une mise en scène d’une tragédie grecque et de son tryptique d’unité de temps, de lieu et d’espace. Cette école accepte la présence, comme la distance, accepte de penser que le principe de formation est un processus itératif. Elle accepte l’erreur et donne à qui le souhaite une autre, plusieurs autres chances.

Elle est l’école de l’envie.

Habiter

24 Avr

L’insertion des objets numériques notamment dans les dispositifs de formation transforme lentement, insensiblement mais sûrement les gestuelles des acteurs de l’éducation, alors même que dans la vie quotidienne les transformations ont été radicales et rapides. Ce constat n’a de sens qui si l’on est capable de l’intégrer dans un ensemble plus large, celui des processus de transmission des savoirs. Les machines numériques ont transformé des gestes qui sont constitutifs de la professionnalité des enseignants, de leur posture de métier. En investissant son lieu de travail l’enseignant adapte ses gestes par un processus de plasticité technico/professionnelle. Le geste investi l’espace, l’espace organise le geste. En se déplaçant, en restant immobile, en activant nos bras, en articulant nos mains et nos doigts, en adaptant la posture de nos corps,  nous ne faisons rien d’autres que d’habiter le lieu. Enseigner c’est habiter.

La question que je voudrais soulever dans ce billet est celle de la compréhension du « comment nous habitons l’espace de formation  et comment le geste numérique s’insère dans cet habitat ? »  Le geste s’adapte t-il à l’habitat ou est ce l’habitat de formation qui doit évoluer avec ces gestuelles émergentes ?

L’utilisation du verbe habiter peut sembler compréhensible par tous car son contour conceptuel semble évident. Est ce bien sûr ? La polysémie de l’habiter nous oblige à en définir les contours étymologiques.

Je vais tenter de raisonner à partir du postulat suivant :

Apprendre et enseigner c’est habiter un (des) lieu[x]. À l’intérieur de ceux ci des gestes sont déployés, ils sont la dimension de la posture professionnelle, qui est elle même est la dimension d’habiter son métier.

Quelle est l’étymologie du verbe habiter ? Mon travail m’a amené à lire une thèse de médecine de Lucie Girardon, soutenue le 25 janvier 2011 à l’Université Claude Bernard Lyon 1, intitulée   « La  place de l’ « habiter » dans le corpus psychiatrique contribution à une approche historique clinique et institutionnelle » [1]

Dans la première partie, le grand 2 est intitulé  « habiter, étymologie, liens originels« . On peut y lire une analyse fouillée du sens de l’habiter. Je vous invite à  lire en détail cette partie. Je vais citer quelques passages pour étayer mon argumentation. Ce qui m’intéresse, à l’évidence, c’est le pont commun qui semble s’établir entre la réflexion sur l’enseignement et celle de la psychiatrie. Michel Foucault avait donné de nombreuses réponses à l’existence de ce pont intellectuel [2]

Quelles sont les racines du mot habiter ?  Bien sûr il faut commencer par dépasser le sens premier, commun à la vie quotidienne, celle que le langage a instauré dans notre civilisation, dans nos usages verbaux usuels :

« Habiter est une notion complexe, dont l’acception dépasse celle du logement, du refuge ou de l’abri. » L.G, Thèse

Habiter est une spécificité humaine, ce que Martin Heidegger définit comme une « condition de l’homme »

«L’habiter peut être abordé comme un des fondements qui permettent de penser l’essence de l’homme, en ceci qu’il n’y a que l’homme qui habite. Et ce, depuis qu’il y a de l’homme» « A l’origine bauen veut dire habiter. (…) Le vieux mot bauen, auquel se rattache bin, nous répond : «je suis», «tu es», veulent dire: j’habite, tu habites. La façon dont tu es et dont je suis, la manière dont nous autres hommes  sommes sur terre est le buan, l’habitation. Être homme veut dire: être sur terre comme mortel, c’est-à-dire: habiter [ 3].» L.G, Thèse
« Habiter vient du latin habere qui a produit les termes suivants – habitare, habitus, habitudo, habitatio, et habitaculum« . L.G, Thèse
Quatre termes m’intéressent particulièrement :
– habere
« Le sujet de notre travail nous amène à considérer tout particulièrement les définitions suivantes, appartenant au sens propre d’habere : avoir, avoir en sa possession garder, tenir porter un vêtement habiter, se tenir quelque part se habere ou habere seul : se trouver, être. Nous constatons ici que les termes habiter et porter un habit, aux emplois usuels bien différents, se côtoient au sein des définitions de habere. » L.G, Thèse
– Habitus, a, um, participe de habeo (habere)
Bien portant, bien en chair
Habitus, us,m, substantif de habeo (habere)
Manière d’être, dehors, aspect extérieur, conformation physique, attitude, contenance
Mise, tenue, vêtement, costume
Manière d’être, état
[philo] Manière d’être acquise, disposition physique ou morale qui ne se dément pas. »L.G, Thèse
– habitaculum
« habitaculum dont le sens propre est «demeure», et le sens figuré, requérant davantage notre attention, est «demeure de l’âme, c’est-à-dire le corps». Habitaculum, dérivé de  habitare, à l’origine entre autres de «habitacle», contient donc dans son sens premier l’idée selon laquelle le corps est la demeure de l’âme. Le corps comme habitacle de l’âme, de la pensée. Nous reviendrons sur ces questions et sur le fait qu’ habiter renvoie l’homme à ses premières expériences en la matière, à savoir son premier habitat (et habitacle), le ventre maternel. » L.G, Thèse
– Habitude
 » Les liens entre habitude et habitus sont source de nombreux écrits philosophiques. Citons simplement Merleau- Ponty qui, plus qu’à la différenciation habitus/habitude à laquelle tenaient certains auteurs tels Husserl, s’est surtout intéressé à la distinction habitude/ coutume. Merleau- Ponty parle des «habitus du corps » sans distinction franche avec les habitudes, et dit de l’habitude qu’elle «n’est ni une connaissance ni un automatisme», c’est «un savoir qui est dans les mains». Nous avons vu que habitude et habit possédaient la même racine. Force est de constater qu’ il en est de même pour un couple synonyme, le couple coutume – costume : tous deux proviennent du latin suescere (s’habituer, s’accoutumer) et plus loin encore du grec ethos. Habitude et habit, coutume et costume, deux couples inséparables comme l’atteste l’étymologie. » L.G, Thèse
– En éducation nous pouvons nous reprendre cette entrée étymologique  pour construire une réflexion sur le lien entre le geste et l’espace. L’émergence du numérique a eu des conséquences sur l’habiter. Notre espace professionnel est à la fois identique et différent. La machine est venue s’intercaler dans les rapports entre les individus. Les changements des espaces professionnels s’inscrivent dans un temps long quand la modification de nos gestuelles est effective. Comment devons nous inscrire  l’habere, l’habitus, l’habitaculum et l’habitude dans ces cadres évolutifs ? Que signifie donc l’expression Nous habitons  ?
La manipulation des prothèses numériques mises à notre disposition redéfinit nos routines. Nous adoptons d’autres postures professionnelles au gré des changements technologiques. Au propre comme au figuré nous endossons un costume, un habit professionnel, fruit, pour partie, de ces gestuelles. Après l’étymologie, il y a le langage qui entre en écho. Des expressions du quotidien métaphorisent le corps, le geste, les habits et l’habiter :
  • Celui de l’habit, du vestiaire professionnel, qui est de l’ordre du choix de l’incarnation d’un statut. « Il est habillé comme un prof ! » ;
  • Celui du statut professionnel. « Endosser son costume professionnel » pour signifier que l’on incarne une représentation sociale, une autorité. Les enseignants, les IPR, les chefs d’établissements, les inspecteurs généraux, les doyens, les présidents d’Universités vont « s’habiller » pour incarner ;
  • Les moins nuancés de la profession diront qu’un enseignant, un élève, un étudiant, un supérieur hiérarchique est un  « demeuré » ;
  •  Lorsque l’on est désemparé on dit que l’on « se sent nu« , le langage plus familier génère l’expression « Je me suis retrouvé à poil« . Dans le domaine de l’invective, « on taille un costume« , on « habille pour l’hiver« , son interlocuteur ;
  • Le mépris, la peur castratrice de l’autre fait dire sans nuance « qu’il n’a pas de couilles » ;
  • Dans l’évaluation d’une fonction on peut estimer « que le costume est trop grand pour lui ou pour elle » ;
  • Un enseignant passionné est « habité par son métier » ;
  • Une personne met « la dernière main à son ouvrage« , elle est à « deux doigts de réussir« ;
  • Dans une situation conflictuelle on est dans « un corps à corps« . On définit son espace professionnel, son aire d’activité.
Dans ce corpus d’expression le geste et le corps ne sont jamais absents. Ils auraient même tendance à rebattre les cartes de la spatialisation physique et sociale  puisqu’il convient d’inventer, de routiniser des gestuelles. nous avons à qualifier d’autres façons d’habiter notre espace socio-professionnel.
 Puisque nous avons à définir et à comprendre une nouvelle gestuelle dans le but de l’installer durablement dans les pratiques, nous ne pouvons que nous interroger sur les conséquences spatiales. C’est ici que je voudrais revenir sur un point que je développe régulièrement ici, le besoin de travailler en mode collaboratif. Il me parait indispensable que cette question de l’habiter soit travaillée, analysée, réfléchie et … mise en pratique par des équipes pluridisciplinaires. Là encore il conviendrait de travailler avec des enseignants, des étudiants, des philosophes, des designers, des sociologues, des spécialistes de sciences de l’éducation, des architectes, des psychiatres (cf mon introduction).
Construire, aménager un lieu de formation c’est nécessairement dépasser le bâtir et l’aménager. C’est penser avant tout l’habiter pour mieux l’articuler avec le processus de structuration spatiale (la construction). Habiter c’est penser les gestes, les déplacements, le rapport de l’Homme à la technologie, le rapport de l’Homme à l’Homme (ce qui signifie que l’on va au-delà du dépôt de machines dans un espace et de sa conséquence corporelle). Nous revenons ici au besoin de définir d’autres habitudes pour aller vers le « savoir dans les mains« . Comprendre nos gestuelles c’est peut être permettre un accès à la compréhension du bien être professionnel (habitus) mais aussi par ricochet saisir aussi le mal être (individuel et institutionnel).
Ces gestes générés dans nos espaces habités, sont-ils des éléments de la  construction d’un panoptisme modernisé [4], qui nous aliénerait ?Une aliénation subtile parce qu’elle serait une forme renouvelée de la servitude volontaire ? [5]. Évoquer à l’envi le besoin de collaborer et de coopérer ne traduit-il pas notre incapacité à aborder de façon franche et claire les méfaits du JE et occulter les avantages du NOUS ?
Les gestes que nous développons sont-ils au contraire une forme de libération qui nous affranchirait des modes industriels de formation construits dès le 19ème siècle ?
Peut – être sommes nous dans le domaine de l’innovation, celle qui est invisible, imperceptible mais socle de réels changements durables ?
 Ce texte est un simple cadre de questions destinées à étayer des analyses futures plus précises. Vous pouvez, bien sûr, réagir à ce billet, argumenter, débattre. La rubrique commentaire à cette fonction, cette utilité, c’est d’ailleurs un début de geste.
***
[1] Lucie GIRARDON, La  place de l’ « habiter » dans le corpus psychiatrique, contribution à une approche historique, clinique et  institutionnelle http://www.orspere.fr/IMG/pdf/Lucie_Girardon.pdf
[2] Michel FOUCAULT, Surveiller et punir
[3] Martin HEIDEGGER, Essais et conférences, Gallimard, 1958
[4] Jérémy BENTHAM, le panopticon,
[5] Nicolas JOUVENCEAU , « les fondements psychiques, linguistiques et institutionnels de la servitude volontaire. L’aliénation du désir dans le registre du politique, Thèse de philosophie, École des hautes études, 2011

Gestes – Mes diaporamas

17 Avr

Analyse N°1

 

Analyse N°2

Gestes du numérique pédagogique

15 Avr

Billet en rapport – Voir aussi le tag « geste« 

Apprendre et enseigner avec le numérique c’est (re)donner une place au corps et notamment à la main. En se posant cette question on interroge la place du formel et de l’informel car nous sommes dans une système où se côtoient plusieurs modes d’écriture. Le primaire est une période clé de notre formation car nous y apprenons l’acte et le geste d’écriture, nos instituteurs (professeurs des écoles) veillent à ce que ce dispositif si fondamental soit acquis par tous. Il s’agit là d’un enseignement qui est méthodologique, pédagogique et didactique. La pensée symbolique passe par l’écriture.

Peut-on en dire autant de l’acte d’écriture instrumentée ? Il me semble qu’à ce jour il est plus de l’ordre de l’acte d’apprentissage informel que d’une modalité d’enseignement spécifique et organisée. Les enfants apprennent essentiellement par immersion. Les outils numériques sont omniprésents dans leur milieu, ils apprennent à l’aide des jeux vidéos, lorsqu’ils acquièrent leur « doudou numérique » (smartphone) qui est devenu un rite de passage et un moyen de socialisation. Parce qu’à l’école on instrumente les enseignements.

Salle de cours de l'Ecole Pigier. Paris, vers 1935.

Salle de cours de l’Ecole Pigier. Paris, vers 1935.

Au final le geste numérique est acquis sans réel processus d’apprentissage formel. Rappelons qu’Isaac Pittman (4 janvier 1813 – 22 janvier 1897) avait développé un enseignement à distance pour la sténo-dactylo. On formalisait le geste technique par un apprentissage très formel. Ces apprentissages se sont  poursuivis pendant de nombreuses années.

Pas ou peu d’apprentissages formels pour un changement important dans nos modes de conception et de rapport au savoir. La main est centrale dans cette réflexion. J’invite les lecteurs à lire ou relire « l’éloge de la main » d’Henri Focillon (7 septembre 1881, 3 mars 1943).

Nous intégrons ainsi de nouvelles gestuelles dans nos pratiques. Il me paraît essentiel de les analyser car comme  tout élément du quotidien, la répétition, la création de routines, la proximité nous détournent de l’exercice d’interrogation sur leurs sens. Se pencher sur ces gestes est une démarche obligatoirement transdisciplinaire (sciences de l’éducation, philosophie, sociologie, histoire …). Il est nécessaire d’interroger Foucault, Goffman, Leroy Gourhan, Dejours, De Certeau, Levi Strauss et bien d’autres encore. La main est en quelque sorte l’analogon du numérique.

  • Le lien avec le clavier. La frappe dactylographique qui était une compétence spécialisée en d’autres temps est devenue une compétence partagée, commune. La main était actrice d’un processus de division du dactylotravail d’écriture au sens où la pensée marxiste l’entend.. Le cadre dictait, la secrétaire mécanisait la pensée (j’intègre ici aussi la division sexuelle du travail, autre dimension de la corporéité). Maintenant le geste est intégré dans un processus dilué et généralisé. Le geste n’est plus (disons est moins) divisé qu’avant. Le processus de conception / réalisation est souvent (pas systématiquement) opéré par la même personne. La gestuelle dactylographique est intégrée dans les processus créatifs. Prenons le cas d’un doctorant, il dissèque un sujet en mobilisant des outils conceptuels, il rédige à l’aide de son ordinateur, il imprime, puis il diffuse sur HAL.

main_clavier

  • Tenir un instrument. La main sollicitée en permanence. L’acte de tenue d’une machine à penser n’est pas simple car elle met à mal un mode ancien inscrit dans les habitudes. Rappelons à titre d’exemple que c’est en 1965 que le ministère de l’éducation nationale autorise billel’utilisation du stylo bille dans les écoles. Une révolution pour ceux qui ont commencé à apprendre l’écriture avec la plume sergent major (j’en fais partie). À titre d’illustration, mon instituteur cassait en deux les stylos des effrontés qui osaient remplacer la plume par le stylo bille. La norme, toujours la norme … Par analogie la machine n’est pas forcément acceptée dans tous les dispositifs d’apprentissage. Tenir un smartphone dans ses mains est un acte qui peut être analysé comme constitutif d’un accès au savoir ou comme un vecteur de la subversion, une transformation du processus classique rassurant. Pour cette raison il est fréquent de constater une posture de dissimulation, la main tenante (main tenant / maintenant) est positionnée sous la table. Entre subversion, écologie de l’attention et apprentissage le geste est révélateur du mode de relation avec la machine.

main-smartphoneLa dissimulation – Un geste conditionné par l’interdit. Entre ceux qui autorisent et ceux qui interdisent, beaucoup adoptent des stratégies de dissimulation. On cache cette activité sous la table, pour ne se faire « pincer » quand on est élève, pour préserver une semblant de politesse quand on est dans une réunion ou un colloque. Un petit tapotement discret pour accéder à l’information. Faut-il autoriser, interdire, une « détox » informationnelle, une bonne gestion de l’écologie attentionnelle. Autant de questions auxquelles il faudra tenter de répondre.

dessous

Un élément de la main est rendu central, c’est le doigt. Il permet d’activer une multitude de commandes. Le doigt effleure, caresse, balaye, tapote, clique. Il est souvent symboliquement considéré comme le centre de l’intelligence. Combien de parents et leur entourage s’extasient parce que leur bambin active une commande sur une tablette ou un smartphone « Vous avez vu comme il est intelligent ? » ou alors « Maintenant qu’est ce qu’ils sont intelligents ! » entend t-on dire. Appuyer, cliquer digitalement serait une preuve d’une pensée éclairée. À défaut d’être le centre d’une forme d’intelligence, le doigt est chargé d’affect.

Pourtant le doigt n’a pas attendu le numérique pour être le vecteur de sens. Les images parleront mieux que moi.

geste_multiples

Le doigt transmet du sens

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Le geste des « métalleux » popularisé par Ronnie James Dio

Le numérique pose donc la question de la place du doigt dans les instrumentations des pédagogies. Quelle est sa place dans le construction professionnelle des enseignants et dans la construction intellectuelle des apprenants ? Le mot en lui même une assonance troublante  » je doigt « 

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Le mode d’écriture traditionnelle est modifié avec l’instrumentation. Rédiger est possible avec son doigt On peut le faire sans le lever pour changer de caractères. Voila qui donne à penser les futurs modes de rapport à l’écriture. Comment écrira t-on dans le futur ? Je l’ai évoqué ci-dessus, il a fallu un décret en 1965 pour accepter la modification du support technique d’écriture. La technologie éducative est du ressort du politique, cela peut faire sourire rétrospectivement mais il me semble que nous sommes au même virage en ce moment.

Les sommes des technologies qui sont à notre disposition nous donnent à penser les modes d’écriture qui sont au bout de nos doigts.

ecriture smartphone

L’écriture intuitive sur smarphone. Ne pas lever la main.

rediger_smartphone_alternatif

La frappe classique. Lever le doigt à chaque caractère.

ipad

Écrire avec les pouces en fractionnant le clavier virtuel du i.pad

  • La main et les doigts commandent l’acte de conception.
main_souris

Le maintien de la souris et le clic (droit et gauche)

touch pad

Le touch pad

En conclusion de ce billet préparatoire à une réflexion plus nourrie, je voudrais éviter toute interprétation hâtive. Je ne limite pas mon analyse à la main et au doigt. Il y a forcément au bout des terminaisons nerveuses un rapport avec la pensée, l’esprit. Le tapotement, le clic ne se suffisent pas à eux mêmes, il y a forcément une éducation, une transmission à opérer auprès des apprenants. Ce sera l’objet d’autres réflexions.

Geste réel et geste virtuel

8 Avr

La virtualité est un champ exploratoire intéressant au sens où elle engage le corps dans les dispositifs d’apprentissage. J’ai abondamment évoqué dans ces colonnes les enjeux péagogiques des mondes virtuels. Nous avons, avec Jacques Rodet, élaboré une réflexion sur le tutorat en monde virtuel. L’arrivée des casques virtuels semblent rebattre les cartes de ces dispositifs car ils affranchissent les acteurs du lien mécanique entre main et clavier.

Le casque virtuel déporte la gestuelle de la frappe des touches vers un engagement du corps. On peut ainsi essayer d’imaginer, d’anticiper ce que pourrait être un enseignement virtualisé dans sa dimension spatiale du réel. La position du corps et les gestuelles sont à définir dans l’espace de formation. J’ai tenté quelques approches graphiques.

Quel agencement de la salle de formation doit-on prévoir si on utilise le virtuel ? Un corps figé ou un corps réel en mouvement ? Un corps limité dans ses mouvements dans le réel, pour une liberté corporelle totale dans le virtuel.

personnage_corps

aire

 

Quelle organisation du groupe classe dans un module de cours virtualisé ?

groupe_virtuel

Quelle posture du corps si on utilise le virtuel ?

  • Debout

geste-du-virtuel

  • Peut-on marcher dans le réel en même temps que dans le virtuel ?

chemin

  • Assis

personnage_assis

  • Corps réel et corps virtuel, une équivalence des gestuelles ?
  • personnage_corps_virtuelQuels gestes ?

gestesgestes_nombres

debout

Numérique et geste – Réflexions

12 Mar

Notes éparses pour avancer – Mes articles sur le geste – Tag geste du blog 

Je vais inscrire mes réflexions sous forme vidéo car le geste a besoin d’être fixé, montré, observé. Le procédé littéraire ne me permet pas de résoudre tous mes questionnements, j’ai besoin à cet instant de mes réflexions de passer par la vidéo (Je me heurte forcément ici à mon manque de compétences). Je remercie donc mon fils pour son assistance sympathique et efficace, puissent ces bricolages l’aider dans sa progression en sciences de l’éducation.

Il faut voir dans ce cycle de réflexions le dépôt d’un ensemble d’interrogations sur la posture du corps et les gestes qui semblent immuables pour apprendre (la posture assise pour faire simple). Se transforment-ils, peut-on envisager des changements, la posture droite est-elle au final la meilleure et/ou la seule à retenir ? Je n’ai pas de réponses, c’est pourquoi j’essaye de mobiliser  ma capacité à observer et à poser des questions.

Ce qui semble être une règle dans les processus d’apprentissage et la posture du corps c’est qu’au cours d’un processus de formation allant de la maternelle à l’Université il y a une lente normalisation. La structure de l’école maternelle donne de la place au corps par une plasticité de l’espace classe, puis petit à petit la place de l’élève / étudiant se fige pour finir par un face à face  très cadré.

Les principes

Le geste et la marche

Le téléphone portable me trouble. Il est utile pour communiquer lorsque l’on se déplace mais … Il est surprenant de constater que les utilisateurs  continuent à marcher lorsqu’ils ont la possibilité de l’immobilité. Quels liens peut-on établir entre outil / marche et activité intellectuelle ?

sipa_ap21623684_000004Dans certains pays cette donnée a été pris en compte en réservant des couloirs pour les « péripato-techno ». (Je me contente ici d’observer quels sont les usages )

 

 

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Réflexions vidéo sur la marche – Une attitude que j’ai souvent observée.

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index

Prochaine vidéo – L’intégration du geste dans les programmes des outils numériques.

« Quand on veut », entre discours et réalité

10 Mar

Je n’avais pas abordé la question du temps dans ces colonnes depuis un moment, probablement distrait par mes réflexions sur le corps et le geste et par maintes occupations professionnelles …

Mais … ma veille et ses lectures, m’ont incité à me replonger dans cette thématique.

S’il est vrai que les technologies numériques nous permettent de travailler dans le mode du « everywhere and anytime » (je l’ai souvent évoqué), peut-on en déduire pour autant que c’est une réalité ? Je pense qu’il faut cesser de vivre dans cet idéal fantasmé (?) du numérique libérateur du temps. Nous ne pouvons amalgamer le possible technologique et le réel social.

Les technologies numériques ne sont pas hors sol, il faut le rappeler avec force. Elles doivent, dans leurs utilisations, composer avec le réel social. Alors oui, bien sûr on peut s’inscrire à un MOOC et apprendre, Oui, bien sûr on peut organiser des classes virtuelles de 20 heures à 22 heures, oui, bien sûr on peut inviter des étudiants des collègues situés sur différents fuseaux horaires … On peut, on peut, on peut … !

Sauf que …. La liberté d’organiser son temps est un concept théorique, très théorique. Il ne faut pas oublier que notre temps professionnel est cadré, organisé. Nous avons tous (dans le privé comme dans le public) un agenda professionnel qui est structuré, compté et surveillé. Dit autrement nous avons des obligations de service. C’est aussi valable pour les indépendants qui doivent aller à la pêche aux clients pour « faire du chiffre ».

Alors faisons un peu preuve de réalisme et sachons nous extraire du miroir aux alouettes technologique. La liberté d’apprendre ne peut se faire que dans une logique d’extension du temps consentie (individuellement et / ou collectivement).

Que ceux qui profèrent (en toute bonne foi je pense) que l’on peut travailler quand on veut aillent au bout de leur discours et expliquent que c’est nécessairement en plus du temps normé.

Il s’agit donc ici d’arriver à concilier le potentiel des technologies et des principes d’organisation sociale. Or le numérique bouleverse cette organisation en proposant un modèle autre. Entre libéralisation et réglementation nous aurons à trancher.

Nous entrons ici dans un modèle d’organisation qui nous engage pour de nombreuses années et qui doit nous inviter à ne pas penser les modèles éducatifs comme des objets neutres, simplement inféodés aux potentiels d’une technologie. Les technologies sont des objets sociaux et politiques de par la nature de leur instrumentation.

L’espace de formation en e.learning

25 Fév

Notes graphiques. Ce billet est une forme de brouillon en continu me permettant de mettre en place de futurs billets structurés.

L’espace de formation est une question à la fois très ancienne puisqu’il a fallu depuis longtemps imaginer les lieux de formation. C’est pourtant une question renouvelée avec le numérique. On peut traiter cette question par une pirouette, par une phrase toute faite du type « les espaces sont poreux ». C’est vrai, mais l’affirmation ne règle rien pour autant. Nous sommes à un instant des usages où les lieux de formation (c’est symptomatique nous employons le pluriel, moins le singulier) se transforment. Il nous incombe de proposer une réflexion prospective sur les espaces de formation.

Le débat sur l’espace réel et l’espace numérique est quelque peu stabilisé, nous semblons nous accorder sur l’existence d’un continuum  entre les deux mais … Il nous reste à analyser la question de leur fréquentation en simultanée et en alterné. Comment faut il occuper l’un vers l’autre pendant une session de formation ? Nous sommes ici dans la sphère de la porosité entre le professionnel et l’intime et dans le choix de l’institutionnel et du privé. En acceptant d’ouvrir les flux, on prend le risque de la navigation buissonnière, on prend le risque de limiter la fréquentation des lieux réels institutionnels.

Pour l’instant le risque  est minime car les réflexes de défense  de  l’ancien systèmes sont forts et très ancrés. Pour autant il n’est pas interdit de se mettre en posture de réflexion même si imaginer le futur c’est mobiliser l’état de ce qui existe aujourd’hui.

Comment doit-on, comment peut-on réguler ces ponts spatiaux ?

Je n’aurais pas la prétention de proposer des solutions, je n’en ai pas, mais je vais poser des questions pour engager la réflexion :

  • Comment va évoluer la salle de formation dans un univers numérisé ? ;
  • Quelles sont les propositions immobilières et mobilières qui peuvent être présentées pour activer l’école 2.0 ? Allons au-delà de l’accumulation de machines dans un lieu ;
  • Quels statuts à venir pour les structures immobilières de formation ? Entre volonté de diffuser les ressources en ligne et volonté de fixer les étudiants sur site ? L’injonction paradoxale de la politique immobilière et de la poltique de formation ;
  • Quelle place des lieux non institutionnels ? Doivent-ils être reconnus comme une extension réelle des lieux institutionnels ? ;
  • Quel est l’avenir de l’amphithéâtre si l’on persiste à dispenser des cours massifs en mode frontal ?  Les MOOC ne sont-ils pas une démonstration que l’amphi peut être supprimé, disons atténué ? Là encore nous sommes dans le paradoxe du « je veux » et « je ne veux pas »;
  • Quelle pensée spatiale pour ne pas avoir uniquement un modèle européo / techno centré ? ;
  • Développer des stratégies d’aménagements des locaux  dans les Universités est ce déjà une stratégie de fuite en avant ? Les étudiants ne préfèrent-ils pas déjà travailler de chez eux ? Pourquoi aller sur site quand le même site met tout en oeuvre pour diffuser à distance ? (Cours, bibliothèque, gestion administrative, …) ;
  • La diffusion des espaces de formation en ligne ne préfigure t-elle pas la définition d’un espace unique de formation ?

J’ai bien conscience que mes questions peuvent être vues et lues comme  dérangeantes, certains pourront les interpréter comme ineptes. Je reste persuadé qu’il est nécessaire de  poser ces questions comme base d’un débat sur l’espace de formation à venir.

Vous pouvez contribuer ….

Apprendre et enseigner à partir de son domicile

25 Fév

Notes graphiques

Do you spek e.learning ?

25 Fév

Réflexions graphiques.

Construire des dispositifs e.learning c’est se frotter à un LMS. J’entends, de ci, de là, des litanies larmoyanres ou des enthousiasmes sur les plateformes. Il me semble qu’il faut « faire avec » et centrer son énergie sur l’essentiel « faire apprendre les élèves et les étudiants ». Alors une question de mécanique ou une question sociale ? Je tente ici de faire le point à l’aune de mon expérience. Ce sont des notes évolutives en ligne, forcément imparfaites mais strates de l’évolution de ma réflexion.

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