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Organiser une classe virtuelle – Scénariser

28 Jan

L’article mis en image

Les organisateurs de cours en ligne bénéficient maintenant de la possibilité d’utiliser des classes virtuelles. Les avantages pédagogiques sont nombreux pour déployer ses cours :

  • Travailler à distance en mode synchrone ;
  • Partager des ressources pédagogiques à distance (diaporama, texte, image, son, vidéo, lien web) ;
  • Interagir sur les documents pour l’ensemble des participants ;
  • Dialoguer grâce à des canaux multiples (voix, chat) ;
  • Organiser le rythme des interventions grâce à la possibilité de lever la main, d’acquiescer, d’exprimer son désaccord sur un point etc ;
  • Enregistrer la séquence.

Je viens de décrire un ensemble de qualités mais en le formulant abruptement en effleurant les touches de mon clavier. Il me semble pourtant qu’il faut préciser ce qu’est réellement l’organisation d’une classe virtuelle, pour ne pas la résumer à un simple acte technologique de paramétrage. Ce premier point est effectivement nécessaire puisqu’il faut organiser par acte de gestion technique, la réunion (date et heure de la réunion, mode d’enregistrement, inscription des participants, envoi du message d’invitation, prévision d’un message de rappel …)

L’image ci-dessous nous donne un aperçu des aspects purement techniques; Il sont nécessaires mais ils ne sont qu’une étape.

classilio-parametrage

S’il fallait se contenter de l’aspect technique alors les enseignants pourraient se limiter à envoyer un mail indiquant la discipline, l’heure, la date et les étudiants concernés. On paramètre et l’affaire est entendue. Le cours réduit à un mode d’emploi technique de Moodle et Classilio.

Il faut le rappeler la technologie numérique en e-learning est au service de LA PEDAGOGIE. Une classe virtuelle doit permettre à un groupe d’étudiants d’apprendre, mais elle reste avant tout  une machine.

Continuons donc le propos avant ma digression. Après avoir paramétré le logiciel (il est indispensable que l’enseignant et les étudiants soient au même endroit en même temps et qu’ils s’accordent sur un sujet commun de travail).

L’enseignant doit préparer soigneusement sa classe virtuelle en faisant émerger la logique de son discours, son plan, la clarté de la méthode qui lui servira de fil rouge. Il faut donc, utilisons un terme central en e-learning, scénariser sa classe virtuelle.

Il faut commencer par un peu de technique, les étudiants savent-ils ce qu’est une classe virtuelle ? Par expérience je sais que ce n’est pas encore le cas. Il faut donc passer par un temps d’acculturation technologique et social. Il est bon d’expliquer quelques principes de base :

  • C’est un espace de socialisation donc il faut arriver à l’heure ;
  • Il faut apprendre à prendre la parole au moment opportun (lever la main, acquiescer ou dénéguer en réponse à une question …) ;
  • Se munir d’un micro casque pour ne pas polluer phoniquement la séance de travail ;
  • Gérer le champ visuel de sa webcam (qu’il soit professionnalisé) ;

Il faut ensuite que l’enseignant scénarise son cours. Mon propos n’est pas de dire que les enseignants ne scénarisent pas leurs cours mais d’affirmer que la scénarisation est autre dans un cadre instrumenté. Classilio permet de déposer des ressources pédagogiques diverses. L’acte de dépôt est classique, l’activation d’un bouton permet d’aller chercher la ressource sur son disque dur et de la rendre résidente sur le cours.

Tableau de bord classilio

Tableau de bord

L’enseignant qui conçoit sa classe virtuelle doit songer à insérer les documents dans l’ordre et la logique de son argumentation pédagogique d’un part et de nommer les fichiers déposer de façon claire (éviter les CP_1 et préférer cas pratique N°1). Nous sommes bien ici dans une logique de scénarisation de la classe virtuelle.

La scénarisation rendra forcément le propos fluide dans la phase synchrone distante, réduira la charge cognitive puisqu’il suffira de cliquer selon l’ordre établi en faisant apparaître la ressource ad hoc. Nous sommes donc bien dans une phase de préparation pensée dans l’objectif de rendre clair un cours à distance.

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Le deuxième point de cette analyse sur la scénarisation est la lecture de l’enregistrement dans un mode asynchrone. Les classes virtuelles peuvent être enregistrées, avantage évident pour les personnes absentes au cours et / ou celles qui voudraient écouter à nouveau le cours. La vidéo est un atout mais elle a des failles importantes. La première est qu’elle est linéaire, il faut l’écouter du début à la fin même si votre désir n’est d’en écouter que 15 minutes sur une durée de 1 heure. On peut bien sûr cliquer aléatoirement mais nous sommes dans des stratégies de bricolage peu intéressantes et confuses.

Si l’enseignant a scénarisé son cours correctement en intitulant  clairement les étapes, en les ordonnant selon le déroulement de l’enseignement on a créé ab initio un chapitrage des cours. De la sorte les étudiants pourront visionner le cours en intégralité ou en partie selon leurs besoins et / ou envies.

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Je voudrais terminer ce rapide billet, synthèse des analyses de mon travail, pour reprendre le titre provocant d’un article de Gérard Berry « L’ordinateur est complètement con« . Nous avons la chance de posséder des outils très puissants mais il ne faut pas qu’ils aient pour effet de créer des silos humains (ceux qui pensent les cours et ceux qui les mettent en musique informatique). J’entends trop souvent cette phrase « Tiens, tu peux me mettre cela en ligne ?« . Bien évidemment que je peux mettre en ligne mais pas à n’importe quelle condition. Mon métier c’est de faciliter la  création collective de sens. Cliquer sur un bouton, copier / coller un fichier, déposer un .pdf n’est absolument pas l’essence de mon métier.

Classilio couplé à Moodle nous donne au quotidien une belle leçon de scénarisation et de sens produits (pour rendre l’ordinateur moins con) mais surtout pour rendre les étudiants plus cultivés, plus en phase avec leur écosystème technologique.

Aide aux profs – Réponses aux questions

26 Jan

Article rédigé pour le site aides aux profs

Jean-Paul MOIRAUD, Directeur adjoint de la faculté de Droit virtuelle de l’Université Jean MOULIN de LYON 3, a répondu aux questions d’Aide aux Profs en novembre 2015.

 

  1. Quel a été votre parcours professionnel et qu’a provoqué en vous émotionnellement le développement du numérique dans les pratiques pédagogiques ?

 

Je ne sais s’il faut parler d’émotion dans ce cadre, je préfère convoquer le terme de raisonnement et de réflexion sur les enjeux pédagogiques. S’il y a eu émotion elle est ancienne et remonte aux années 90 lorsque j’ai entendu pour la première fois le bruit de casserole du modem Olitec 54 K. Il me projetait dans un espace que je ne comprenais pas. Depuis ce sont plutôt la raison et l’analyse qui me guident. Je publie régulièrement sur un blog[1] mes analyses ainsi que dans diverses revues lorsqu’on me le demande.

J’ai un parcours classique au sens où je suis un pur produit de l’éducation nationale : Université (DEA de droit public), concours du CAPET économie et gestion, enseignement. J’ai un parcours professionnel plus atypique ensuite, au sens ou j’ai travaillé au sein de diverses structures (enseignant en section BTS, chargé d’études et de recherche à l’INRP (actuel ifé, Intervenant à l’ESENESR et actuellement directeur adjoint à la faculté de Droit virtuelle de la faculté de Droit de l’Université Jean Moulin Lyon 3). Quid de la suite ?

 

  1. Vous avez investi votre énergie dans l’intégration du numérique dans les processus d’enseignement et d’apprentissage. Pensez-vous, au fil de l’expérience développée, que le tout numérique soit le modèle idéal pour les apprenants ?

Je pense que l’enseignement est comme le droit fiscal, on s’évertue à empiler sans jamais songer à supprimer. Les enseignements et les apprentissages instrumentés sont avant tout la somme de tout ce que nous avons mis en place. Les diverses révolutions technologiques n’ont pas encore supprimé le stylo, le cahier, le livre, le présentiel. Parler du tout numérique ne me semble pas être la bonne entrée pour aborder la question. Il serait plus juste de regarder comment les fonctionnalités des technologies aident à rendre les enseignements et les apprentissages plus fluides, plus attrayants, plus efficace (Sur ce dernier point nous n’en avons pas les preuves). Je ne crois donc pas aux modèles idéaux pas même à celui du numérique. Il faut se souvenir que l’introduction du magnétophone, de la radio, de la télévision devait révolutionner l’enseignement. Des programmes ambitieux ont même été déployés dans les années 60[2] et pourtant …

En revanche je crois aux potentialités du numérique si elles sont intégrées dans une réflexion large et scénarisée sur l’enseignement et l’apprentissage. Je suis un pragmatique dans l’élaboration des processus de formation.

  1. La Faculté de Droit virtuelle que vous co-dirigez est-elle uniquement virtuelle ? Avez-vous réalisé des études sur les retombées physiques (troubles musculo-squelettiques, problèmes oculaires) éventuelles que génère un enseignement 100% numérique parmi vos étudiants ?

Le service dans lequel je travaille n’est pas uniquement virtuel. Il est destiné à permettre aux enseignants de pouvoir intégrer le numérique dans les pratiques pédagogiques. Nous permettons les dépôts de ressources en ligne en complément des cours en présentiel et nous développons aussi des modules de formation totalement dématérialisés en formation initiale[3] comme en formation continue[4]. Je ne connais pas d’études réalisées sur les TMS mais j’imagine que nous sommes dans la moyenne nationale et que notre métier ne diffère pas des autres qui utilisent intensément le clavier.

  1. Pensez-vous que le tout numérique puisse être uniformément proposé à tous les niveaux de l’enseignement, ou cela doit-il entrer progressivement dans la pédagogie ? (le modèle proposé pour les adultes vous semble-t-il applicable à l’école, au collège, au lycée ?)

Là encore je vais répéter que je ne crois pas au tout numérique comme un principe hors contexte, comme un dogme. Je pense qu’il faut raisonner en terme de granularité car l’intégration du numérique est soumise à une réflexion, à une scénarisation. Selon le contexte dans lequel on se trouve, il pourra être loisible de s’engager (pourquoi pas) dans le « tout numérique » mais dans un cadre scénarisé par une équipe. Le « tout numérique » peut se concevoir alors pour une leçon, un chapitre, ou une partie d’un enseignement où son intégralité pourquoi pas.

Tout d’abord le « tout numérique » part du postulat que tous les enseignants sont rompus aux subtilités des enseignements instrumentés, que toute la chaîne de décision est prête à cette révolution copernicienne et que les élèves sont eux aussi acculturés. La transformation technique passe d’abord par une transformation sociale, une métanoïa (changement de la pensée). Il faut évidemment que tout le système apprenne à intégrer ces évolutions et c’est un temps long voire très long.

  1. Le développement des enseignements numériques peut-il à moyen terme réduire le nombre d’enseignants ? Comment percevez-vous les options possibles d’évolution ?

On entre ici dans un double registre des idées reçues, celui de la peur et celui du comptable.

La peur pour commencer. L’arrivée par effraction du numérique a transformé nos habitus professionnels, nos modes de formation ont été remis en cause très rapidement. Le phénomène récent de l’ubérisation a relancé les inquiétudes sur les modèles possibles qui pourraient se développer dans le monde de l’éducation. Face à un enseignement et des apprentissages qui se dessinent mais dont les contours sont encore flous, des enseignants peuvent légitimement se sentir menacer. Il est assez normal d’avoir peur de ce que l’on ne connaît pas. Nous ne sommes pas à l’abri, bien sûr, de choix politiques qui s’orienteraient vers des stratégies purement comptables.

Le comptable – La machine remplaçant l’homme en induisant des économies d’échelles en rapport est effectivement une perspective qui peu paraître séduisante pour alléger les budgets en souffrance mais …

… Le numérique transforme plus les modes d’enseignement qu’il ne les allège en terme de masse salariale. Les dispositifs qui émergent modifient les compétences à mobiliser et les processus de conception. Un dispositif en e-learning n’est pas un mécanisme qui consiste à déposer des ressources en ligne et à « poser » des apprenants derrières des écrans. Les enseignants sont immergés dans une chaîne de conception qui est devenue très complexe, ils ne sont plus les acteurs uniques et centraux. Le e-learning c’est la capacité à faire collaborer des enseignants concepteurs, des tuteurs, des ingénieurs pédagogiques, des informaticiens, des administratifs. Autant de cultures professionnelles différentes qu’il faut réunir au sein d’une communauté d’intérêts. C’est extrêmement complexe. Il faudra à terme que cette palette de métiers se développe pour que les acteurs impliqués soient en capacité de dialoguer ensemble.

Il reste aussi à faire émerger des métiers, je pense ici à celui de tuteur. Les concepteurs des dispositifs en ligne doivent comprendre que le silence numérique est une question cruciale. Il faut suivre le travail de la communauté des apprenants. Là encore je renvoie aux travaux de Jacques Rodet.[5]

  1. Avec le développement du numérique, y a-t-il des risques de dictature éducative puisque le même savoir est diffusé au plus grand nombre ?

Dictature, quel mot terrible quand on parle d’éducation ! Diffuser le savoir est un présage de culture, de démocratie, c’est apprivoiser le vivre ensemble. Dans le contexte actuel, je dirais même que c’est un gage de stabilité des sociétés, de lutte contre les préjugés et contre toutes les formes d’obscurantisme. L’asservissement pourrait venir, et c’est peut être le sens de votre question, d’une industrialisation des modes de formation via des algorithmes, des systèmes de formation complètement automatisés. Je reviens ici à mon propos qui part de l’idée que l’enseignement et les apprentissages ne peuvent se concevoir sans la nécessaire couche humaine. Nous avons l’ardente obligation de défendre le service public et de ne pas céder aux sirènes des grands groupes qui ont bien compris que l’éducation est un marché juteux. Je suis peut être « old school » mais j’ai la conviction chevillée au corps que le service public est le rempart contre ces tentations mercantiles. Sans ces gardes fous alors peut être deviendrons nous des « digital labor[6] »

  1. Quels nouveaux métiers nés du numérique vous semblent porteurs actuellement pour les enseignants qui cherchent à « quitter la classe » ? Quelles formations vous semblent les plus adaptées à les y préparer ?

Le concept de quitter la classe était peut être définissable avant le numérique, il est beaucoup plus flou maintenant. L’espace de formation est augmenté, il est la réunion de l’espace réel et de l’espace numérisé. Les enseignants exercent leur professionnalité dans l’un et l’autre des registres sans priorisation. Lorsque l’on évoque le concept de « quitter la classe », il faut s’accorder sur ce que cela signifie. J’imagine le sens de votre question est le suivant : chercher à s’extraire de la relation éducative en présentiel, être hors les murs institutionnels.

  • Les métiers

Je pense premièrement au métier de tuteur que Jacques Rodet[7] décrit avec précision depuis des années au sein de son blog (blog de T@D) et dans les fragments du blog de T@D[8]. C’est un métier qui émerge mais avec difficulté puisque la référence essentielle est le statut des enseignants. Il faudrait probablement regarder du côté du Canada où le métier de tuteur existe officiellement.

  • Le formel

Il existe désormais de nombreuses formations dans le supérieur qui contribuent à acculturer des spécialistes du domaine. Je pense au master MFG de Rennes[9] dont le responsable pédagogique est Sylvain Vacaresse[10], et au dispositif COFORDI[11] dont le responsable est aussi Sylvain Vacaresse. Elles peuvent aider les enseignants à se former aux nouveaux enjeux de l’enseignement en ligne dans le cadre de la formation continue.

  • L’informel

Il ne faut pas négliger l’apport des savoirs informels. Nous apprenons en flux continus parce que le numérique nous enveloppe. Il ne faut pas sous estimer ce que nous apprenons dans les sphères autres que professionnelles. Au quotidien nous utilisons des traitements de texte, nous communiquons en visioconférence avec nos proches lorsqu’ils sont éloignés, nous organisons nos vacances en utilisant les services de réservations ubérisés etc. Ces activités de la vie quotidienne mobilisent des savoirs et des compétences forts, nous contraignent à comprendre nos écosystème technologique personnel.[12] Il appartient aux enseignants de comprendre comment valoriser ces acquisitions informelles en les transférant dans le cadre professionnel.

  1. Quelles sont les compétences attendues des enseignants en école, collège et lycée qui souhaitent s’investir professionnellement dans le numérique ? Pensez-vous qu’il y ait assez de possibilités d’emplois, dans le système éducatif, pour tous les volontaires ?

Vous terminez votre question par le terme de « volontaires ». Cela signifie que de votre point de vue il y aurait le choix du numérique et celui du non choix. En 2015 à dose plus ou moins forte les enseignants sont immergés dans un bain numérique sans qu’ils l’aient vraiment choisi. Il faut remplir les notes sur pronote (ou autres solutions), la gestion des carrières s’effectue à partir de plateformes dédiées, les ENT font partie des environnements professionnels, les travaux pédagogiques sont assez massivement conçus à partir des traitements de texte, les TBI font partie de l’environnement.

Le numérique est devenu pervasif, il s’est instillé dans l’univers professionnel des enseignants même si certains renâclent encore. Au risque de donner une non réponse je pense que la compétence essentielle est l’envie et la capacité à transférer ses usages personnels dans un contexte professionnel.

Cela dit on peut identifier des compétences liées au numérique, même s’il faut rappeler que c’est la capacité à enseigner qui est le fil rouge. Je peux tenter de lister des compétences clefs :

  • Savoir coopérer et collaborer ;
  • Savoir scénariser ;
  • Maîtriser un environnement numérique de type LMS ;
  • Savoir planifier son travail ;
  • Savoir quantifier le travail ;
  • Identifier les fonctionnalités des outils numériques ;
  • Maîtriser les fonctionnalités des outils numériques ;
  • Savoir organiser sa veille informationnelle ;
  • Savoir traiter sa veille informationnelle.

9 Le numérique stimule la créativité des enseignants mais complique la tâche des chefs d’établissement. Tous sont confrontés en effet à de nouveaux dangers avec Internet. Sentez-vous un assouplissement de la part de l’Éducation nationale face au développement des pratiques liées au numérique, ou une vigilance accrue ?

Si l’on commence le débat en évoquant le danger d’internet, le débat est d’ores et déjà biaisé. La mission de l’Éducation nationale est de permettre aux élèves d’apprendre. Il y a, dans le domaine du numérique, comme ailleurs une mission de formation aux usages. Nous sommes sur un domaine qui relève de la rhétorique du pharmakon grec, c’est-à-dire qu’avec la bonne dose on soigne, avec une dose importante on porte atteinte à l’intégrité. L’éducation nationale est active de ce point de vue avec Le Clemi[13], canopé[14], Eduscol[15]

Je vais continuer dans le registre de la métaphore en disant que le numérique c’est comme l’apprentissage de la natation, on peut rester sur la margelle en se disant que l’eau est peut être froide, profonde, le risque de se noyer existe, l’hypothèse d’une hydrocution est à envisager, que l’on ne connaît pas le niveau de compétence du maître nageur dans le domaine du sauvetage … À un moment il faut sauter dans l’eau.

En ce qui concerne le niveau de vigilance de l’Éducation nationale la question est complexe car elle multi niveaux. Si l’on se place au niveau du ministère, il me semble que la politique est à la fois dans le registre de la vigilance car elle est nécessaire mais elle est aussi dans le déploiement et l’encouragement[16]. Au-delà, il y a le déploiement sur le terrain, les approches des différents acteurs peuvent varier selon les lieux. Je le rappelle nous sommes sur des cycles très longs dans lequel le changement est en jeu. Nous ne pouvons espérer que tout bouge en même temps. Il faut prendre le temps des usages et du travail de conviction.

Pour illustrer cette question on peut citer Stefana Broadbent[17] qui traite très justement de la question de la confiance « Tout l’approche de la technologie tourne maintenant autour de la confiance. Comme le dit David Smith, le problème n’est pas la technologie, ce sont les comportements » p.157

« En restreignant formellement et en sanctionnant l’utilisation d’appareils personnels, ces écoles véhiculent exactement les mêmes distinctions sociales que les lieux de travail qui emploieront plus tard ces enfants /…/ Les écoles renforcent l’idée que certaines personnes n’ont pas la capacité de se concentrer et d’être autonomes dans leur relation à la technologie » P 162

10 Le numérique est-il une chance pour l’Éducation ? Est-il souhaitable d’en finir avec le présentiel et de laisser chaque élève 7h à 8h par jour chez lui devant un écran d’ordinateur, échangeant avec ses pairs dans des forums virtuels, sans jamais se rencontrer ?

Le numérique est devenu un élément incontournable dans la profession, il est probablement une chance car le champ des possibles est immense et nous sommes confrontés aux générations des petits poucets et des petites poucettes[18]. Est-il souhaitable d’en finir avec le présentiel ? Je ne le crois pas. Est-il souhaitable de laisser des élèves 7 à 8 heures devant un écran ? Cela est non souhaitable et dangereux.

Est ce possible et souhaitable dans certains cas ? Il me semble qu’il faut tenir compte des situations. Il est nécessaire de mêler présentiel et distanciel, ne serait ce que pour casser le problématique silence numérique et éviter une forme de désocialisation.

Il faut se détacher des scénarios technophiles qui élaborent un monde meilleur, fait d’immersion totale dans des réseaux totalement déshumanisés laissons ces scénarios aux auteurs de science fiction[19]. La conception de cours en ligne doit être le fruit d’une scénarisation préalable où les différents acteurs doivent impérativement collaborer. Là où le cours classique pouvait s’entendre comme le rapport entre une classe et un enseignant[20], la conception numérique s’entend comme la collaboration au sein d’une chaîne de conception.

Dans l’idéal fantasmé de l’enseignement en ligne nous avons d’un côté l’enseignant, de l’autre les élèves. Cela reviendrait à valider les propos de Régis Debray : « Communiquer est l’acte de transporter une information dans l’espace, transmettre c’est transporter une information dans le temps » /…/ « Il faut toujours un corps pour transmettre, c’est d’ailleurs là le hic du télé-enseignement et de l’éducation sur écran, c’est que le tuteur n’est pas là, il n’y a que le tuyau et ça ne marche pas vraiment ».

La chaîne de conception est complexe, elle fait converger et travailler ensemble des enseignants, des ingénieurs pédagogiques, des tuteurs, des administratifs, des corps intermédiaires, des informaticiens … Il faut être en capacité de créer une communauté d’intérêts (Godinet, 2007) orientée vers la production d’un enseignement.

Une chaîne de conception qui en arriverait à la conclusion qu’il faut laisser des élèves 8 heures par jour devant un écran commettrait une erreur grave me semble t-il, et ce à deux niveaux :

  • On ne doit jamais être seul devant un écran, la solitude numérique est le terreau du décrochage, il faut déployer un environnement qui accompagne, le tutorat en est la clef. Le travail avec les pairs est à intégrer dans la réflexion mais ce ne peut être la seule solution ou alors il faudrait considérer qu’il y a une sagesse des foules numériques[21].
  • Le lien social présentiel est à privilégier dans la formation initiale sauf pathologie avérée mais là nous sommes dans un autre registre.
  • Le numérique engendre de nouveaux comportements chez les élèves qui n’ont plus de mal à trouver les réponses aux questions qui leur sont posées, sans forcément les avoir comprises. La transmission des savoirs est-elle en danger ? L’école numérique va-t-elle se limiter désormais à des savoir-faire ?

Je ne vois pas en quoi le numérique serait à la source de tous les maux. La transmission des savoirs évolue, elle est moins transmissive (Top-down) et plus collaborative. De ce point de vue, c’est une évolution positive. Il faudra que l’on éduque nos élèves à apprivoiser la dimension numérique. Ils doivent être formés pour comprendre que les usages privés ne sont pas de la même engeance que les usages éducatifs, à apprendre à traiter l’information, à adopter une posture critique. C’est d’ailleurs une très vieille histoire, déjà en son temps le Dieu Thot disait au Pharaon à propos de l’écriture : « Il ne produira que l’oubli dans l’esprit de ceux qui apprennent, en leur faisant négliger la mémoire. En effet, ils laisseront à ces caractères étrangers le soin de leur rappeler ce qu’ils auront confié à l’écriture /…/ tu n’offres à tes disciples que le nom de la science sans la réalité. » Platon, Phèdre ». Il me semble que l’écriture a eu un bel avenir malgré les réserves des contemporains de l’invention. Depuis la fin du moyen âge nous nous sommes affranchis des principes platoniciens.

12 Le numérique, est-ce l’émergence d’une plus grande liberté d’enseigner, ou au contraire le front pionnier de tous les dangers pour l’Éducation nationale ? Comment percevez-vous l’évolution des pratiques managériales actuelles envers les enseignants « connectés » et « innovants » ?

Je me garde bien de donner des conseils ou des pistes dans mon activité réflexive. Le qualificatif d’expert que certains utilisent parfois pour me décrire m’horripile. J’essaye au mieux de structurer une pensée cohérente. La réponse, si tant est qu’il y en ait une, se situe entre la « plus grande liberté » et « le front pionnier de tous les dangers ».

Les pratiques managériales sont, elles aussi, prises dans la tourmente du numérique. Nous passons (nous tentons de) passer d’une culture hiérarchique, verticale vers de méthodes plus horizontales et cela ne va pas sans poser de problèmes. Si l’on estime qu’il faut donner du temps aux enseignants pour intégrer le numérique, je pense qu’il faut aussi donner du temps aux méthodes managériales. Cependant … il faut intégrer l’idée que l’espace de formation ne se résume plus seulement à l’espace réel, il y a aussi les espaces virtuels. Cela nous engage à penser, à imaginer une forme du travail qui (pourrait) s’effectue(r) dans et hors les murs de la classe. Nous sommes encore largement dans la culture panoptique[22], il faut que les enseignants soient sur site, face à leurs élèves au sein d’un espace immobilier (école, collège, lycée) pendant un temps validé. Les enseignants innovants donnent quelques directions mais il me semble, et je l’ai écrit[23], que c’est le système en entier qui doit s’adapter à la nouvelle donne. Nous sommes à une période où s’affrontent des temporalités antagonistes. Le temps technologique est celui du très court terme, le temps politique est celui du moyen terme et le temps du changement est celui du long terme. Il nous appartient d’essayer de concilier ces temps.

***

[1] Un blog pour apprendre, apprendre avec un blog, https://moiraudjp.wordpress.com

 

[2] « La fabrique de l’histoire » – France culture – http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-education-34-2013-01-09

 

[3] École de Droit (EDL) faculté de Droit, Université Lyon 3 – http://facdedroit.univ-lyon3.fr/d-u-professionnels-du-droit-423399.kjsp

 

[4] Master 2 de Science politique – Relations Internationales en Formation continue à distance (e-learning)- http://facdedroit.univ-lyon3.fr/master-2-de-science-politique-relations-internationales-en-formation-continue-a-distance-e-learning–136954.kjsp?RH=1158912725555&RF=1337781197980

[5] Blog de T@D – http://blogdetad.blogspot.fr/

[6] « Le digital labor », Antonio Casili, Dominique Cardon, 2015

[7] Ibid

[8] Les fragments du blog de T@D, https://sites.google.com/site/letutoratadistance/Home/consulter/fragments-du-blog-de-t-d

 

[9] Master MFG Rennes – https://etudes.univ-rennes1.fr/master-mfeg/themes/P1

 

[10] Sylvain Vacaresse – https://fr.linkedin.com/in/svacaresse/fr

 

[11] Cofordi – http://cofordi.fr/

 

[12] « Audit du domicile et e-learning, gestes et habitudes », Jean-Paul Moiraud, 2015, https://moiraudjp.wordpress.com/2015/09/19/audit-du-domicile/

[13] Clemi – « Le CLEMI est chargé de l’éducation aux médias dans l’ensemble du système éducatif français  depuis 1983. Il a pour mission d’apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias. Cet objectif s’appuie  sur des partenariats dynamiques entre enseignants et professionnels de l’information. Tous les enseignants, quels que soient leur niveau et leur discipline peuvent avoir recours au CLEMI, tant au plan national que régional, pour se former, obtenir des conseils ou des ressources. » http://www.clemi.org/fr/

 

[14] Canopé – https://www.reseau-canope.fr

 

[15] Eduscol – http://eduscol.education.fr/

 

[16] L’école numérique – http://www.education.gouv.fr/pid29064/ecole-numerique.html

 

[17] « L’intimité au travail », Stefana Broadbent, éditions fyp, 2011

[18] Petite poucette, Michel Serres, manifeste le pommier, 2014

[19] Le samouraï virtuel, Neal Stephenson, Robert Laffont, 1992 – Neuromancien, William Gibson, J’ai lu, 1984

[20] L’école et les réseaux numériques, Rapport de l’inspection générale, Anne-Marie Bardi, Jean-Michel Bérard, 1992

[21] La sagesse des foules, James Surowiecki, Jean-Claude Lattès, 2008.

[22] Surveiller et punir, Michel Foucault, Tel Gallimard, 1975

[23] Et si l’enseignant innovant était un concept utile … pour ne pas innover – https://moiraudjp.wordpress.com/2014/02/22/et-si-lenseignant-innovant-etait-un-concept-utile-pour-ne-pas-innover/

 

2015 en révision

1 Jan

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2015 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 19 000 fois en 2015. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 7 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Conception pédagogique et LMS

23 Nov

23 novembre 2015

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Je vais temporairement m’abstraire de la réflexion sur les espaces réels pour m’attarder sur les espaces virtuels. Je voudrais évoquer l’outil que j’utilise tous les jours pour la conception de cours, je parle ici de Moodle (Modular Object-Oriented Dynamic Learning Environment).

Depuis deux ans je me frotte à ce LMS, il m’est apparu très rigide de prime abord mais il est beaucoup plus puissant qu’il n’y paraît. Il est fort probable que mes primes approches aient plus participé de stratégie de bricolage pour satisfaire mes besoins immédiats. L’usage intensif m’a engagé à analyser ce LMS, que je me plaisais à qualifier de « soviétique« , et à dégager des points d’analyse.

J’en retiens les points suivants :

  • Moodle doit inviter les utilisateurs à gérer des langages multi niveaux.
    • Premier niveau – Un cours correspond à la création d’un module (il est possible d’empiler plusieurs modules). Ce ou ces module(s) structure(nt) l’information par empilement. Par défaut les ressources sont empilées les unes au-dessus des autres. La lecture va du haut vers le bas et du bas vers le haut. Nous ne travaillons jamais ou presque selon ce mode linéaire unique.
    • Deuxième niveau – La mise en ligne des cours ne peut se satisfaire de cette structure par défaut. Il faut que les concepteurs développent des modules de cours qui disposent d’une multitude de possibilités de circulation. Il faut donner le choix aux apprenants de pouvoir accéder aux informations de multiples façons.
      • Disposer d’une entrée thématique (présentation des enseignants, présentation des objectifs, bibliographie, cours N°1, cours N°2 …) ;
      • Disposer d’une circulation verticale c’est-à-dire un accès au plan du cours ;
      • Disposer d’une circulation horizontale – c’est-à-dire pouvoir aller d’un cours à l’autre sans avoir à repasser par la page accueil thématisée.

J’avais il y a quelques temps déjà, formalisé ce principe dans un diaporama.

La conception d’un cours avec Moodle consiste à mettre à disposition des apprenants des cours ergonomiques qui tiennent compte de la possibilité de naviguer de façon multiple. La conception doit aussi prendre en compte les intérêts des enseignants. Je reste persuadé (mais le chemin est long) qu’il faut convaincre les enseignants d’investir Moodle, il faut leur donner le choix de

Ressources Moodle

Ressources Moodle

déposer des ressources, d’avoir même une marge de conception pour ceux qui le souhaitent. Il faut donc concevoir un mode de circulation fluide. Il faut ici comprendre que les ressources à disposition ont un sens. Il faut intégrer l’idée qu’il y a une sémiologie de conception. Moodle permet de déposer du texte selon le même procédé dans une étiquette ou dans une page (voir image ci-contre). Pour les apprenants, il n’y a pas de différence à la lecture. Pour les concepteurs la différence est de taille.

Il faut que l’étiquette soit réservée aux titres, c’est-à-dire un message court (enseignants, bibliogaphie, exercice, cours N° 1).

Les textes à haute densité doivent être insérés dans la ressource page. Les enjeux pédagogiques sont respectés sans altérer la lecture de l’ordonnancement des cours dans le mode modification.

Lorsque le travail a été réalisé en respectant les principes évoqués ci-dessus on a la structure ci-dessous, synthétique qui permet de percevoir le mode d’organisation des cours et de déplacer, si besoin, les blocs par simple clic.

circul_1

Cliquez pour agrandir l’image

Dans le cas où la conception est réalisée sans tenir compte du sens des ressources, le mode de circulation intègre la totalité du texte. Il rend ainsi ingérable le déplacement des blocs et interdisant toute vision synoptique du cours.

Capture d’écran 2015-11-23 à 21.18.28

Cliquez sur l’image pour agrandir

Je vais continuer cette analyse dans une suite d’articles et avec la parution prochaine, je l’espère,  d’un article dans une revue.

NB : le terme « ressources » utilisé par les développeurs de Moodle pour qualifier les pages et les étiquettes me gène.

Espace de formation et collaboration, si on essayait vraiment ?

13 Nov

1 – Introduction

Avec un peu de retard, en raison de circonstances indépendantes de ma volonté, je vais tenter de livrer mon analyse post Boussoles 3 du numérique. J’ai choisi cette fois non seulement de tenter une analyse théorique mais aussi, et peut être surtout, de faire une proposition d’action.

Au cours de ces deux jours (14 et 15 octobre 2015)  la question des espaces de formation a été abordée, la table ronde s’intitulait « Espace et temps scolaire » et s’inscrivait dans le cadre de la présentation du PNF (plan national de formation). Michelle Laurissergue donnait la teneur des enjeux dans un éditorial daté du 14 septembre 2015 :

« Des choix, des liens sociaux, des temps et des espaces réinventés

L’école n’est plus un sanctuaire fermé au monde extérieur et l’inclusion dans la société de l’information devient un défi d’autant que de nombreuses questions restent en suspens, questions politiques, économiques, techniques, culturelles et sociales notamment culture dominante, marché prépondérant, communautés virtuelles, transformation des approches du temps, des espaces et du travail, nouveaux modes de formation.« 

À Cenon, les débats, les présentations des initiatives, m’ont conforté dans l’idée que les hypothèses que j’avance depuis des années au sein de ce blog (Tags espace, corps, geste) sont devenues des sujets d’actualité. L’essentiel n’est cependant pas là. Les thématiques développées aux boussoles présentaient de nombreuses convergences, elles s’orientaient vers le même nord pédagogique. Je pense ici précisément au concept de travail collaboratif et à celui de la structure des espaces de formation. La mise en dialogue de ces deux notions m’a engagé à mobiliser des principes théoriques que j’avais déposés de façon éparses dans ma « Think list« . Je peux ainsi avancer de nouvelles hypothèses et des propositions qui structureront cet article. Il sera question dans cet article d’innovation (de disruption) et de management du changement, centrés sur la question des espaces de formation.

2  – Se former

Se former et apprendre en permanence sont deux axes forts dans le contexte actuel car nous sommes résolument ancrés dans la société de l’immatériel. Les temporalités des changements s’accélèrent, il faut être en capacité de s’y adapter. On peut imaginer qu’un élève de primaire est inscrit dans un processus programmé et continué qui va de la formation initiale à la formation continue. L’apprentissage conditionne la construction du citoyen, son éducation et son insertion future. Une fois inséré la formation est un facteur d’adaptation et de maintien des processus productifs.

Personne n’est en capacité de prévoir ce que seront les modalités instrumentées des apprentissages et de la formation dans 10 ans et leurs impacts sur la structure des espaces de formation. Cela nous contraint de poser des jalons conceptuels et des principes d’action pour aborder ce futur aux contours flous.

Dans une société au périmètre incertain il est plus que jamais nécessaire de former aux  disciplines qui aident à conceptualiser. Je pense ici, notamment, à la philosophie, à la littérature, à l’histoire. Nous avons besoin de futurs cadres qui soient capables d’anticiper, de comprendre et d’instrumenter les transformations. Il faut leur donner les moyens de se saisir du matériel conceptuel qui les aideront à absorber les changements et de les transformer en action ou le verbe faire est fécond.

Insister sur la capacité à penser, à conceptualiser ne signifie pas mettre sous l’éteignoir le geste et le corps, j’ai commencé à évoquer cette thématique dans divers articles. Nous commettons aujourd’hui, me semble t-il, une erreur grave (dont nous ne mesurons probablement pas les conséquences) à vouloir cloisonner ce qui relève de la pensée de ce qui relève du geste. Est-il possible de dissocier le geste et la pensée, la pensée et le geste ? Je ne le crois pas.

Cette longue digression introductive me permet de mieux asseoir mon propos sur les espaces de formation. Se donner les moyens de les imaginer est un exercice complexe de pensée systémique (1).

3 – Modifier nos approches

Je vais commencer mon argumentation en listant des questions ? Certaines se posent déjà, d’autres vont se poser avec acuité dans un futur plus ou moins proche :

  • Quel est le temps de translation entre le domicile et le lieu de travail ? Ce temps stérile et improductif ne cesse d’augmenter, peut-on continuer à s’en accommoder ? Quel est le statut de ces espaces transitionnels ?
  • L’immobilier éducatif institutionnel intègre de plus en plus le numérique. Quel peut être le modèle type du lieu d’apprentissage ou de formation ? ;
  • Peut-on encore ignorer l’espace privé des apprenants et des enseignants dans les processus de formation ? Il est devenu une dimension significative mais ignorée de l’apprentissage et de l’enseignement ;
  • Comment peut-on imaginer un nouveau management quand se développe une diversité d’espaces de formation (réel, virtuel, réel institutionnel, réel privé, virtuel institutionnel, virtuel privé). Ils font voler en éclat le principe panoptique ? Voir, ne pas voir pourrait résumer la problématique. Ce management hétéro-spatialisé devra s’orienter vers une capacité à aider, à accompagner les transformations, à être bienveillant plus qu’à se retrancher derrière des textes (forcément en retard d’une bataille) ;
  • Peut-on continuer à entasser des étudiants dans des amphithéâtres pour simplement écouter dans des conditions non optimales ? – « Pour les autres, majoritaires, direction l’amphithéâtre Léon-Binet et ses 900 places, à quelques étages de là, où ils pourront suivre le même cours, retransmis sur grand écran.« 
  • Peut-on imaginer une Université sans référence systématique aux amphithéâtres ? Quelles seraient les solutions spatiales alternatives ?

4 – Collaborer

La question est sensible et peut se résumer par :  » Comment doit-on imaginer les espaces de formation ?  » Revenons donc aux thématiques des Boussoles 3 et formalisons les principes :  » Quel est le champ des possibles qu’offre le mode collaboratif ? « . Je voudrais m’appuyer ici sur l’expérience de Local motor que j’avais découvert à la biennale du design de Saint Étienne en 2013. Ce site est destiné à faire collaborer (à distance notamment) des acteurs engagés dans la conception d’automobiles, l’objectif étant de créer des véhicules. Permettons nous de transférer le principe dans le champ de nos préoccupations.

La conception des espaces de formation est un sujet d’actualité. Je crains cependant que nous passions du rien au tout, c’est-à-dire décréter qu’il faut de nouveaux espaces, montrer quelques constructions de prestiges à titre d’exemple, publier des rapports, le tout dans une démarche louable mais toujours… pyramidale et jacobine. Or si je comprends bien les propos actuels, il faut s’orienter vers des structures et méthodes plus horizontales, plus agiles dont le pilier est la capacité à collaborer et collaborer.

Si le mode collaboratif est la direction qu’il faut suivre alors je me permets de faire une proposition pour la réflexion / production d’espaces de formation.

5 – Penser ET produire

Si nous souhaitons faire bouger les lignes actuelles nous pouvons alors  tenter de créer  un lieu, un espace de travail collaboratif à la façon de local-motor.com

J’imagine donc un espace de travail qui agrègerait les acteurs concernés par la réflexion et la conception des espaces de formation à l’ère du numérique.

Ce lieu devrait obligatoirement intégrer les deux dimensions que j’ai évoquées en introduction la pensée (conceptualiser) et le geste (faire).

Il conviendrait donc de réunir au sein de cet espace des philosophes, des pédagogues, des designers, des décideurs de l’éducation nationale, des décideurs des collectivités locales, des architectes, des enseignants, des étudiants et enseignants des écoles de design (Boulle, Duperré, Estienne, Olivier de Serres,  La Martinière-Diderot, ENSCI, école de design de Saint Étienne …) , les corps d’inspection, des constructeurs, des spécialistes des matériaux (exemple materio) … L’éducation nationale et l’enseignement supérieur rassemblent en leur sein une extraordinaire palette de savoirs et de compétences. Je crois que la volonté de travailler ensemble (y compris avec des acteurs extérieurs comme les constructeurs) en mode collaboratif serait à la fois féconde et très innovante.

La confrontation des points de vue me parait essentielle dans cette démarche collaborative car chacun s’enrichit de l’expérience et des savoirs des autres. Nous avons plutôt tendance à travailler au sein de nos structures et à méconnaître partiellement ce que font les autres.

Le principe collaboratif, tel que je l’imagine, est assis sur le principe d’acteurs qui interviennent avant tout comme force de proposition, plus qu’en référence à un statut ou à un grade identifié. Le collaboratif  ne peut se concevoir de mon point de vue que dans une vision réticulaire où la compétence est la donnée qui prime (il y a cependant souvent un lien entre titre et compétence).

La première difficulté de l’exercice est de transcender la représentation de l’autre pour se concentrer et comprendre ce qu’il est capable d’apporter à la construction du projet.  C’est de mon point de vue la condition sine qua non du réalisable.  Je pense même que la première étape est que les acteurs se présentent et expliquent qu’elle sera leur contribution active. Exemple : que le designer explique  quel est son rôle,  le  sens de son activité, le philosophe expliquant le sens de ses analyses, le représentant des collectivités locales les exigences de sa politique, le programmiste la logique de ses calculs que d’aucun pourraient juger arides, répondant à une logique comptable …. Dépasser les stéréotypes est l’étape N°1, collaborer est au prix de l’émergence d’une communauté d’intérêts. L’entrée dans l’espace collaboratif ne pourrait (pourra) se baser sur l’envie d’y être mais bien sur la capacité à apporter une contribution à l’acte de production.

Ce lieu de réflexion / proposition / construction devrait se fonder sur un principe d’obligation de résultat négocié collectivement. Exemple produire les principes de l’espace de formation instrumenté, concevoir   la pièce de télétravail dans un domicile, Concevoir des plans pour définir une salle de classe intégrant le numérique …

Il ne s’agit pas ici d’un laboratoire permettant de proposer un idéal, un acmé de l’immobilier pédagogique mais bien de produire du concret argumenté, réalisable et transférable in situ. J’entends souvent les enseignants dire  » On ne voit jamais le résultat de notre travail « , Matthew B. Crawford l’exprime, souvent de façon dérangeante mais salutaire, dans son ouvrage intitulé « L’éloge du carburateur« , La découverte, 2010, 249 p, on peut aussi retrouver ces principes chez Richard Sennett in  » Ce que sait la main, la culture de l’artisanat « , Albin Michel, 2010.

La collaboration n’exclue pas une part de compétition. On peut imaginer des équipes pluridisciplinaires travaillant sur le même projet sur un principe de « coopétition« .

6 – Du discours à l’usage

Je me suis contenté, à ce stade, de dresser un cadre formel d’action mais il me semble qu’il répond en partie aux discours et propositions que j’ai pu entendre aux boussoles 3. L’esprit et la démarche collaborative est une pratique extrêmement disruptive car elle met à mal tout ce qui nous a construit. Nous avons une fenêtre de tir qui s’ouvre, nous avons les moyens de mettre en accord les principes et les actes. Pourquoi ne pas essayer, c’est me semble t-il la seule façon de savoir si nous pouvons réussir (nous prenons aussi le risque d’échouer).

7 – Conclusion

J’aimerais que cette réflexion ne soit pas, comme souvent, une simple trace fixée dans les colonnes de ce blog. pour une fois j’aimerais que les acteurs que j’ai cités prennent la parole et réagissent. J’accepte par principe toutes les analyses, y compris contradictoires dans la mesure où elles sont argumentées. Y aura t-il des personnes qui auront envie de se saisir du principe et pourquoi le mettre en musique ?

Je reste persuadé que le mode collaboratif mérite un travail d’analyse de fond mais il doit obligatoirement avoir son pendant : la production. Saurons nous le faire ? Parlons du collaboratif mais surtout pratiquons le.

(1) – Le projet archiclasse contribue à alimenter cette réflexion.

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Audit du domicile et e.learning. Gestes et habitudes

19 Sep

Billet en rapport

Le travail à domicile, le télétravail, le droit à déconnexion sont des sujets qui commencent enfin à émerger comme éléments de propositions politiques. C’est une façon de reconnaître que l’espace de formation n’est plus la réunion de l’espace réel ET de l’espace virtuel mais bien un élément unique et indivisible.

Cette question de l’accès aux ressources du savoir passe obligatoirement par le domicile des enseignants et des apprenants. Cela pose un ensemble de questions qui agitent la société et qui vont s’accroître me semble t-il avec le temps. La tenue de la COP21 est un élément du débat me semble t-il dans la mesure où les trajets pendulaires dans les grandes agglomérations sont polluants et facteurs de pertes de temps et d’énergie.

Quelle évolution du salariat ? Quelles définitions des statuts dans la fonction publique ? Quelle définition du temps de travail ? Quelle définition du contour de l’espace de travail ? Quelle place donner aux déplacements dans la journée d’un enseignant et d’un apprenant ?

Le e-learning est au centre de ces réflexions car sa mise en place, son développement déporte la notion de lieu de formation. Je reste persuadé que la question est sous estimée quand elle n’est pas ignorée.

Pour l’instant nous sommes sur la base du « Vous allez pouvoir travailler chez – vous !, nous allons vous envoyer le lien de connexion« . En disant cela rien n’est dit car la charge de l’organisation est déplacée sur l’apprenant. En introduisant une nouvelle façon de travailler, on prend le risque de bouleverser les habitudes, de mettre à mal les routines acquises. Les apprenants, les enseignants dans ce cadre qui se développe peuvent être déstabilisés dans leurs habitus, terreau fertile du rejet, nous le savons.

L’habitude, il serait facile de dire que c’est justement ce qui freine. J’aime me référer à Richard Sennett, notamment à son ouvrage « Le travail sans qualité – The corrosion of character, the personal consequence of work in the new capitalism« , 10/18, 1998 : « Le sociologue Anthony Giddens s’est efforcé de faire vivre l’intuition du philosophe en attirant l’attention sur la valeur première de l’habitude dans les pratiques sociales et la compréhension de soi. Nous ne testons d’autres solutions qu’en rapport avec des habitudes que nous avons déjà maîtrisées. Imaginer une vie d’élans momentanés, d’actions à court terme, une vie dépourvue de routines durables et sans habitudes, c’est en vérité imaginer une existence absurde« . Il ne faut pas mésestimer le poids des habitudes professionnelles, il faut les prendre comme un paramètre de la scénarisation.

L’investissement du domicile comme lieu de travail numérisé est un fait nouveau, nous n’avons pas ou peu d’habitudes, des routines embyonnaires. Je ne parle pas ici de l’introduction d’internet pour l’usage privé mais bien de sa dimension professionnelle. L’une et l’autre des pratiques sont bien différentes, c’est la raison pour laquelle on ne peut penser par calque. Pour l’instant il y a beaucoup à conquérir et beaucoup à apprendre.

Il faut donc penser, imaginer, réguler ces pratiques et ce pour plusieurs raisons :

  • Les concepts de temps et d’espaces sont bouleversés, il faut les définir à nouveau sans réduire les droits ;
  • Le salariat avec la naissance du capitalisme avait éloigné le travailleur de son domicile (Zaretski, 1986) pour qu’il soit plus productif. Le numérique favorise le retour vers le domicile. Comment gérer cette nouvelle donne ? ;
  • Les domiciles sont essentiellement pensés pour une activité privée, l’intermittence professionnelle bouleverse les agencements spatiaux ;
  • Le domicile chahute les habitudes du panoptisme sur site. Le travail à domicile tendrait à développer de nouvelles formes de contrôles plus fortes « Diverses études laissent penser que la surveillance au travail est souvent plus grande dans ce cas de figure que pour ceux qui travaillent au bureau » (Richard Sennett, ibid, p.80.) Comment agir pour introduire la confiance dans les relations à distance ?
  • Quelle place donner à la déconnexion ?

Le chantier est immense, il faut le prendre à bras le corps. J’entends par là être pro actif dans les politiques de déploiement. De mon point de vue il ne suffira pas d’intégrer des textes, des recommandations, des vidéos de bonnes pratiques sur un site. Il faudra accompagner, former, expliquer les enjeux. Il faudra que les corps intermédiaires aillent au contacts des acteurs et les former.

J’ai commencé modestement à formaliser ces questions sous forme de recommandations aux acteurs engagés dans la formation en ligne et voulant utiliser une classe virtuelle. Il s’agit d’un vademecum pour des étudiants en ligne. Avant que ne commence la formation il me semble indispensable d’expliquer ce que signifie travailler à partir de son domicile parce que c’est complexe.

***

« →  La qualité de votre connexion internet

Capture d’écran 2015-09-19 à 08.50.14L’apprentissage en ligne est tributaire de la bonne connexion internet. Il est banal de le dire mais fondamental pour le bon déroulement des séances de formation. Vous pouvez commencer par tester en ligne la qualité en cliquant sur ce lien

Réglage du matériel de votre domicile

Il est conseillé d’avoir une connexion de type ADSL ou fibre pour bénéficier d’un débit fluide lors des réunions en classe virtuelle. Préalablement à la séance distante synchrone voici quelques conseils pour en optimiser l’efficacité :

Un lien de connexion vous sera envoyé sur votre messagerie. Nous vous conseillons de réaliser les réglages sons et vidéos en amont de la séance (jamais au dernier moment) en suivant les indications du lien.

→ Vérifiez que vous possédez un casque audio. Les écouteurs de votre smartphone sont suffisants. En l’absence d’écouteurs la mise en relation sonore de plusieurs personnes peut générer un effet larsen très désagréable. Nous vous conseillons donc vivement de vous le procurer si vous souhaitez profiter pleinement des cours.

→Vérifiez, si la géographie de votre installation personnelle le permet, que vous pouvez privilégier le branchement RJ45, plutôt que les ondes wifi.

→ Vous pouvez brancher votre ordinateur à la box grâce aux prises spécifiques situées sur la façade arrière. Nous sommes bien conscients que la possibilité de branchement dépend largement de l’espace qui sépare de votre box de votre ordinateur. Très souvent la box est éloignée des terminaux numériques. Des câbles RJ 45 existent et permettent les connexions filaires. Ils ont un inconvénient notable car ils vont devenir des obstacles pour les circulations de vos proches.

Les prises CPL

Vous pouvez vous équiper de prises CPL (Courant Porteur Léger) pour vous connecter en filaire (RJ 45) à partir de vos prises électriques. De la sorte, vous pouvez vous connecter de n’importe quel endroit de votre appartement sans vous préoccuper de la situation de la box. Pour les détails techniques et les prix demandez à votre revendeur habituel. Vous aurez ainsi réglé la question des câbles gênants en bénéficiant d’un débit satisfaisant.

Réglages du matériel de votre lieu de travail

→ Si vous vous connectez de votre entreprise vérifiez au préalable que la politique de sécurité informatique développée par votre DSI ne bloque pas l’accès aux solutions déployées (classes virtuelles notamment) et à la plateforme. N’oubliez pas que l’accès professionnel est lié à des contraintes de sécurité. C’est une démarche administrative assez longue et rien ne vous garantie qu’elle sera couronnée de succès. Il faut régler cette question dès le début de votre formation.« 

La méthode de recherche, une nouvelle compétence ?

29 Aug

Je reviens de la session Ludovia 2015 et comme l‘année dernière j’ai choisi d’assister aux tables rondes qui traitaient du rôle des collectivités locales. Ce n’est évidemment pas le thème le plus enthousiasmant en terme d’affichage (je l’avais déjà souligné). Il aurait été plus distrayant de regarder les dernières innovations, les derniers usages instrumentés, par la dernière solution à la mode. Mais … Je préfère depuis longtemps la vision méta de mon métier à la vision micro. L’éducation est éminemment une question politique (la polis) où il s’agit de penser un mode d’organisation et ses possibles évolutions. Je prends de plus en plus de distance sur le pilotage  du numérique éducatif par le prisme de l’envie du geek.

Il était donc question de l’introduction du numérique dans les établissements (école, collège, lycée, université). Un sujet d’une très grande complexité, tant au niveau conceptuel, qu’organisationnel.

C’est ce dernier point que je souhaite développer dans ce billet.

Dans cette réflexion nous avons deux pôles principaux, d’un côté les collectivités, en charge de financer les infrastructures numériques, de l’autre, les enseignants qui doivent instrumenter leurs enseignements.

Présentées comme cela les choses sont simples mais la réalité me semble être plus complexe car entre les deux pôles, le courant conducteur passe par une chaîne d’une rare complexité.

Si je simplifie à l’extrême le modèle, nous avons d’un côté un enseignant dans sa classe face à ses élèves. Fort des solutions qui lui sont proposées, des directives qui l’invitent à intégrer le numérique dans ses pratiques, il va tenter de les modifier mais c’est souvent seul (ou réduit à l’équipe locale). Je reste persuadé que l’enseignement participe encore largement d’un exercice solitaire, un métier où l’on a pas ou peu la culture du partage et de la mutualisation. Ce n’est pas parce que l’on répète à l’envi qu’il faut collaborer et coopérer  que c’est une vérité. Je viens de lire un article de Philippe. Meirieu (Entretien  accordé  par  Philippe  Meirieu  au  journal  Le  Monde dans  le  cadre  du  dossier  paru  dans  le  numéro  du  vendredi  28  janvier 2015, :  «L’innovation,  c’est  classe» – «La cohérence  pédagogique  ne  peut  être  décrétée,  elle  doit  s’élaborer  sur  la  durée»)

qui me conforte dans cette idée. Je me permets d’en citer un passage :

« il  faut  bien  garder  en  tête  que  les  enseignants  parlent  très  peu  de  leurs  pratiques  pédagogiques  entre  eux;  la  plupart  des concertations  sont  essentiellement  «institutionnelles»  et  portent  sur  des  problèmes  d’organisation.  Le  face-­à-face  pédagogique  reste  du  domaine  privé  dans  l’imaginaire  collectif  enseignant  :  on  ne  dévoile  ni  ses  problèmes  ni  ses  solutions  aux collègues.  L’enseignement  est  un  des  métiers  où  la  mutualisation  est  la  plus  faible… Et  cela  constitue  une  entrave  considérable  à  la  véritable  innovation. » Le Monde 2015

 De l’autre côté nous avons les collectivités locales et l’État en charge de déployer le numérique. L’institution à la culture de la concertation, elle est ancrée, car les enjeux sont de taille, ils se chiffrent en millions d’euros d’argent public.

À l’écoute des différentes tables rondes j’ai découvert un empilement de structures et de services qui se concertent pour œuvrer au développement du projet numérique.

j’ai essayé de lister les organismes et services impliqués

Communes, conseils départemental, Région, communautés de communes, COPIL de projets, SDET, DNE, ADF, ARF, CNFPT, ANDVE, inspections disciplinaires, comités d’appels à projets, DANE, CARDIE, Canope, projet d’établissement, projet académique … j’en oublie surement. Je dois bien avouer qu’il me faudrait un temps assez long pour cartographier cette multitude. Ce qui m’inquiète c’est que la logique de mon métier voudrait que je connaisse parfaitement cette organisation.

Je ne doute pas de l’efficacité du système mais les enseignants sont en bout de chaîne et un peu isolés. Je me demande quel est celui qui maîtrise parfaitement la complexité de cette chaîne de décision ? Les expérimentations qui sont engagées nécessitent de passer du stade micro (établissement) au stade macro (multi-établissements). Il a été dit dans les débats que l’expérimentation est souvent un « One shot » or l’objectif est de « généraliser » ou de tenter de …

Comment faire alors pour concilier une organisation très structurée qui sait se concerter, qui impulse une politique numérique avec les usages des enseignants beaucoup plus atomisés ?

L’intérêt des expérimentations est bien de tester, d’observer et d’en tirer le bilan à fin de diffusions aux cohortes suivantes.

Je vois ici émerger une compétence, celle de la prise de recul réflexif. Il me paraît difficile de s’engager dans le développement d’usages numériques dits innovants et de rester uniquement dans le faire, sur une base locale. L’analyse sur retour d’expérience est centrale. Je vais être provocateur mais j’ai du mal à comprendre que les collectivités locales n’exigent pas des retours d’expériences circonstanciés. J’imagine que le tabou de la partition entre  compétence pédagogique et compétence d’équipement est plus forte que le bon sens.

Plusieurs pistes sont à explorer :

  • Former les jeunes enseignants dans les espé à la méthode de recherche pour les préparer à analyser les évolutions de leur métier ;
  • Prévoir un temps de formation pour les enseignants impliqués dans les expérimentations ;
  • Demander aux enseignants engagés dans les expérimentations de fournir des bilans « d’expé« 
  • Associer plus fortement les enseignants aux logiques projets ;

Je ne propose pas ici d’ajouter du travail au travail mais d’inscrire la logique d’analyse comme un élément majeur des expérimentations, formalisé dans un contrat cadre avec obligation de résultat. Tout travail méritant rémunération, on pourrait imaginer (sans gréver fortement les budgets) de rémunérer ce travail d’analyse nécessaire pour passer du local au global.

L’enjeu est de créer une connexion entre l’impulsion de politiques locales et les usages des enseignants. Donner des éléments de méthode de recherche pourrait être, me semble t-il, un élément de réponse fort.

Je propose ici des pistes, je sais que l’on va probablement me répondre que les lieux de concertations existent mais je persiste à penser que le cloisonnement est prégnant et bloquant dans la grande chaîne de décisions. Le laboratoire Techné de Poitiers semble être un début de réponse à mon questionnement puisque la recherche est impliquée dans le déploiement des expériences. Je pense ici aussi aux Savanturiers de François Taddéi, si l’on peut associer les enfants à la recherche, il doit être possible d’en faire autant avec les enseignants – Voir l’interview de François Taddei sur Nipedu

Post scriptum : Je me pose une question d’ordre politique. Pendant combien de temps les collectivités locales vont-elles continuer à financer des projets sans pouvoir obtenir des retours sur les usages ?

Mon blog est ouvert pour engager le débat, je suis même prêt à venir en débattre sur site.

Collaboration et outils numériques

20 Aug

En avançant dans mes observations sur le numérique, j’essaye de  prendre plus de distance sur la façon dont on instrumente les terminaux de réception. Ils participent à une nouvelle façon de travailler, notamment par collaboration. Je tiens à préciser que la collaboration n’est pas la conséquence de l’introduction d’une machine mais bien le fruit d’une envie, d’une scénarisation, d’une connaissance des enjeux, des potentiels de la collaboration.

Lorsque l’on est situé dans un espace physique équipé de matériel numérique je me demande si l’équation un ordinateur (quelque soit sa forme) un apprenant est systématiquement pertinente, notamment pour une première approche. Nous avons tendance à vouloir systématiquement équiper les apprenants d’un ordinateur. L’équation un apprenant / un ordinateur a du sens mais pas dans toutes les situations me semble t-il.

Les tables tactiles me semblent être un outil qui présente des fonctionnalités intéressantes. Elles favorisent une approche plus collaborative car elles engagent à la fois le corps et l’esprit :

Le corps, parce ce que l’on peut  interagir collectivement sur l’écran, se déplacer autour de la table ;

L’esprit car le geste s’accompagne d’un prise de parole. Celui qui active l’écran de la table s’oblige à expliquer ce qu’il fait, la logique de son raisonnement.

Il va de soi que les scénarios construits doivent intégrer cette dimension de la collaboration, que les enseignants expliquent à leurs élèves les modalités d’action. Nous retombons ici sur des problématiques que j’ai déjà évoquées i.e la place de la voix, l’agencement des salles de cours.

il sera intéressant de suivre l’activité du blog de tactileo. En attendant j’ai tenté de formliser en images mes propos.

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Mobilité Vs immobilité

15 Aug

Billet en rapport Billet en rapport

Everywhere and anywhere, l’expression anglo saxonne décrit assez bien la façon dont on accède actuellement à l’espace informationnel numérisé. Nous pouvons saisir l’information en tout temps et en tout lieu. Ordinateur fixe, ordinateur portable, smartphone, tablette, apple watch ( à quand les implants humains ? )  sont devenus des prolongements de notre moi. Tout est consultable jusqu’à satiété. Dans ce contexte, je me pose la question suivante : Faut-il être obligatoirement en mouvement pour accéder aux données ?

Cette interrogation  m’a amené, depuis quelques temps, à lire ce que se dit sur la smart city. Ce concept fait émerger  l’idée que la physiologie du citoyen moderne serait constituée par un circuit vital supplémentaire. Il  alimenterait l’organisme en un flux d’informations constituées par un ADN à base de 0 et de 1.  Dans la smart city le citoyen, gorgé d’informations, est structurellement mobile. Il prend des transports doux et durables lors de ses déplacements, son sens de l’orientation est inféodé aux données transmises par le GPS. Son chauffage est régulé à distance par un add’on de son smartphone, il renonce à s’ennuyer dans les transports en commun car il peut grâce à la xG lire, regarder la télévision en temps réel ou en replay, twitter, dialoguer sur les réseaux sociaux … On le veut intelligent et mobile, c’est dit, c’est répété.

Je ne m’inscris pas en faux contre cette vision car elle est en partie ma vie mais … Pourquoi toujours envisager le citoyen de la smart city comme un être en mouvement, une forme de fourmi civilisée, industrieuse, productive, renonçant au temps de pause, à la revendication de l’immobilité féconde. Suis-je moins smart en aimant parfois, (souvent) l’immobilité ?

L’homo numericus , dans la vision des concepteurs, est en mouvement perpétuel, stimulé par cette irrigation informationnelle organique. Le citoyen connecté est celui qui bouge, qui se déplace. Plus il est connecté, plus il se déplace, plus il se déplace, plus il se connecte.

Je crains que dans ces scénarios technophiles, on ne voit émerger des analyses où les temps  et lieux d’apprentissage soient ceux des temps et lieux intersticiels, ceux des déplacements, des temps d’attentes dans le gares … Le saint graal de l’homme pressé, du temps compté, séquencé en mode ROI, en temps utile. Le temps non identifié et le lieu non connecté sont anxiogènes.

La mobilité a du sens, elle est utile, je l’aime mais à la condition de l’analyser aussi au regard des bienfaits et des vertus de l’immobilité, du temps long, du temps non compté. Être mobile c’est avoir compris les charmes de l’immobilité.

Il me semble que la smart city doit être aussi l’agrégation des smart house, des smart school (j’ose ces expressions). Il faut imaginer ces lieux ou l’on pourrait prendre des temps de pause (l’emploi du temps des apprenants affichant une case intitulée RIEN serait séduisant), revendiquer l’immobilité active et passive, voire le temps de paresse 2.0. Il faudrait songer à penser à nouveau l’éloge de la paresse 2.0 version modernisée de l’ouvrage éponyme.

L’intelligence, si elle est celle du corps en mouvement, doit aussi être celle du corps au repos, peut être du corps alangui, en tout cas celle de l’esprit qui  navigue sans convoquer systématiquement le corps.

Allongé sur mon canapé, je remercie à distance Mona Chollet et le directeur du Tuba de Lyon qui ont, sans le savoir,  stimulé mes réflexions casanières.

 » Chez soi, une odysée de l’espace domestique ».  Mona Chollet, zones éditions

Tuba Lyon le site 

Lectorat

13 Aug

Je tiens des chroniques dans ce blog depuis une dizaine d’années.même si je consacre l’essentiel du temps à tenter de produire du sens, je regarde aussi les statistiques. Le lectorat s’est fidélisé avec le temps, de nombreuses personnes sont abonnées. Ce qui me surprend particulièrement c’est l’origine gégraphique des lecteurs. Les  français et  francophones (Algérie, Belgique, Canada, Maroc, Tunisie  …) mais … Il y a aussi des lecteurs fidèles de pays non francophones notamment les USA.

Mon traceur me donne des indications mais elles ne sont que partielles. Si vous me lisez épisodiquement ou régulièrement mes billets, si vous êtes situés hors de France, j’aimerais bien avoir des retours de votre part. Pourquoi lisez vous ce blog, dans quel cadre, qu’en retirez vous ?

N’hésitez pas à utiliser le formulaire contact du blog ou les commentaires. Si les réponses sont au rendez-vous je rédigerai un billet de synthèse

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