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Le corps dans l’espace de formation

25 Mar
  1. Qu’on se le dise, mettre des roulettes aux chaises n’est pas un signe d’innovation …

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Le geste numérique – Réflexions graphiques

25 Fév

Mes réflexions actuelles (et anciennes aussi) sur le geste professionnel me poussent à essayer de formaliser mes propos. La difficulté de l’exercice est de franchir le cap de l’avis personnel, du « sentiment que », sans pouvoir l’étayer par des lectures,  sans s’appuyer sur des analyses scientifiques. C’est un exercice très difficile quand on pratique en individuel.

Je tente donc de formaliser mes réflexions en procédant par filtres – Lecture, formalisation graphique, rédaction .

Pour le geste j’en suis au stade la formalisation graphique. C’est un travail évolutif qui est le témoin d’un moment de mes réflexions, un instantané. Je prends donc le risque  du contresens, de l’erreur pendant une période transitoire. Il faut donc prendre ce document comme un brouillon en continu. J’opte pour le parti pris de rompre avec le principe du document mis en ligne parce que finalisé. L’imperfection comme principe de conception intégré dans un processus continu.

L’idée sous jacente est d’inviter les lecteurs à contribuer s’ils le souhaitent parce qu’ils perçoivent une erreur, ou parce qu’ils veulent ajouter un complément.

 Voici la trame de mes analyses sur le geste (en évolution donc) :

Avancer ou s’arrêter

27 Avr

sipa_ap21623684_000004  L’intégration du numérique dans le corps social ne cesse de me questionner parce qu’il est comme le Pharmakon Grec (tout dépend de la dose injectée, cela soigne ou cela tue). J’ai observé pendant deux jours (25 et 26 avril 2015) une opération de Remix, le GAREMIX qui consistait à imaginer, à faire des propositions pour agencer autrement le lieu gare, lieu  de passage. La gare Saint Paul de Lyon était l’objet de cette réflexion collective citoyenne.

Peut-on s’arrêter dans une gare ? Peut-on y exercer une activité sociale d’interaction ? C’est ce que j’ai compris de ce happening urbain interactif.

Venu pour observer sans objectifs précis, j’en suis ressorti avec des questions supplémentaires. J’ai l’habitude de voyager. Dans mon ancien métier j’allais régulièrement à Lille, depuis quelques années je me rends à Poitiers. Dans les deux cas j’arpente les gares de l’axe Lyon, Marne la Vallée, Charles de Gaulle, Lille Europe.

Ce sont des lieux nouveaux que je déteste, alors même que l’association béton, verre m’a toujours séduit, ainsi que le voyage. Pourquoi suis je dans le registre de la détestation ? Parce que ces gares sont aujourd’hui conçues pour des Hommes en mouvement qui  ne font que transiter. Froideur est l’adjectif qui convient le mieux pour décrire ces endroits. Surtout ne pas s’arrêter, se prémunir du froid (savamment entretenu par l’espace vide entre les murs et le toit) l’hiver et des courants d’air en toute saison. Plus de lieux de convivialité comme le train bleu de la gare de Lyon. La cafétéria sinistre, glaciale semble prévue pour bannir à jamais le mot gastronomie. De la première, à la dernière gorgée, la bière est fade, elle se résume au  simple geste du boire-poser le verre répété, compteur du temps qui reste avant l’annonce. du départ.

On ne s’arrête pas, on ne s’arrête plus, la bête humaine au 21ème siècle n’est plus le pilote mais le passager. Il est en mouvement, dans un immobilier fonctionnel, plus ou peu de sociabilité dans ces mausolées tristes ou le roi n’est pas, n’est plus. Architecture de Pouvoir sans le pouvoir.

Alors le passager entre dans d’autres espaces ou le social existe. C’est  celui des réseaux, tout le monde à la tête penchée sur son terminal, avance dans la gare, avance sur le quai, fuit le froid, monte dans le train…

La gare n’est plus qu’un lieu symbolique, un passage entre un avant et un après. Le présent de béton n’est pas.

J’espère que #garemix sera un début de réflexion sur la place de la gare, sa fonction (à nouveau) sociale, en réel comme en virtuel. Que vive le co-design

Le corps dans l’espace de formation, intelligence et ruse

23 Fév
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Mètis

Il est des jours où l’activité professionnelle porte au moral. Il est besoin de faire le point au regard de cette rude confrontation avec le réel.

J’ai comme remède singulier, pour me remettre en condition, pour m’apaiser, de m’adonner à la lecture. Non pas celle qui permet de s’évader (la solution qui serait certainement la plus intelligente) mais celle qui aide à penser. Je viens donc, pour calmer mon stress, de relire Christophe Dejours et l’ouvrage  « travail vivant », tome 1 – sexualité et travail (1). Outre le calme retrouvé, cette lecture bénéfique m’a aussi guidé vers mes préoccupations sur le corps dans l’espace de formation.

Dans cet ouvrage, Christophe Dejours aborde le sujet de l’intelligence au travail, de l’intelligence rusée, de l’intelligence du corps, de la subversion, du travail entre corps et âme, intelligence et théorie du corps pensant …

Si nous supposons que le corps dans l’espace de formation est corseté et conditionné par une organisation administrative bien installée. Pouvons-nous alors engager une réflexion sur le corps apprenant et  imaginer qu’elle est de l’ordre de la subversion ?  La salle de classe, l’amphithéâtre, le salle de formation pour les adultes en formation continue sont devenues transparentes tant elles sont inscrites dans notre paysage professionnel. Nous devons  prendre le temps du recul réflexif et interroger point par point ce qu’est cet espace.

J’ai plusieurs fois tenté d’interroger de la place du corps dans les espaces de formation. Ils se sont très peu modifiés en un siècle. On entend souvent citer cette formule : « Si un chirurgien du siècle dernier revenait dans une salle d’opération il serait incapable de comprendre son environnement professionnel. Si un enseignant revenait il ne serait pas ou peu désorienté. »

La salle de formation est un exemple assez significatif d’une forme de l’économie administrée. Elle est globalement imposée, répond à des normes spécifiques. La marge de manœuvre des enseignants, au regard de la structure spatiale, est assez réduite.

Il est vrai que la disposition de la salle de formation a peu corps_espace_10évolué -Le triptyque, tableau, bureau, bureaux, est toujours là. Le corps des apprenants est généralement contraint par l’assise sur la chaise, elle même située face à la table, le groupe étant aligné face au bureau de l’enseignant. Une forme d’organisation industrielle de l’espace de formation. La reproduction du principe pyramidal est très prégnant.

corps_espace_11L’espace réel de formation est  prédéfini car  lorsque l’on entre dans sa classe, l’essentiel est imposé, l’enseignant et les apprenants évoluent dans un modèle très contraint fait de murs, de tables et de chaises. Il est, de ce fait, très difficile de modifier les modèles autre que dans le cadre de projets dits innovants, forme de vitrine de la réflexion / analyse d’un futur possible.

Les enseignants peuvent-ils réellement transformer cette structure ? Ont-ils le pouvoir d’organiser le lieu d’enseignement / apprentissage en fonction de leurs scénarisations ?

C’est ici que je veux me référer à Christophe Dejours car il parle de l’intelligence. Dans notre métier nous nous heurtons quotidiennement au réel, là ou mon  » Savoir se heurte à la résistance du monde » « Alors je suis assurément dans le réel » (page 28)

Tous ceux qui travaillent doivent mobiliser leur intelligence, celle qui : « Découvre, une intelligence qui invente ; peut être même faut-il parfois une intelligence créatrice« 

C’est le gap qui existe entre le prescrit et l’effectif « On méconnait que tous ceux qui travaillent doivent mobiliser une intelligence inventive qui fait partie intégrante du travail ordinaire« 

Alors posons nous la question suivante, lorsque nous entrons dans un lieu de formation, comment doit-on mobiliser son intelligence spatiale ? Soit l’on accepte la disposition orthodoxe, soit l’on fait preuve de ruse.

Là encore, Christophe Dejours nous donne des pistes en convoquant la mètis des Grecs :

« Mètis pour les Grecs, c’était une intelligence qui agit par la ruse » « La mètis se préoccupe surtout de l’efficacité et prend des libertés, ou se montre impertinente, avec les règles et avec les lois« 

« Le plus important sans doute dans les caractéristiques de cette intelligence, c’est qu’elle permet d’improviser, d’inventer des solutions, de trouver des chemins insolites, dans des solutions nouvelles, inconnues, inédites. C’est une intelligence rusée, mais aussi foncièrement inventive, créative, facétieuse parfois, insolente souvent. Les Grecs disent que c’est une intelligence courbe, c’est-à-dire qui ne suit pas les voies bien tracées du raisonnement logique. » (page 31)

Nous faisons l’expérience au quotidien de la salle de formation, nous sommes animés par la volonté de faire réussir nos élèves et étudiants en instillant d’autres paradigmes tels la coopération et la collaboration. L’espace peut potentiellement anéantir nos intentions car il est administré sur des logiques anciennes.

Alors, si nous nous mettions à interroger de façon autre le statut des objets et de leurs positions spatiales ? Qu’est ce qu’une chaise, qu’est ce qu’une table, un mur ?

Je n’ai pas de réponse mais mes questions sont, peut-être, par elles mêmes des ruses ?

La première question consiste à s’appuyer sur la réflexion suivante : le modèle de la salle de cours autobus et-il stable, non réformable ?

corps_espace_13Et si l’on imaginait des pistes pour  d’autres modèles ? Un apprenant allongé, étendu, confortablement enfoncé dans un fauteuil est-ce une proposition qui relève de l’ idée incongrue ?

Tout d’abord il faut partir des usages et des représentations des enseignants. Ont-ils envie de modifier les structures de la classe ? Quels sont leurs usages quotidiens de la spatialité de la classe ? (je reste persuadé que le corps enseignant propose discrètement mais efficacement des usages intéressants) Je touche cependant ici les limites de ma posture intellectuelle. Je suis, je reste  un bricoleur du concept, je n’ai malheureusement aucun moyen de lancer des études, des analyses de terrain pour infirmer ou confirmer mes prémisses.

 Cette posture intellectuelle étant rappelée, nous pouvons nous autoriser quelques spéculations et quelques pistes d’analyses :

Enseigner et apprendre c’est :

  • S’assoir  devant une table ?
  • S’autoriser à concevoir un dispositif de formation incorporant une pensée sur les postures corporelles ? :
    • Apprendre en imaginant que les apprenants puissent choisir de  s’allonger  ;
    • Apprendre en s’asseyant dans des fauteuils ou des canapés ;
    • Apprendre en restant debout ;
    • Apprendre en autorisant le groupe d’apprenants à choisir sa posture favorite.

corps_espace_19J’imagine que la perspective d’une telle déconstruction peu paraître utopique, décalée et non acceptable pour beaucoup. Je suppose que cela renvoie à notre éducation, à nos représentations qui veulent qu’un élève qui apprend est un élève qui se tient « correctement » (comprenez assis sur une chaise, face à une table, face à l’enseignant). C’est peut-être aussi l’idée répandue que la rigueur du corps est consubstantielle à la rigueur de l’esprit …

Poser les termes du débat, n’induit pas que nous allons tout changer, modifier obligatoirement et définitivement la structure de la salle. La salle autobus à sa logique mais est-elle indéboulonnable ?

Ce billet ne propose pas un grand soir de la spatialité, en balayant radicalement l’existant mais bien un début de réflexion sur ce que pourrait être une salle de formation où s’instille le numérique. Imaginons des scénarios sans nous censurer à priori. Osons le raisonnement par l’absurde.

La démarche, me semble t-il doit passer par des propositions subversives, dérangeantes. N’hésitons pas à proposer des organisations différentes, des cours dispensés face à un groupe d’élèves, certains allongés, d’autres enfoncés moelleusement dans un sofa, ou encore assis par terre. Il peut en émerger des pistes utiles,  des orientations. La subversion mobilière, la ruse spatiale comme principe d’analyse et de réflexion.

Je vais continuer à imaginer les pistes de l’espace réel de formation en convoquant mon imaginaire et mes utopies. J’ai cependant commencé à regarder comment les individus engagent leur corps avec la numérique. J’ai essayé de formaliser cela dans le diaporama ci-dessous.

Ce blog se veut, je le rappelle à chaque fois, un lieu de débat et de confrontation. Vous êtes cordialement invités à vous exprimer si vous en avez l’envie.

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Christophe Dejours, « Travail vivant » tome 1 « sexualité et travail « ,  Petite bibliothèque Payot, 2009 – ISBN 978-2-228-90839-9

L’espace de formation- Pistes d’analyses

21 Fév

Pour le moment que des pistes graphiques

Vu chez Stealcase

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De l’utopie de la négation du corps au geste tactile, un pas vers l’école du futur ?

12 Avr

Article en rapport – La routine pédagogique

Une réflexion consécutive à une question que l’on m’a posée : comment imaginez vous l’école de demain ?

Je ne suis pas encore sûr que mon propos soit d’une grande rigueur, prenez ce billet comme un bloc note extime élaboré en assemblant des idées éparses. L’exercice de prospective est à risque mais il est parfois utile de se projeter dans le futur, même incertain, pour mieux comprendre le présent.

Depuis quelques temps nous cherchons à imaginer ce que sera l’école dans 20, 30 ou 50 ans. Alors même que nous sommes entrés dans la société de la connaissance, que l’immatériel est un enjeux fort, qu’il est reconnu par l’Unesco. Nous entrons dans une période de turbulence qui semble mettre à nu les inquiétudes et les angoisses générées par un futur que nous ne parvenons pas à esquisser.

J’avais déjà sourcé ce champ des possibles en 2011 avec les produits de la société five-five (actuelle Holî) et rédigé un billet sur les enjeux cognitifs dans les mondes immersifs.

Les projets et les équipes qui se penchent sur la question sont nombreux, on peut citer pêle-même et sans préoccupation de priorité :

La 27ème Région a de son côté largement commencé à border les champs en se posant des questions de type « Comment innoverons nous demain ?« , » mon lycée de demain« . Mark Prensky dit à RSLN « L’école de demain doit ressembler au monde d’après demain« , l’ENSCI est investi dans le projet « Sustainable everyday project ». La Région Île de France proclame que « Le lycée de demain s’invente aujourd’hui« … Les Danois ont mis en musique l’idée du lien entre l’architecture et la pédagogie en construisant le lycée d’Orestad.

Ainsi lorsque le numérique est entré dans nos pratiques d’enseignement et d’apprentissage nous avons tous tenté d’imaginer un ailleurs pédagogique, nous avons rêvé (nous rêvons encore) à une forme de grand soir de la formation, fort de l’idée que les technologies peuvent d’une certaine façon contribuer à dynamiser nos méthodes, nos travaux, transformer notre culture. Nous imaginons et nous œuvrons en simultané pour plus de collaboration, de coopération, pour un accès au plus grand nombre au savoir en instillant la dimension du plaisir d’apprendre.

Nous sommes évidemment tiraillés entre la nécessité de mobiliser les classiques où la pédagogie et la didactique siègent en bonne place et la réflexion sur la place des technologies que nous qualifions encore de nouvelles. Les tensions sont fortes sur ces liens nouveaux.

Le virtuel  faisant table rase du réel était l’utopie sur laquelle nous avons bâti nos réflexions, organisé nos scénarios pédagogiques, dans l’enthousiasme de la naissance de la révolution numérique et au fil de ses développements. Pourtant …

… Dès 2005, Alain Milon dans son ouvrage intitulé « La réalité virtuelle : Avec ou sans le corps ?« , (éditions autrement) pose la question du vivre sans le corps et nous met en garde contre le mirage technologique du virtuel qui exclurait le corps. Il dit :

« En s’affranchissant des règles élémentaires de la physique, le cyberespace plonge le sujet dans un espace à n dimension dont on ne sait plus exactement à quel modèle il se réfère. Jonglant avec ces n dimensions, le sujet perd son cadre spatio-temporel, référence essentielle et structurante de son vécu empirique. Les implications sur le corps ne sont pas sans conséquences. Où est mon territoire, qu’est ce qui le limite, quel est mon cadre espace-temps ?« 

Il me semble que l’enseignement et l’apprentissage doivent aussi questionner le corps. Comment le corps est-il engagé dans les dispositifs d’apprentissage et d’enseignement ? Y a t-il un lien ? Milad Doueihi nous donne des pistes :

« Après une longue absence, le corps fait donc irruption dans notre environnement numérique. » /…/ « On ne peut penser et écrire qu’assis (Gustave Flaubert). – Je te tiens nihiliste ! Être cul de plomb, voilà, par excellence, le péché, contre l’esprit ! Seules les pensées que l’on a en marchant vâlent quelque chose. » Iĺ semble que notre réalité numérique soit plutôt Nietzschéenne, mais au lieu de se promener dans la nature, on se balade dans les espaces urbains, investis par le numérique. C’est précisément ce mouvement continu vers la mobilité qui caractérise l’urbanisme virtuel au cœur de l’humanisme numérique » – Milad Doueihi, pour un humanisme numérique, Seuil (2013), page 21

Nous avons largement vécu avec l’idée que nous allions investir des espaces désincarnés qui nous éviteraient les déplacements, les longs trajets. Nous deviendrions des esprits qui effaceraient le corps !

Engager cette réflexion c’est se donner les moyens de pratiquer la politique du détour et de regarder ce qui se passe ailleurs, y compris dans des domaines éloignés de nos interrogations éducatives. Dans ces contrées lointaines et / ou périphériques de l’éducatif on peut tenter de détecter des signaux faibles indiquant les possibles évolutions.

Les designers sont très souvent en pointe dans la capacité à imaginer le futur, à montrer la direction même si factuellement la démarche peut surprendre voire choquer. Ce qui m’intéresse dans ces démarches est la capacité à faire basculer des postures, à imaginer les changements de la société.

Nathalie Rykiel a proposé des vêtements qui engageaient le corps à vibrer. Le vêtement allait au-delà de la fonction d’habillement et engageait le corps dans sa capacité à ressentir.

Le projet Arduino a permis d’allier l’électronique et le vêtement. Les textiles connectés permettant de diffuser de l’information, les textiles intégrant l’appropriation des sens, une somme de solutions qui réintègrent le corps dans les dispositifs d’interaction. Les propositions sont, là aussi, multiples, foisonnantes mais vont, pour la plupart dans la même direction, celle du corps acteur et plus seulement récepteur.

Des dispositifs divers et variés ont été imaginés dans des champs multiples pour réinvestir le corps, là ou il est sensé s’effacer. Le corps réinvestit, même à distance. La société Durex a imaginé la possibilité de se toucher, de se caresser à distance. Une équipe japonaise a présenté au Laval Virtual 2011 le projet sensloid  (2) permettant de se faire une accolade à distance. Les travaux de la designer Ying Gao explorent les liens entre les vêtements et leurs formes. Le projet textile XY est dans la même mouvance « Nous proposons donc un support d’expression qui, par ses dimensions, sa texture, sa souplesse et sa transparence, favorise l’implication du corps au cours d’une représentation scénique. Face à cet outil, le performeur, qui se tient dans une posture comparable à celle d’un peintre, est actif devant son publique, ses gestes prennent une dimension sensible et expressive.« . Il serait possible de continuer cette liste en citant le projet don’t touch, le projet thermochromic paint ou bien encore le projet virtual dressing room.

Le corps est présent même dans les réseaux numériques Et s’il fallait réintégrer le corps dans notre réflexion sur la pédagogie ? Le corps est-il une dimension des apprentissages ? La question mérite au moins une réflexion sinon une réponse.

Tout d’abord l’utilisation actuelle des outils numériques nous a éloigné du rapport historique ordinateur / bureau / table / chaise. Nous avons la possibilité de lire, travailler, jouer … en optant pour la position assise rigide, assise avachi, allongé, assis en tailleur …. Comment fait-on dans les classes pour prendre en compte le champ des possibles des attitudes ? Restons nous sur le principe rigide de l’assise sur une chaise, ou explorons nous d’autres possibilités ? La rigueur intellectuelle passe t-elle par la rigidité de la posture assise ? L’expérience du lycée d’Orestad nous donne à imaginer quelques pistes où le corps est moins en tension et peut être plus à l’écoute du savoir.

L’introduction du numérique dans des dispositifs de formation engage à penser de façon différente l’agencement des lieux de formation (réels et virtuels) dans les établissements, là ou le corps s’exprime (ou est réprimé).

Le premier élément symbolique a été la possibilité d’établir un contact avec son écran, le balayage du doigt sur la surface tactile, le contact direct entre l’interface et le savoir. On engage modestement le corps mais il est engagé. La technique inventée inscrit dans le quotidien des individus un geste de contact, un lien physique pour accéder à l’information.

On peut donc imaginer une école du futur qui sollicite plus le corps pour apprendre. Parce que la technologie le permet et parce que la main comme prolongement de l’esprit est une dimension à ne pas négliger. J’ai le sentiment que la réintroduction de la routine du geste, peut être une forme d’apprentissage féconde (Je m’inspire ici des écrits de Richard Sennett dans « ce que sait la main » Albin Michel, 2010)

Il me semble, mais il est vrai que l’exercice de la prédiction est à risque, que le web peut permettre de donner du relief à la formation, de la spatialiser. Les expériences qu’il m’est donné d’observer, notamment dans les mondes virtuels, engagent le corps. Le corps métaphorisé par l’avatar pour le moment et peut être un corps impliqué dans les dispositifs dans un futur plus ou moins proche. Les dispositifs kinestésiques peuvent être engagés dans les simulations, je pense notamment à la possibilité de hacker la kinect pour interagir à distance et / ou dans des mondes augmentés. La kinect permet de donner une réalité spatiale à l’apprentissage, le geste en prolongement de l’esprit. Je pense aussi aux capacités offertes par l’occulus rift (même si dans ce cas la corps peut réagir violemment par la présence de nausées).

J’imagine ainsi les possibilités future du web et de l’électronique mariées, permettant de  spatialiser les concepts, de s’immerger dans ceux-ci, de ne plus dissocier le savoir et la compétence, de ne plus dissocier le geste de la parole.

SAMSUNGOn voit actuellement apparaître des solutions qui investissent l’espace (les sols, les murs …) peut être s’achemine t-on vers une interaction entre le corps et le savoir ? Pourra t-on ressentir une notion, sentir, toucher un concept ? On peut se mettre à rêver de percevoir physiquement le concept de liberté, celui de démocratie. Visualiser sa bibliothèque en 3D, une école ou la dimension kinesthésique serait une donnée prégnante ? Le geste et la parole version numérique. Quand certains voudraient supprimer l’écriture cursive le numérique fait revenir en force le geste.

Pourquoi imaginer, me direz vous, lister une débauche de solutions complexes que l’on pourrait reproduire simplement dans une classe ? Là est le cœur de mon argumentation, il me semble que l’école du futur sera celle de l’hybridation du réel et du virtuel, non seulement parce que la technologie nous le permettra mais parce que nous aurons, peut être, enfin compris que l’intelligence et le savoir sont distribués dans l’espace, qu’il est possible d’aller chercher le savoir et la connaissance là où ils se trouvent. L’éducation pourra t-elle rester nationale ? On peut en douter, où alors c’est faire le choix de se priver du principe de l’Universalité. L’humanisme numérique progressera peut être ainsi ?

Ce billet en forme de prospective m’aura  permis d’imaginer un instant l’école ou en tout cas ce qu’elle pourrait être (ou ne sera jamais). Mon propos est peut être encore maladroit, parfois abscons, mais peut être permettra t-il d’engager le débat. A vos claviers …

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